Budapest, octobre-novembre 1956,
Une révolution anti-marchande et anti-étatique pour un communisme authentique
Gustave Lefrançais
- Mémoire ouvrière radicale-
Budapest, octobre 1956…
Ce n’était qu’un combat, continuons ce début…
Organisée spontanément par un petit groupe
d’étudiants et d’ouvriers hongrois, une banale manifestation de
solidarité avec les ouvriers polonais mit soudainement le feu aux
poudres sociales
en cette fin du mois d’octobre. Mais qui étaient donc - en l’âme
de leur colère profonde - ces insurgés progressivement
incontrôlables? A écouter l’imbécillité de la droite du capital, il se
serait agi d’adeptes de la libre entreprise du calcul, simplement
soucieux d’instaurer la démocratie de la marchandise
à l’occidentale, assoiffés de capitalisme libéral, développé et diffus.
A entendre les idioties de la gauche du capital et plus
particulièrement les souteneurs du capitalisme étatique,
concentré et vétuste qui d’ailleurs n’alléguaient pas vraiment le
contraire, les inspirateurs de la Commune de Budapest devaient être
regardés comme de simples émeutiers ultra-réactionnaires et
para-fascistes.
En réalité, il convient avant tout
de dissiper le brouillard pathogène de la propagande marchande
dont la crétinerie démocratique du libre échange de l’avoir et du
paraître se sert de tous les côtés pour dissimuler la
réalité radicale
et explosive de la révolution hongroise. Il s’agit de montrer les
exactes tendances communistes vraies de cette
révolution humaine contre le capitalisme d’État
bolchévico-stalinien travaillant justement, dans les larmes, le sang et
la fabulation sous faux-drapeau communiste.
La révolution des conseils ouvriers qui prend forme
à Budapest après celle de Berlin en 1953, vient pleinement confirmer la
pertinence historique d’un projet révolutionnaire, à la fois radical et
total, voulant renouer avec le fil du temps millénaire de la
communauté de l’être et aspirant à éradiquer toutes les impostures
politistes
de la société de la possession, de la frustration et de l’angoisse…Les
événements de Budapest, modèles vivants de déclenchement d’une
révolution anti-marchande et anti-étatique, constituèrent la première
révolution sociale d’après guerre en désignant de manière vivante
la perspective du
communisme authentique opposé à toutes les idéologies léninistes et social-démocrates, toutes variantes passées, présentes et futures comprises.

Comme
dans toutes les Communes antérieures, Paris, Kronstadt ou Barcelone,
l’insurrection hongroise opère spontanément en tant qu’auto-mouvement
subversif des masses asservies cherchant justement à ne plus l’être. Le
pouvoir capitaliste monolithique du parti-État se défait là en quelques
jours devant un ensemble séditieux de mouvements sauvages, autonomes,
centrifuges, tumultueux et anti-hiérarchiques.
Cette révolution communiste à multiples foyers de base
se développe en refus de toute avant-garde et contre l’idée même d’une
discipline et d’un assujettissement à d’hypothétiques
« professionnels » de la révolution. De la sorte, la Commune
de Budapest réhabilite les formes
anti-domesticatoires
de toute lutte radicale effective pour la communauté du vivre
humain. Celles de la grève générale maximaliste et illimitée telle
qu’elle implique la création de conseils révolutionnaires autonomes
opérant sur la base d’une centralisation fédéraliste et d’une
auto-organisation directe et permanente destinée à balayer les lois de
l’argent et du marché. La Commune de Budapest met également en pièces
le mythe du soi-disant parti révolutionnaire défendu par toutes les
sectes de la socialisation marchande qui, de l’extrême droite à
l’extrême gauche du capital, rêvent pour dissimuler les angoisses
d’impuissance de leur pathologie
cheffiste,
d’une organisation autoritariste et concentrée qui destine les
décisions à une élite savante et limitée à laquelle bien entendu chaque
abruti orgueilleux de l’anti-pensée et de l’anti-jouir s’imagine
prédestiné.
L’insurrection du prolétariat hongrois illustre exactement la dialectique d’
auto-mouvement des mouvements révolutionnaires en démontrant parfaitement toute l’importance de l’analyse si chère à Marx d’
auto-émancipation
radicale du prolétariat. Et c’est ici que se situe le cœur du projet
communiste. N’en déplaise à tous les falsificateurs marxistes qui ont
conduit Marx à déclarer précisément et si pertinemment qu’il n’était
pas marxiste, la conscience révolutionnaire du prolétariat qui se nie
comme prolétariat, loin d’émerger à partir d’un savoir particulier
réservé à un
gratin de paumés
narcissiques spécifiques, est d’abord le produit matériel et
tangible d’une expérience vibrante et communautaire de combat
pour l’abolition de l’ordre établi du salariat et de l’Etat.
À partir du 25 octobre 1956, les
conseils ouvriers se multiplient et emplissent la vie de la Hongrie, le
pouvoir de leur progressive hégémonie anti-étatique devient le seul
pouvoir réel en dehors de l’armée rouge du capitalisme étatique.
En substance, l’activité spontanée et radicale des insurgés illustre la
force de leur créativité anti-politique et débouche sur l’émergence
d’une puissance sociale radicalement nouvelle qui tend partout à
substituer sa logique humaine à celle de l’économie politique de l’
in-humain.
Qui dit communisme dit jaillissement de
conseils insurrectionnels
tel que cela témoigne à la fois du contrôle de tout mandatement et de
la claire volonté d’empêcher toute tendance aliénatoire à
l’autonomisation du pouvoir. L’adoption du mandat impératif
constitue là un des piliers vivants des conseils communistes pour
l’émancipation humaine. Il s’efforce de prévenir la disjonction entre
une minorité dirigeante et une majorité exécutante. A l’opposé du
mandat représentatif de la collectivité marchande et étatique, il
instaure la révocabilité permanente de tout mandataire. Ainsi, le
représentant est tenu d’appliquer les consignes de ceux qui l’ont élu
pendant que le mandat représentatif confère une indépendance totale à
celui-ci, qui, une fois élu, devient une simple voix dans le délire
commercial de la nation
trafiquante et non plus celle de ses mandants.
Le 28 octobre, le conseil ouvrier de Szeged
adoptait la revendication d’auto-organisation ouvrière. De nombreux
conseils

ouvriers suivirent le même cheminement. Le 2 novembre, la Fédération de la jeunesse annonçait : «
Nous ne rendrons jamais la terre aux gros propriétaires fonciers ni les usines aux capitalistes. ».
Sans nul doute, la révolution hongroise s’est indubitablement
montré comme un anticapitalisme réel pour retrouver la réalité du
communisme authentique qui s’attaque aux rapports de production
de la marchandise en tant que telle, en sachant que l’étatisation des
moyens de production de l’exploitation n’est pas autre chose que de la
servitude étatique. Le régime capitaliste
lenino-trotsko-staliniste avait là au moins permis de faire
comprendre une chose essentielle aux prolétaires hongrois.
L’exploitation ne vient pas de la propriété privé du capital, mais plus
généralement de la marchandisation de l’humain. L’étatisation des
moyens de production – ou leur nationalisation – ne saurait en aucun
cas conférer un caractère
socialiste
à la production. Une telle mystification avait seulement abouti à
masquer la réalité d’un système capitaliste d’exploitation monumental
qu’en 1956 les insurgés hongrois entreprirent alors de réduire en
cendres…
Évidemment, la cogestion
yaltaiste
de l’économie monde de la marchandise par le Kremlin et Wall-street, à
l’heure des complicités géo-politiques de la cinématographie de la
crise de Suez, allait conduire à l’écrasement sanglant de la Commune de
Budapest…Mais par delà ses limites, ses faiblesses et ses
contradictions qui n’étaient finalement que celles d’une époque où le
devenir de l’histoire était encore marqué par le développement
industriel encore possible de la production commerciale de la vie
fausse, la colère ouvrière des
barricadiers de Budapest
a su signaler la direction du sens qui pose que l’émancipation des
travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes…Ce qu’énonce bien
en tous ses contrastes et paradoxes, l’Appel du Conseil central ouvrier
de Budapest du 27 novembre qui nous rappelle ici que l’essentiel
consiste d’abord à balayer tous ceux qui n’entendent qu’améliorer et
humaniser la pourriture du marché de l’
oubli de l’être…
Ce qui est déterminant dans un mouvement, ce n’est
pas tant ce qui le plombe momentanément que ce qui par delà et du sein
même de ce qui le bloque et l’aveugle, tend à simultanément mettre en
mouvement son arrachement et son
échappement vers l’au-delà des illusions de l’empire de la soumission en l’internement au travail, à l’argent et à l’État…
L’Internationale, Octobre-novembre 2010…
Appel du Conseil central ouvrier de Budapest
Camarades ouvriers
Le Conseil Central Ouvrier des usines et des
arrondissements du Grand-Budapest désigné directement par la base vous
adresse un appel et des informations dans le but de resserrer encore
nos rangs et de les rendre plus unis et plus forts.
On sait que le Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest a été créé sur
l’initiative des grandes entreprises, le 14 novembre dernier, afin de
coordonner le mouvement des conseils ouvriers des usines et de se faire
le porte-parole commun de leurs aspirations. Depuis sa création, le
conseil central a, contre tout opportunisme, présenté aux
instances les plus diverses les souhaits des ouvriers du Grand-Budapest
et, bien que les résultats ne soient pas suffisants, loin de là, nous
pouvons néanmoins affirmer qu’au cours de ces discussions nous n’avons
à aucun moment abandonné les objectifs essentiels au niveau national de
notre retentissante révolution du 23 octobre.
Ainsi que nous l’avons toujours fait, nous affirmons
une fois de plus que nous avons reçu notre mandat de la classe
ouvrière. Fidèles à cette mission, nous défendons, fût-ce au prix de
notre vie, nos usines et notre patrie contre toute tentative de
manoeuvre capitaliste. Nous proclamons en même temps notre volonté
d’édifier un ordre social et économique nouveau dans une Hongrie
indépendante et à la manière hongroise. Nous n’abandonnerons aucune des
exigences de la révolution. Nous considérons que la production est la
base de la société. Nous sommes des ouvriers et nous voulons produire
ce qui est nécessaire. Voilà pourquoi nous avons convié au Palais des
Sports de Budapest, pour le 21 novembre dernier, les représentants de
la province, des départements, afin que, à la réunion d’un conseil
ouvrier national, nous discutions des questions les plus importantes
qui nous préoccupent et notamment de la possibilité d’une reprise de la
production.
Quoique nous ayons fait part à l’avance de nos
intentions au gouvernement et que nous ayons même invité celui-ci à
envoyer un représentant, le gouvernements a interdit notre réunion.
Cette mesure inattendue a envenimé la situation. Dès que l’interdiction
a été connue, les ouvriers des usines de Budapest ainsi que les
travailleurs des Transports ont cessé le travail et ont commencé une
grève de protestation massive, sans avoir reçu aucune directive du
conseil central.

Malgré
tout, nous avons établi des rapports avec les délégués de province.
Nous avons voté une résolution stipulant qu’en dépit de la grève de
protestation de 48 heures, nous étions prêts à reprendre la production
dans tout le pays sans pour autant renoncer à notre combat de gréviste,
à la condition expresse que le gouvernement reconnaisse le conseil
ouvrier national comme seul organisme représentatif de la classe
ouvrière et qu’il accepte sans délai de reconnaître nos
exigences. Celles-ci ont été définies par nous, le 14 novembre,
conformément aux objectifs essentiels de la révolution.
Un comité ouvrier représentant notre Conseil et
complété par un membre de la délégation des mineurs de Pécskomio a eu
un entretien à ce sujet avec János Kádár, président du Conseil des
Ministres, dans la nuit du 22 au 23 novembre.
Le 23 novembre au matin, József Balaázs, l’un des
membres de notre délégation, a annoncé personnellement à la radio le
résultat de ces entretiens. Le président du Conseil des Ministres avait
été contraint de reconnaître le Conseil Central Ouvrier du
Grand-Budapest comme représentatif pour poursuivre les pourparlers et
avait promis de soumettre au Conseil des Ministres les prétentions qui
lui étaient présentées. Il avait enfin assuré que le conseil ouvrier
aurait la possibilité de donner des informations sur les résultats
obtenus au cours des conversations entre le Conseil et le gouvernement.
Force nous est de proclamer que toutes ces promesses ne constituent pas
grand chose. Néanmoins, nous avons décidé de reprendre la production,
car nous n’avions en vue que les seuls intérêts réels de la population.
Nous ne nous laisserons pas berner
Nous sommes persuadés du succès final de notre
combat et nous essayons de prendre des mesures qui ne se retournent pas
contre nous.
Le 23 novembre, une information a été publiée selon laquelle Imre Nagy
et autres personnalités politiques qui se trouvaient à l’ambassade de
Yougoslavie auraient quitté les bâtiments de l’ambassade, après
l’accord avec le gouvernement hongrois qui leur aurait fourni des
garanties suffisantes. Le même jour, la radio de Budapest a annoncé
qu’Imre Nagy et les personnalités qui se trouvaient à l’ambassade de
Yougoslavie avaient demandé le droit d’asile à la République Populaire
de Roumanie. Etant donné que cette nouvelle a provoqué une grande
inquiétude parmi les ouvriers, le Conseil Central Ouvrier du
Grand-Budapest a nommé une commission ayant pour mission de demander au
gouvernement hongrois, et au Haut Commandement des forces soviétiques
stationnées en Hongrie, ainsi qu’à l’ambassade de Roumanie l’endroit
précis où se trouvait Imre Nagy. Une fois cet endroit connu, la
commission aurait à demander la possibilité de négocier personnellement
avec Imre Nagy.
Il ne fait pas de doute que cet événement important n’a fait
qu’augmenter la méfiance vis-à-vis du gouvernement. Toutefois, ainsi
que nous l’avons déjà dit, uniquement dans l’intérêt du peuple hongrois
nous prenons position en faveur de la continuation de la production. En
même temps, nous adressons un appel à toutes les usines du pays pour
les inviter à faire de même après examen approfondi de la situation.
Les usines se trouvent entre nos mains, entre les mains des conseils ouvriers.
Afin d’augmenter encore nos forces nous
pensons que, en vue de mesures et actions unies, la réalisation des
tâches suivantes s’impose :
1) Dans tout arrondissement et dans tout département
où un conseil ouvrier d’arrondissement ou de département n’a pas encore
été constitué, ces organismes sont à former d’urgence au moyen de
désignations directement organisées à la base. Les usines importantes
et d’abord celles qui se trouvent dans les villes centrales des
départements devront prendre l’initiative de constituer des conseils
centraux.
2) Tout conseil central d’arrondissement et de
département doit se mettre immédiatement en rapport avec le Conseil
Central Ouvrier du Grand-Budapest (15-17, rue Akacfa, téléphone
422-130). Le responsable du conseil central ouvrier est Sándor Rácz,
responsable du conseil ouvrier de l’usine Standard (Beloiannis) ; son
adjoint est György Kalocsai, délégué du conseil ouvrier des Huileries
Végétables de Csepel ; son secrétaire est István Babai, responsable du
conseil ouvrier de la Compagnie des Tramways de Budapest.
3) L’une des tâches les plus importantes des membres
des conseils ouvriers d’usines consiste à s’occuper, non seulement de
l’organisation de la production, mais aussi à organiser d’urgence
les conseils ouvriers définitifs. En composant nos délégations, nous
devons montrer la même énergie pour combattre l’agitation de la
dictature rákosiste que celle de la rénovation capitaliste. Les
conseils doivent être composés d’ouvriers exemplaires au passé
irréprochable. Au sein des conseils, les ouvriers conscients devront
s’employer à toujours posséder une influence déterminante.
En ce qui concerne les attributions des conseils
ouvriers, nous ne saurions être d’accord avec les ordonnances du
Conseil du Présidium Suprême promulguées à ce sujet. Nous maintenons
que des conseils ouvriers doivent être formés dans toutes les
compagnies de transports (chemins de fer, tramways municipaux,
compagnies d’autobus), ainsi que dans toutes les entreprises où
l’ensemble des travailleurs l’exige. Lors de l’entretien du 26 de ce
mois, le président du Conseil des Ministres a promis de soumettre notre
position au Conseil des Ministres. En attendant, nous invitons les
conseils ouvriers créés dans de telles compagnies à
poursuivre inlassablement leur activité.
Par ailleurs, nous ne saurions être davantage d’accord avec le décret
du Conseil du Présidium Suprême qui définit la compétence des Conseils
Révolutionnaires créés dans les ministères et les grandes
administrations.
Nous voulons, en effet, un renforcement considérable et continu de l’autorité de ces conseils.
Pour ce qui est de la personne des responsables, nous pensons que ces
derniers doivent être désignés par les conseils eux-mêmes après
déclaration de candidature. L’entrée en fonction d’un responsable ne
devrait pas être subordonnée à l’accord du ministre ou du ministère.
Nous invitions les conseils ouvriers à mettre tout en œuvre pour la
réalisation de notre position ; à ne pas accepter des dirigeants
imposés aux usines, qui dans le passé ont fait la preuve de leur
incompétence et de leur éloignement de la classe ouvrière. Il faudra se
méfier des arrivistes au passé douteux.
4) Par la suite, il est très important que la
désignation des nouveaux comités d’usine soit assurée par les conseils
ouvriers représentant la volonté authentique de la classe ouvrière. Les
« syndicats libres » dont le nombre augmente sans cesse
actuellement, tentent de s’assurer une popularité en formulant des
revendications de salaires excentriques. Il convient de préciser que
les dirigeants de ces « syndicats libres » n’ont pas été
choisis par les ouvriers, mais désignés à l’époque rákosiste, époque à
laquelle ils se sont sans cesse compromis.
Les syndicats essaient actuellement de présenter les
conseils ouvriers, comme s’ils avaient été constitués grâce à la lutte
des syndicats. Il est bien sûr superflu de préciser que c’est là une
affirmation gratuite. Seuls les ouvriers ont combattu pour la création
des conseils ouvriers et la lutte de ces conseils a été la plupart du
temps entravée par les syndicats qui se sont bien gardés de les aider.
Nous pensons que les ouvriers ont besoin
d’organisations qui défendent leurs intérêts, de coordinations et de
comités d’usine. Mais uniquement de celles dont les directions
sont désignés par la base avec des méthodes d’auto-organisation
claires, de façon que leurs délégués soient des représentants
consciencieux de la classe ouvrière. Voilà pourquoi il importe que les
comités d’usine soient désignés de la façon la plus directe et
transparente possible, une fois les conseils ouvriers définitivement
constitués, afin que la composition personnelle de ces comités
fournisse toutes les garanties pour la réalisation des objectifs de la
révolution.
Nous sommes hostiles au maintien des permanents
syndicaux rétribués. En effet, l’activité aussi bien au sein d’un
comité d’usine qu’au sein d’un conseil ouvrier doit être une
contribution sociale bénévole.
Nous ne voulons pas vivre de la révolution et nous ne tolérerons pas que qui ce soit essaie d’en vivre.
Nous estimons que l’adhésion aux syndicats doit être
libre d’autant plus qu’on ne saurait préserver d’une autre manière les
syndicats du danger de la bureaucratisation et de la distance avec le
peuple.
Nous protestons contre la thèse des « syndicats
libres » récemment constitués d’après laquelle les conseils
ouvriers devraient être uniquement des organisations économiques. Nous
pouvons affirmer que les véritables intérêts de la classe ouvrière sont
représentés en Hongrie par les conseils ouvriers et que, d’autre part,
il n’existe pas actuellement un pouvoir de réalité plus sérieux et plus
puissant que le leur.
Nous devrons œuvrer de toutes nos forces au constant renforcement du pouvoir ouvrier.
5) Les conseils ouvriers d’arrondissement et de
département devront rentrer immédiatement en contact avec l’organisme

distributeur compétent de la Croix-Rouge. Ils devront envoyer leurs
délégués à son siège central afin d’assurer une répartition équitable
des denrées et des médicaments. Il est important que des hommes
expérimentés figurent parmi les délégués.
6) Dans le but d’empêcher tout accaparement, les
conseils d’arrondissement et de département devront organiser le
contrôle solidaire de la distribution et des halles centrales, afin que
les travailleurs empêchent la spéculation. Ces observateurs devront se
présenter régulièrement dans les lieux de stockage des produits, clouer
au pilori les auteurs de malversation et, en outre, signaler
publiquement tout abus.
7) Les conseils d’arrondissement et de département
devront faire tout leur possible pour informer l’ensemble de la
population. Toutes les fois que la chose sera faisable, ils demanderont
que leur soit réservée une place dans la presse locale. Par ailleurs,
ils devront fournir constamment des informations objectives aux
travailleurs des usines et des entreprises. Pour cette raison, les
conseils centraux des grandes usines doivent faire le nécessaire pour
que cet appel soit distribué dans tous les ateliers. Ces revendications
ayant été formulées à plusieurs reprises, le président du Conseil des
Ministres s’est engagé à soumettre, le 27 courant, au Conseil des
Ministres, notre réclamation au sujet de la création d’un quotidien.
Cette demande une fois aboutie, le problème de l’information serait
résolu.
Pour conclure,
Nous dirons qu’aujourd’hui il est nécessaire que les
conseils ouvriers, avec une unité et une intransigeance complètes
servent – même avec la reprise de la production – la cause de la
révolution sociale du 23 octobre. Nous avons fait le premier
pas …Désormais, le gouvernement va devoir répondre. Tout cela peut
durer plusieurs mois. Il nous faudra veiller avec vigilance, pendant
tout ce temps-là, car la clique compromise de Rákosi et Géró essaie de
pêcher en eaux troubles et de restaurer son régime. Nos rangs se
renforcent de jour en jour. Nous avons derrière nous des écrivains
lucides qui ont joué un rôle important dans la préparation de la
révolution, des artistes, des musiciens et le Conseil Révolutionnaire
des Intellectuels Hongrois qui groupe toutes les organisations
d’intellectuels. Une unité révolutionnaire nationale, encore
jamais vue, qui rassemble tous les Hongrois solidaires, se constitue
actuellement à la suite de nos combats. Regroupons-nous encore
davantage, resserrons encore nos contacts entre conseils ouvriers et
continuons à combattre avec une vigilance révolutionnaire pour notre
objectif intangible, une Hongrie vraiment socialiste, indépendante et
auto-organisée, édifiée selon l’histoire de nos caractéristiques
nationales.
Budapest, le 27 novembre 1956