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CONTRE LA POLITIQUE ET L’ECONOMIE DE L’AVOIR, 

VIVE LA COMMUNE DE L’ÊTRE…

Gustave Lefrançais

                                                                                                         
                                                                                      Préface 

                                                         (à laquelle G.L. répond dans une brève postface)



    Gustave Lefrançais, une fois de plus, ne mâche pas ses mots. Contre la domination de l'avoir et du pouvoir, il opte sans concession aucune pour le parti de l'être. C'est un choix séduisant au moment où les détenteurs de l'avoir-pouvoir montrent qu'ils ont failli magistralement, qu'après toutes ces années, ces décennies -- et pourrait-on dire ces millénaires ?-- de tromperie, de vol
, d'usurpation, de tueries et de gaspillages, ils ont abouti dans le mur, fermant leurs usines, jetant leurs ouvriers et les semi-esclaves impotés pour les faire tourner, à la rue, perdant leurs guerres d'occupation et de colonisation au bout de millions de morts pour rien,  dévoilant le nihilisme des valeurs de leur civilisation, la fausseté de leur code des droits de l'homme...
   

    Le moment est donc venu, comme le propose Gustave Lefrançais, de réfléchir à un changement de paradigme, à une révolution de la pensée, de nos mœurs économiques et politiques, et surtout à une autre disposition intérieure qui nous inciterait à négliger ce que nous avons poursuivi et désiré jusqu'ici pour aspirer à tout ce que nous avons négligé, aux vraies richesses de la terre et de l'esprit.
    Certes,  l'économisme libéral qui domine encore nos existences par sa pensée unique doit être critiqué, déconstruit, aboli, remplacé par un oikos communautaire, organique, privilégiant l'intérêt général véritable sur les spéculations particulières, fondé sur l'esprit du don plutôt que sur le calcul du pofit; certes l'action politique doit être surveillée, regardée avec suspicion, pratiquée avec mesure, réorientée vers le sens commun dont elle n'aurait jamais dû s'extraire...
    Mais peut-on abolir les fonctions politique et économique qui occupent le deuxième et troisième rang dans l'idéologie indo-européenne selon Georges Dumézil pour ne fonder la communauté que sur les vertus de la première fonction (celles du renoncement et de la sagesse souveraine) ?
    Le réaliste machiavélien, le nietzschéen (et l'heideggerien) que je suis, ne le pense pas. Le pouvoir est certes fréquemment mauvais, pourri, mais on ne peut l'abolir ou le bannir sempiternellement.  Idem pour la tentation de l'avoir qui peut être transformée, réorientée vers le partage, maîtrisée par une communauté purgée de l'individualisme bourgeois auquel elle se livre depuis deux ou trois-cents ans,  mais qui ne saurait être éradiquée de l'humain trop humain, sauf peut-être dans de tous petits cénacles de vie quasi-monacale
où l'on cultiverait l'hypothétique pureté de la tribu germanique primitive comme d'autres y cultivent la sagesse bouddhique, le modèle christique ou le socialisme du Phalanstère.  

       Sans être convaincu de la faisabilité du modèle proposé par Gustave Lefrançais, on peut toutefois admirer la sincérité et la justesse de ses convictions face à celles qui prévalent -- et échouent -- aujourd'hui.  Dans un monde sans coeur et sans idéal qui jette ses ouvriers à la rue,  qui brade ses peuples aux aigrefins de la haute finance et à leurs thuriféraires, nous avons besoin de cette prose, ou de cette poésie plutôt, comme d'une bouffée d'air pur, comme d'un respir du haut des cimes nous permettant de mieux affronter l'atmosphère polluée des basses terres où nous sommes condamnés à vivre.   Si Paris, celui de Sarkozy, Attali, Kouchner & co. se hérissait de barricades en faveur d'une Commune de l'être, ce serait une très bonne nouvelle, la possibilité d'une autre Europe qui soit vraiment un nouveau monde. Et même si "l'insurrection qui vient" sera sans doute motivée par des objectifs plus prosaïques, nous n'avons rien à perdre  en ajoutant aux mornes revendications des tristes esclaves ce slogan :   "Vive  la pensée de l'être contre les diktats de l'avoir-pouvoir ! "
                                                                                                                                                                                                                                                                         
Jacques Marlaud                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         






« Tout pouvoir est maudit… »

Louise MICHEL




    César en 53 av. J.-C, écrit dans la La Guerre des Gaules : « Les moeurs des Germains sont très différents de ceux des Celtes car ils n'ont pas de druides qui président aux choses divines et ne font point de sacrifices… nul n'a de champs limités ni de terrain qui soit sa propriété mais les représentants de la communauté assignent tous les ans aux populations et aux familles vivant dans la communauté, des terres en tels lieux et quantité qu'ils jugent à propos ; et l'année suivante ils les amènent à passer ailleurs. Ils donnent beaucoup de raisons de cet usage : la crainte que l'attrait d'une longue habitude ne fasse perdre le goût du combat pour celui de l'agriculture ; que chacun, s'occupant d'étendre ses possessions, les plus puissants ne chassent des leurs les plus vulnérables ; qu'on ne se garantisse du froid et de la chaleur par des habitations trop commodes ; que l'appétit des richesses ne s'introduise parmi eux et ne fasse naître les factions et les discordes ; on veut enfin maintenir le peuple par un esprit de cohérence, en lui montrant un parfait équilibre de biens entre les moins vigoureux et les plus forts ».

    Bien longtemps après que Grecs, Celtes et Romains aient vu se dissoudre la vieille communauté de l’être happée par la dialectique de l’aliénation économique et de la mystification politique telles qu’elles firent naître les modernités urbaines de la société de l’avoir, les populations germaines continuaient à refuser les tyrannies de la domination, du calcul et de la possession.

    Le despotisme de la division appropriative qui sépare l’homme de la nature, le produit du producteur et qui casse la tradition primordiale du guerrier paysan pour faire surgir la séparation fonctionnelle entre guerriers et paysans mit des siècles à pouvoir apparaître.
Comme le montre Engels dans L'origine de la famille, de la propriété privée et de l'Etat, la dialectique du développement capitalistique qui mène au totalitarisme cosmopolitique de la mondialisation actuelle, a débuté sa formalisation in-humanisante en ces temps là lorsque l’avoir a commencé à supplanter l’être et que les hommes ont cessé de produire pour le concret du besoin humain et ont été désormais contraints à travailler pour l’abstraction de l’échange des nécessités solvables.
    Ainsi s’enclencha partout la dissolution de l'organisation gentilice des communautés de l’être qui d’abord sapée par le surgissement de l’économie politique du pouvoir et de l’acquérir finit par être totalement éliminée avec l'avènement de la civilisation de l’argent et de l’Etat.
L’économie et la politique sont la finalité de toute société puisque toute société est basée sur l’imposture de l’avoir et la séparation de l’homme d’avec lui-même. L’anti-économie et l’anti-politique sont en revanche le but de toute communauté de l’être qui vise à l’épanouissement immanent du vrai vivre.
    La connaissance cosmique et spontanée de ce risque de pouvoir économique et politique est innée à toute communauté qui justement ne veut pas devenir société. Ce qui explique cette tendance naturelle de l'homme à préserver le  vivre humain de son être vis à vis de tout dérapé vers les confiscations de l’avoir.
    Les communautés de l’être sont donc en leur percevoir intérieur des dynamiques d’alerte faites d'un réseau de regards et de vigilances complexes qui empêchent ainsi activement l'expansion d'un pouvoir de domestication économique et politique.
En opposition à l’homme de qualité, l'État est alors cette constellation législative émanant du pouvoir hiérarchique de la quantité économique qu'elle légitime dés lors que naît la société du détenir sur les ruines des communautés qui ont échoué à maintenir en place les mécanismes naturels qui empêchent le travailler pour l’échange de remplacer progressivement le produire pour l’homme.
    Ainsi, se comprend l’opposition radicale entre les grandes civilisations grecques et romaines et les petites unités anti-politiques formées par les tribus germaniques dont l'ensemble du corps social se met continuellement en branle critique pour empêcher le guide ponctuel de transformer son prestige passager en pouvoir de fétichisation durable.
    La mort d’Arminius tué par les siens parce qu’il se croyait autorisé à pouvoir lamentablement plagier ceux qu’il venait de vaincre à la bataille de Teutobourg est ici emblématique de cette lutte de classe radicale qui définit ontologiquement la contradiction historique entre l’être et l’avoir.
Autrement dit, la communauté communiste germanique des Forêts comme celle des Sioux des Plaines n’est pas une entité humaine  qui n'aurait pas encore découvert l’économie et la politique  mais au contraire une communauté anti-économique et anti-politique toute entière  tournée vers la passion de l’authentique pour éviter que l'État justement n'apparaisse.
    De la sorte, la communauté germanique refuse la différenciation économique et politique en s’interdisant la facticité des surplus matériels de l’accumulation  et de la division sociale des hiérarchismes du spectacle de la représentation.
L'histoire de l’être dans histoire, c'est l'histoire de l’être contre l’histoire ( qui n’est pas autre chose que le devenir de ce par quoi l’homme est séparé de lui-même !). C’est le mouvement de la lutte humaine contre l'État en tant que longue auto-défense paysanne des communaux ancestraux contre la dictature économique et politique des enclosures de l’avoir puis celle de la longue auto-défense ouvrière pour abolir les clôtures de la prison salariale de la dictature politique de l’économie.
    Comme le démontre Marx dans la critique de l’économie politique, le capital va inéluctablement mourir car il est consubstantiellement la dé-mesure mortelle de sa propre mesure. Aujourd’hui, il signale qu’il est processus d’impossibilisation de sa propre possibilisation car  les mouvements de ce par quoi il produit sa propre re-production l’empêchent de reconduire sa conduction puisqu’il se meut désormais dans l’infinie contradiction explosive entre l’illimité du besoin de solvabilité qu’il lui faudrait obtenir et le limité absolument commensurable de ce qu’il peut trouver.

    L’actuelle crise universelle des mensonges du crédit nous indique dorénavant que le spectacle de la dette marchande signifie d’abord que toutes les anticipations frauduleuses de profit escomptés depuis des lustres vont se retourner contre elles-mêmes en une considérable dévastation qui va dé-voiler la vraie nature de la pitoyable errance de l’homme dans le faire-valoir de la non-vie.

    Tout ceci est d’abord une chance historique pour, non pas envisager une nouvelle économie politique de l’avoir et de l’égarement, mais pour mettre en perspective la nécessité de vivre la véritable Commune de l’être, non pas étroite et locale comme celle de ces passés étriqués qui ne pouvaient que périr - mais universelle et radicale pour re-trouver la permanence cosmique d’une vivante ontologie enfin pérenne et déployée.

    A bas la marchandise, le salariat et l’État !

    VIVE LA GUERRE SOCIALE MONDIALE CONTRE LA DICTATURE DE L’ARGENT !

    VIVE LA COMMUNAUTE HUMAINE
     DE L’ONTOLOGIE DE L’ ÊTRE…


‭                         Posface (en réponse à la préface)
 
    Certes, je saisis bien votre différence de regard mais César dans la Guerre des Gaules, Tacite dans La Germanie, et surtout l'archéologie et la linguistique la plus précise des recherches les plus fouillées nous rappellent fort  justement que Les Germains primitifs ignoraient la propriété privée du sol et que la communauté de l’être ensemble qui ne dissociait pas alors le cosmos et l’histoire, le je et le nous, faisait bien fi des aliénations appropriatives. Contrairement à ce qu’une vision sommaire des peuples indo-européens laisse entendre, la tri-fonctionalité dumézilienne n’exprime pas la genèse historique des origines indo-européennes mais bien le processus de décadence qui voit les fonctions guerrières et religieuses s’autonomiser des fonctions de production et ainsi permettre la dislocation de l’unité primordiale.

    Au commencement des commencements, comme le démontre Engels dans la L'origine de la famille de la propriété privée et de l'État, le germain est un guerrier-paysan sans chef et sans prêtre et il le restera longtemps alors même que celtes et grecs seront déjà entrés, eux,  dans la dialectique civilisationnelle qui scissionne l’homme, transforme le produire nécessaire en travail en même temps qu’asservissement à la division politique et économique de l’espace entre villes et campagnes...

    ...De tout ceci, je pense qu'un de ces jours nous discuterons et en l'attente, je vous souhaite bonne soirée critiquement cordiale...et j'en profite pour vous indique un texte essentiel:

    http://www.marxists.org/francais/engels/works/1884/00/fe18840000.htm

                                                                                                                                                                                                                G.L.
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