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Patrick Keridan
Au
cours d'un repas, juste avant la signature, dans une librairie voisine,
d'un essai collectif tout juste sorti sur la désuète et
fort malmenée notion de patrie, la conversation glissa sur
deux revues concurrentes de la droite radicale.
Toutes deux
étaient supposées s'opposer au même ennemi, cet
establishment politico-idéologique corrompu -- dont il faudrait,
selon un avis à l'emporte-pièce, couper 3 à 400
têtes, en France, pour recouvrer notre âme et nos
libertés confisquées.
Pourtant,
ces deux revues « du même bord »
émanaient de deux paroisses qui passaient pas mal de temps
à se dénigrer l'une l'autre en coulisse, comme il
est d'usage fréquent un peu partout en milieu politique,
surtout lorsqu'on opère sur le même créneau.
La question
était : quelle est la différence entre elles ?
Réponse ironique de F. : "La mise en page, le titre, le rythme
de parutions..." Sourires. Puis il ajouta " Pour le dire en une phrase
: leur différence est celle qui sépare le chien du loup."
Dans le
contexte actuel des enjeux de politique internationale et locale,
l'allusion nous a sauté aux yeux.
La horde de loups ne prend pas
la proie pour l'ombre (terroriste ou islamique en l'occurence) qu'on
projette au fond des grottes platoniciennes où se
prélassent les chiens hébétés devant la
pâtée d'"infotainment" qui leur est servie quotidiennement
par tous les canaux médiatiques.
Tapie au
fond des forêts où elle s'aguerrit sans cesse, la horde
fond sur sa proie dès que celle-ci passe à sa
portée. Elle distingue clairement ceux qui menacent sa
liberté, son existence, des épouvantails et des
appâts piégés vers lesquels on tente de l'attirer.
Elle connaît instinctivement ceux qui tentent de la domestiquer,
cherchent à l'enfermer dans les cages "idéozoologiques"
où croupissent les fauves malheureux.
S'avançant furtivement dans le silence obscur des
fourrés, elle cherche à atteindre le coeur de l'ennemi,
à le frapper à la tête par surprise.
Sans dieu ni
maître hormis son chef de guerre, elle ne se fie qu'à son
instinct et s'élance d'un bel ensemble vers la cible majeure.
Il en va autrement chez les chiens, qui aboient beaucoup et mordent peu, comme tous
les être peureux, et qu'il est facile d'occuper d'un
côté pendant qu'on prépare un mauvais coup de
l'autre côté.
La meute de
chiens ne chasse que la proie lâchée ou indiquée
par ses maîtres. Elle est bonne suiveuse, et, après avoir
capturé le gibier, récompensée ou non par une curée, se laissera
docilement enfermer dans des cages jusqu'à la prochaine battue.
Les races
existent se croit-on obligé d'affirmer sur une couverture.
Certes. Indéniable. Merci pour le rappel.
Toutefois,
le loup n'a nul besoin de hurler sa race à la face du
monde. Il la prouve, debout, au milieu du croissant de fusils venus
pour l'abattre, sous la bastonnade des lois scélérates ou
déchiré par les milices du pouvoir. Il la prouve aussi en
échappant à ses bourreaux le jour pour revenir les
égorger de nuit.
Faut-il être chien pour exhiber son pedigree et prétendre
que la couleur de son poil est plus importante que la force de son
âme, la vigueur de ses crocs et l'intelligence de son esprit !
Que peuvent des caniches aussi blancs que vaniteux
contre les loups du camp d'en face prêts à fondre sur eux
? Ne peuvent-ils au moins avoir la prudence de se ranger
derrière les quelques loups de leur propre camp pour affronter
dans les meilleures conditions les batailles qui s'annoncent ?
Dans un monde où pullulent les rapaces de
toute sorte, seuls les aigles et les loups seront à la hauteur de l'enjeu.
Reconnaître la nature et la hauteur de l'enjeu
est le premier impératif du devoir de lucidité.
Tout le reste n'est qu'aboiements d'impuissance, gémissements de politichiens.
P.K.
Dessin de Mariali
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