Agora ENJEUX & DÉBATS Sommaire
| L'Occident,
dit-on, est peuplé de gouvernements démocrates, soucieux de ne pas
ressembler aux dictatures, aux "barbaries" qu'il exclut du club des
nations "civilisées", qu'il combat, comme on sait, en n'hésitant pas à
employer des moyens que, à l'aune de sa morale affichée, ne devrait
justifier aucune fin (souvenons nous de Abu Ghraib, Bagram,
Guantanamo...) Mais c'est surtout face aux véritables contestataires, à ceux qui ne se laissent pas intimider par les tabous et les interdits dans leurs recherches, leurs écrits, leurs questionnements des vérités reçues, que l'on peut évaluer la fragilité, voire l'inexistence, de notre soi-disant liberté d'expression. On connaît peut-être le cas de l'historien britannique David Irving arrêté en Autriche en 2005 où il fit plus d'un an de prison pour avoir contesté certains aspects de la deuxième guerre mondiale. Voici deux autres exemples d'empêcheurs de penser en rond de haut niveau qui ont payé cher, de leur prore personne, leur liberté de ton et de recherche. Il est vrai qu'ils ne se contentent pas de frapper des idoles déjà à terre ou relativement insignifiantes, à la différence d'un Michel Onfray (le christianisme, le freudisme, l'islam) ou d'un Éric Zemmour (le féminisme, l'islam). Non, leurs cibles sont les véritables puissances hégémoniques d'aujourd'hui, surtout celles qui gouvernent les esprits et façonnent la pensée unique dont les principaux médias ne sont que des porte-paroles. L'un d'eux, le révisionniste endurci Ernst Zündel, (connu, entre autres, pour avoir fait enlever par ordre d'un tribunal les plaques mensongères disant que 4 millions de juifs avaient été massacrés par les nazis à Auschwitz (Pologne), arrêté puis extradé d'un pays dont il pouvait espérer un droit de parole et d'asile, a fait de longues années de prison après avoir vu sa demeure incendiée. L'autre, Thierry Meyssan, fondateur du Réseau Voltaire, qui s'est acharné à démolir l'explication officielle et peu plausible de l'attentat du 11 septembre 2001, a dû se résoudre à l'exil après avoir été menacé de mort, afin de poursuivre ses efforts de résistance sans craindre un "accident" ou un "suicide". Tous deux ont raconté leur triste aventure à des journalistes. Le délit d'opinion existe bel et bien en Occident et il est sévèrement puni, souvent par des artifices judiciaires dignes des États totalitaires, ou parfois, comme le raconte Thierry Meyssan, par des tentatives d'assassinat. |
En
Occident les dissidents ont très peu de chance d’être lus ou entendus
dans les principaux médias. Les mécanismes de contrôle de la presse
sont nombreux, souvent subtils mais tout le monde les comprend et s’y
conforme – par crainte de perdre son emploi, de voir réduire son
tirage, de ne plus bénéficier des publicités gouvernementales, etc. Il
n’existe plus de liberté sans réserve dans aucun des pays occidentaux,
pas même aux États-Unis en dépit de leur magnifique Constitution et
leurs Amendements tels que la Charte des droits de l’homme.
ferait très vite atterrir en prison en tant que récidiviste. Je
devine par votre question que vous avez de moi l’image sulfureuse que
mes détracteurs souhaitent que vous ayez. Etre appelé Nazi, c’est pire
que d’être appelé un lépreux. Pendant des dizaines d’années j’ai fait
les frais, justement, d’une campagne de diffamation dirigée dans ce
sens. J’ai été emprisonné plusieurs fois non pas pour avoir prêché une
idéologie mais pour avoir exprimé un point de vue dissident, alternatif
sur bien des sujets, y compris sur le rôle d’Adolf Hitler dans
l’histoire. Le révisionnisme n’est pas une idéologie. C’est simplement
une méthode scientifique visant à réexaminer les événements historiques
et à essayer de comprendre les personnages influents dont la
personnalité a fait l’histoire.
Q. : Alors que les grands médias vous ont déjà vilipendé, ils n’ont pas dit un mot de votre libération.
Qu’avez-vous à dire à ce sujet ? Allez-vous poursuivre votre
chemin idéologique ou préférez-vous garder profil bas et laisser tomber
vos activités intellectuelles ?|
Entretien avec un dissident français contraint à l’exil
Thierry Meyssan : « Si j’avais plié, je n’aurais pas eu à partir » La fermeture des bureaux français du Réseau Voltaire et l’exil de son président suscitent bien des interrogations. Certains commentateurs y ont vu la fin d’une aventure ; d’autres au contraire, observant que ces décisions n’ont pas diminué la combativité du Réseau, ont essayé de savoir ce qui les avait motivées. Thierry Meyssan s’en explique ici. Il décrit une France, placée sous le contrôle des services états-uniens, où une opinion publique anesthésiée n’a pas conscience du contrôle politique. À ses yeux, il y avait péril en la demeure et la menace qui l’a contraint à partir ne tardera pas à s’exercer sur d’autres. |




Thierry Meyssan :
En décembre 2002, le secrétaire US à la Défense Donald Rumsfeld a signé
la directive 3600.1 visant à discréditer ou à éliminer des
personnalités françaises qui s’opposaient à la Guerre globale au
terrorisme [1]. Cette liste comprenait en premier chef Jacques
Chirac, puis de grands industriels, j’y figurais en plus à cause de mon
travail sur le 11-Septembre.
On était
trois mois avant l’invasion de l’Irak. C’était l’époque de l’hystérie
anti-française à Washington. Les services secrets français ont été
informés que des assassinats avaient été sous-traités par le Pentagone
au Mossad et m’ont mis en garde. Mes amis et moi, nous avons cherché à
prendre contact avec les autres cibles. Un des administrateurs du
Réseau Voltaire, était un ancien ami de l’une de ces personnalités.
Nous avons pris rendez-vous avec elle, début mars, mais elle est
décédée quelques jours avant le rendez-vous, dans des circonstances qui
ont été qualifiées de très suspectes par les enquêteurs.
L’État a
alors réagi. Le président Chirac a joint par téléphone le Premier
ministre israélien et l’a prévenu que toute action entreprise non
seulement sur le territoire français, mais n’importe où dans l’Union
européenne, serait considérée comme un acte hostile envers la France. À
chacun de mes déplacements hors de l’Union européenne, les services
français joignaient leur homologues locaux pour leur demander de
veiller à ma protection.
Je
savais qui est Nicolas Sarkozy [2] et je me doutais bien que les
choses changeraient avec son élection. Lorsque je suis rentré de voyage
pour voter, le 6 mai 2007, j’ai été arrêté devant les autres passagers
à la sortie de l’avion à Orly. Après m’avoir fait poireauter avec des
clandestins et des trafiquants de toutes sortes, un officier de la DST
m’a laissé sortir en me disant : « Bienvenue au pays
M. Meyssan, un pays qui va bientôt changer, beaucoup
changer ». Le soir Sarkozy était élu. Quelques jours plus tard, il
était à l’Élysée et commençait la purge.
Pendant
l’été, Nicolas Sarkozy s’est rendu en famille aux États-Unis. Il était
accompagné de nombreux collaborateurs qui suivaient son avion de ligne
dans un avion officiel. Ils ont eu des entretiens avec l’Administration
Bush sur toute une
série de sujets, graves ou futiles. J’ai été informé
que les États-Uniens avaient demandé que des mesures soient prises pour
me neutraliser en application des Décrets présidentiels US 13438 et
13441 [3]. J’ai cru au début que ces décrets étaient fondés sur le
Patriot Act et je ne voyais pas comment ils pouvaient trouver une
application en droit français. Je me disais que les atlantistes
finiraient bien par inventer un biais juridique et que je devais songer
à prendre le large, mais je croyais avoir beaucoup de temps devant moi.
Il s’est avéré que ces décrets se fondaient sur le Trading with the
Enemy Act de 1917 et ses développements ultérieurs. En d’autres termes,
j’étais désormais considéré comme une menace pour la sécurité des
États-Unis. Le Pentagone, qui fait jouer la clause 5 du Traité OTAN
depuis les attentats de 2001, a demandé l’assistance automatique de ses
alliés. Bref, tous les services secrets des États membres de l’Alliance
atlantique pouvaient être sollicités pour me neutraliser. J’ai été
informé que quelque chose se tramait contre moi. J’ai fait mes valises
et j’ai quitté la France deux jours plus tard.
Au demeurant,
le danger ne se limite pas aux pays de l’OTAN. Une opération a été
organisée contre moi en décembre 2007 à Caracas, qui a été déjouée par
la police vénézuélienne. En août 2008, j’ai dû annuler ma participation
à une conférence internationale en Autriche après avoir été avisé par
un État ami qu’une opération avait été préparée contre moi.
En outre, des
pressions sont exercées contre mes compagnons de lutte au
Proche-Orient, en Amérique latine et dans d’autres États européens. Je
ne peux vous en faire la liste sans compliquer les problèmes. Jürgen
Cain Kulbel a été brièvement incarcéré en Allemagne et pourrait l’être
à nouveau. Techniquement, le seul fait retenu contre lui par le
tribunal est le lien qu’il avait installé sur son site web pointant sur
celui du Réseau Voltaire [4].
Q : Avez-vous des preuves que vous êtes réellement en danger — comme vous le dites — en France et dans les pays de l’OTAN ?
Thierry Meyssan : Non, les listes US sont secrètes, sauf en ce qui concerne les avoirs financiers bloqués aux USA, mais je n’en ai pas. Mais j’ai des témoins de plusieurs contacts.
Q : La
France est une démocratie et est considérée comme la patrie des droits
de l’homme. Ce n’est pas le Chili sous la dictature de Pinochet. Que
vous ayez dû la quitter n’est-il pas tout simplement incompréhensible,
en particulier pour les citoyens français ?
Thierry Meyssan :
Ces situations ne sont pas comparables. Au Chili, les États-Unis
avaient installé une dictature militaire. En France, ils disposent
juste d’agents au sommet de l’État et à la tête des différents services
de sécurité. Mes concitoyens devraient être plus attentifs à la
répression actuelle qui frappe à la fois des hommes politiques de
premier plan, de hauts fonctionnaires et des journalistes. L’équipe de
Nicolas Sarkozy s’appuie sur quelques magistrats dévoyés pour paralyser
ses adversaires politiques et abuse de son pouvoir et de son influence
pour virer les journalistes qui refusent de se courber.
Regardez
d’abord la prise de contrôle des médias. Sarkozy a placé les siens à la
tête des médias privés et purge les médias publics. Il y a un an, les
syndicats de journalistes ont appelé l’opinion publique au
secours [5]. Ils affirmaient qu’il devenait impossible d’enquêter
sur Nicolas Sarkozy et de relater les critiques populaires dont il fait
l’objet. Ils s’inquiétaient de perdre la liberté de s’exprimer en étant
pris en tenaille entre d’une part des juges qui violaient le secret des
sources, et d’autre part, des patrons de presse directement liés à
l’Élysée. Personne ne les a cru et maintenant, c’est trop tard. Tout
est verrouillé.
Des
exemples ? L’équipe du président s’est installée à TF1 et une de
ses anciennes maîtresses y présente le JT [6]. Les médias
étrangers se sont gaussés de cette affaire, mais les médias français
qui l’ont évoquée ont été condamnés pour « atteinte à la vie
privée ». C’est un invraisemblable détournement de la loi de 1881
sur la presse. Désormais, la corruption et le népotisme, lorsqu’ils
concernent l’équipe Sarkozy, sont des sujets tabous. Les aborder, vous
conduit directement en correctionnelle.
Sarkozy a
corrompu publiquement une dizaine d’éditorialistes en leur offrant des
prébendes [7]. Certains ont été engagés dans des cabinets
ministériels, voire à l’Élysée, d’autres ont été nommés dans des
commissions bidon, où, réduits à l’état de courtisans, ils bénéficient
des fastes de la République. Louis XIV tenait la noblesse en l’occupant
à Versailles, Sarkozy distrait les éditorialistes qui devraient
analyser sa politique en les occupant à des mondanités et en leur
faisant rédiger des rapports qu’il ne lit pas.
Pendant ce
temps, les époux Kouchner-Ockrent licencient à RFI et France24 tous
ceux qui résistent à l’influence US. Après Richard Labévière [8],
un rédacteur en chef réputé qui avait le défaut de donner la parole aux
anti-atlantistes, le dernier en date est Grégoire Deniau pour avoir
organisé un débat sur le 11-Septembre en invitant en première partie
Issa El-Ayoubi, vice-président du Réseau Voltaire, et en seconde partie Atmoh, porte-parole de ReOpen911.
Le problème,
ce ne sont pas les journalistes. Il y en a de remarquables en France.
Ce sont les médias. Ils sont déjà sous contrôle et la fonction de
contre-pouvoir n’est plus assurée.
Par ailleurs,
lorsque le grand public entend parler d’une affaire pénale qui touche
une personnalité, il n’y voit qu’un cas particulier. Mais si l’on met
en perspective tous ces cas particuliers, on voit bien qu’ils
traduisent une stratégie.
Sur plainte
personnelle de Nicolas Sarkozy, des juges d’instruction ont interdit de
voyager à l’ancien Premier ministre, Dominique de Villepin, et l’ont
astreint à payer une caution démesurée et humiliante. Bien que ne
disposant d’aucun élément concret à charge, le procureur vient de le
renvoyer en correctionnelle. L’affaire Clearstream offre certes à
Sarkozy un moyen d’éliminer un rival politique, mais il ne l’a pas pour
autant organisée. C’est une machination montée de toutes pièces par son
beau-père, l’ambassadeur Frank Wisner, via une de ses officines
londoniennes, Hakluyt & Co [9]. Le but est d’envoyer Villepin
en prison pour que nul n’ignore qu’on ne défie pas impunément le
secrétaire d’État des États-Unis au Conseil de sécurité de l’ONU.
Des
magistrats ont perquisitionné le domicile de l’ancien directeur des
Renseignements généraux, Yves Bertrand, pour lui extorquer les secrets
des chiraquiens. Et ces jours-ci, des documents saisis sont
miraculeusement arrivés dans des rédactions parisiennes. Des
hebdomadaires proches du pouvoir en ont publié des extraits. Il semble
que l’on cherche à faire passer des documents de travail, énonçant des
hypothèses, pour des rapports finaux, présentant des conclusions. Et
que l’on cherche à faire croire que les RG persécutaient les seuls
socialistes. C’est de la manipulation pure et simple. Chaque fois que
l’on est dans l’opposition, on doit se protéger de cette police
politique, et chaque fois que l’on est au pouvoir, on fait des pieds et
des mains pour se procurer des copies de ses notes. Le pouvoir exerce
une pression incroyable sur ce fonctionnaire pour le faire craquer.
C’est bien hypocrite. Car dans le même temps, au lieu de dissoudre
enfin les RG, on les a réorganisés et on a augmenté leurs moyens en les
fondant dans une administration plus opaque encore.
Jusqu’au
capitaine Paul Barril qu’ils ont mis en prison pour lui arracher les
secrets de Mitterrand. Ils l’ont accusé d’être un tueur à gage et l’ont
si maltraité qu’il a dû être hospitalisé, avant d’être relâché sous
caution. À ce propos, permettez moi une digression sur le génocide
rwandais. Barril s’est défendu des attaques portées contre lui à ce
sujet en mettant en cause le président Kagamé. Celui-ci a alors
commandité un rapport sur l’implication française dans ce drame
historique. À le lire, on comprend que les officiers supérieurs
français, François Mitterrand et tout son cabinet, et le gouvernement
de cohabitation dans son ensemble seraient tous responsables du
génocide… sauf, bien sûr le ministre du Budget et porte-parole du
gouvernement de l’époque, Saint Nicolas Sarkozy. C’est stupide. Il y a
à l’évidence des responsabilités françaises, mais certainement pas de
culpabilité collective. Et au demeurant, il est impossible de
comprendre et de juger ce crime, qui fit plus de 800 000 morts, sans le
replacer dans son contexte et juger aussi les guerres des Grands Lacs
qui firent au total plus de 6 millions de morts et dont les
responsables ne sont pas à chercher à Paris, mais à Washington et
Tel-Aviv.
Maintenant,
les atlantistes montent une affaire contre Jacques Chirac qu’ils
accusent d’avoir organisé, il y a dix ans, l’assassinat d’un
journaliste qui aurait mis son nez dans ses comptes bancaires à
l’étranger. Le pouvoir déploie des moyens extravagants pour construire
cette nouvelle machination. Ainsi, un juge d’instruction a procédé à
une perquisition au cabinet de l’avocat de Chirac dans des conditions
plus que douteuses. Mais à Washington, on n’a pas pardonné à Chirac de
s’être opposé à l’invasion de l’Irak et on inventera n’importe quoi
pour le faire tomber.
Je ne dis pas que tous ces gens
sont des anges, mais ce dont on les accuse est grotesque et ressort
exclusivement de la persécution politique. Je ne dis pas non plus que
la Justice est pourrie, mais que ces affaires ont été confiées à des
juges et à des procureurs qui sont aux ordres.
Quand à ceux
que les atlantistes ne peuvent impliquer dans de pseudo-affaires
pénales, ils les espionnent. En juin-juillet-août 2007, le bureau du Réseau Voltaire
à Paris a été placé sous surveillance. Toute personne entrante ou
sortante a été photographiée, des filatures nécessitant un important
personnel ont été conduites pour identifier les uns et les autres. Ce
traitement est général. Même le domicile de Ségolène Royal a été
« visité » plusieurs fois par les services secrets,
c’est-à-dire illégalement perquisitionné.
Depuis le 1er
juillet 2008, la nouvelle Direction centrale du renseignement intérieur
met en place dans l’urgence le fichier EDVIGE, en violation des Traités
internationaux, notamment du Pacte de l’ONU sur les droits civils et
politiques. Elle fiche les origines raciales ou ethniques, les opinions
politiques, philosophiques ou religieuses, l’appartenance syndicale,
l’état de santé et les pratiques sexuelles de tous les Français. La
DCRI n’en reste pas là, elle utilise les dernières techniques US
d’étude des « réseaux sociaux » pour cartographier vos
relations amicales, professionnelles et politiques. On ne vise plus
simplement des individus, mais les milieux dans lesquels ils évoluent,
les groupes auxquels ils participent. Un recours a été engagé en
Conseil d’État par le SM, la LDH, le SAF, des associations gays et des
syndicats, qui débouchera peut-être sur l’annulation du décret en
décembre. Nicolas Sarkozy a endormi l’opinion publique en déclarant
lui-même qu’il fallait revoir le décret, mais il ne l’a pas abrogé.
En attendant,
pendant ces six mois, on collecte et informatise des données. Une
affaire survenue dans le Rhône a révélé que, malgré les déclarations
lénifiantes du président, la police du Rhône fichait la religion des
fonctionnaires territoriaux. C’est une maladresse qui révèle l’ampleur
du travail de renseignement en cours. Il est improbable que ces données
soient jamais détruites, même si le juge administratif le requiert.
Elles seront simplement intégrées au fichier CRISTINA et classées
Secret-Défense. En définitive, on aura utilisé les moyens des
ex-Renseignements généraux pour constituer un fichier au profit de
l’ex-DST, qui est sensée ne s’occuper que de contre-espionnage. Puis,
dans le cadre de la prétendue coopération anti-terroriste, ces données
politiques seront transmises aux services états-uniens, car CRISTINA
est conçu pour être compatible avec les fichiers US.
Cela vous
étonne ? Mais déjà bien des données individuelles sont transmises
aux USA en violation des lois françaises et des conventions
européennes. C’est vrai pour tout ce qui concerne vos virements
bancaires internationaux [10] ou vos déplacements
aériens [11].
La
France a déjà basculé dans une forme de régime autoritaire sous tutelle
US. On dit qu’une grenouille plongée dans de l’eau tiède que l’on porte
lentement à ébullition ne réagit pas au changement progressif de
température, qu’elle s’engourdit et meurt. Les Français se comportent
de la même manière. Ils tolèrent la destruction progressive de leurs
libertés. Ils ont déjà largement dépassé le seuil du tolérable et ne
réagissent pas, ne réagissent plus.
Q : Sous
l’égide des États-Unis, les dictatures d’Amérique latine avaient mis en
place dans les années 70 un système de persécution des opposants
politiques appelé Plan Condor. Vous avez écrit que ce système a été
réactivé et étendu dans le monde à travers l’OTAN. La comparaison
n’est-elle pas exagérée ?
Thierry Meyssan : Ce n’est pas
une comparaison. C’est une constatation [12]. Elle a été confirmée par
de des rapports officiels au Parlement européen et au Conseil de
l’Europe [13]. Les États-Unis ont étendu à l’Europe occidentale les
méthodes qu’ils avaient utilisé il y a quarante ans en Amérique
latine [14]. Une internationale de la répression est déjà à
l’œuvre [15]. Des centaines de personnes ont été enlevées sur le
territoire de l’Union européenne, exfiltrées et torturées. Jacques
Chirac a protégé notre pays de ces crimes ; il n’en est plus de même
aujourd’hui. Le premier cas identifié est celui de Mohammad As-Siddik,
disparu en plein Paris le 13 mars dernier alors que la France devait le
présenter à une juridiction de l’ONU [16], mais il doit y en avoir déjà
beaucoup d’autres.
Plus de 80 000 personnes ont
transité au cours des sept dernières années dans les prisons secrètes
de la CIA et de la Navy. 26 000 sont actuellement séquestrées [17].
Q : Les exemples sont nombreux de personnes sur lesquelles planait la menace d’un assassinat et qui ont été retrouvées mortes d’une autre manière : suicide, crise cardiaque, accident... Voulez-vous vous suicider ? Avez-vous des problèmes de santé ? Prenez-vous des risques dans vos déplacements ?
Thierry Meyssan : Je ne suis pas dépressif et n’ai aucune inclination suicidaire. J’ai fait faire des examens de santé et n’ai aucune maladie susceptible de provoquer une mort subite. Je fais attention dans mes transports et ne me déplace jamais seul.
Q : Lorsque les menaces ont commencé
à se concrétiser, avez-vous été soutenu en France ? Des organisations
politiques vous ont-elles aidé ? Les autres journalistes vous ont-ils
défendu ?
Thierry Meyssan : Aucune
organisation ne m’a aidé. La plupart de mes « confrères » journalistes
ont fuit la difficulté. Reniant la tradition voltairienne de la presse,
ils ont prétexté ne pas vouloir se prononcer sur les polémiques
entretenues contre moi pour ne pas voir ce qui était en train de se
passer. C’est l’excuse classique des lâches chaque fois que la liberté
est en question. Certains cependant m’ont aidé et je ne vais pas les
dénoncer. Pareil parmi les politiques et les militaires.
Non seulement, ceux qui auraient
dû me défendre ne l’ont pas fait, mais des gens ordinaires qui n’ont
rien à voir avec tout cela ont prêté leur concours à une surveillance
illégale. La banque qu’utilisait le Réseau Voltaire (en l’occurrence
l’agence Gare de l’Est du Crédit coopératif) nous a convoqué pour nous
demander de révéler le nom de nos principaux donateurs, ce
qu’évidemment nous avons refusé de faire. Nous avons alors clôturé
notre compte et ouvert une autre structure hors de la zone OTAN. Mais
cette procédure illégale a été étendue à mes proches et à mes
compagnons de lutte. Lorsque l’un d’entre eux encaisse sur son compte
un versement ou un virement de plus de 500 euros , il est joint par son
banquier qui lui demande d’en justifier la provenance. Pour n’importe
qui, c’est étouffant, pour un commerçant ou un travailleur indépendant,
c’est du harcèlement.
Q : Vous avez quitté la France alors qu’elle évolue - dites-vous - vers un régime répressif. Avez-vous abandonné votre pays ? Avez-vous abandonné le combat politique ?
Thierry Meyssan : Certainement
pas. C’est l’inverse. J’ai quitté la France pour poursuivre mon combat.
Les États-Unis ont tenté différentes approches contre moi : d’abord me
discréditer, puis me ruiner, puis me corrompre, enfin m’éliminer. Si
j’avais plié, je n’aurais pas eu à partir. C’est parce que j’aime la
France et l’idéal qu’elle porte que je suis parti.
Ma situation
semble exceptionnelle. C’est faux. Je suis simplement le premier à qui
cela arrive. Il y en aura d’autres.
Q : Votre pays vous manque-t-il ? Voulez-vous y retourner ?
Thierry Meyssan : Des amis m’entourent ici, mais la France est ma patrie. J’y ai laissé les miens. Comment voulez-vous qu’elle ne me manque pas ?


[1] « Rumsfeld cible la France et l’Allemagne », Réseau Voltaire, 2 janvier 2003.
[2] « Opération Sarkozy : comment la CIA a placé un de ses agents à la
présidence de la République française », Réseau Voltaire, 19 juillet
2008.
[3] Presidential Executive Order 13438 : "Blocking Property of Certain
Persons Who Threaten Stabilization Efforts in Iraq, signé par George W.
Bush le 17 juillet 2007, et Presidential Executive Order 13441 :
Blocking Property of Persons Undermining the Sovereignty of Lebanon or
Its Democratic Processes and Institutions", signé le 1er août 2007.
[4] « Un collaborateur du Réseau Voltaire incarcéré à Berlin », Réseau Voltaire, 10 juin 2008.
[5] « Nicolas Sarkozy étouffe les journalistes français », Réseau Voltaire, 24 septembre 2007.
[6] « La sarkozysation de l’audiovisuel français », Réseau Voltaire, 10 juin 2008.
[7] « Nicolas Sarkozy corrompt publiquement de grands éditorialistes », Réseau Voltaire, 4 octobre 2007.
[8] « Pourquoi les époux Kouchner veulent-ils la tête de Richard Labévière ? », Réseau Voltaire, 29 août 2008
[9] « Opération Sarkozy : comment la CIA a placé un de ses agents à la présidence de la République française », Ibid.
[10] « Les transactions financières internationales sous contrôle
états-unien », par Jean-Claude Paye, Réseau Voltaire, 28 avril 2008.
[11] « L’espace aérien sous contrôle impérial », par Jean-Claude Paye, Réseau Voltaire, 13 octobre 2007.
[12] « L’OTAN : du Gladio aux vols secrets de la CIA », par Ossama Lotfy, Réseau Voltaire, 24 avril 2007.
[13] Allégations de détentions secrètes et de transferts illégaux de
détenus concernant des États membres du Conseil de l’Europe ? Rapport
de Dick Marty au Conseil de l’Europe, 12 juin 2006.
[14] « Faut-il combattre la tyrannie avec les instruments des tyrans ? », par Dick Marty, Réseau Voltaire, 22 mars 2007.
[15] « Les lois anti-terroristes. Un Acte constitutif de l’Empire » et
« Les populations sous surveillance », entretiens de Jean-Claude Paye
avec Silvia Cattori, Réseau Voltaire, 12 septembre 2007 et 15 février
2008.
[16] « Kouchner a « perdu » le témoin-clé de l’enquête Hariri », par Jürgen Cain Külbel, Réseau Voltaire, 21 avril 2008.
[17] « 17 prisons secrètes ont déjà remplacé Guantanamo », Réseau Voltaire, 3 juin 2008.