La comédie électorale hexagonale étant
terminée, les militants démocrates de toutes
tendances vont enfin
pouvoir s’atteler à la “grande
politique”, autrement dit à la place de
notre continent dans le monde, à son unification et au
rôle croissant
des régions dans un ensemble que nous voulons
fondé sur le respect des
particularités de chaque territoire.
Je crois que le
fédéralisme
est une idée transversale, qui n’appartient
à aucun camp. Et pourtant,
j’ai sincèrement cru que cette idée
pouvait être incarnée en France, de
manière inédite, par un homme pour lequel je
conserve énormément
d’estime. Je veux parler bien entendu de François
Bayrou, président du
Mouvement démocrate et porteur
d’espérance, surgi tel un nouveau “Marc
Sangnier” perdu dans une époque terne,
désenchantée et
déshumanisée.
Au
sortir de la présidentielle de 2007, fort de ses sept
millions
d’électrices et d’électeurs,
François Bayrou n’apparaissait non pas
comme “l’homme providentiel”
qu’une France passive attendait, mais
comme un professeur d’énergie, au sens
barrésien, capable de toucher le
coeur de chaque Française et de chaque Français,
capable d’incarner une
mystique, au sens péguyste, une mystique totalement
hermétique à la
cuisine électorale, aux accords de dernière
minute, aux stratégies
tortueuses lesquelles, de toutes façons, n’ont
rien amené et ont fait
perdre un peu de notre âme aux yeux de nombreux concitoyens,
nous
considérant désormais comme de vulgaires
“centristes opportunistes”.
La
France prend cette année la tête de
l’Union européenne (selon le
système des présidences tournantes).
C’est dire si l’enjeu national et
continental est essentiel, à tout point de vue. La place de
François
Bayrou n’était donc pas à la mairie de
Pau, ni dans les allées du
microcosme parisien, mais “au front”,
hissée au niveau de la France et
de l’Europe, à la tête de troupes qui
veulent changer la manière de
faire de la politique et qui méprisent les petites combines
d’entre les
deux tours.
Je suis heureux qu’une force
nouvelle émerge face
à cet “égout plein de rats”
que décrivait jadis le très
républicain
Georges Clemenceau. Mais il fallait mesurer toutes les implications
humaines et stratégiques de la rupture avec le
système binaire et
accepter de privilégier la mystique aux calculs
électoraux minables. Il
n’y avait absolument rien à sauver. Et la
démocratie ne se réduit pas
aux scores électoraux. Sans cela Vladimir Poutine serait le
plus grand
des démocrates...
Le centrisme représente
à mes yeux tout ce que
le paysage politique hexagonal compte depuis trente ans de frileux, de
retors, de calculateur, de bourgeois, de pusillanime. La
défense des
privilèges. L’esprit d’abandon. La
facilité. La peur de l’affrontement.
Le consensus mou. Bref, tout le contraire des idéaux
laïques et
chrétiens du Sillon, de l’élan non
conformiste initié par Emmanuel
Mounier, de l’esprit héroïque de la
Résistance, du volontarisme
européen d’après-guerre, de la
contestation soixante-huitarde, qui
devait beaucoup, sous un vernis marxiste, au personnalisme
communautaire des générations
précédentes.
Je comprends que
certains de mes amis veuillent sauver à tout prix le
centrisme, morcelé
en moult chapelles, au nom d’une certaine
continuité historique. Qu’ils
poussent alors le raisonnement jusqu’au bout, car si
l’on doit se
ressourcer dans ce qui est pur, il faut absolument se
délester de ce
qui est pourri depuis plus de trente ans. Le centre a toujours
été la
force d'appoint, non pas d'un camp idéologique, mais
d’une coterie, de
l’État-RPR hier à
l’État-UMP aujourd’hui. Au fond
d’eux-mêmes, les
démocrates chrétiens, républicains
radicaux et démocrates sociaux, le
savent.
Les élections sont maintenant
terminées. Félicitations
aux 16% obtenus par le MoDem au premier tour des municipales
(là où il
présentait des listes autonomes). Honneur aux candidats
démocrates qui
se sont battus comme des lions.
Que faire de ces victoires et
de ces échecs? Il est temps de dessiner les contours
d’une doctrine, de
définir une vision et une stratégie qui ne
doivent rien au calendrier
électoral. Affirmer une identité
libérée des réflexes bipolaires,
oxygéner le paysage politique, ne plus se vendre au plus
offrant, voilà
les trois conditions de ma présence au sein d’un
mouvement politique
qui n’est pas centriste, ni même central, mais
périphérique et
résolument opposé à un
système dont le seul objet est de se reproduire
à l’identique et de faire disparaître
toute force autonome émergente.
Si
nous voulons enfin dépasser le centrisme et rompre avec
l’opportunisme,
nous deviendrons alors bien plus gênants pour le
système que les
épouvantails extrémistes qui ne font que
renforcer l’ordre établi.

