Agora ENJEUX & DÉBATS Sommaire
| Les deux textes qui suivent, de Claude Bourrinet, sont arrivés le même jour dans la boîte aux lettres de L'Esprit Européen.
Ils sont bien distincts, mais tendent vers le même but, celui d'une
recherche à la fois spirituelle et politique qui permettrait de
surmonter l'impasse nihiliste vers laquelle se dirige la société
contemporaine avec une confiance inébranlée en elle-même alors que des
indicateurs sans cesse plus nombreux soulignent son échec. On peut bien entendu être en désaccord avec la position qui consiste à penser que l'action politique, voire éducative, peut se combiner efficacement avec la réflexion. La réflexion métapolitique suit son cours, et l'action politique, le sien, sans relation de cause à effet entre les deux. Il peut paraître utopique de vouloir les concilier. Mais c'est précisément ce à quoi l'auteur nous invite à réfléchir dans l'appel ci-dessous, tout autant que dans l'étude qui suit, sorte de plaidoyer pour une association entre la mystique et le politique. Par conséquent, on peut lire les deux textes, l'un après l'autre, sans sortir du sujet. Et l'on peut répondre à leur auteur. Le débat est ouvert. P.K.
|

Nous sommes parvenus à un abîme semblable. Cette situation extrême ne nous laisse guère le choix.
Les mystiques ont toujours gêné. L’Église les a prudemment remisés dans
le grenier, là où l’on entrepose les reliques de grand père, quitte à
les ressortir à l’occasion, mais rarement ; et quand, par aventure
divine (l’esprit souvent souffle quand il le veut, où il veut, sur qui
il veut) on se mettrait à entretenir des relations extravagantes avec
le bon Dieu, on essaie de canaliser le débordement par les ornières
bureaucratiques, ou bien on tente de camoufler le scandale. Les
miracles doivent passer maints conseils de réforme pour être, très
rarement, déclarés aptes. L’époque est à la gestion rationnelle du
pathos et, si possible, des rêves. La société occidentale ne se
voudrait plus que comme un salon où l’on cause, si possible le
baragouin kantien, en évitant de reluquer les faces désaccordées qui se
pressent aux vitres de l’Histoire. Des mouvements aussi hystériques que
les évangélistes américains, ou les sectes new age, ces décervelés de
la modernité, démontrent que la démesure menace les tenants d’une
politique réglée comme une dissertation cartésienne.