2) Le Grand Paris : au service
de quelle vision de la ville ?
Depuis début mai et jusqu’au 22
novembre, on peut voir l’exposition sur les projets de 10
architectes de renom sur les avenirs de l’agglomération
parisienne à la Cité de l’architecture et du
patrimoine (Paris 16e). Cette exposition fait suite à la grande
consultation internationale voulue par le Président de la
République. Le gouvernement a demandé des idées
pour imaginer Paris métropole en 2050 et non pas un plan
d’urbanisme. Six architectes français et quatre
étrangers ont été chargés de
réfléchir, proposer, imaginer : Richard Rogers, Roland
Castro, Djamel Klouche (AUC), Christian de Portzamparc, Antoine
Grumbach, Jean Nouvel, Paola Vigano et Bernardo Secchi (Studio
08), Finn Geipel (LIN), Yves Lion (Groupe Descartes), Winy Maas
(MVRDV).
Dix grands architectes mais pour quoi faire ?
Les résultats de la consultation sont
hétérogènes mais pas forcément
incompatibles entre eux. « Faire de la Courneuve un Central
Park » (Roland Castro), « prolonger Paris
jusqu’au Havre en longeant la Seine » (Antoine
Grumbach), créer une « cité du futur à
Villacoublay » et multiplier tours et terrasses (Jean
Nouvel), s’inspirer de Tokyo et « apprendre à
regarder la métropole parisienne comme une grande
étendue » (Djamel Klouche), relier les pôles de
développement entre eux (Christian de Portzamparc), alterner
grande densité et légèreté de la ville
(Finn Geipel-LIN), créer une ville
« poreuse » autour du réseau fluvial
(Bernardo Secchi et Paola Vigano-Studio 08), restructurer la
gouvernance et aller vers la mixité sociale (Richard Rogers),
développer les panneaux solaires et entourer Roissy de
forêts (Winy Maas-MVRDV), en finir avec la limite du boulevard
périphérique, faire des tours de vrais lieux à
habiter (Yves Lion). Des images sont ainsi confrontées, mais
aussi des principes (la densité, l’écologie, des
tours ou pas, la gouvernance…). Dix façons de voir
Paris à sa vraie échelle, qui n’est pas
limitée par le périphérique.
Dans son discours inaugural de l’exposition,
Nicolas Sarkozy a afficher de grandes ambitions : une ville
reliée à la mer avec Le Havre à une heure de train
de Paris, une ville polycentrique, la transformation de la zone de
bruit de Roissy en forêt (on parle d’un million
d’arbres, ce qui fait image), une boucle de transport rapide
automatique de 130 km, le « grand huit », et bien
sûr plus de logements, 70 000 par an contre à peine
40 000 aujourd’hui, plus de tramways, plus de mixité
sociale. Un projet de loi devra être déposé et les
grands chantiers devraient commencer en 2012. Il s’agit de
rattraper le temps perdu. « Nous allons faire le Grand Paris
en 10 ans. » Bon pour l’emploi dans un contexte de
marasme et ambitieux à un an des élections
régionales. Rien que le volet transport - pour le seul Grand
Huit - pèse 20 milliards, soit 1% du produit intérieur
brut. C’est beaucoup mais pas forcément
disproportionné pour une région qui pèse 30 % du
PIB. En matière de financement, les choses sont
éludées. On compte sur les plus values et les hausses de
fréquentation des transports publics devenus plus attractifs.
Soit. « Ce n’est pas un coût, c’est un
investissement » dit-on dans l’entourage de Nicolas
Sarkozy. « L’entreprise sera rentable ».
Certes. Cela se peut. A bien des conditions. On souhaite tout de
même bon courage au rapporteur du budget à
l’assemblée nationale. Le discours du président a
été plutôt bien accueilli, il ne prend pas de front
ni le maire de Paris ni le président socialiste de la
région Jean-Paul Huchon. Il donne acte aux dix architectes de
leur créativité et reprend presque mot pour mot des
formules de Roland Castro, architecte de gauche et ancien fondateur de
Banlieues 89, la boite à idées de Mitterrand en
matière d’urbanisme. Le principal bémol est venu du
président du Conseil général de Seine et
Marne : « « Avant d’envisager un Grand
Paris qui s’étende jusqu’au Havre, il faudrait
d’abord qu’il intègre pleinement Meaux, Provins ou
Nemours ! ».
Paris intra-muros : 5 % de l’agglomération et 1/6eme de la population
Pour comprendre l’enjeu, il faut se rappeler que Paris est
figé dans ses limites de 1860 date de la dernière
extension administrative de la ville, voulue par Napoléon III.
C’était l’annexion des faubourgs. Depuis, il
n’a échappé à personne que la banlieue a
continué de se développer. Or les limites de Paris
n’ont plus bougée, seule la destruction des fortifications
de Thiers, dans les années 1920-30 a donné un peu
d’espace à Paris.
Bien entendu, La ville de Paris n’a
cessé de devoir excentrer certaines de ses
activités : les cimetières, la gestion de
l’eau, et à pour cela du nouer des coopérations.
Ainsi la ville de Paris a participé à la construction des
cités-jardins des années trente, a construit y compris
pour ses propres salariés de nombreux HLM en banlieue dés
les années 50,a participé à la construction
d’hôpitaux. Dés les années trente
l’agglomération parisienne déborde sur la Seine et
Oise, censée à l’origine être une ceinture
rurale. Un Conseil supérieur d’aménagement et
d’organisation de la région parisienne est
créé en 1928, il prend en compte cette extension de
l’urbanisation puisqu’il est compétent pour
étudier et planifier le développement
jusqu’à 35 km de Notre-Dame. Il produit un plan dont la
pertinence est largement reconnue mais qui ne produit pas
d’effets faute : il est approuvé en … 1939. Il
faut attendre 1961 pour que se crée avec de Gaulle et Paul
Delouvrier le District de la région parisienne, une gouvernance
avant la lettre avec la Seine, la Seine et Oise, et la Seine et Marne,
c'est-à-dire la Région Ile de France actuelle. Le
District est l’instrument d’élaboration du
schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme
de la région parisienne (SDAURP) de 1965 et des grands projets
tels le RER, les autoroutes, les villes nouvelles.
Les 105 km2 de Paris ne sont plus qu’une
petite partie d’une agglomération parisienne qui, pour la
partie en continue s’étend sur 2000 km2 ; Paris
à l’intérieur du
« périf » représente donc environ
5% de l’espace de l’agglomération. Quand à la
population de l’agglomération – ce que l’INSEE
appelle l’Unité urbaine de Paris - elle compte près
de 10 millions d’habitants dont 2 millions pour Paris même.
Si on raisonne en termes d’aire urbaine nous débordons
l’Ile de France et dépassons les 12 millions
d’habitants. L’agglomération parisienne est la plus
peuplée de l’union européenne et c’est la
seule des grandes zones métropolitaine qui ne dispose pas
d’une organisation politique et administrative, une
« gouvernance », à son échelle,
contrairement à Berlin et à Londres. Paris est aussi
l’agglomération dont le cœur est le plus dense.
À gauche, le syndicat mixte Paris
métropole impulsé par le Maire de Paris depuis juin 2008,
se veut un début de réponse. C’est
l’héritier de la Conférence métropolitaine
créée en 2006 par Bertrand Delanoë. Il
regroupe notamment 54 communes autour de Paris. Mais son poids
politique reste faible tant par rapport à la Mairie de Paris que
par rapport au Conseil régional d’Ile de France, tous deux
de gauche et qui ne veulent pas d’un troisième niveau de
pouvoir décideur quant aux choix stratégiques pour
l’agglomération.
De Gaulle et Delouvrier : la grande rupture
Jusqu’au début des années
soixante, la grande majorité de la population de la
région parisienne se situait dans le département de la
Seine. Celui-ci fut créé en 1790 sous le nom –
prémonitoire ? – de département de Paris et ne
prit celui de département de la Seine qu’en 1795. Ce
département avait 476 km2. Habité par 1,1 million
d’habitants en 1836 alors que la révolution industrielle
en était à ses débuts, il comptait 5,6 millions
d’habitants en 1962. Le reste était réparti dans la
Seine et Oise (préfecture Versailles), qui entourait
entièrement la Seine, ainsi que dans la Seine et Marne,
restée plus rurale. La Seine et Oise n’avait pas de
centralité et était avec 5658 km2, 56 fois plus grande
que notre Paris actuel. La réforme de 1964 achevée en
1968 a fait coïncider la ville de Paris avec un département
– un cas unique - et créé des départements
de proche couronne, un peu plus grands que Paris (les Hauts de Seine,
la Seine Saint Denis, le Val de Marne) et des départements de
grande couronne, beaucoup plus grands (les Yvelines, le Val
d’Oise, l’Essonne) mais néanmoins plus petits que la
plupart des autres départements français.
L’objectif était d’administrer mieux en se
rapprochant des citoyens. Il était aussi politique : il
s’agissait de parer à la domination de la gauche sur le
Conseil général de la Seine, aux mains des socialistes,
à l’époque la SFIO. La ville de Paris reste sous la
tutelle du préfet de police et du préfet de la Seine
devenu préfet de Paris.
Avec du recul, 1964 apparait une date
charnière dans la coupure entre Paris et les banlieues, et cette
coupure institutionnelle est bien sûr spatialisée par le
périphérique commencé en 1956 et achevé en
1973. Paul Delouvrier avait été mandaté par De
Gaulle pour « mettre de l’ordre dans ce
bordel ». D’où le redécoupage de la
région parisienne avec des soucis d’un équilibre
politique subtil : le maximum pour les gaullistes,
l’inévitable pour les communistes, et le reste
c'est-à-dire presque rien pour les socialistes ou les
démocrates-chrétiens.
C’est le dernier préfet de la Seine
(1967-68) et premier préfet de Paris (1968-69), Maurice Doublet,
qui affirmait que la suppression de ce département a mis
à mal la « communauté de destin »
entre parisiens et banlieusards. L’Amicale des Maires de la Seine
banlieue créée en février 1909, jouait un grand
rôle dont l’association des maires d’Ile de France
n’ est aucunement l’équivalent. En 1987, le
journaliste Marc-Ambroise Rendu revenait sur les conséquences du
« divorce de 1968 » (la fin du département
de la Seine) et écrivait : « Et si Paris
rencontrait ses voisins ? ». Dans les années
1980, l’économiste et grand commis de l’Etat Pierre
Uri affirma la nécessité de recréer un
département de la Seine. D’autant que la donne a vite
changée après 1968. En 1977 Paris devient une commune de
plein exercice et Jacques Chirac est son premier maire élu
depuis 1871. La décentralisation de 1982-83 est intervenue. Les
régions ont été créés et la
première élection des conseillers régionaux a lieu
en 1986 : c’est un paysage institutionnel nouveau qui
s’installe, très loin du dirigisme gaullo-pompidolien.
C’est dès le 26 juin 2007 que le
Président Sarkozy avait lancé l’idée
d’un Grand Paris. En mars 2008 un secrétariat
d’État en
charge du développement de la région capitale est
créé et confié à Christian Blanc, habile
négociateur. Pour autant il ne s’est guère
engagé sur quoi que ce soit de précis, hormis
l’aménagement du plateau de Saclay, qui n’est pas un
objet brulant de débat. Dés juin 2008, par contre, les 10
équipes internationales d’architectes étaient mises
au travail.
Une ville plus dense et plus dérèglementée
Nicolas Sarkozy a été clair sur un
point : il veut une ville plus dense, à l’unisson des
organismes représentants les architectes franciliens. Il faut
pour cela, dit-il, « rétablir la continuité du
bâti dans les zones denses »,
« élever le coefficient d’occupation des
sols », « permettre à chaque
propriétaire d’une maison individuelle de
s’agrandir », « utiliser les interstices,
les délaissés d’infrastructures ». Le
moyen de cette nouvelle politique est, indique t-il,
l’instauration de procédures simplifiées et
même « ultra-simplifiées » de
modifications des règles d’urbanisme et entre autre la
suppression des enquêtes publiques pour les constructions en
limites séparatives. Un autre moyen de densifier selon
Nicolas Sarkozy est de mettre fin au zonage qui réserve des
zones à l’habitat, d’autres à
l’industrie, et encore de rendre constructibles les zones
inondables pour certains bâtiments. En outre, il ne serait plus
interdit de construire à moins de 100 mètres d’une
autoroute ou d’une voie rapide. A l’exemple des
propositions Attali dans le domaine de l’économie, il faut
selon le Président dérèglementer un droit de
l’urbanisme jugé trop « lourd ». Le
rapport Attali évoquait d’ailleurs déjà les
enjeux de gouvernance territoriale et d’urbanisme dans le sens
d’une dérèglementation. D’où des
inquiétudes dans des associations de défense de
l’environnement.
À coté du volet urbanistique, le
chantier de la nouvelle gouvernance est très politique. Le
sénateur UMP Philippe Dallier a proposé la fusion des
départements de Paris, les Hauts de Seine, la Seine Saint-Denis,
le Val de Marne. Cela créerait un département du Grand
Paris, 7 fois plus grand que Paris intra muros (762 km2 contre 105), de
quelques 123 communes (plus Paris) et 6 millions
d’habitants, sur une surface un peu plus grande que
l’ancien département de la Seine supprimé en
1964-68. Cette nouvelle collectivité territoriale comporterait
environ 1 élu pour 50 000 habitants soit le même
ratio que les conseillers régionaux. Ce qui ferait quelque 120
élus. A terme, le président de ce conseil du Grand Paris
serait une sorte de Maire du Grand Paris, la logique de la
réforme étant la suppression de la Mairie du
« petit Paris » (le Paris actuel) au profit des
mairies d’arrondissement devenues des mairies de plein exercice.
L’ensemble des compétences des conseils
généraux seraient transférées au
président du conseil du Grand Paris, et certaines
compétences communales pourraient l’être tel le
logement, les Plans locaux d’urbanisme… Les structures
intercommunales nombreuses et illisibles pour les habitants (qui sait
qu’il y a une intercommunalité Boulogne-Sèvres,
à quelle légitimité élective
correspond-t-elle ?) n’auraient plus de raison
d’être. C’est ce projet cohérent et
ambitieux a été retenu tel quel par le Comité
Balladur. Son principe est simple : adapter la gouvernance
à la réalité : il y a un cœur de
l’agglomération qui est dense, Paris et la petite
couronne, et des secteurs qui le sont moins, la grande couronne. Le
président Sarkozy a résumé l’objectif lors
de l’inauguration, le 29 avril, de l’exposition à la
Cité de l’architecture et du patrimoine en disant :
« Le Grand Paris cessera d’être une
agglomération pour devenir une ville quand on ne parlera plus de
banlieues. » A ceux qui craignent une agglomération
parisienne à deux vitesses, avec un cœur dense et riche et
une périphérie pauvre, les partisans du projet
répliquent que les 10 pôles de développement sont
en bonne part en dehors du Grand Paris : Roissy, Marne la
Vallée, Saclay, Saint Quentin en Yvelines, Evry…
L’attractivité du Grand Paris en jeu
En fait, bien des modalités du Grand Paris
restent à éclaircir en termes d’objectifs et de
moyens. Une chose n’est pas contestable, le petit Paris, avec 2
millions d’habitants sur plus de 10 millions n’est pas une
réponse adaptée à l’échelle de
l’agglomération. Donner une identité politique au
cœur de l’agglomération, paris et la proche couronne
relève du bon sens. On a pu ironiser sur « une rocade
de métro élevée au rang de chantier
présidentiel » (Le Monde).
Il n’est pourtant pas contestable que les habitants attendent de
meilleurs transports en commun bien plus que des monuments. Restent
bien des questions comment articuler Arc Express de la
région et le Grand Huit, le transport rapide annoncé par
le président ? Comment trouver les 35 milliards du plan
transport ? L’enjeu est politique et économique.
C’est l’attractivité d’une ville que
traversent 40 % des flux touristiques européens, qui est une des
destinations préférées pour les sièges
sociaux. Mais c’est surtout un enjeu de civilisation. S’il
est vrai que bien des banlieues sont en déficit de beauté
et d’agrément du cadre de vie, ce n’est pas par
révolte contre l’absence de beauté que des milliers
de voitures sont régulièrement brulées, ou que des
agressions violentes se produisent de plus en plus souvent notamment
dans les transports en commun. Le désenclavement est une grande
priorité d’où les transports en commun qui
nécessitent un effort à la mesure de cet objectif. Mais
il va falloir aussi inventer un nouvel art de vivre ensemble en ville.
Pour
cela il faudra recourir à nouveau à ce que Georg Orwell
appellait la common decency. Elle postule le refus de
l’indifférence morale et du fatalisme. C’est
pourquoi elle n’est guère compatible avec
l’idée que toute croissance est bonne quel que soit son
contenu. Les politiques doivent être lisibles par le citoyen,
à son échelle qui n’est pas celle du technocrate
aussi bien intentionné soit-il, et elles doivent rehumaniser
l’espace urbain, les lieux de la ville. Paul Virilio parle de
« l’absence d’horizon d’un macrocosme sans
limites » (Ville Panique). S’il faut surmonter les
barrières, une ville a par contre besoin de limites stables
à l’échelle d’une génération,
d’où l’intérêt à la fois de
surmonter la barrière du « périf »
et de protéger voire étendre les zones de forêts.
C’est certainement ce qu’ont compris et voulu beaucoup des
10 architectes chargés d’éclairer notre futur.
Reste à savoir si les logiques qui se mettront en œuvre ne
seront pas d’abord le fruit des logiques financières
à court termes.
À lire :
Édouard Balladur et collectif, Il est temps de décider. Rapport au Président de la République, Fayard, 2009, 289 pages, 14 euros.
Fréderic Gilli et Jean-Marc Offner, Paris, métropole hors les murs , Aménager et gouverner un grand Paris, Presses de sciences po, 2008, 186 pages, 12 euros.
Annie Fourcaut, Emmanuel Bellanger, Mathieu Flonneau, Paris Banlieues, conflits et solidarités, Créaphis, 2007, 478 pages, 28 euros..
Robert Muchenbled, avec Hervé Bennezon et Marie-José Michel, Histoire du Grand Paris de la Renaissance à la Révolution, Perrin, 2009, 432 pages, 22 euros.
"Le Grand Pari(s)", AMC Le Moniteur hors série, 260 pages, 29 euros.
Le Spectacle du Monde, juin 2009, dossier « Grand Paris, le chantier du siècle ».
Pierre Le Vigan, « Vive le Grand Paris », Europe Maxima, mai 2006
P.L.V.
Source des illustrations : www.linternaute.com/paris/urbanisme/photo/10-projets-d-architecture-durable-en-ile-de-france/image/en-ile-de-france.shtml