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Le 6 juin ou la mémoire sélective

Patrick Keridan


    Et voici revenu, comme chaque année  le grand débarquement médiatique du 6 juin. Comme les élections des eurodéputés se déroulent le lendemain, on peut compter sur l'équipe des supercommuniquants autour du président bling-bling, et leurs médias-relais, autant dire tous les grands messe-médias (pardonnez la coquille), pour faire de cette occasion une tribune de plus  afin de vanter les mérites de notre superbe démocratie et son glorieux combat pour les droits de l'homme, bla, bla, etc...

Mais comme on s'en doute, cette grand-messe de la complaisance et de la mémoire sélective se fera sans nous.

Nous en profitons pour rappeler quelques faits gênants, volontairement omis pour ne pas troubler la fête.

D'abord le coût de l'opération (le débarquement médiatique et policier : 110 millions de $, selon certaines sources, dont une bonne soixantaine à la charge des contribuables français.

Ensuite, tout commence par une boulette : la Reine d'Angleterre était prévue au programme, mais Nicolas Sarkozy, craignant qu'avec Obama elle ne lui fît ombrage en le déclassant au troisième rang du protocole -- le petit dernier en somme --  a tout simplement oublié de l'inviter !
Le voilà donc seul pour accueillir son hôte prestigieux (Gordon Brown, bien mal en point dans les sondages, et le Canadien pouvant être aisément rangés derrière les deux "grands"). 

Le président Obama vient en Europe comme dans un pays conquis, avec l'assentiment de ses hôtes. Hier, il fit une brêve visite à la ville martyre de Dresde, entièrement brûlée par les bombes au phosphore des Anglo-américains avec une bonne partie de ses habitants et d'innombrables réfugiés, femmes, enfants et vieillards qui fuyaient l'avance des troupes soviétiques, en cette triste mi-février 1945, alors que l'Allemagne avait virtuellement perdu la guerre et qu'aucun objectif militaire important ne se trouvait dans cette ville. Plus de personnes moururent  ce jour-là qu'à Hiroshima et Nagasaki réunis, quelques mois plus tard, quoi qu'en disent les "historiens" qui cherchent à atténuer l'impact du massacre depuis l'excellent travail de David Irving à ce sujet. Et Dresde ne fut que l'une des nombreuses villes martyres du Reich. N'oublions pas Hambourg et ses 50 000 morts, dont l'enfer fut brièvement évoqué par Céline et Malaparte.

Du côté allemand, on avait bien dit à Obama : surtout pas de regrets ni de repentance (on craignait, soi-disant, que cela ne promût la cause des néo-nazis qui commémorent ce jour de deuil). La repentance se fit un peu plus loin, au camp de Buchenwald : le mea culpa sur la poitrine des autres (les Allemands qui n'en finissent pas d'avaler leur histoire de travers). Nous eûmes droit aux couplets pieux sur la chose, la seule, qu'il ne faut jamais oublier pour ne pas qu'elle recommence.

Pour faire bref, il s'agit toujours de culpabiliser certains (on se doute qui) et d'en exonérer d'autres (mais qui donc allons !?) de leurs crimes de guerre... 

Puisque nous en sommes aux commémorations, rappelons que les bombardements "alliés", non loin des plages où vont se recueillir les "grands" hommes du moment, firent près de 70 000 morts, civils pour la plupart, beaucoup plus que les bombardements allemands ne tuèrent d'Anglais pendant toute la guerre (51 000 environ). Les villes de Caen, Le Havre, Brest furent en grande partie détruites (près de 3000 morts en un seul bombardement au Havre en septembre 1944). On consultera à ce sujet l'édifiant travail d'historien de Jean-Claude Valla : La France sous les bombes américaines, 1942-1945, Les Cahiers Libres d'Histoire, n°7, Librairie Nationale, 2001. 

Pour conclure, sans espérer achever, hélas, le mythe de la libération propre, mais en l'écornant peut-être un peu plus, nous rappellerons que l'Europe qui se mit en place avec la complaisance, sinon avec la participation active des libérateurs anglo-américains, fut celle de la division, de l'écartèlement décidés à Yalta et Potsdam : démantèlement et neutralisation de l'Europe centrale, soumission de l'Europe de l'Est par les Soviétiques, occupation continuelle et division de l'Allemagne démocratique, enracinement de gigantesques bases usaméricaines un peu partout sur le vieux continent, bases qui sont toujours là !

Et nous devrions remercier nos "libérateurs" ?!

C'est un point de vue. 

Si l'Europe avait ce qu'il fallait là où il le faut, elle réaliserait qu'il existe d'autres points de vue accessibles, plus ardus, mais tellement plus gratifiants !

Et du haut de ses cîmes intérieures reconquises, elle plaindrait les esclaves là-bas tout-bas dans leurs jungles moites, qui hier encore chantaient avec leurs maîtres une liberté dont ils avaient oublié l'âcre saveur.


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