esprit-europeen.fr  : revue indépendante de débat et d'intérêt général européen.

Agora    

ENJEUX & DÉBATS Sommaire



Notes sur l’architecture

Pierre Le Vigan

1) "Faut-il pendre les architectes ?"

    L’architecte Rem Koolhass, un des auteurs de Euralille, nouveau quartier lillois qui réédite les erreurs majeures des années 60, est dit-on l’auteur de la formule « Fuck the context ». Quoi qu’il en soit, la non compréhension du contexte est l’une des erreurs majeures de certains architectes. Par contre la compréhension et la prise en compte du contexte, de l’existant ne sont en rien l’exigence stricte d’un alignement ou d’une volumétrie identique ni encore la restauration des façades à l’identique quand, derrière celles-ci, rien ne subsiste de l’agencement, des planchers, de la disposition d’origine. Il est frappant que la politique urbanistique parisienne de Jean Tibéri et de Bertrand Delanoë soient si proches sur le plan du façadisme, cette pratique visant à sauvegarder des façades, quand bien même n’auraient-elles pas de qualité majeure et alors que l’intérieur des bâtiments a subi une transformation intégrale qui n’évoque plus en rien l’habitat précédent. Une telle erreur réduit un visage à un maquillage. Ce n’est pas très étonnant de la part d’hommes politiques réduisant les idées et les décisions à de la communication. C’est par contre tout à fait désastreux.

    Une autre erreur répétée quasi-systématiquement est le refus de la densité dont on trouve exemple dans le quartier de la Bibliothèque François Mitterrand, la BNF de Dominique Perrault, à Paris 13e. Le désastre architectural d’un bâtiment antifonctionnel, prétentieux, inadapté à l’environnement parisien, non évolutif, d’accès malaisé et désagréable, excessivement couteux de surcroit et très vite suranné (il l’est déjà), est redoublé par une erreur urbanistique majeure dans les quartiers alentours.  Par contre, ce qui redouble l’erreur du refus de la densité, c’est la recherche de la fausse densité par la construction de tours. Le projet de tour effilée et triangulaire de la porte de Versailles, la tour Triangle de Jacques Herzog, échappera–il à la logique de l’échec de bâtiments inévitablement très lourds à gérer et écrasant leur environnement de leur masse ? Pas du tout sûr.

    Une autre cause d’échec est la création de bâtiments mono-axés, ouverts à la ville sur un seul coté, qui imposent un accès monumental, et mettent le citoyen à la disposition du monument, et non le contraire. Nous n’en sommes pas sortis de l’envie de pendre les architectes, comme disait Philippe Trétiack (Faut-il pendre les architectes ? Seuil, 2001). Mais il est vrai que la vindicte du public devrait au moins autant se porter sur les administrations d’Etat ou la carence, et plus encore la bêtise et la mégalomanie de nombre d’élus locaux. 

 

------------------------------------


 
2) Le Grand Paris : au service
de quelle vision de la ville ?






   
    Depuis début mai et jusqu’au 22 novembre, on peut voir l’exposition sur les projets de 10 architectes de renom sur les avenirs de l’agglomération parisienne à la Cité de l’architecture et du patrimoine (Paris 16e). Cette exposition fait suite à la grande consultation internationale voulue par le Président de la République. Le gouvernement a demandé des idées pour imaginer Paris métropole en 2050 et non pas un plan d’urbanisme. Six architectes français et quatre étrangers ont été chargés de réfléchir, proposer, imaginer : Richard Rogers, Roland Castro, Djamel Klouche (AUC), Christian de Portzamparc, Antoine Grumbach, Jean Nouvel, Paola Vigano et Bernardo Secchi (Studio 08),  Finn Geipel (LIN), Yves Lion (Groupe Descartes), Winy Maas (MVRDV). 

    Dix grands architectes mais pour quoi faire ?

    Les résultats de la consultation sont hétérogènes mais pas forcément incompatibles entre eux. « Faire de la Courneuve un Central Park » (Roland Castro), « prolonger Paris jusqu’au Havre en longeant la Seine » (Antoine Grumbach), créer une « cité du futur à Villacoublay » et multiplier tours et terrasses (Jean Nouvel), s’inspirer de Tokyo et « apprendre à regarder la métropole parisienne comme une grande étendue » (Djamel Klouche), relier les pôles de développement entre eux (Christian de Portzamparc), alterner grande densité et légèreté de la ville (Finn Geipel-LIN), créer une ville « poreuse » autour du réseau fluvial (Bernardo Secchi et Paola Vigano-Studio 08), restructurer la gouvernance et aller vers la mixité sociale (Richard Rogers), développer les panneaux solaires et entourer Roissy de forêts (Winy Maas-MVRDV), en finir avec la limite du boulevard périphérique, faire des tours de vrais lieux à habiter (Yves Lion). Des images sont ainsi confrontées, mais aussi des principes (la densité, l’écologie, des tours ou pas, la gouvernance…).  Dix façons de voir Paris à sa vraie échelle, qui n’est pas limitée par le périphérique.

    Dans son discours inaugural de l’exposition, Nicolas Sarkozy a afficher de grandes ambitions : une ville reliée à la mer avec Le Havre à une heure de train de Paris, une ville polycentrique, la transformation de la zone de bruit de Roissy en forêt (on parle d’un million d’arbres, ce qui fait image), une boucle de transport rapide automatique de 130 km, le « grand huit », et bien sûr plus de logements, 70 000 par an contre à peine 40 000 aujourd’hui, plus de tramways, plus de mixité sociale. Un projet de loi devra être déposé et les grands chantiers devraient commencer en 2012. Il s’agit de rattraper le temps perdu. « Nous allons faire le Grand Paris en 10 ans. » Bon pour l’emploi dans un contexte de marasme et ambitieux à un an des élections régionales. Rien que le volet transport - pour le seul Grand Huit - pèse 20 milliards, soit 1% du produit intérieur brut. C’est beaucoup mais pas forcément disproportionné pour une région qui pèse 30 % du PIB. En matière de financement, les choses sont éludées. On compte sur les plus values et les hausses de fréquentation des transports publics devenus plus attractifs. Soit. « Ce n’est pas un coût, c’est un investissement » dit-on dans l’entourage de Nicolas Sarkozy. « L’entreprise sera rentable ». Certes. Cela se peut. A bien des conditions. On souhaite tout de même bon courage au rapporteur du budget à l’assemblée nationale. Le discours du président a été plutôt bien accueilli, il ne prend pas de front ni le maire de Paris ni le président socialiste de la région Jean-Paul Huchon. Il donne acte aux dix architectes de leur créativité et reprend presque mot pour mot des formules de Roland Castro, architecte de gauche et ancien fondateur de Banlieues 89, la boite à idées de Mitterrand en matière d’urbanisme. Le principal bémol est venu du président du Conseil général de Seine et Marne : « « Avant d’envisager un Grand Paris qui s’étende jusqu’au Havre, il faudrait d’abord qu’il intègre pleinement Meaux, Provins ou Nemours ! ».

    Paris intra-muros : 5 % de l’agglomération et 1/6eme de la population

Pour comprendre l’enjeu, il faut se rappeler que Paris est figé dans ses limites de 1860 date de la dernière extension administrative de la ville, voulue par Napoléon III. C’était l’annexion des faubourgs. Depuis, il n’a échappé à personne que la banlieue a continué de se développer. Or les limites de Paris n’ont plus bougée, seule la destruction des fortifications de Thiers, dans les années 1920-30 a donné un peu d’espace à Paris.

    Bien entendu, La ville de Paris n’a cessé de devoir excentrer certaines de ses activités : les cimetières, la gestion de l’eau, et à pour cela du nouer des coopérations. Ainsi la ville de Paris a participé à la construction des cités-jardins des années trente, a construit y compris pour ses propres salariés de nombreux HLM en banlieue dés les années 50,a participé à la construction d’hôpitaux. Dés les années trente l’agglomération parisienne déborde sur la Seine et Oise, censée à l’origine être une ceinture rurale. Un Conseil supérieur d’aménagement et d’organisation de la région parisienne est créé en 1928, il prend en compte cette extension de l’urbanisation puisqu’il est compétent pour étudier et planifier le développement jusqu’à 35 km de Notre-Dame. Il produit un plan dont la pertinence est largement reconnue mais qui ne produit pas d’effets faute : il est approuvé en … 1939. Il faut attendre 1961 pour que se crée avec de Gaulle et Paul Delouvrier le District de la région parisienne, une gouvernance avant la lettre avec la Seine, la Seine et Oise, et la Seine et Marne, c'est-à-dire la Région Ile de France actuelle. Le District est l’instrument d’élaboration du schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région parisienne (SDAURP) de 1965 et des grands projets tels le RER, les autoroutes, les villes nouvelles.

    Les 105 km2 de Paris ne sont plus qu’une petite partie d’une agglomération parisienne qui, pour la partie en continue s’étend sur  2000 km2 ; Paris à l’intérieur du « périf » représente donc environ 5% de l’espace de l’agglomération. Quand à la population de l’agglomération – ce que l’INSEE appelle l’Unité urbaine de Paris - elle compte près de 10 millions d’habitants dont 2 millions pour Paris même. Si on raisonne en termes d’aire urbaine nous débordons l’Ile de France et dépassons les 12 millions d’habitants. L’agglomération parisienne est la plus peuplée de l’union européenne et c’est la seule des grandes zones métropolitaine qui ne dispose pas d’une organisation politique et administrative, une « gouvernance », à son échelle, contrairement à Berlin et à Londres. Paris est aussi l’agglomération dont le cœur est le plus dense.

    À gauche, le syndicat mixte Paris métropole impulsé par le Maire de Paris depuis juin 2008, se veut un début de réponse. C’est l’héritier de la Conférence métropolitaine créée en 2006  par Bertrand Delanoë. Il regroupe notamment 54 communes autour de Paris. Mais son poids politique reste faible tant par rapport à la Mairie de Paris que par rapport au Conseil régional d’Ile de France, tous deux de gauche et qui ne veulent pas d’un troisième niveau de pouvoir décideur quant aux choix stratégiques pour  l’agglomération.

    De Gaulle et Delouvrier : la grande rupture

    Jusqu’au début des années soixante, la grande majorité de la population de la région parisienne se situait dans le département de la Seine. Celui-ci fut créé en 1790 sous le nom – prémonitoire ? – de département de Paris et ne prit celui de département de la Seine qu’en 1795. Ce département avait 476 km2. Habité par 1,1 million d’habitants en 1836 alors que la révolution industrielle en était à ses débuts, il comptait 5,6 millions d’habitants en 1962. Le reste était réparti dans la Seine et Oise (préfecture Versailles), qui entourait entièrement la Seine, ainsi que dans la Seine et Marne, restée plus rurale. La Seine et Oise n’avait pas de centralité et était avec 5658 km2, 56 fois plus grande que notre Paris actuel. La réforme de 1964 achevée en 1968 a fait coïncider la ville de Paris avec un département – un cas unique - et créé des départements de proche couronne, un peu plus grands que Paris (les Hauts de Seine, la Seine Saint Denis, le Val de Marne) et des départements de grande couronne, beaucoup plus grands (les Yvelines, le Val d’Oise, l’Essonne) mais néanmoins plus petits que la plupart des autres départements français. L’objectif était d’administrer mieux en se rapprochant des citoyens. Il était aussi politique : il s’agissait de parer à la domination de la gauche sur le Conseil général de la Seine, aux mains des socialistes, à l’époque la SFIO. La ville de Paris reste sous la tutelle du préfet de police et du préfet de la Seine devenu préfet de Paris.

    Avec du recul, 1964 apparait une date charnière dans la coupure entre Paris et les banlieues, et cette coupure institutionnelle est bien sûr spatialisée par le périphérique commencé en 1956 et achevé en 1973. Paul Delouvrier avait été mandaté par De Gaulle pour « mettre de l’ordre dans ce bordel ». D’où le redécoupage de la région parisienne avec des soucis d’un équilibre politique subtil : le maximum pour les gaullistes, l’inévitable pour les communistes, et le reste c'est-à-dire presque rien pour les socialistes ou les démocrates-chrétiens.

    C’est le dernier préfet de la Seine (1967-68) et premier préfet de Paris (1968-69), Maurice Doublet, qui affirmait que la suppression de ce département a mis à mal la « communauté de destin » entre parisiens et banlieusards. L’Amicale des Maires de la Seine banlieue créée en février 1909, jouait un grand rôle dont l’association des maires d’Ile de France n’ est aucunement l’équivalent. En 1987, le journaliste Marc-Ambroise Rendu revenait sur les conséquences du « divorce de 1968 » (la fin du département de la Seine) et écrivait : « Et si Paris rencontrait ses voisins ? ». Dans les années 1980, l’économiste et grand commis de l’Etat Pierre Uri affirma la nécessité de recréer un département de la Seine. D’autant que la donne a vite changée après 1968. En 1977 Paris devient une commune de plein exercice et Jacques Chirac est son premier maire élu depuis 1871. La décentralisation de 1982-83 est intervenue. Les régions ont été créés et la première élection des conseillers régionaux a lieu en 1986 : c’est un paysage institutionnel nouveau qui s’installe, très loin du dirigisme gaullo-pompidolien.

    C’est dès le 26 juin 2007 que le Président Sarkozy avait lancé l’idée d’un Grand Paris. En mars 2008 un secrétariat d’État en charge du développement de la région capitale est créé et confié à Christian Blanc, habile négociateur. Pour autant il ne s’est guère engagé sur quoi que ce soit de précis, hormis l’aménagement du plateau de Saclay, qui n’est pas un objet brulant de débat. Dés juin 2008, par contre, les 10 équipes internationales d’architectes étaient mises au travail.

    Une ville plus dense et plus dérèglementée

    Nicolas Sarkozy a été clair sur un point : il veut une ville plus dense, à l’unisson des organismes représentants les architectes franciliens. Il faut pour cela, dit-il, « rétablir la continuité du bâti dans les zones denses », « élever le coefficient d’occupation des sols », « permettre à chaque propriétaire d’une maison individuelle de s’agrandir », « utiliser les interstices, les délaissés d’infrastructures ». Le moyen de cette nouvelle politique est, indique t-il, l’instauration de procédures simplifiées et même « ultra-simplifiées » de modifications des règles d’urbanisme et entre autre la suppression des enquêtes publiques pour les constructions en limites séparatives. Un autre moyen de densifier selon Nicolas Sarkozy est de mettre fin au zonage qui réserve des zones à l’habitat, d’autres à l’industrie, et encore de rendre constructibles les zones inondables pour certains bâtiments. En outre, il ne serait plus interdit de construire à moins de 100 mètres d’une autoroute ou d’une voie rapide. A l’exemple des propositions Attali dans le domaine de l’économie, il faut selon le Président  dérèglementer un droit de l’urbanisme jugé trop « lourd ». Le rapport Attali évoquait d’ailleurs déjà les enjeux de gouvernance territoriale et d’urbanisme dans le sens d’une dérèglementation. D’où des inquiétudes dans des associations de défense de l’environnement.

    À coté du volet urbanistique, le chantier de la nouvelle gouvernance est très politique. Le sénateur UMP Philippe Dallier a proposé la fusion des départements de Paris, les Hauts de Seine, la Seine Saint-Denis, le Val de Marne. Cela créerait un département du Grand Paris, 7 fois plus grand que Paris intra muros (762 km2 contre 105), de quelques 123  communes (plus Paris) et 6 millions d’habitants, sur une surface un peu plus grande que l’ancien département de la Seine supprimé en 1964-68. Cette nouvelle collectivité territoriale comporterait environ 1 élu pour 50 000 habitants soit le même ratio que les conseillers régionaux. Ce qui ferait quelque 120 élus. A terme, le président de ce conseil du Grand Paris serait une sorte de Maire du Grand Paris, la logique de la réforme étant la suppression de la Mairie du « petit Paris » (le Paris actuel) au profit des mairies d’arrondissement devenues des mairies de plein exercice.

    L’ensemble des compétences des conseils généraux seraient transférées au président du conseil du Grand Paris, et certaines compétences communales pourraient l’être tel le logement, les Plans locaux d’urbanisme… Les structures intercommunales nombreuses et illisibles pour les habitants (qui sait qu’il y a une intercommunalité Boulogne-Sèvres, à quelle légitimité élective correspond-t-elle ?) n’auraient plus de raison d’être.  C’est ce projet cohérent et ambitieux a été retenu tel quel par le Comité Balladur. Son principe est simple : adapter la gouvernance à la réalité : il y a un cœur de l’agglomération qui est dense, Paris et la petite couronne, et des secteurs qui le sont moins, la grande couronne. Le président Sarkozy a résumé l’objectif lors de l’inauguration, le 29 avril, de l’exposition à la Cité de l’architecture et du patrimoine en disant : « Le Grand Paris cessera d’être une agglomération pour devenir une ville quand on ne parlera plus de banlieues. » A ceux qui craignent une agglomération parisienne à deux vitesses, avec un cœur dense et riche et une périphérie pauvre, les partisans du projet répliquent que les 10 pôles de développement sont en bonne part en dehors du Grand Paris : Roissy, Marne la Vallée, Saclay, Saint Quentin en Yvelines, Evry… 

    L’attractivité du Grand Paris en jeu

    En fait, bien des modalités du Grand Paris restent à éclaircir en termes d’objectifs et de moyens. Une chose n’est pas contestable, le petit Paris, avec 2 millions d’habitants sur plus de 10 millions n’est pas une réponse adaptée à l’échelle de l’agglomération. Donner une identité politique au cœur de l’agglomération, paris et la proche couronne relève du bon sens. On a pu ironiser sur « une rocade de métro élevée au rang de chantier présidentiel » (Le Monde).  Il n’est pourtant pas contestable que les habitants attendent de meilleurs transports en commun bien plus que des monuments. Restent bien  des questions  comment articuler Arc Express de la région et le Grand Huit, le transport rapide annoncé par le président ? Comment trouver les 35 milliards du plan transport ? L’enjeu est politique et économique. C’est l’attractivité d’une ville que traversent 40 % des flux touristiques européens, qui est une des destinations préférées pour les sièges sociaux. Mais c’est surtout un enjeu de civilisation. S’il est vrai que bien des banlieues sont en déficit de beauté et d’agrément du cadre de vie, ce n’est pas par révolte contre l’absence de beauté que des milliers de voitures sont régulièrement brulées, ou que des agressions violentes se produisent de plus en plus souvent notamment dans les transports en commun. Le désenclavement est une grande priorité d’où les transports en commun qui nécessitent un effort à la mesure de cet objectif. Mais il va falloir aussi inventer un nouvel art de vivre ensemble en ville.

    Pour cela il faudra recourir à nouveau à ce que Georg Orwell appellait la common decency. Elle postule le refus de l’indifférence morale et du fatalisme. C’est pourquoi elle n’est guère compatible avec l’idée que toute croissance est bonne quel que soit son contenu. Les politiques doivent être lisibles par le citoyen, à son échelle qui n’est pas celle du technocrate aussi bien intentionné soit-il, et elles doivent rehumaniser l’espace urbain, les lieux de la ville. Paul Virilio parle de « l’absence d’horizon d’un macrocosme sans limites » (Ville Panique). S’il faut surmonter les barrières, une ville a par contre besoin de limites stables à l’échelle d’une génération, d’où l’intérêt à la fois de surmonter la barrière du « périf » et de protéger voire étendre les zones de forêts. C’est certainement ce qu’ont compris et voulu beaucoup des 10 architectes chargés d’éclairer notre futur. Reste à savoir si les logiques qui se mettront en œuvre ne seront pas d’abord le fruit des logiques financières à court termes.

    À lire :

    Édouard Balladur et collectif, Il est temps de décider. Rapport au Président de la République, Fayard, 2009, 289 pages, 14 euros.

Fréderic Gilli et Jean-Marc Offner, Paris, métropole hors les murs , Aménager et gouverner un grand Paris, Presses de sciences po, 2008, 186 pages, 12 euros.

Annie Fourcaut, Emmanuel Bellanger, Mathieu Flonneau, Paris Banlieues, conflits et solidarités, Créaphis, 2007, 478 pages, 28 euros..
Robert Muchenbled, avec Hervé Bennezon et Marie-José Michel, Histoire du Grand Paris de la Renaissance à la Révolution, Perrin, 2009, 432 pages, 22 euros. 
"Le Grand Pari(s)", AMC Le Moniteur hors série, 260 pages, 29 euros.
Le Spectacle du Monde, juin 2009, dossier « Grand Paris, le chantier du siècle ».
Pierre Le Vigan, « Vive le Grand Paris », Europe Maxima, mai 2006

P.L.V.
Source des illustrations :
www.linternaute.com/paris/urbanisme/photo/10-projets-d-architecture-durable-en-ile-de-france/image/en-ile-de-france.shtml

Agora   ENJEUX & DÉBATS Sommaire