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Jean-Claude Albert-Weil, petite musique des mal-pensants

Jean-Claude Albert-Weil appartient à cette catégorie d’écrivains qui détestent la publicité et dont le franc-parler scandalise le ronronnement douceâtre des critiques littéraires. Il est l’auteur d’une vaste trilogie, La Saga du Contre-Monde, qui évoque tout autant Jonathan Swift que George Orwell. Le premier tome paraît en 1997 aux Editions du Rocher sous le titre Sont les oiseaux… et obtient dans la foulée le Prix des écrivains indépendants. Cet ouvrage est réédité en 2000 sous le titre d’Europia par les Éditions L’Âge d’Homme. En 2001 et en 2002, l’éditeur a publié Franchoupia et Sibéria.

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L’Esprit Européen : Monsieur, vous êtes l’auteur d’une trilogie romanesque et uchronique publiée à L’Age d’Homme. Pourquoi avez-vous écrit ces trois romans ?

Jean-Claude Albert-Weil : J’écrivais à quinze ans et j’ai traîné toute la vie avec ça ! Ça devient assez vite une sorte d’habitude… Une fois prises, les idées s’agglutinent sans cesse avec les situations en même temps que la réflexion globale de soi, du monde, de l’existence ici et maintenant. La curiosité joue à plein dans la propre et personnelle élaboration de soi et du monde, élaboration qui vous tient à cœur et ne vous lâche plus…

L’idée d’un “ Contre-Monde ”, un monde actuel mais autre, on dit aujourd’hui “ alternatif ”, m’a toujours fasciné depuis que j’avais lu dans mon enfance de 1906 illustré par Robida, “ La guerre infernale ”, qui décrivait la guerre mondiale précisément telle quelle serait supposée éclater en 1940 ! … La réaction aux idées reçues, au politiquement correct, à l’humanisme insidieusement totalitaire, à l’humanitarisme intransigeant, au dogme d’évolution-progrès et plus généralement, après la dernière guerre mondiale, à l’idée généralisée mais contestable que notre société, quoiqu’imparfaite, sujette à des crises, serait à tout le moins et quand même, non pas la meilleur de fait (ce qui, de fait, est bien possible) mais la meilleure comme modèle en soi, ce qui n’est qu’une vulgaire croyance assénée par les médias, a conduit ma réflexion et ma faculté d’imaginaire à fomenter ce contre-monde différent. En bref et pour faire le fanfaron de conversation : “ Je ne me plais pas dans le monde de la réalité actuelle, alors j’en ai fait un autre ! ” 

 

L’EE : Le point de départ de la trilogie n’est pas banal, voire choquant, puisque, tels les auteurs de science-fiction comme Sabran (Le son du cor) ou Philip K. Dick (Le maître du haut-château), vous envisagez la victoire du Reich nazi pendant la Seconde Guerre mondiale. Est-ce par provocation ? N’auriez-vous pas pu commencer avec la victoire de Napoléon et la fondation d’un empire euro-napoléonien ?

J-Cl A-W : Dans l’uchronie, le point de bifurcation historique n’est pas toujours facile à déterminer. La victoire allemande en 40 pouvait convenir à mon propos. Je n’imaginais pas toutes les occultations, boycottages, interdictions insidieuses, persécutions sous-jacentes qui s’ensuivraient. D’autant que l’épisode Hitler ne tient aucune place. Hitler meurt en 46, l’Empire est dénazifié par les États-majors de l’armée allemande ne supportant plus les nazis. L’Empire alors s’en va lentement vers un régime populiste et laxiste sur certains points, laissant aux individus énormément de libertés, ceci au sein d’un certain ordre général qui sert de cadre à la société.

La victoire de Napoléon est située bien trop loin dans le passé pour avoir pu engendrer un Empire encore fort aujourd’hui. Seule une victoire européenne de Staline eut pu convenir à mon propos, mais l’existence de partis communistes encore et toujours en exercice, avec des ministres, aurait transformé toute l’affaire en un méli-mélo politique dans lequel le cadre et l’esprit de cette fresque d’anticipation, d’aventure, de science-fiction, de politique-fiction aurait perdu tout caractère de roman.

 

L’EE : Dans vos trois romans, l’union politique de l’Europe est réalisée. L’Europe est par conséquent une grande puissance mondiale qui s’étend de l’Atlantique à la Sibérie.     À votre avis, où s’arrête le continent européen ? Aux marches orientales de la Pologne ? A l’Oural ? Au détroit de Béring ? La Turquie est-elle européenne ? A-t-elle vocation à rejoindre l’Union européenne ?

J-Cl A-W : L’Europe, dans ma trilogie, s’arrête sans conteste à la frontière d’Extrême-Orient sibérien. Le troisième volume, aujourd’hui terminé, s’appelle Sibéria. C’est tout dire ! Le sacrifice des millions d’hommes, pour la plupart slaves et blancs, leurs souffrances incalculables, depuis les temps les plus reculés de l’ancienne Russie jusqu’au Goulag, leur occupation effective du territoire et sa mise en valeur, occupation slave, chrétienne, technique et scientifique, confère des droits historiques et, semble-t-il, incontestés à la possession et à l’exploitation du vaste et difficile territoire sibérien. Dans cette politique, toute l’Europe doit se tourner de ce côté et participer au plus grand défi, au plus grand dessein transnational jamais proclamé assorti du plus formidable champ d’application technologique… C’est la nouvelle frontière, le Far-East… La Russie actuelle peut-elle actualiser ce défi ? Dans mon roman, le Grand Empire, lui, n’hésite pas. Nous tenons là son projet central soutenu par toute une jeunesse !

Accessoirement vous me questionnez sur la Turquie… L’entrisme de la sous-culture musulmane en Europe constituerait une véritable catastrophe… Dans mes livres, on est principalement malthusien. Ne pas dépasser, en natalité populeuse, la dose prescrite ! La doctrine de mon Empire est l’obtention, en dépit de l’Occident marchandaliste mené par l’Amérique, d’un traité mondial de fixation démographique planétaire. Le pullulement incontrôlé constitue le danger majeur pour l’espèce humaine… La loi d’espèce,                “ Croissez et multipliez ”, doit être abrogée et remplacée par une loi de gestion. L’humanisme est formellement rejeté. Il est donc clair que l’ennemi absolu se tient tapi au sein des religions qui finissent brutales, ou ont été quelque jour brutales, l’Islam est donc à notre opposé… Le marchandalisme mondial productiviste et nataliste l’est aussi… Par ailleurs, par suite de la politique ambiguë des USA, une meute d’affaiblisseurs de l’Europe, Balkans islamisés notamment et bientôt la Turquie viendra, par leurs difficultés inhérentes, renforcer par contraste l’hégémonie niveleuse américaine, en même temps que se constituera par l’action de cette même politique une ceinture anti-slave cherchant à affaiblir et pénétrer les marchés, y compris pétroliers, de l’ex-Union soviétique. Devant cette démarche, l’Europe, et surtout la France, devrait renouer avec sa vieille politique pro-slave.

L’action de la France au Kosovo a marqué une incroyable défaite diplomatique française. L’hégémonie américaine est l’instrument d’une industrie sérielle, uniformisante, niveleuse, standardisante des individus. Elle se situe à l’opposé de l’individualisme français. Le combat contre cet ennemi est avant tout culturel. Il passe principalement par un refus de la politique pétro-dollarienne de Wall Street, combat que nous avons déjà mené en 1973 avec notre plan important, unique au monde, de centrales nucléaires…

 

L’EE : Huit ans après l’adoption du traité de Maastricht et quelques années après la ratification du traité d’Amsterdam, quel bilan faîtes-vous de la construction européenne ?

J-Cl A-W  : Une décadence continuelle depuis quarante ans… Dans les années soixante, on pouvait acheter un appareil photographique français (Foca), une montre française (Lip), une chaîne Hi-Fi (Teppaz). Une motocyclette (Terrot). Et cætera…

Dans les années soixante, Brigitte Bardot bouleversait les foules à New-York, et à Rio…

Les auteurs Camus, Sartre, Malraux, Aragon, Céline, Mauriac, Simenon, Giono, Montherlant (et j’en oublie…) faisaient de Paris la capitale des Lettres. Le cinéma brillait de René Clair à Clouzot, avec les Gabin, les Fresnay, les Blier, les Feuillères, les Morgan, Bourvil, De Funès, Marais, Gérard Philippe, Jouvet; le jazz avait Django, le théâtre avait les Ionesco, les Sartre, les Giraudoux, les Claudel, les Genet, les Cocteau… Que dire des peintres ! Picasso, Dali, Buffet, Vlaminck…

La nouvelle vague ciné s’annonçait, gigantesque… Le nouveau roman affleurait. La chanson explosait avec Piaf, Chevallier, Montand, Salvador, Bécaud et bientôt Brel…

L’avion caravelle innovait dans sa catégorie… Le paquebot France sillonnait triomphalement l’Atlantique…

Un De Gaulle, majestueux, régnait sur ce sommet, haut lieu du Franc nouveau, de l’atome… et du lancement d’une vraie Europe identitaire centrée sur le couple De Gaulle-Adenauer, promoteurs d’un marché commun ouvert entre eux mais se gardant de devenir un souk anglo-yanko-asiatique où pénétreraient, cosmopoliteraient, promiscuiteraient toutes les caravanes gadjetières du monde… comme plus tard elles le feront en Lumpen Europa !

Accessoirement, la marge limite de l’impôt direct en France était de 38 % contre 56 aujourd’hui! Las de cette homélie!… Que sommes-nous donc devenus aujourd’hui ? Des producteurs de fêêêêêtes… de fêêêêêtes… encore des fêêêtes…

Une jeunesse imbécile collée à la  “Loft-téléniaiserie” et à la footbollo-métisserie… La multiculture du tag et du rap, une marée envahissante de l’illettrisme, le banditisme de rues et bientôt le terrorisme… La France dénaturée par dix millions d’allogènes allocatés, subventionnés, familio-regroupés, des gens qu’on paye pour nous envahir…

Dans le même temps, la Suisse qui n’est pas dans l’Europe, ne semble en rien pénalisée…

Le bilan de l’Europe, si l’on s’en tient à la France, est donc totalement négatif ! Les syndicats et monopoles méprisent la réglementation européenne qui ose les gêner, la SNCF a fait grève (localement sans doute, mais grève quand même) tous les jours en 2001 ! Les terroristes corses encagoulés font des conférences de presse retransmises-télé… non sans tendre la main à Bruxelles !… Les zones de non-droit étrangères, plus nombreuses que leurs homologues en 1941 (camps allemands, casernes, Kommandanturs…) pullulent sur notre sol et leurs habitants ne se lèvent pas, eux, pour offrir leur place à une vieille dame dans le métro…

 

L’EE : L’avenir de l’organisation politique de l’Europe est-il déjà prédéterminé entre un espace marchand de libre-échange ou bien une civilisation qui se cherche une forme politique? Comment voyez-vous son organisation politique continentale future ?

J-Cl A-W : L’avenir de l’Europe, soi-disant Europe, ne sera que l’histoire décadente d’un marché, d’une zone de libre-échange jusqu’à ce que des réactions nationales, dont la forme n’est pas pour l’instant prévisible, se fassent jour… Dans un climat d’abondance, tout se passe à peu près correctement (accords genre Airbus, Ariane), mais les temps peuvent changer… Et ce peut être aussi le même scénario pour les régions… La solidarité transnationale aura forcément des limites… L’acceptation laxiste des flux migratoires aussi…

Ah ah, la tête qu’ils vont faire quand il faudra payer pour les Polonais, les Hongrois, les Roumains, les Kosovites, les mosquées turques, les Bas-Moldaves… La tête !

Et en dehors de tout ce qu’ils ont à nous quémander, obtenir, piquer, mafiater, solidari-happer, croyez-vous qu’ils vont se sentir Européens, tous ces gens-là ?

 

L’EE : Par l’affirmation péremptoire des entreprises transnationales et l’accroissement des migrations intercontinentales de peuplement, la mondialisation ne représente-t-elle pas une menace pour les identités régionales, nationales et européenne ?

J-Cl A-W : L’intérêt de l’homme n’est pas dans la croissance, surtout démographique, mais dans la gestion intelligente et scientifique de ce qui est. Trois enfants par couple devrait être la règle de la maintenance espéçique humaine. L’apocalypse écologique, effet de serre notamment, dû à la croissance continue, cassera un jour l’idéologie de la croissance. Aujourd’hui, la planète a les moyens : ONU, FMI, Banque mondiale, OMC, Kyoto et kyotiseries itératives… de proposer un règlement général de la natalité humaine… Et subséquemment des migrations. Là est le grand problème, le seul problème dont tout découle !

L’aide au Tiers-Monde doit essentiellement consister en aide à la contraception générale plutôt qu’en aide aveugle favorisant la pullulance néfaste… Les ONG humanitaires agissent contre l’intérêt planétaire… Seuls événements favorables : les épidémies, les disettes, les catastrophes, les guerres… Regardez l’Algérie ! Croyez-vous qu’ils en seraient arrivés là, s’ils n’étaient encore aujourd’hui que douze millions ? Ils sont trente-trois millions ! A leur rythme, nous serions cent cinquante millions en France aujourd’hui ! Alors, hein, où va-t-on ?

 

L’EE : Vous sentez-vous proche du combat de José Bové contre la “ MacDomination ” ? La “ culture ” américaine ne menace-t-elle pas la diversité culturelle européenne ? Posez plus brutalement encore, McDonald’s et Disneyland-Paris ne sont-ils pas plus dangereux pour les identités locales qu’un bureaucrate français ?

J-Cl A-W : josé Bové est un “ Charlot ” qui entonne aujourd’hui un hymne anti-mondialiste inauguré par Le Pen depuis plus de vingt ans. Les écologistes sont des usurpateurs, pas un seul n’a jamais touché à la terre, ils sont tous fonctionnaires d’origine, ils n’ont connu dans leur vie que le salaire régulier à la fin du mois, la garantie d’emploi, les comités parlotteurs, les vacances VVF, les avantages acquis, les mutuelles… ! La formation, le moule, le terreau de l’individu, ça aussi, ça compte! Et parmi eux, les écolo, … des scientifiques ? Combien y en a-t-il des vrais ? … Toute cette nullité prétentiarde qui cause génétique…

L’entreprise, même agricole, ils ne savent pas ce que c’est… L’argument gauchieux anti-malthusien tient dans :        “ Plus on est bourgeois, moins on pond, par conséquent soyons partageux pour réguler la plétho-natalité du monde ”… Tout ceci n’est que fadaise pour ne pas dire foutaise humaniste… Les chasseurs-cueilleurs, avant le Néolithique, c’est-à-dire avant notre ère agro-industrielle moderne, savaient déjà réguler leur natalité pour des raisons de mobilité (Lisez Tristes Tropiques toujours actuel !). Le plétho-natalisme est le fruit d’une culture : l’humanisme agro-industriel, en un mot l’humanisme. Je suis, quant à moi, inhumaniste. Je revendique le titre de tête de file de cette école…

Quant à l’allusion à Mac Do, je dirai que l’important n’est pas qu’il y ait des Mac Do et du Disneyland… Ce qui serait grave, ce serait qu’il n’y ait que du Mac Do, du restau chinois, du Disney… C’est cette uniformisation, ce nivellement qu’il faut combattre…

 

L’EE : L’Europe est-elle en déclin ? Et si oui, ce déclin est-il irrémédiable ?

J-Cl A-W : Ce truc de hauts fonctionnaires technocrates en franchise d’impôts, sur-payés, nantis, appelé “ Europe ”, ne concerne et ne touche en réalité (réalité existentielle s’entend) que bien peu de gens… Qui se reconnaît en elle ? Déclin ou  non ? Quelle Europe ?

Hormis la tentative de De Gaulle-Adenauer, aujourd’hui dévorée par la zone de libre-échange anglo-saxonne, quelle Europe ? Donnons-nous un ciment… Un parti unique comme l’ex-URSS ou un Empereur, clef de voûte - symbole comme feu l’Autriche-Hongrie, avec de vraies frontières, sinon déclin ou non, répétons-le avec tristesse insigne, quelle Europe ?

 

 

                                                      Propos recueillis  par Patrick Keridan

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