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Vous avez dit: METAPOLITIQUE ?

Entretien avec Jacques Marlaud, recueilli par Michelle Favard-Jirard pour Novopress,  le 9 octobre 2008
Source :http://fr.novopress.info/13513/jacques-marlaud

« la première et la plus grave carence de l’Europe contemporaine concerne son âme, son esprit, ou plutôt leur absence »
Ancien militant de la Fédération des étudiants nationalistes et d’Europe-Action (1962-1965), ancien correspondant de la revue Nouvelle École à Johannesburg (Afrique du Sud) où il fut journaliste pendant une quinzaine d’années, Jacques Marlaud est depuis 1987 maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université de Lyon, où il anime un Cercle de réflexions et d’études métapolitiques (CRÉM). De 1987 à 1991, succédant au professeur Jean Varenne, il préside le Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (GRECE) et dirige la revue Études et Recherches.Il est également reponsable du site l’Esprit Européen. Témoin privilégié de l’histoire de la Nouvelle droite (ND) et combattant infatigable d’une « notre l’Europe », il a bien voulu répondre aux questions de Novopress.

Novopress : Pourquoi l’Esprit Européen ? 

Parce que l’Europe est sans doute la plus négligée des patries. Beaucoup se battent pour un parti, un mouvement, une idéologie ou religion, ou encore pour une patrie régionale et ethnique comme le pays basque ou l’Alsace ; d’autres se disent nationalistes ou souverainistes et ne dépassent pas l’horizon franco-français, même s’il apparaît bien étriqué et impuissant face à la mondialisation galopante. L’Europe n’exclut rien de tout cela, au contraire, elle peut réunir les aspirations et les êtres semblables, leur ouvrir son grand espace, fédérer ses peuples pour leur donner voix au chapitre dans les affaires mondiales…. Les nations comme la France, sans parler des plus petites, n’ont plus la taille critique pour affronter les périls du monde, résister au plan politique, économique et culturel, à l’impérialisme des empires. À moins de faire elle-même partie d’un empire, le sien, le grand espace européen (Carl Schmitt), la France sera condamnée à servir un autre empire, comme elle le fait en ce moment même en Afghanistan.

Jacques Marlaud :

« l’Union européenne est la plus mauvaise façon d’œuvrer à la réalisation

d’une grande Europe libre et souveraine »

 

Novopress : On comprend bien, à vos dires, que vous n’êtes pas pour une Europe made in Bruxelles

Bien entendu, l’Union européenne est la plus mauvaise façon d’œuvrer à la réalisation d’une grande Europe libre et souveraine. Elle ne se conçoit que comme une province de l’Internationale atlantique dirigée par les États-Unis, protégée par son bras armé, l’OTAN dont l’unique objectif, reconnu par les États-uniens eux-mêmes au début des années 1990, est de diviser pour régner, de fragmenter l’Europe en l’empêchant d’assumer sa propre défense, en lui refusant l’expression d’une volonté politique propre, correspondant à son rang dans le monde. Au plan économique, ladite Union européenne (souvent désunie), fonctionne comme une province de l’économie-monde américanocentrée, incapable d’affirmer une préférence européenne, un protectionnisme lui permettant de se protéger des crises induites par les flux et les reflux financiers, démographiques ou migratoires, la spéculation et la corruption inhérents au phénomène sans précédent de la mondialisation. La crise actuelle des subprimes illustre bien l’ampleur de notre dépendance !

Friedrich Nietzsche

Jacques Marlaud :

Toutefois, la première et la plus grave carence de l’Europe contemporaine concerne son âme, son esprit, ou plutôt leur absence. Comme l’ont perçu nos plus grands penseurs, Nietzsche, Ortega y Gasset, Spengler, Heidegger, Evola et Ernst Jünger entre autres, nous sommes entraînés depuis quelques siècles déjà dans un tourbillon nihiliste dont nous n’avons pas encore sondé la profondeur. Négation du monde et négation de notre identité propre, refus de la différence, généralisation de l’indistinction en sont les caractéristiques majeures. Cette indistinction des peuples, des individus, des sexes, des rangs sociaux, ce refus d’assumer l’histoire, ce rejet du politique, le propre de l’homme selon Aristote, cette négation de la forme et du caractère dans l’art contemporain, tout cela était en germe dans l’idéologie égalitaire du judéo-christianisme primitif : « Il n’y a plus maintenant ni de Juifs, ni de Gentils; ni d’esclave, ni de libre; ni d’homme, ni de femme : mais vous n’êtes tous qu’un en Jésus Christ » (Épître de Saint Paul aux Galates, III, 28 ).

Novopress : A quel moment avez-vous ressenti cette rupture avec l’Eglise ?

Je répondrai en citant un extrait d’un texte publié dans l’Esprit Européen : « Par-delà la nostalgie française, les valeurs de l’Europe » : « La conscience d’une déchirure m’envahit à l’âge de treize ans en mai 1958, lorsque j’écoutais Radio Alger avec son ironique “bonsoir Monsieur Pfimlin !” et arrachais les grandes affiches du Parti communiste montrant le général de Gaulle bâillonnant un Algérien. C’est à cette époque, juste après une communion solennelle, encore vécue avec ferveur (je fréquentais un établissement catholique), que j’ai rompu définitivement avec l’Église et ses enseignements. L’hypocrisie du discours épiscopal (qui était en train de virer brutalement au progressisme) en ces matières politiques, n’avait d’égal que sa tartufferie vis-à-vis des questions sexuelles, deux sujets qui n’ont pourtant jamais cessé de passionner les jeunes gens ». J’ajoute qu’un peu plus tard, la lecture de Nietzsche (Ainsi parlait Zarathoustra, L’antéchrist…) a achevé ma dé-conversion comme une délivrance, avec un sentiment de jubilation qui ne m’a plus quitté depuis.

Jose Ortega y Gasset


Jacques Marlaud :

Novopress : Vous dénoncez « l’esprit bourgeois »…

Après le bref intermède féodal, avec le triomphe de l’esprit bourgeois sur l’instinct aristocratique, l’esprit négateur qui eut raison du civisme romain est revenu en force. Ses plus grands propagateurs ont été les idéologues libéraux avec leur promotion de l’homo œconomicus, soumis aux lois du marché, mû par ses seuls intérêts dont l’interaction avec ceux des autres sociétaires est censée œuvrer d’elle-même dans l’intérêt général. Le critère de distinction qui prévaut depuis lors est celui de l’argent. L’argent qui a donné le pouvoir aux dynasties industrielles et financières au détriment de la classe moyenne, l’argent qui met en mouvement contre les riches les masses révoltées du lumpenprolétariat, puis les pauvres du monde, les « damnés de la terre ». Nous en sommes là, sans doute pour longtemps encore. Il ne s’agit pas pour nous de nier l’utilité, la nécessité des biens matériels, de l’argent, de la consommation, mais de souligner la perversion inédite dans l’histoire du monde qui réduit l’homme à la satisfaction de ses besoins matériels, qui dévalorise toute aspiration non économique, transforme la politique en querelles de personnes et de clientèles, qui décourage (et exploite) tout esprit civique, tout héroïsme, tout geste désintéressé. Un tel système dévalorise de ce fait les communautés organiques, la famille, la patrie, et toutes les appartenances au profit d’un monstrueux réseau anonyme d’exploitation du monde dont nous ne sommes que les rouages et les proies.

Jacques Marlaud :

Novopress : Vous avez été le président GRECE. Quels enseignements tirez-vous de cette expérience ?

Les quatre années de ma présidence du GRECE ont été une sorte d’apprentissage dans un moment difficile. Je venais de rentrer d’Afrique du Sud, lorsqu’on m’a sollicité pour remplacer Jean Varenne à ce poste, peu après une assemblée générale houleuse au cours de laquelle le directoire démissionna. J’avais une conception naïve, quelque peu idéaliste de l’organisation, surtout de la « nôtre », qui n’a pas résisté à l’épreuve des faits.

Jacques Marlaud :

Nous étions en 1986-87, période charnière où le long combat métapolitique du GRECE paraissait ne pas tenir ses promesses alors que, forts de ses succès électoraux depuis 1984, le Front National, qui montait en flèche, devenait une tentation pour nos amis de tempérament activiste. 1990 fut l’année de tous les déchirements. 

Oswald Spengler


Peu d’années auparavant, Guillaume Faye, qui devenait moins fécond et plus provocateur, avait été mis sur la touche. Pierre Vial s’étant incorporé au FN sans avoir formellement rompu avec le GRECE dont il animait le cercle lyonnais, nous fûmes labellisés de Think Tank de la vaste nébuleuse d’extrême-droite dont le FN était le bras politique, ce qui ne correspondait pas du tout à nos actes, ni à nos écrits. Je corrigeais le tir en publiant un droit de réponse qui fit quelques vagues parce que j’y citais d’importantes différences entre le FN et nous, montrant que cet amalgame était injustifié (le principal extrait de ce courrier est repris dans la note 21 au bas de la page GRECE dans la Wikipedia).

1990 fut aussi l’année de « l’affaire Notin » qui m’assaillit à un double titre, en tant que président du GRECE et en tant que collègue universitaire à Lyon de Bernard Notin, un ami, membre de l’association. Pour avoir écrit quelques phrases sceptiques, quoique pas bien méchantes, sur les attendus du jugement de Nuremberg dans une prestigieuse revue d’économie (et c’est là sans doute son erreur), il devint l’objet d’une intense campagne de diffamation orchestrée notamment par Le Monde. Ses cours, perturbés par quelques nervis haineux, lui furent retirés et il fut condamné à une lourde amende par ses poursuivants. Tout cela rejaillit sur le GRECE à qui l’on supprima toutes les facilités dont il pouvait disposer (salles de conférences à la fac…) pour sa branche étudiante. Plus grave encore, une partie des responsables réclamaient sa mise à pied pour avoir mis en danger la survie de l’association par un comportement personnel égoïste. D’autres, dont j’étais, pensaient qu’il valait mieux ne pas accabler un ami déjà à terre qui ne demandait qu’à s’éclipser pour retrouver le calme…

Bref, ces tiraillements politiques au sein d’une association qui se voulait « métapolitique », ont fini par m’être insupportables et, en 1991, je demandai qu’on me trouve un remplaçant.

Mais cette petite histoire, ou ces petites histoires, sont bien peu intéressantes par rapport à ce que m’a apporté le GRECE, et ce qu’il (ou plutôt ce que la « nouvelle droite » ) peut encore apporter aujourd’hui, j’en suis sûr. Pendant et après ma présidence, j’ai été heureux de côtoyer des personnalités comme Julien Freund, Jean Cau, Roger Garaudy, Pierre Gripari, Jean Haudry, Gerd Bergfleth, Alexandre Douguine, Alexandre Zinoviev et bien sûr Alain de Benoist.

« Ce qui reste de l’aventure “nouvelle droite” est considérable et survivra sans doute très longtemps à ses fondateurs »

 

 Novopress : Ce n’est par faire injure au GRECE ni à ses dirigeants que de constater le déclin de son influence par rapport aux années 80, après le « printemps de la Nouvelle Droite » en 1979. A quoi l’attribuez-vous ?

C’est juste, le déclin du GRECE en tant qu’organisation est incontestable. Je serais moins catégorique sur son influence au plan des idées.

Jacques Marlaud :

Je vois deux raisons principales à ce déclin. D’abord la puissante campagne de diffamation à son encontre qui n’a pratiquement jamais cessé depuis son début, en 1979. A partir de là, les notables, les politiques, les médias, les universitaires… susceptibles de nous aider nous ont tourné le dos. Certains amis nous ont lâchés, voire trahis au moment de la normalisation du Figaro Magazine décrite par Jean-Claude Valla dans L’Esprit Européen.

Julius Evola

Il s’agissait de discréditer ce qui était sans doute la plus brillante remise en cause des idées reçues de l’époque en l’accusant de toutes les tares classiques : racisme, antisémitisme, entrisme, sectarisme… Et cela a fermé au GRECE toutes les portes, barré toutes les avenues d’expression, lui a coupé les vivres. Après quoi, il fut condamné à vivoter tant bien que mal.

Plus grave encore est la désertion des amis souvent très compétents et dynamiques vers d’autres combats politiques (j’en ai parlé), intellectuels (comme le révisionnisme) ou littéraires. Jusque vers le début des années 2000, il y avait encore un colloque annuel et une université d’été, mais le public et l’encadrement avaient changé, et il a été jugé opportun de d’élaguer ces branches moribondes.

Par contre, les publications, même peu fréquentes, se poursuivent et sont toujours d’une excellente tenue. Krisis, Nouvelle École et Éléments restent des revues de référence où j’ai plaisir à puiser des mines d’informations et de connaissances qu’on ne trouve nulle part ailleurs.

Si nous faisons un bilan au bout de toutes ces années, ce qui reste de l’aventure « nouvelle droite » est considérable et survivra sans doute très longtemps à ses fondateurs. Sans parler des nombreuses dizaines de livres publiés par ou grâce à la ND, ce qui demeure, qui est unique et qui contribue à des avancées significatives de notre combat métapolitique sont les thèmes et les auteurs. Les réflexions sur le paganisme, l’essence du politique, la pensée communautarienne, la géopolitique, les études indo-européennes, la révolution conservatrice, la sociobiologie, le nihilisme et le souci de l’être, etc. n’auraient jamais suivi le cours qu’elles ont pris en France, en Italie et en Allemagne sans l’apport de la ND. De même que les auteurs tels que Carl Schmitt et Julien Freund, Ernst Jünger, Heidegger, Guénon, Dumézil et beaucoup d’autres n’auraient pas été aussi féconds dans la réflexion contemporaine s’ils n’avaient été « convoqués » par la ND à ses sessions de réflexion métapolitique, en partie publiés et commentés par ses soins.

La synthèse ainsi opérée est unique par son ampleur et sa richesse. Nos ennemis le savent bien qui tentent encore de démolir Heidegger et Carl Schmitt dont le pouvoir subversif les dérange terriblement. On ne peut désormais passer outre cette introduction magistrale aux thèmes et aux auteurs dont nous ne faisons que commencer à comprendre la portée.

Novopress : La « métapolitique », concept forgé par le GRECE, postule que la prise de pouvoir politique est obligatoirement précédée par la prise de pouvoir culturel. Cette analyse est-elle toujours pertinente trente ans après avoir été formulée et à l’heure d’internet et de la mondialisation ?

En présentant la notion de « métapolitique », voici plus de trente ans, le GRECE ne faisait que reprendre l’analyse du penseur communiste dissident italien, Antonio Gramsci (mort en 1937), selon laquelle effectivement le pouvoir politique repose sur un terreau culturel et idéologique qui lui donne sa force et sa stabilité. Par conséquent, ignorer ou minimiser l’importance du travail culturel et idéologique (comme le faisait apparemment la droite libérale dans les années 1970, face au marxisme qui dominait les universités, les cercles intellectuels et les milieux artistiques) menait à l’impasse. Même en ayant le pouvoir politique, comme c’était le cas sous Giscard, la droite était condamnée (par la pression syndicale, étudiante, intellectuelle…) à faire une politique de gauche. D’où la promotion d’un « gramscisme de droite» comme la panacée.

Antonio Gramsci

Jacques Marlaud :

Cette analyse, déjà critiquable à l’époque - si l’on considère que la culture cinématographique, musicale et télévisuelle, entièrement aux mains de la droite libérale et obnubilée par le rêve américain, a fini par triompher sans grand mal du marxisme - n’est plus valide aujourd’hui :
1) parce que la différence droite-gauche s’est estompée, hormis chez quelques extrêmes qui sont loin du pouvoir politique ;
2) parce que le pouvoir culturel, aujourd’hui, est en grande partie assimilable au pouvoir médiatique, lui-même aux mains de l’establishment politico-financier ( Bouygues, Dassault, Lagardère, Rotschild…) ;
3) parce que la culture soft-idéologique dominante a pénétré toutes les classes sociales et qu’elle récupère sans problème les pseudo-contre cultures de l’underground : Joeystarr et le hardcore en fournissent un exemple à « gauche » dont on peut sans difficulté trouver les parallèles à « droite ».

La métapolitique n’a pas pour autant été abandonnée par la ND, mais révisée et relativisée. Elle se réfère à tout travail de réflexion, d’analyse, de diffusion d’idées et de pratiques culturelles susceptible d’influencer à long terme la société politique. Il ne s’agit plus de prendre le pouvoir, mais de lui fournir un aliment idéologique, philosophique, culturel… capable d’orienter (ou de contredire) ses décisions.

En cela, la ND joue pleinement son rôle de société de pensée et d’influence dans la mesure où nombre de ses problématiques, réflexions et concepts sont à l’étude, sinon débattus ou repris par les milieux politiques les plus divers : je pense aux critiques radicales du libéralisme que nous partageons avec la gauche anti-utilitariste, à la problématique de la décroissance qui pose problème aux demi-écologistes, à la notion d’Empire européen ou encore au concept d’ethno-différencialisme, argument de poids dans le débat sur l’identité.

On entend dire parfois que cette métapolitique est une façon de chercher la respectabilité, alors qu’elle est une critique radicale des préjugés, des illusions de la modernité. On nous objecte aussi que ce n’est qu’un ensemble d’élucubrations intellectuelles coupées des réalités concrètes. Nous répondons que, sans appui sur une réflexion bien mûrie, tout activisme n’est qu’agitation stérile. Nos ancêtres le savaient qui faisaient du trio « Pensée-parole-action », dans cet ordre, la caractéristique du comportement héroïque et divin.

Novopress : Et vous-même, comment vous définissez-vous ? 

En quelques mots, après avoir été un militant nationaliste déçu vers le milieu des années 1960, j’ai élargi mon horizon géographique en m’exilant pendant une vingtaine d’années (Espagne, Allemagne, Afrique du Sud), et mon horizon de lecture en quittant Barrès, Drumont et Drieu pour Nietzche, Evola et d’autres penseurs mentionnés plus tôt.

Jacques Marlaud :

Au bout de plusieurs petits boulots, je suis devenu journaliste (Radio RSA) puis, ayant repris mes études jusqu’au doctorat ès Lettres ( mon bouquin sur le Renouveau païen dans la pensée française), de retour en France, je suis rentré à l’Université de Lyon III comme maître de conférences en « sciences de l’information », poste que je quitte aujourd’hui, au bout de plus de 20 ans, pour me consacrer à plusieurs projets d’écriture et, outre la mise à jour régulière du site de L’Esprit Européen, à ma famille (huit grands enfants) et à ma maison sur une jolie colline du vieux pays gaulois.

Ernst Jünger

S’il fallait me définir en deux mots je dirais : un « guerrier de l’idée », fuyant les sectes, les chapelles, les clans, les mouvements ou partis. Lié par nos anciens combats et une vieille amitié (45 ans !) à Alain de Benoist et la ND, je suis resté passionnément engagé, au-dessus de la mêlée des fractions, dans la bataille (métapolitique) pour une haute idée de l’Europe, aristocratique, renouant avec sa plus longue mémoire, dégagée des impasses de la modernité où l’on voudrait l’enfermer, libérée de toute culpabilité à l’égard d’un péché originel, ou beaucoup plus récent, qui lui est jeté à la figure dès qu’elle relève la tête afin de lui courber l’échine et de l’abattre.

« S’il fallait me définir en deux mots je dirais : un “guerrier de l’idée” »

 

Qu’entendez-vous par une « Europe aristocratique » ?

L’aristocratie au sens originel, grec, c’est le gouvernement des meilleurs, le sens de l’honneur, de la parole tenue, de la fidélité aux siens, l’esprit du don de soi à une cause qui dépasse nos petites individualités, l’esprit civique à la romaine : le sens du devoir, un intérêt aussi passionné que désintéressé, pour la politique, la cité et son gouvernement. L’aristocratie ne s’oppose pas à la démocratie, contrairement à un préjugé répandu : la démocratie athénienne, par exemple, était avant l’époque des tyrans, une aristo-démocratie. Sa vertu de référence (virtù = courage viril) était l’excellence. À l’opposé des valeurs aristocratiques, on trouve la ploutocratie : le règne de l’argent que j’évoquais tout à l’heure. Pour résumer le principe aristocratique, rien de mieux que cette critique de la devise républicaine par Ghislain de Diesbach dans son Petit dictionnaire des idées mal reçues : « Il n’y a de véritable égalité que dans l’esclavage, et de liberté que dans une hiérarchie. Il n’y a de fraternité que celle des armes. »

Martin Heidegger

Jacques Marlaud :

Novopress : Etre « engagé » tout en restant « au-dessus de la mêlée des fractions », n’est-ce pas une gageure ? Autrement dit, n’est-il pas nécessaire, parfois, de descendre dans l’arène, ne serait-ce que pour empêcher le temps de vous rendre spectateur, ainsi que l’écrivait Ernst Jünger ?

Justement je tiens à cette apparente contradiction, qui n’en est pas une ; si descendre dans l’arène consiste à se mêler de politique politicienne (ce que j’ai fait, malgré moi à vingt ans, à la FEN), je n’ai pas (plus) cette vocation de torero ou de gladiateur et je sais qu’il y en a de bien meilleurs que moi pour ce travail. Spectateur ? Sans doute, mais je ne reste pas dans mon fauteuil. L’histoire est le plus grand des spectacles lorsqu’elle se remet en marche. Comme en 1999, lorsque la petite Serbie tenait tête à la grande coalition, j’ai activement participé à la campagne du Collectif Non à la Guerre. Comme aujourd’hui, qui voit s’éveiller enfin la Russie et à la pointe de l’épée changer la donne de la politique mondiale… Ceux qui lisent ce que mes amis du GRECE et moi écrivons, savent que, non seulement nous ne nous contentons pas de compter les coups, mais que nous sommes à l’avant garde des fronts actuels alors que les politiciens à courte-vue en restent souvent aux batailles d’hier et se trompent d’ennemis.

Jacques Marlaud :

Novopress : Un mot de conclusion ?

Oui, un conseil aux lecteurs de Novopress : lisez, signez, diffusez la pétition de Pierre Le Vigan sur L’Esprit Européen « L’Europe a besoin d’une Russie forte ! » pour faire avancer la cause de l’Euro-Sibérie et de la réconciliation continentale face aux saboteurs de la Grande Europe !

Jacques Marlaud 

Propos recueillis par Michelle Favard-Jirard pour Novopress Aquitaine

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