Agora ENJEUX & DÉBATS Sommaire

Lorsque Nicolas Sarkozy a été élu, Polémia
s’est interrogé sur le sens de la rupture annoncée
par le nouveau président : rupture avec le politiquement correct
(attendue par beaucoup d’électeurs) ou rupture avec le
modèle français (voulue par beaucoup de ses soutiens
médiatiques, financiers ou étrangers) ?
(La méprise : http://www.polemia.com/article.php?id=1550
Deux ans plus tard la réponse est claire :
Nicolas Sarkozy n’a pas rompu avec le Système, il a rompu
avec l’exception française.
Toujours la main sur le coeur
D’inspiration monarchique, les institutions de la Ve
République visaient à donner de la hauteur et de la
distance au président de la République en charge de
l’essentiel. Mais l’omniprésence médiatique
de Nicolas Sarkozy et son activisme touche-à-tout sont en
rupture complète avec la pratique de tous ses
prédécesseurs qui économisaient leur parole et
s’efforçaient de garder un minimum de majesté,
sinon de sacré, à la fonction.
Il
y a dans les gènes de la Ve République comme du gaullisme
la politique d’indépendance nationale : une
démarche fondée sur la conviction que les
intérêts de la France et de l’Europe continentale
sont distincts, sinon opposés, de ceux des puissances
anglo-saxonnes. Dans ce domaine les ruptures se sont multipliées
:
- la rentrée de la France dans le commandement unifié de l’OTAN ;
- la fermeture programmée de bases françaises en Afrique ;
- l’installation d’une base d’appui à l’Amérique à Abou Dhabi ;
- la remise en cause des liens traditionnels avec le Québec ;
- le divorce franco-allemand.
La
France a construit son appareil d’Etat, et une large partie de sa
puissance industrielle (aéronautique, espace, nucléaire,
pétrole) à partir des grands corps
d’ingénieurs et des grandes écoles. Le principe en
était la sélection au mérite par les
capacités et par l’effort. La mise en œuvre de la
discrimination positive change ces règles et fait de
l’origine (ethnique, religieuse, sexuelle) et de la faveur les
nouveaux critères de sélection des élites.
La
nouvelle politique religieuse du gouvernement repose sur un oxymore :
le concept de « laïcité positive ». Or la
laïcité, c’est la séparation de l’Eglise
et de l’Etat et la neutralité de l’Etat
vis-à-vis des religions. En pratique, la laïcité a
longtemps été un moyen de lutte contre le catholicisme,
religion dominante. La « laïcité positive »
vise, elle, à reconnaître, encourager et donner des moyens
financiers aux religions minoritaires (principalement l’islam).
Il s’agit de faciliter la construction de mosquées et de
centres culturels islamiques et de donner un statut juridique à
différentes pratiques musulmanes parfaitement
étrangères à l’identité
française.
Cellule de base de la société, point d’ancrage dans
la crise, la conception traditionnelle de la famille subit de
nombreuses atteintes. Certes, toutes ne sont pas nouvelles mais la
présidence Sarkozy accélère le mouvement :
- mise sur un pied de quasi-égalité du Pacs et du mariage ;
- volonté d’imposer à l’opinion publique le
terme et la notion d’ « homoparentalité » ;
- projet de loi instituant un statut de « beau-parent », y compris pour les couples homosexuels ;
- création d’un hypothétique « droit à l’enfant ».
Dans le mode de sélection des élites françaises
comme dans la formation scolaire traditionnelle, la connaissance des
humanités et la maîtrise de la langue française ont
toujours été jugées essentielles. La langue
française est d’ailleurs considérée comme un
élément important de notre identité en même
temps qu’un facteur du rayonnement français dans le monde.
La aussi, Nicolas Sarkozy a choisi la rupture :
- en brocardant la place accordée à la culture
générale, notamment dans les concours administratifs
(alors même que beaucoup d’entreprises découvrent
l’importance de la maîtrise de la langue française
par leurs employés et leurs cadres) ;
- en se moquant de la lecture de La Princesse de Clèves ;
- en maltraitant, délibérément ou non, la langue
française dans ses discours et sur le site Internet de
l’Elysée.
L’art de vivre français, c’est un ensemble
d’attitudes et de comportements : ce sont des règles de
convivialité ; ce sont des hauts lieux et des paysages
qu’on respecte et qu’on protège ; ce sont des
traditions gastronomiques ; c’est aussi le refus de voir
l’argent et la consommation envahir toute la vie. Là
aussi, dans la foulée du rapport Attali, les ruptures sont
nombreuses :
- la suppression projetée du repos dominical qui structure la vie sociale et communautaire ;
- le goût ostentatoire de l’argent et du « bling-bling » ;
- le désintérêt vis-à-vis du terroir français et de ses produits (vins, fromages) ;
- la marchandisation du patrimoine ;
- la volonté de remettre en cause les règles
d’urbanisme, protectrices de la beauté des sites et des
paysages.
La
rupture sarkozyste se fait au nom d’une utopique modernisation.
Il s’agit de s’anglo-saxonniser (sur le modèle
américain et britannique) et de s’orientaliser (sur le
modèle de Dubaï). Mais le calendrier n’est pas galant
homme : pourquoi donc copier des modèles étrangers au
moment même où ils s’enfoncent dans la crise ?
La démarche présidentielle sur «
la France d’après » n’est pas seulement
condamnable au regard de l’identité française ;
elle a un côté pathétique parce qu’elle est
déjà dépassée.
Agora ENJEUX & DÉBATS Sommaire