1er janvier 2011 L'esprit de quelques vœux pour l'Europe
Jacques Marlaud
Europe, ô mon Europe, dans quel triste état t'es-tu mise ?
Europe, ô notre Europe, pourquoi t'es-tu vendue si facilement aux
prédateurs qui dominent et manipulent, qui conquièrent et détruisent
les peuples libres, qui, surtout, les enrégimentent dans leurs grandes
fabriques de servitude volontaire ?
Vers la fin de l'année 2010, en France, deux succès
relatifs de vente nous ont délivré deux messages contradictoires : l'un
fut la précipitation des acheteurs d'automobiles chez les vendeurs afin
de profiter des derniers jours de "prime à la casse", pourtant réduite
à la peau de chagrin de 500€ après avoir connu des jours plus beaux.
Jamais, depuis longtemps, en cette période de crise, les constructeurs
n'eurent à se réjouir d'un tel essor des ventes de véhicules neufs.
Pourtant le prix du carburant ne cesse d'augmenter, sans que ne baisse d'un poil la part somptuaire du "racket fiscal".
Les péages d'autoroutes aussi, et jamais les amendes pour légers excès
de vitesse n'ont autant rempli les caisses du même "racket" qui vous
propose des stages de "sensibilisation" afin de récupérer les points de
permis qu'il vous a extorqués... Les Français sont des veaux disait un
célèbre général-président, peut-être, mais des veaux motorisés, pressés
de rouler vers les assomoirs et les abattoirs de la société de
consommation. Et de consolation. Le niveau de vie baisse, dit-on, mais
pas celui des signes extérieurs de richesse : le gros 4x4 dispendieux
pour s'énerver dans les bouchons a toujours la cote : on en met plein
la vue au voisin lambda sans trop penser à l'emprunt qu'il faudra
rembourser... Crise ou pas, rien de nouveau sous le soleil des
vacances, pour l'instant.
L'autre succès de vente inattendu de cette fin d'année 2010 est le petit pamphlet de Stéphane Hessel, Indignez-vous !Le 1er tirage de 500 000 exemplaires étant parti dès son apparition en librairie,
on l'a réimprimé à 300 000 exemplaires qui sont déjà écoulés... Cet
opuscule de 12 pages à moins de 3€ ne contient pourtant rien de bien
nouveau ni de très affriolant. Il n'est qu'un cri de plus contre
l'indifférence face au mépris des droits de l'homme dans le pays qui
fait profession de donner l'exemple en la matière. Il s'émeut face au
traitement des clandestins, des Roms, des sans abris... contre la
suppression, lente mais certaine, des acquis sociaux accumulés pendant
les "trente glorieuses" années fastes, rognés aujourd'hui par l'État
perclus de dettes. Indignez-vous ! Résistez ! exhorte le vieil homme,
fort de sa propre expérience de résistant. Pas de quoi fouetter
un chat... Et pourtant si : car Stéphane Hessel est ce vieux Monsieur
qui pourfend sans concessions l'inhumaine politique d'Israël en
Palestine. Il le fait avec son autorité d'ancien ambassadeur, le
prestige de ses décorations, et l'aura de sa condition de juif,
pourchassé en son temps par les antisémites. (Voir notre article sur ses déboires avec le CRIF, ICI).
Silence extrêmement gêné de la classe intellectuelle et
politico-médiatique. Car non seulement on éreinte Israël, mais on le
fait avec un succès croissant ! Ce qui laisse mal augurer des nouvelles
agressions que pourrait concocter le petit État qui, plus que tout
autre en ce moment, menace la paix au Moyen-Orient et, avec son allié
usaméricain, dans l'ensemble du monde.
En outre, Stéphane Hessel s'attaque à un deuxième
pilier de notre civilisation matérialiste à bout de course : la haute
finance apatride qui, plus que toute autre institution, mène nos
destinées avec la complicité plus ou moins avouée de nos gouvernements.
Bien entendu, comme on le remarque très vite à la
lecture de ce texte, M. Hessel ne propose aucune solution, ne donne
aucune orientation, à part celle qui consite à s'indigner. Mais
l"indignation attitude" qui n'est pas suivie d'action, n'est-ce pas
donner ce qu'on appelle "des coups d'épée dans l'eau ?
Réjouissons-nous, toutefois, que pour la première
fois depuis bien longtemps, les éclaboussures atteignent des idoles
jusque là épargnées. Ce n'est peut-être que la timide ébauche d'une
véritable révolte : on aimerait oser le croire... Bien entendu, il
reste encore beaucoup de chemin à parcourir, et des gestes plus
significatifs à accomplir que l'achat et la lecture d'un si petit
bouquin !
En attendant, merci cher Stéphane Hessel, d'incarner cet esprit de
résistance, si modeste soit-il! Indignons-nous, il en restera toujours
quelque chose...
« Au lieu de subir son époque, mieux vaut la vivre »
[Jacqueline de Romilly]
Une autre grande et discrète résistante vient
de nous quitter dans un remarquable silence, Jacqueline de Romilly.
Juive de naissance, elle ne fit jamais grand cas de sa judéité au
point, tardivement, de se convertir au catholicisme. Française de
nationalité, sans faire grand cas non plus de ce hasard de sa vie, sauf
pour la langue qu'elle aima et défendit bec et ongles, elle fut surtout
latine et grecque. Récemment, elle a même acquis la nationalité grecque.
Infatiguable guerrière des humanités, plutôt que de l'humanisme, des
droits et devoirs de l'homme instruit, plutôt que de l'homme tout
court, elle s'est battue jusqu'au bout, sans grand espoir pour le
maintien, ou plutôt le retour de l'enseignement du grec et du latin
dans les écoles.
Jacqueline de Romilly était une philosophe qui
appréciait les pré-socratiques, les sophistes et surtout
Thucydide auquel elle a consacré plusieurs ouvrages.
Voici ce qu'elle confiait au magazine Le Point, le 25 janvier 2007 :
“Ce qui me passionne dans les textes grecs, c’est
la rencontre avec la naissance de la pensée raisonnée, rationnelle, de
la réflexion, c’est l’irruption de la lumière qui est apparue pour la
première fois dans un monde encore confus et obscur. Toute la morale
politique et la philosophie hellènes visent à la clarté et à
l’universel. Et elles ont réussi, rien n’a vieilli, leurs préoccupations
sont d’une telle actualité ! Apprendre à penser, à réfléchir, à être
précis, à peser les termes de son discours, à échanger les concepts, à
écouter l’autre, c’est être capable de dialoguer, c’est le seul moyen
d’endiguer la violence effrayante qui monte autour de nous. La parole
est le rempart contre la bestialité. Quand on ne sait pas, quand on ne
peut pas s’exprimer, quand on ne manie que de vagues approximations,
comme beaucoup de jeunes de nos jours, quand la parole n’est pas
suffisante pour être entendue, pas assez élaborée parce que la pensée
est confuse et embrouillée, il ne reste que les poings, les coups, la
violence fruste, stupide, aveugle.”
Et l'on retrouve cette même passion pour la clarté, la pureté, la
beauté du raisonnement si éloignée de nos tribunes médiatiques
contemporaines où la violence le dispute à la servilité, l'hypocrisie
et la mauvaise foi, dans ce joli petit entretien filmé récemment, ICI.
L'esprit des vœux que nous présentons à l'Europe ne
peut que rejoindre cette ferveur pour la lumière, la parole qui fait
sens, l'indignation qui nous pousse à reprendre empire sur nous-mêmes
et sur nos antiques contrées où régnait naguère encore un peu de
courage, et à quitter enfin la misérable banlieue de Washington où nous
confinent des dirigeants que nous ferions bien de renvoyer gérer leurs
cabinets d'avocats ou d'affaires outre-Atlantique...
http://esprit-europeen.fr/
AVERTISSEMENT : VOUS ENTREZ DANS LA ZONE DES BALLES PERDUES !