esprit-europeen.fr
:
revue indépendante de débat et
d'intérêt
général européen.

Agora
ENJEUX & DÉBATS
Sommaire

Pierre
Le Vigan
Vive la
patrie ! Vive notre
patrie française !
Vive
l’Europe des patries !
Je
souhaite que les étatismes nationaux reculent, mais je ne
crois pas, et je ne
souhaite pas, que les peuples-nations s’effacent de
l’histoire. Je ne suis pas
hostile à une république
fédérale française mais, la France
n’étant pas
l’Allemagne, et ayant une histoire toute
différente, je ne suis pas convaincu
que cela ait du sens. Je crois à une nécessaire
confédération ou fédération
européenne. Mais il est bien évident
qu’il ne s’agit pas de substituer un
étatisme européen aux étatismes
nationaux – ce qui est
déjà très avancé. La
frénésie de destruction des
nations, ou des États multinationaux ne m’est pas
non plus sympathique.
L’existence de la Yougoslavie, qui regroupait Serbes,
Croates, Slovènes, me
paraissait préférable, pour les
intéressés eux-mêmes, pour peser sur la
marche
du monde et en tout cas de l’Europe, à
l’émiettement actuel.
Pour
le cas de l’Italie, je partage tout à fait
l’opinion de Massimo Cacciari qui
est pour le fédéralisme mais contre le
sécessionnisme de la Ligue du Nord. Je
vois aussi que des micro-États en Europe font le jeu
géopolitique de l’Amérique
et au plan économique favorisent le libre échange
mondialisé.
Je
suis certes post-nationaliste, mais certainement pas anti-nationiste
(« nationiste »
au sens d’Yves Lacoste). « Le premier des
droits de l’homme est la
souveraineté nationale » disait le
général de Gaulle. A ceux qui n’ont
rien, il faut pouvoir dire – et que cela ait un
sens : « Vous pouvez
compter sur votre patrie ». Post-nationalisme
(après le nationalisme
traditionnel), néo-nationalisme ou
alternationalisme : c’est pour moi la
même chose : il s’agit de
réinventer la patrie qui protège, qui
élève, qui
rassemble les hommes et les cœurs.

Miodrag
Janković
L'Europe est un bateau ivre
où ne règne pas l'esprit
L’Europe
propose à la Serbie sa culture. Mais de quoi
s’agit-il ?
On
renifle déjà à Belgrade la
puanteur du cadavre de la culture européenne,
mais aucune nouvelle culture européenne n’est en
vue. L’Europe propose à la
Serbie sa civilisation de paillettes. Ses anomalies. Afin
d’avoir le droit de
vivre dans une telle Europe, la Serbie doit avant tout, renoncer
à ses
traditions, et limiter au minimum sa foi orthodoxe.
L’Europe
est un bateau ivre.
Un
lieu où ne règne pas l’Esprit. Et quand
l’Esprit ne règne pas, peut importe ce
qui règne : c’est un usurpateur.
C’est
pour cela que non seulement elle ment et se ment à
elle-même mais aussi qu’elle
a pour but de convaincre les autres qu’elle est dans la
vérité.
La
civilisation européenne n’existe plus, elle est
tombée, et maintenant l’Europe
veut convaincre la Serbie que sans elle le danger la menace…
L’Europe
proclame, à tous ceux qui veulent l’entendre, que
l’Humanité ne survivra que si
le concept européen est accepté.
Quel
mensonge ! L’humanité n’existe
pas. L’essentiel c’est l’homme. Et le
danger ne menace pas l’homme. Tout comme, le danger ne menace
pas les Serbes
même s’ils connaissent la crise depuis des
décennies… »
« … La Serbie est
aujourd’hui dans la même situation que
celle où se trouvait Saint Jean.
Il savait ce qu’il voulait et il ne se laissait pas faire. Il
attendait que
s’achève le jugement dernier.
Et
la Serbie sait ce qu’elle veut et ne se laissera pas
faire »
(texte
publié à Belgrade en décembre 2007,
porté
à notre attention par un courriel du site Terre et Peuple)

Jacques Marlaud
Politique de civilisation et
politique européenne sont incompatibles
Le
président de la république française,
Nicolas
Sarkozy, s'engage en faveur d'une politique de civilisation.
Il emprunte ce concept au philosophe Edgar Morin qui a tout de suite
précisé que ce qu'il entendait par là
n'avait rien
à voir avec la religion de la croissance sans freins ni but
qui
inspire les politiques européenne et
états-unienne
actuelles. Il s'agit pour lui de remettre l'homme au centre de la
préoccupation politique.
L'intention du philosophe est bonne, mais l'enfer
politique de notre modernité est pavé des
cadavres
calcinés de telles bonnes intentions. L'homme certes, mais
pas
ce fantôme sans feu ni lieu, ce vagabond sans patrie dont les
"réfugiés" de tout poil , les immigrés
"choisis"
ou non, les déracinés sans travail ni papiers
qui,
après avoir passé l'épreuve d'un
douloureux et
coûteux déracinement, encombrent les ghettos
(pardon : les
"quartiers sensibles" ) et les prisons de nos paradis de la
consommation, du gaspillage et de l'obésité, ni
ceux
qui ont le douteux privilège de devenir les
nouveaux
esclaves consentants des bagnes légumiers et fruitiers de
l'Andalousie ou d'ailleurs. Certes, ces pauvres
hères
mériteraient un peu plus de considération que ne
leur
concède notre soi-disant civilisation humanitaire, mais on
ne
peut élaborer une politique européenne
à partir de
leur triste sort.
L'homme bien sûr, mais pas
n'importe lequel. L'homme
enraciné dans un terroir, circonscrit par un horizon
hérité qu'il aime et préserve,
habité
naturellement par une patrie qu'il emmène avec lui lorsqu'il
voyage ou émigre, mais vers laquelle il finit toujours par
revenir, car elle est son sens et son sang, son nord et son fort que
rien ni personne ne peut lui arracher. Elle est sa langue et
sa
pensée, sa religion intérieure (avec ou sans
dieux) qu'il
retrouve dans les paysages chéris et chargés
d'histoire
qui lui sont propres, qu'il revoit avec nostalgie lorsqu'un destin
malheureux l'en éloigne, comme Ulysse, et comme tous les
exilés après lui.
L'homme
habité par la
patrie qu'il habite plutôt que le sans patrie,
voilà ce que l'Europe,
le continent aux cent, aux mille patries peut apporter, comme
modèle de civilisation, à un monde niveleur et
destructeur des patries, au système à tuer les
peuples
qui, sous le prétexte de la
"mondialisation", bouleverse et avale les pauvres de
nos anciens héritages.
Ceci
posé, rien ne serait
plus dangereux que d'en rester au stade des bonnes intentions, des
vœux
pieux, des incantations impuissantes. Pour devenir la grande patrie de
toutes nos petites patries chéries, pour que les Lombards et
les
Italiens, les Bretons, les Alsaciens, les Corses et les
Français, les Basques, les Catalans et les Espagnols, les Tchèques, les Slovaques, les Honngrois et
les Roumains, les Baltes, les Russes, les Polonais et les Ukrainiens,
les
Serbes, les Croates et les Albanais, les Flamands et les Wallons, et
même les Belges....
Pour que tous les Européens se sentent chez eux sur leur
propre
terre, mais aussi partout ailleurs au milieu de leurs frères
et
leurs cousins d'Europe, il faut tracer sans
ambiguïté les
contours géographiques (et géopolitiques),
culturels,
religieux et ethniques de la grande Europe. Il faut faire ce qu'ont
fait les historiens et les géographes, les philosophes et
les
hommes d'État depuis Hérodote : distinguer
l'Europe de
l'Asie, de l'Afrique, et surtout, aujourd'hui, de l'Amérique
états-unienne qui sans cesse l'attire dans son orbite et
menace
de l'entraîner dans la chute finale de sa course vers une
domination mondiale qu'elle ne peut plus atteindre, dans
l'inévitable effondrement de son empire mal
ficelé, mal aimé et
criblé de dettes.
Définir et mettre en
oeuvre une Europe européenne, une politique
européenne
orientée vers un etnopluralisme intelligent, respectueuse de
toutes les petites patries et soucieuse d'une véritable
souveraineté pour l'ensemble qui, au lieu du
super-État actuel qui les parasite inutilement avec sa
bureaucratie fiscaliste, deviendrait une instance de
décision
fédérale régie par le principe de
subsidiarité, ayant
pour mission de les préserver et de les défendre
selon
l'antique principe du protego
ergo obligo
:
voilà ce que nous appelons une grande politique
européenne et que nous ne devons pas confondre avec la
"politique de civilisation" évoquée
récemment par
le chef d'État français.
La
politique sarkozienne de
civilisation, si elle n'en reste pas au stade du simple concept
médiatique, enfoncera un peu plus l'Europe dans les
ornières de l'occidentisme
(A. Zinoviev). Elle nous condamne à jouer
l'éternel
deuxième couteau de Washington en Afghanistan, au Liban, en
Palestine, dans le Golfe persique et partout ailleurs (où
des soldats français
risquent leur vie pour une cause non-européenne).
Elle
nous obligera à rester dans le système de
défense américanocentré (l'OTAN), à y
intégrer des
pays chers à l'axe Washington-Ankara-Tel Aviv, tels que la
Turquie, Le Maroc, voire Israël qui finiront par appartenir
à l'U.E. alors qu'ils ne s'apparentent pas
géographiquement, spirituellement ou ethniquement
à
l'Europe. Elle interdira aux
Européens de remettre en œuvre non pas une
politique
méditerranéenne qui ne veut pas dire grand chose
(hormis
son affinité avec " le grand Moyen-Orient " des
néo-conservateurs états-uniens), mais une
politique
arabe, persanne et eurasiatique propre qui scellerait des alliances
indépendantes de celles dictées par l'axe
précité et éviterait à
notre continent,
toujours meurtri et divisé, de se laisser
entraîner dans
des guerres suicidaires, tout à fait évitables du
point
de vue de l'intérêt
général européen.
Mais justement : cet
intérêt général
européen n'existe
pas. Commençons par le définir, le pratiquer et
le
respecter comme le socle d'une nouvelle politique
européenne. Ce
sera le premier pas vers une union, une communauté, qui est,
encore et à juste titre, ressentie comme un vain mot ou pis,
comme une superstructure parasitaire, par la plupart des
Européens.

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