Un fédéralisme pour l'épanouissement humain
Jean-Philippe Allenbach
Jean-Philippe
Allenbach, militant politique européen depuis de nombreuses
années, disciple
de Guy Héraud, fondateur du Parti
Fédéraliste Européen, a
répondu
longuement et avec enthousiasme aux questions de l’Esprit
Européen.
Nous restituons cet entretien dans son
intégralité dans l’esprit de
débat
qui est le nôtre, même si certains de ses choix
(notamment sa rupture avec le Mouvement
Écologiste Indépendant en se fondant
sur ce qu’en disent les puissants
vecteurs de la Pensée Unique que sont les quotidiens Le
Monde et Libération,
ou encore son rejet sans nuance du populisme de la Ligue du
Nord comme un
simple “primitivisme nationaliste”)
étonneront sans doute certains de nos
lecteurs. Le vibrant plaidoyer pour la refondation
fédérale de l’Europe en
partant de sa base populaire est aussi le nôtre, et
c’est bien là
l’essentiel.
***
L’EE
: Pouvez vous présenter votre parti et
ses objectifs ?
J-P
A : Le Parti
fédéraliste est apparu pour la
première fois aux
élections régionales de mars 1998. Comme son
nom l'indique, c'est un parti, c'est-à-dire
qu'il a pour vocation
principale de participer aux élections
et il est fédéraliste
c'est-à-dire qu'il a pour objectif de faire
évoluer
la France, l'Europe et le monde
sur la voie du fédéralisme. Notre
fédéralisme n'est pas le
"fédéralisme
institutionnel", mais le "fédéralisme global". Il
a donc un
contenu politique, économique, social, écologique
et culturel tel que défendu
en particulier par Denis de Rougemont et Alexandre Marc. J'ai eu
l'immense
satisfaction, lorsque j'habitais à Cannes de 1988
à 1999, de pouvoir
rencontrer régulièrement A. Marc chez lui,
à Vence, juste avant que
malheureusement il ne nous quitte. De mes derniers entretiens avec lui
ressort
une certaine amertume de sa part quant aux résultats
concrets de l'action des
divers mouvements fédéralistes de ces 50
dernières années en ce que, volens
nolens, ils
avaient été plus ou moins
récupérés et neutralisés
par les partis
politiques en place. Ceci n'a fait que me conforter dans ma conviction
qu'il était
indispensable de mener le combat fédéraliste non
seulement sur le plan
"apolitique" mais également sur le plan
politique les deux types d'action se complétant
parfaitement. C'est pour
cette raison que je suis également membre du Mouvement
européen, du Club Témoin,
de la Maison de l'Europe de Franche-Comté et
de l'U.E.F. Les 129 propositions concrètes que
notre parti décline dans
son "Livre Programme" Nous, on propose ! peuvent se résumer
par la
formule suivante : "Pour une France fédérale dans
une Europe fédérale…
et un revenu
de citoyenneté pour tous!" . Pour nous, le
fédéralisme n'est pas une
fin en soi
mais seulement un moyen, le meilleur, pour permettre
à la personne
humaine de pouvoir pleinement s'épanouir dans toutes ses
dimensions du quartier
à la planète en passant par la cité,
la région, la
France et l'Europe.
Nous ne sommes donc ni "européistes" ni
"régionalistes"
en ce que, pour nous,
ni l'Europe ni la région ne sont des fins en
soi mais seulement des
moyens. Comme le dit l'écrivain breton Roparz Hemon:
" Nous luttons pour quelque chose de cent fois plus
précieux et
plus sacré que la Bretagne : pour l'Homme ! "
L’EE
: En 1999 vous avez présenté une liste "pour une
France fédérale dans
une Europe fédérale" aux européennes
avant de vous retirer. Pourquoi ce
retrait soudain ?
J-P
A : En fait, nous avions déjà
participé aux régionales de mars 1998
en présentant 12 listes "100% Parti
fédéraliste" avec des scores de
1,5 à 3 %, ce qui pour une première
n'était pas si mal. Étant un parti
politique, il était logique que nous soyons
également présents à la
première
élection nationale qui a suivi les régionales
à savoir les européennes de
juin 1999. Nous avons donc déposé officiellement
la liste et versé la caution
requise de 100 000 F, comptant sur le bon respect par les TV de leurs
obligations de pluralisme telles que définies par les
recommandations du CSA.
Or à 2 semaines seulement du scrutin, nous n'avions toujours
pas obtenu des TV,
malgré nos demandes insistantes, la moindre seconde de temps
d'antenne pour délivrer
notre message. Dans de telles conditions de boycottage TV, il
eût été
totalement irresponsable d'engager 5 millions de francs en frais de
bulletins de
vote et de professions de foi et de se retrouver au lendemain de
l'élection
couverts de dettes. Comment un Parti, qui plus est tout nouveau,
empêché de délivrer son
message, aurait-il pu raisonnablement espérer
faire plus
de 5% ? Comme nous ne pouvions pas nous "retirer" (c'était
juridiquement impossible), nous avons alors
décidé de ne pas engager les frais
d'impression et de réclamer aux TV nationales le
remboursement de notre
caution que nous
avions versée pour
participer à un grand débat dont
nous avons été exclus. Nous avons
déposé
en juin 2000 une plainte à cet effet au Tribunal
administratif de Paris.
Actuellement, la
procédure suit son cours…. Nous
avons présenté une liste (100% P.F.)
à la dernière municipale à
Besançon. Elle a manqué de seulement 300 voix
(sur 65 000 électeurs !) les 5 % et nous aurons plus de 100
candidats aux
prochaines législatives de juin 2002.
L’EE
: Aujourd'hui un "petit" parti, non
inféodé aux
"grands", n'a donc aucune possibilité de se faire
connaître? la démocratie
serait-elle à ce point en panne ?
J-P
A : D'abord quand on a un "grand projet", on est
forcément un
"grand parti". Cela dit, tout est bel et bien verrouillé
financièrement
et médiatiquement par les vieux partis en place. Et si pour
sortir de ce
verrouillage vous proposez à un des partis traditionnels
dont vous vous sentez
proches de vous allier à lui dans un combat commun, il n'y
verra aucun intérêt
puisque ce serait pour lui aider un concurrent
à émerger avec le risque
qu'il vous prenne ensuite vos électeurs. Sans compter
l'incroyable capacité
des partis traditionnels à récupérer
vos idées dès lors qu'elles plaisent
aux électeurs !
Oui, la démocratie est bien en panne.
C'est pourquoi aujourd'hui la priorité des
priorités, c'est de
mobiliser la population contre
la confiscation de la démocratie par les partis
politiques en place et
par les TV, car il ne vous sert à rien d'avoir les
meilleures idées du monde
si par ailleurs on vous empêche de les exprimer.
L’EE
: Quelques mois auparavant, vous aviez rompu l'accord
électoral avec le Mouvement
Écologiste Indépendant d'Antoine
Waechter. Pourquoi ?
J-P
A : Nous avons rompu avec le Mouvement
Écologiste Indépendant
lorsque nous avons appris que leur liste aux européennes
devait être financée
par l'écologiste anglais Edward Goldsmith (le
frère de Jimmy) dont Le Monde
et Libération avaient
dénoncé les prises de positions "ethnicistes"
et "sectaires" et les relations ambiguës avec la "Nouvelle
droite".
L’EE
: Ne pensez-vous pas que la décentralisation soit
viciée par les habitudes
centralisatrices de l'administration et le cumul
quasi-systématique des mandats
?
J-P
A : On peut le déplorer, mais c'est une
réalité: aujourd'hui le véritable
pouvoir se trouve dans
les médias et dans l'argent. Donc, quand bien
même nous pourrions par
un coup de baguette magique "déjacobiniser" les cerveaux de
notre
administration et supprimer totalement le cumul des mandats, cela ne
changerait
rien fondamentalement à la situation de soumission dans
laquelle l'État-nation
qui rime avec aliénation maintient les
collectivités locales. La
fiscalité fédéraliste est
la pierre de touche du fédéralisme.
Aujourd'hui l'argent des contribuables va pour 80% à
l'État et pour 20 % aux
collectivités locales. Avec une fiscalité
fédéraliste du type de celle qui
existe dans les États fédéraux autour
de nous le rapport serait d'environ 1/3
pour l'État et 2/3 pour les collectivités
locales. Au lieu que ce soit l'État
qui prenne dans la poche des contribuables pour remplir la sienne et
redonner
ensuite aux collectivités locales le peu qui lui reste,
après que chacun à
Paris se soit servi à la louche dans la marmite, nous aurons
tout l'inverse. Ce sera à l'État de
demander l'argent aux collectivités
locales en fournissant toutes les
explications nécessaires sur le pourquoi de ses
besoins. L'État-nation,
c'est sûr, décentralisera progressivement et par
la force des choses sur l'économique,
le social ou le culturel, mais jamais fondamentalement
sur les recettes fiscales car ce serait pour lui scier la
branche sur
laquelle il est assis. Mais en
décentralisant progressivement, comme il le
fait aujourd'hui, les dépenses
mais pas les recettes l'État ne fait en fait que
recentraliser
encore plus fort qu'avant puisqu'il augmente la
dépendance financière
locale par rapport à Paris. Les réformes
fondamentales qui engageront véritablement
la France sur la voie du fédéralisme
sont celles de l'autonomie politique,
médiatique et financière tout le
reste n'est que détail.
L’EE
:La décentralisation à la française ne
favorise-t-elle pas finalement une
centralisation régionale, "Toulouse et le désert
midi-pyrénéen" au
lieu de "Paris et le désert français"?
J-P
A : Vous avez raison. Cela provient notamment du
fait que les décisions
d'aménagement du territoire sont prises au sommet
(tracés TGV, aéroports,
fermetures de lignes, autoroutes..) en fonction non pas de
l'intérêt des
populations locales, mais de celui des dirigeants politiques et des
technocrates
parisiens qui à l'issue de marchandages purement politiques
décident dans le
dos et sur le dos des habitants. Pour nous
fédéralistes, c'est le principe de
subsidiarité qui doit s'appliquer. Le
fédéralisme, c'est la subsidiarité et
la subsidiarité, c'est le fédéralisme.
La
décentralisation
fédéraliste, à la
différence de la "décentralisation
à la française", ne part
pas du sommet vers la base mais de la base vers le sommet. Au
départ toutes les
compétences appartiennent à la personne, puis
certaines sont déléguées au
quartier puis à la ville puis à la
région puis à l'État puis à
l'Europe
puis, pour certaines même, à une
autorité mondiale (écologie…). Les
compétences
montent en cascade et chaque niveau n'a jamais que le pouvoir que lui
confère
le niveau inférieur. Dans un tel système on ne
saurait avoir "Toulouse et
le désert midi-pyrénéen" puisque cela
supposerait que les habitants de
la région Midi-Pyrénée
qui aurait sa propre Constitution et son propre gouvernement
décident
d'abandonner leurs pouvoirs au profit principal de leur capitale
régionale.
Ainsi, il va de soi, par exemple, que si une région Provence
était autonome,
elle ne manquerait certainement pas de s'organiser elle-même
sur le mode fédéral,
le Comté de Nice et les régions de Marseille et
d’Avignon ayant elles-mêmes
une certaine autonomie du fait de leur
spécificité. Mais l'organisation d'une
région relevant de sa propre décision, rien
n'empêcherait théoriquement une
région de s'organiser selon un mode centraliste. Ce sera
alors sa responsabilité
et son choix.
L’EE
: Afin de résoudre le problème corse, le
gouvernement propose d'accorder une véritable
autonomie à l'Ile de Beauté. Qu'en pensez vous ?
J-P
A : Il
n'y pas un "problème corse" mais un "problème
français",
celui du centralisme dont souffre l'ensemble du territoire. C'est moins
la Corse
qui a besoin d'un "statut spécial" que la France qui a
besoin
d'un
"statut normal". Ce qui caractérise les États
fédéraux
traditionnels, c'est qu'en principe toutes les régions ou
tous
les États ont
une même autonomie qui est très
précisément
définie dans la Constitution fédérale.
En d'autres termes, pour nous fédéralistes, le
principe
de base c'est
"tout le monde ou personne". Il faut donc préparer
d'urgence et en toute transparence une nouvelle
Constitution fédérale
pour la France et certainement pas continuer, comme on l'a fait pour la
Corse,
à négocier au coup par coup et en catimini des
petits accords État-région
tous différents les uns des autres.
Il ne saurait y avoir des régions exclues du
droit à l'autonomie
surtout sous prétexte qu'elles ont toujours
été pacifiques et qu'elles ont
toujours bien payé leurs impôts. Quant
à savoir si c'est le "système
corse" qui doit être
généralisé aux autres
régions, nous pensons qu'il
ne va pas assez loin sur le plan de l'autonomie financière,
en ce qu'en
particulier il ne donne pas à la région le droit
de pouvoir vivre
principalement de ses propres
recettes. L'assistanat financier parisien y est
reconfirmé, ce qui va
à l'inverse
d'un véritable
fédéralisme: système dans lequel ce
n'est pas
principalement l'État central qui aide
financièrement les régions
mais elles-mêmes
qui s'entraident, à travers une "Caisse de
solidarité interrégionale",
selon des clés de répartition
déterminées par les régions. En outre,
il ne
prévoit pas que la sécurité
régionale soit de la responsabilité
d'une police régionale et non pas
de la police
nationale, ce qui est l'une des caractéristiques
fondamentales de tous les États
fédéraux.
L’EE
: Est-ce le commencement d'une future République
fédérale française ?
J-P
A : C'est tous unis dans nos régions
dans le même combat pour la
France fédérale que nous atteindrons notre but.
Déjà avec cet accord sur la
Corse la mobilisation de nos amis corses pour la France
fédérale va à l'évidence
fléchir puisqu'ils auront eu ce qu'ils voulaient. Que l'on
fasse demain
d'autres accords séparés et particuliers avec la
Bretagne, le Pays Basque, la
Catalogne, la Savoie et l'Alsace et ç'en sera fini de
l'avant-garde du combat
fédéraliste avec à la
clé le risque que la chape centraliste retombe
injustement sur tout le reste de l'Hexagone. Le gouvernement est en
train
d'appliquer aux régions la stratégie des Horaces
et des Curiaces. Afin de
pouvoir sauver le maximum de son pouvoir il
préfère négocier avec les
régions
une par une plutôt que de les avoir toutes unies en face de
lui. Il faut
instituer la "clause de la région la plus
favorisée" à savoir que
tout avantage accordé par l'État à une
région doit automatiquement être étendu
à l'ensemble des autres régions qui souhaitent en
bénéficier.
L’EE
: Comment voyez-vous le réveil des revendications
régionalistes en Europe ? Est-ce une chance
pour le fédéralisme ?
J-P
A : Le réveil des revendications
régionalistes est un signal. Celui
d'un ras-le-bol de voir les technocrates et les états-
majors politiques
parisiens décider seuls de tout alors qu'ils sont
complètement déconnectés
des réalités locales. Il est donc logique qu'il
se soit produit là où
existait déjà une forte identité
culturelle ou linguistique. Le réveil
régionaliste
est une chance pour le fédéralisme à
condition qu'il ne débouche pas sur un
repli identitaire mais sur une nouvelle conscience, toute aussi forte,
d'appartenance nationale et européenne. Nous les
fédéralistes nous aimons la
France, pas celle d'aujourd'hui vieillie et impuissante, arrogante
à l'extérieure
et agressive à l'intérieur,
mais celle dont Goethe disait déjà:
"Que la France serait belle si
au lieu d'avoir un seul centre elle en avait 10 qui
répandent partout la lumière
et la vie". Qu'on le veuille ou non nous sommes tous citoyens de notre
quartier, de notre ville, de notre région, de la France, de
l'Europe et du
monde. Empêcher une de ces dimensions de
s'épanouir c'est nous mutiler. En
privilégier une par rapport à une autre c'est
évoluer vers le totalitarisme.
On est personne
humaine avant même d'être breton,
français
ou européen. Si les revendications
régionalistes s'inscrivent dans ce
cadre, alors oui
c'est une chance pour le
fédéralisme, sinon elles risquent de relever
du primitivisme nationaliste le plus complet comme cela est par exemple
le cas
avec la Legua de Bossi en
Italie du Nord.
L’EE
: Que vous a inspiré le débat sur la Charte
européenne des langues régionales
et minoritaires?
J-P
A : Ce débat a servi de
révélateur quant au degré
d'archaïsme
des cerveaux de ceux qui nous dirigent et au
degré d'inadéquation de
notre Constitution au monde moderne. A chaque fois la France a
avancé à
reculons et négocié au minimum.
Elle a parlé de la "sauvegarde" des langues
(comme pour les
animaux d'un zoo!)
alors que la Charte parle de "la promotion" des langues et
elle
a signé seulement un tiers des articles de la Charte ! Et
encore ce service
minimum l'a
mise en
difficulté sur le plan constitutionnel français
puisque la Constitution
stipule que
"La langue de la République est le français". La
conclusion du débat
est claire : puisque notre Constitution ne permet pas que
la personne
puisse jouir au niveau national d'un droit reconnu comme
fondamental au
niveau européen
il n'y a pas d'autre choix que de modifier ou changer
la Constitution. Cela dit, la culture c'est d'abord
s'intéresser aux
autres à ce qu'ils disent, écrivent ou font non
seulement dans la région mais
aussi en France, en Europe et dans le monde. Il faut donc favoriser au
maximum
l'enseignement des langues étrangères notamment
européennes.
L’EE
: 8 ans après l'adoption du traité de Maastricht,
quel
bilan faites-vous de la construction européenne
?
J-P
A : Tout d'abord nous avons pu constater que le
traité de Maastricht
n'a apporté aucune de ces catastrophes que nous
prédisaient ses détracteurs,
bien au contraire. Ainsi, par exemple, les souverainistes affichaient
partout
pendant la campagne du référendum sur Maastricht
"Maastricht = Chômage!".
Or, le chômage n'a cessé de baisser
après la signature du traité. Autre
exemple concernant l'euro qui était la pièce
essentielle du traité, ils nous
annonçaient un euro fort qui casserait la croissance. C'est
tout l'inverse qui
s'est produit. D'ailleurs à la date d'aujourd'hui aucun des
souverainistes ne réclame
plus l'abandon de l'euro pourtant dénoncé par eux
pendant la campagne comme
une " stupidité historique ". Or l'euro, tout comme la PAC
c'est du fédéralisme.
Se dire, comme certains, favorable à l'euro mais
opposé au fédéralisme c'est
comme déclarer: " l'alcool non ! le cognac oui! ". En
revanche sur le
plan de l'union politique le résultat est beaucoup plus
négatif en ce que nous
observons une évidente régression de l'approche
fédéraliste par rapport à
l'approche intergouvernementale. Depuis Maastricht, les
État-nations et tout
particulièrement la France, ont toujours cherché
à accroître
leurs pouvoirs nationaux, notamment en
renforçant ceux
du Conseil par rapport à ceux de la Commission
alors
pourtant que dans les Traités originaux
elle avait pour mission de représenter et de
défendre" l'intérêt
supérieur de l'Europe ". Les gouvernements
nationaux ont trahi l'idéal
fédéraliste européen des
pères fondateurs de l'Europe. La déclaration
Schuman du 9 mai 1950 était pourtant claire :
l'idéal final était la création
d'une Europe fédérale réunissant pour
commencer les 6 pays fondateurs de
l'Europe. Le but était fixé. Il était
précis. Il a été progressivement et
discrètement abandonné sans pour autant
être remplacé par un projet européen
clair. En effet, il nous est impossible aujourd'hui de
répondre clairement en
Europe à cette question
pourtant fondamentale "qui sommes-nous et que voulons-nous
?".
Or comme le dit le proverbe "il n'est pas de vent favorable
à celui qui ne
sait pas quel est son port de destination". Faute de pouvoir
répondre à
cette question "existentielle" l'Europe ne peut que devenir une
auberge espagnole où chacun a le droit de
débarquer avec dans son sac ses
propres arrière-pensées et ses propres conditions.
Tel est déjà le cas
aujourd'hui où les pays de l'euro ne sont pas ceux de
Schengen qui ne sont pas
ceux de l'Europe sociale qui ne sont pas ceux de la PESC…
avec donc 5 Europe
différentes qui se réunissent à tour
de rôle selon le sujet abordé !
Avec Maastricht, Amsterdam et Nice, les
technocrates et apparatchiks
de l'État-nation ont compliqué les choses
à l'envi si bien que personne, sauf
quelques experts de droit européen, ne comprend plus rien
aujourd'hui à la
manière dont fonctionne l'Europe. Du
même coup, l'opinion publique
s'intéresse de moins en moins à la construction
européenne. A cet égard,
le bilan depuis Maastricht est des plus désastreux: nous
n'avons sans doute
jamais atteint un tel déficit d'intérêt
de la population pour la construction
européenne. Mais l'Europe n'est pas la
propriété privée des États
elle
appartient au peuple et il faut la lui rendre. Il faut organiser au
plus vite en
Europe un large débat suivi d'un
référendum sur une Constitution
européenne
qui définira clairement qui fait quoi entre les
régions, les États et
l'Europe.
L’EE
: On peut supposer que vous avez applaudi le discours
fédéraliste du ministre
allemand des Affaires étrangères Joschka Fischer
? Pensez-vous que la partie
soit gagnée ?
J-P
A : La proposition Fischer de mai 2000
n'était jamais que la reprise
"réactualisée" de la proposition Lamers de 1994
de créer un État
fédéral ("noyau dur") en Europe
réunissant les 6 pays
fondateurs de l'Europe ou éventuellement ceux de la zone
euro. Il s'est agi là
de deux offres de mariage successives faites par l'Allemagne
à la France. Sans
doute les deux plus importantes contributions à la
construction européennes
depuis la déclaration Schuman. Or à chaque fois
la France a botté en touches
et refusé l'invitation sous prétexte que "le
fédéralisme n'est pas la
philosophie de la France" Fermez le ban ! (A. Juppé
à l'Assemblée Nationale
en 95). Mais nous n'attendons pas de nos dirigeants qu'ils fassent de
la
philosophie mais qu'ils
prennent les décisions qui correspondent aux
vœux des Français. Suite
à l'offre Fischer,
le Parti fédéraliste a fait
réaliser le 23 mai 2000 un sondage
national par le CSA pour demander aux Français s'il fallait
répondre
favorablement à l'offre allemande. 59
% ont répondu "oui" (ce qui a fait la une du
Figaro) contre
seulement 33 % qui ont dit
"non" !
Un mois plus tard, alors que tous les dirigeants
politiques français s'étaient
déclaré
opposés à une élection au
suffrage universel direct du Président de
l'Union européenne, un sondage CSA fait par le Parti
fédéraliste montrait que
70 % des Français y étaient favorables ! Nous ne
cessons d'avoir la preuve
qu'en matière européenne nos dirigeants sont en
complet porte-à-faux avec
l'opinion publique. Il faut en finir avec ces petits monarques qui
prennent
leurs petites idées personnelles pour celles de
Français. Que l'on veuille
bien questionner enfin les Français
sur leur
vision de l'Europe en soumettant, par exemple, la proposition Fischer
à un référendum
et alors la partie sera gagnée !
Entretien
recueilli par Maximilien Malirois
Le
siège du Parti fédéraliste est
à Besançon (F-25000 France),

Qui est Jean
Philippe
Allenbach ?
Né le 9 janvier 1948 à Besançon d'une mère française et d'un père suisse, Jean- Philippe Allenbach a fait ses études à Strasbourg. Il y découvrira le fédéralisme avec le Professeur Guy Héraud dont il mènera la campagne aux législatives de juin 68. Avec lui, en 1969, il fonde le Parti Fédéraliste Européen dont il est le Secrétaire général. Après avoir obtenu le diplôme de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris en 1970 et une licence en Sciences Économiques à Assas, il travaille à la Banque Paribas à Paris, puis à Francfort en Allemagne, ce qui l'amène à abandonner ses activités politiques en France. En 1975 il devient directeur financier d'un grand groupe suisse de négoce international de pétrole. En 1984, il créé sa propre entreprise spécialisée dans le conseil financier aux grandes entreprises, avec des bureaux à Zürich, Chicago et Varsovie. Il est également trader sur l'International Monetary Market à Chicago. Il reprend son activité politique à l'occasion du débat sur Maastricht en militant au sein du Rassemblement pour l'Europe Fédérale (R.E.F.) dont il est candidat à la législative de Nice en 1993. En 1995, avec quelques autres militants, il quitte le R.E.F. et entreprend alors de créer avec eux le Parti fédéraliste. En 1996, il publie, avec la participation d'éminents fédéralistes, un ouvrage intitulé Nous, on propose !, lequel constitue le "Livre-programme" du Parti Fédéraliste