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lundi 17 mars 2008

Pour en finir avec le centre

Olivier Rabache

http://europe-federale.blogspot.com/2008/03/lections-municipales-pour-en-finir-avec.html

    La comédie électorale hexagonale étant terminée, les militants démocrates de toutes tendances vont enfin pouvoir s’atteler à la “grande politique”, autrement dit à la place de notre continent dans le monde, à son unification et au rôle croissant des régions dans un ensemble que nous voulons fondé sur le respect des particularités de chaque territoire.

    Je crois que le fédéralisme est une idée transversale, qui n’appartient à aucun camp. Et pourtant, j’ai sincèrement cru que cette idée pouvait être incarnée en France, de manière inédite, par un homme pour lequel je conserve énormément d’estime. Je veux parler bien entendu de François Bayrou, président du Mouvement démocrate et porteur d’espérance, surgi tel un nouveau “Marc Sangnier” perdu dans une époque terne, désenchantée et déshumanisée.

    Au sortir de la présidentielle de 2007, fort de ses sept millions d’électrices et d’électeurs, François Bayrou n’apparaissait non pas comme “l’homme providentiel” qu’une France passive attendait, mais comme un professeur d’énergie, au sens barrésien, capable de toucher le coeur de chaque Française et de chaque Français, capable d’incarner une mystique, au sens péguyste, une mystique totalement hermétique à la cuisine électorale, aux accords de dernière minute, aux stratégies tortueuses lesquelles, de toutes façons, n’ont rien amené et ont fait perdre un peu de notre âme aux yeux de nombreux concitoyens, nous considérant désormais comme de vulgaires “centristes opportunistes”.

    La France prend cette année la tête de l’Union européenne (selon le système des présidences tournantes). C’est dire si l’enjeu national et continental est essentiel, à tout point de vue. La place de François Bayrou n’était donc pas à la mairie de Pau, ni dans les allées du microcosme parisien, mais “au front”, hissée au niveau de la France et de l’Europe, à la tête de troupes qui veulent changer la manière de faire de la politique et qui méprisent les petites combines d’entre les deux tours.

    Je suis heureux qu’une force nouvelle émerge face à cet “égout plein de rats” que décrivait jadis le très républicain Georges Clemenceau. Mais il fallait mesurer toutes les implications humaines et stratégiques de la rupture avec le système binaire et accepter de privilégier la mystique aux calculs électoraux minables. Il n’y avait absolument rien à sauver. Et la démocratie ne se réduit pas aux scores électoraux. Sans cela Vladimir Poutine serait le plus grand des démocrates...

    Le centrisme représente à mes yeux tout ce que le paysage politique hexagonal compte depuis trente ans de frileux, de retors, de calculateur, de bourgeois, de pusillanime. La défense des privilèges. L’esprit d’abandon. La facilité. La peur de l’affrontement. Le consensus mou. Bref, tout le contraire des idéaux laïques et chrétiens du Sillon, de l’élan non conformiste initié par Emmanuel Mounier, de l’esprit héroïque de la Résistance, du volontarisme européen d’après-guerre, de la contestation soixante-huitarde, qui devait beaucoup, sous un vernis marxiste, au personnalisme communautaire des générations précédentes.

    Je comprends que certains de mes amis veuillent sauver à tout prix le centrisme, morcelé en moult chapelles, au nom d’une certaine continuité historique. Qu’ils poussent alors le raisonnement jusqu’au bout, car si l’on doit se ressourcer dans ce qui est pur, il faut absolument se délester de ce qui est pourri depuis plus de trente ans. Le centre a toujours été la force d'appoint, non pas d'un camp idéologique, mais d’une coterie, de l’État-RPR hier à l’État-UMP aujourd’hui. Au fond d’eux-mêmes, les démocrates chrétiens, républicains radicaux et démocrates sociaux, le savent.

    Les élections sont maintenant terminées. Félicitations aux 16% obtenus par le MoDem au premier tour des municipales (là où il présentait des listes autonomes). Honneur aux candidats démocrates qui se sont battus comme des lions.

    Que faire de ces victoires et de ces échecs? Il est temps de dessiner les contours d’une doctrine, de définir une vision et une stratégie qui ne doivent rien au calendrier électoral. Affirmer une identité libérée des réflexes bipolaires, oxygéner le paysage politique, ne plus se vendre au plus offrant, voilà les trois conditions de ma présence au sein d’un mouvement politique qui n’est pas centriste, ni même central, mais périphérique et résolument opposé à un système dont le seul objet est de se reproduire à l’identique et de faire disparaître toute force autonome émergente.

    Si nous voulons enfin dépasser le centrisme et rompre avec l’opportunisme, nous deviendrons alors bien plus gênants pour le système que les épouvantails extrémistes qui ne font que renforcer l’ordre établi.

 

  

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