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Études
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Morvan et Nivernais :
la passion d’une terre française
Pierre Le Vigan
« J’aime ce vaste ciel mouvant »
dit un ancien et éternel poème du Morvan. Pour aimer le Morvan et le
Nivernais qui est l’essentiel du Morvan mais n’est pas que le Morvan,
il faut le parcourir, s’en imprégner, l’aimer, le vouloir. Il faut
suivre aussi et comme toujours des traces. Maurice Constantin-Weyer,
grand voyageur, a consacré un livre au Morvan, sous ce simple titre, en
1929 (éd. Rieder). Nous ne nous priverons pas de suivre ses pas,
et parfois d’y ajouter l’écho de nos propres passions : chemins,
bourgs, villes et pays de ce pays de la « montagne noire » -
car telle est l’étymologie de Morvan.
En quittant Nevers pour se diriger vers l’est, on
rencontre d’abord le pays des Amoignes, maintenant appelé les Amognes,
vers Saint Benin d’Azy. Un peu plus loin vers l’est, c’est la Bazois,
pays moins pluvieux que le Morvan lui-même, moins maritime que les
bords de Loire, pays d’élevage avant tout. C’est Chatillon en Bazois
(Chatillon sur Aron pendant la Révolution), dans la plaine du Bazois
c’est le canal du Nivernais, c’est le canal et le plan d’eau de Fleury,
du cote du petit bourg de Biches, où on ne croise plus l’ancienne
tenancière du bistro, Madame Alice, retraitée ayant travaillé toute sa
vie à Issy les Moulineaux avant de revenir à Biches.
Le plan d’eau modeste mais absolument charmant de
Fleury à Biches est à coté d’un restaurant qui fut délicieux mais
malheureusement pas toujours ouvert, la Tournette. Ce plan d’eau n’est
pas à confondre avec celui de Fleury la Tour, non aménagé, réservé à la
pêche, et austère pour la baignade (mais l’austérité a toujours son
charme), à Fleury la Tour. C’est là un vaste étang, de quelque 70
hectares, l’étang des Chaumes, traversé par la Canne, soit la surface
du jardin du Luxembourg, ou encore de la commune du Pré saint Gervais,
qui compte quand même quelque 11.000 habitants (c’est dire qu’on peut
mettre du monde sur 70 ha et cela sans construire de tours !).
Mais juste après les Amognes et avant le Bazois il y
a les collines du Nivernais. Elles sont orientées nord-sud. Leur point
culminant est du coté de Saint Benin des Bois, au nord de la
« grande » route qui va de Nevers à Château-Chinon, puis à
Autun, la ville de la jeunesse militaire de Napoléon Bonaparte, une
route qui mène encore, mais après un long trajet, à Dijon, la capitale
de la région Bourgogne dont dépend la Nièvre mais qui en est plus loin
que l’on est à partir de Nevers de Clermont-Ferrand. Dijon
disions-nous, Dijon si belle, si noble, dont les églises sont sublimes,
mais si riche par rapport au Nivernais si pauvre. Cela éloigne ;
ce contraste éloigne, et les mentalités ne sont pas les mêmes.
Le point culminant des collines du Nivernais est à
l’ouest de celles-ci, à 452 mètres, à quelques 10 ou 15 km plein nord
de Saint Benin d’Azy. Rien de spectaculaire, aucun promontoire,
contrairement à Montenoison, émouvante butte située à une dizaine de
kilomètres au nord-est de Prémery. Il n’y a au point le plus haut des
collines du Nivernais que du charme à goûter, des promenades à faire
par les petites routes, en vélo, en cyclomoteur, si possible autrement
qu’en « automobile », comme on disait jadis. Il faut en tout
cas savoir s’arrêter, tous les 5 km, et peut-être comme René Fallet,
faut-il boire un vin (de pays, il n’y en a plus, mais prenons alors un
vin simple, qui sent la terre, un vin du Gard, un récoltant bien sûr,
ou un Costières de Nîmes, ou peut-être un vin du Tarn, oui, un vin
pierreux, sec, dur, râpeux comme la langue d’un chat), dans une gourde
pour en apprécier tout e charme. Mais à dose raisonnable, car le vin ne
doit jamais tuer l’énergie (rappelons nous la triste spectacle
d’ébriété qu’a parfois donné la Grande Armée en Espagne, vers 1810, et
dont parle admirablement Jean Lucas-Dubreton), il – le vin - doit
l’enchanter le palais et réchauffer le coeur, tout simplement.
Chatillon en Bazois. A 35 km de Nevers, et à 30 de
Château-Chinon, par une excellente route (le réseau routier doit
beaucoup à François Mitterrand, qui fut maire de Château-Chinon et à
Pierre Bérégovoy, maire de Nevers jusqu’à son suicide en 1993). Nous
sommes au cœur de la dépression du Bazois, entre le « massif de
saint Saulge » (collines du Nivernais), un promontoire élégant, et
le massif du Morvan lui-même. On peut visiter à Chatillon en Bazois le
château du 15e siècle refait au 19e :
Immenses et belles cuisines. L’Aron passe à Chatillon. Non loin, à 3 km
au sud on peut se baigner, à Coeuillon, prés d’un petit barrage, lieu
très calme, pour ne pas dire souvent désert, avec du caractère.
À la sortie est de Chatillon en Bazois, c’est
bientôt la poterie du petit Massé à Chatillon ne Bazois, déjà évoquée
en 1929. A côté nous trouvons une vente de plantes et d’arbustes. Les
indépendants ne peuvent vendre au prix compétitifs des grandes surfaces
de plantes et d’arbres de Nevers. La terre, ici, est d’argile et sable,
et de kaolin, qui est une sorte d’argile blanche, friable, qui sert à
la porcelaine.
Le Morvan, c’est la « montagne noire », ou c’est peut-être
encore une mer de montagnes, des montagnes qui se sont faites mer – ce
qui est une étymologie sans doute fausse mais poétiquement exacte (une
chose ne peut être à la fois vraie et fausse, mais peut être
formellement fausse — ontiquement fausse— du point de vue de l’étant —
mais poétiquement ou encore ontologiquement exacte — du point de vue de
l’être). On pense aux poèmes de Morven la Gaélique, de Max Jacob... On a parfois écrit Morvand, ou Morvant, ou Morven.
Notre petite enquête nous amène à reproduire des
textes regroupés, sur internet, par un érudit nommé Marcelot (lemorvandiaupat.fr).
Le « dictionnaire de la conversation et de la lecture : inventaire
raisonné des notions générales les plus indispensables à tous »,
par une société de savants et de gens de lettres. Tome 13 / sous la
direction de M. W. Duckett (1853-1860) écrit : « MORVAN
/ MORVANT ou MORVENT, contrée montagneuse située entre la Bourgogne et
le Nivernais, et comprise aujourd'hui dans les départements de la
Nièvre et de l'Yonne. Vézelay en était la capitale. Les habitants se
nomment eux-mêmes du nom peu harmonieux de Morvandiaux. »
« Comment s’écrit Morvand », s’interroge de son coté Armand
Billaud : « Morvand ne s'écrit pas avec un D ! Voilà vingt
fois que je vous le dis… C'est agaçant d'avoir toujours à répéter la
même chose… !
- Oh ! oh ! on se fâche ici, dis-je en entrant dans les bureaux de
Monsieur X, juste au moment où, sur un ton peu gracieux, il
apostrophait en ces termes un de ses commis, jeune indigène de Brassy,
en train de clore une enveloppe à l'adresse de Saint-André en Morvand.
- Mais figurez-vous, s'écria Monsieur X en me tendant là main, que je ne puis lui mettre en tête que Morvand ne prend pas de D.
- Il écrit d'instinct…, il faut lui pardonner, à ce pauvre petit Morvanneau.
- Morvan…nneau... comment morvanneau ! Morvandeau, Morvandeau voulez-vous dire.
- J'ai dit morvanneau : Pourquoi diable voulez-vous dire morvandeau, puisque vous voulez supprimer le D à Morvand ?
- Ah! ce n'est pas une raison, cela !
- Ce n'est pas une raison péremptoire, j'en conviens, mais c'est une raison tout au moins plausible, et certainement logique.
- Mais enfin, on ne met jamais de D à Morvan !
- On, qui on ? Au surplus, d'où vient ce mot ? Savant étymologiste, dites le moi ?
- Ah certes, les origines présumées ne manquent pas. Certains auteurs
prétendent que Morvand vient de Morvinus, nom d'un lieutenant de César,
à qui une partie du pays aurait été donnée après la conquête. - Adrien
de Valois rapporte, d'après un ancien manuscrit, du monastère de Musci,
que Saint Heptad, évêque d'Auxerre, qui vivait vers 530, étant obligé
de fuir, se cacha dans les bois du Mor-vent. Adrien de Valois, qui
écrit Mor-vent, prétend que ce nom avait été donné au pays, parce qu'il
y fait souvent du vent, parce que le vent y mord !
- Ce ne sont point, je suppose, ces belles raisons là qui vous font défendre à votre employé d'écrire Morvand avec un D ?
- Non, assurément. Je ne rapporte tout cela que pour mémoire, et je ne
donne ces étymologies que pour ce qu'elles valent ; mais il en est
d'autres : Fortunatus, dans sa vie de Saint-Germain;
évêque de Paris, vers 496, parle d'un village appelé Morvennum situé
dans les environs de Cervon. Adilon, qui écrivait vers la onzième année
du règne de Clotaire, en parle également, et le place dans la campagne
où se trouve aujourd'hui Cuzy, entre Cuzy et Cervon.
- Dans son annuaire de la Nièvre
de 1806, Gillet, juge suppléant en la cour de justice criminelle, qui
rapporte ces dires, prétend que le nom de Morvand vient probablement de
ce village de Morvennum, qui devait se trouver à peu près dans la ligne
de démarcation entre le sol argileux et l'arénacé. « On serait tenté de
croire, ajoute-t-il, que Morvennum est Lormes, parce que cette petite
ville paraît ancienne et que les autorités que l'on vient de citer n'en
parlent aucunement, mais il faudrait plus que des conjectures pour
s'arrêter à cette idée. »
- C'est aussi mon avis.
- D'autres auteurs, Gruter, Pictet, de Belloguet, plus judicieux à mon avis, ont recherché
dans la langue celtique l'origine du nom de ce pays habité jadis par
les Celtes, et prétendent que ce nom vient de Mawr ou Mor, qui veut
dire grand, haut ; et Pen, tête, cime, qui, avec la permutation du p en
v, a donné Monven, hautes cimes.
- Hautes cimes allons donc cher ami, c'est beaucoup trop prétentieux
pour nos pauvres petites montagnes morvandelles, dont la plus élevée
n'atteint pas même mille mètres ! J'admettrais cette étymologie si ce
nom avait été donné aux cimes alpestres ou aux pics pyrénéens…mais à
nos jolies petites taupinières qui, sur la surface du globe, doivent
faire l'effet des aspérités d'une écorce d'orange!..... jamais !
Combien je préfère l'explication de dom Bullet….
- Ah les écrits de dom Bullet « corpus ineptiarum ! »
- Eh ! oui, dom Bullet ; je sais qu'il est aujourd'hui complètement
discrédité, mais il n'en est pas moins vrai que, dans le cas
particulier, l'étymologie qu'il donne me semble préférable à toutes les
autres. L'altitude de nos montagnes morvandelles n'est pas assez élevée
pour avoir des glaciers ou des neiges éternelles, et le manteau blanc,
dont chaque hiver les couvre, fond et disparaît rapidement aux premiers
rayons du soleil de printemps. Aussi, de quelque côté qu'on regarde
leurs crêtes boisées, on les aperçoit se détachant sombres et noires
sur l'horizon. C'est pourquoi dom Bullet prétend, non sans raison, que
Morvand veut dire Montagnes noires et vient de deux mots celtiques mor, qui veut dire noir et ven ou vand, - avec un D, cher ami, - qui veut dire montagne. La même étymologie est attribuée au Morven écossais, montagne du comté de Caithness célèbre dans les poésies d'Ossian.
- Hum !... Peut-être dom Bullet a-t-il raison. Oh je ne suis pas
convaincu ; mais enfin, je suis comme Montaigne : je doute. Petit
ajouta M. X, en se tournant vers son commis, écris, si cela te plait,
Morvand avec un D.
- Oh ! M'sieu, c'est déjà fait, riposta le gamin. »
La question de l’orthographe de Morvan est bien sûr liée à la question de son étymologie. On peut lire sur Wikipédia :
"Morvan. Montagnes noires" ou "Mer de montagnes" ou ...? Du celte
"Mar" : noir et "Vand" : montagne, le Morvan est un massif montagneux
français situé en Bourgogne, aux confins des départements de l'Yonne,
de la Nièvre, de la Côte-d'Or et de Saône-et-Loire. Le point culminant
du massif du Morvan est le Haut Folin (901 mètres).
- Comte de Damas d'Anlezy -
C'est à tort que la plupart des géographes écrivent Morvan, car
l'étymologie la plus probable de ce nom est Mor et Vand, mots celtiques
qui signifient Noires Montagnes. L'habitant du Morvand s'appelle Morvandeau, qui se prononce Morvandiau et qui a pour féminin Morvandelle.
- Joseph BRULEY -
Dom Bullet prétend que Morvan veut dire montagnes noires et vient de
deux mots celtiques : "mor", qui veut dire noir, et "yen ou vand", qui
signifie montagne. La même étymologie est attribuée au Morcen écossais
[The morcen], montagne du comté de Cathness, célèbre dans les poésies
d’Ossian.
De nos jours, c’est la proposition de Dom Bullet, bien que ses
compétences en celtologie aient été discutées, qui semble prévaloir.
Bogros (« A travers le Morvan ») la trouve parfaite, du moins comme image.
Morvan étant un nom de famille très répandu dans tous les départements
bretons, j’ai cherché à savoir sur le lieu même, quelle signification
donnait-on au nom Morvan. Presque toutes les personnes interrogées
n’avaient aucune connaissance que "mor" pouvait signifier "noir", qui
se traduit en breton par "du". (Pen-du = tête noire, par exemple). "Du"
peut être pris également dans le sens d’obscur, ténébreux, et il est
hors de doute que le français deuil dérive de ce mot celtique.
Le radical "van" se retrouve dans "ar vanten" = la montagne, ou "ar
vonten" (Finistère), suivant prononciations locales (colline se
traduisant en breton par « miner »).
Pour les Bretons, "mor" ne peut signifier que "mer": Morbihan = petite
mer, par exemple (voyez également ar-mor-ique, larmor, etc.).
Les rivages de la mer ne bordant pas notre vieux massif, pour mes
interlocuteurs bretons, une seule étymologie est apparue possible :
Mor-van = mer de montagnes.
La première idée qui vient à un homme doué d’un peu d’esprit
d’observation, me déclarèrent-ils en substance, c’est de comparer une
grande étendue plissée à peu près régulièrement à la mer, à condition
bien entendu d’avoir vu la mer...

Vue depuis le calvaire de Château-Chinon, le Morvan ne nous apparaît-il
pas de tous côtés, comme une mer de collines ou de montagnes ?
- M. Saint-Elme Leduc, dit Cluni de Maltèse -
Le nom de Morvand vient, ou d'un village appelé autrefois Morvennum,
dont il ne reste aucun vestige, et qu'on suppose avoir existé entre
Corbigny et Lormes, près de Cervon et de Cuzy, ou de deux mots celtique
mor, mer, et man, en construction van, apparence, figure par allusion à
l'immensité de bois dont ce pays montueux est couvert.
Morvan est aussi un nom d'homme, c'est la traduction du français Maurice (1).
Note de Joseph BRULEY - (1) En ce qui concerne cette note (le nom ou
prénom MORVAN = Maurice) je n'ai pu lire, à mon grand regret, dans le
manuscrit de M. Cluni de Maltèse, le nom de l'étymologiste. (Je crois
qu'il s'agit de Legonidec, mais je ne suis pas certain). Quoi qu'il en
soit, je suis persuadé que nous devrons abandonner l'étymologie MORVAN
= NOIRES MONTAGNES (ou Montagnes noires) et qu'il faudra adopter MORVAN
= mer de montagnes ou de collines ou MORVAN = apparence ou ressemblance
à la mer, en raison de l'opulente toison forestière qui couvre ses
sommets et ses pentes, et qui donne, sous la brise, la parfaite
apparence de la mer.
- Noëlle PERRUCHOT -
L'histoire écrite n'ayant pris contact avec la Gaule qu'à partir de la
conquête romaine, ce décalage nous prive très certainement de la clé de
cette énigme, du moins de sa preuve formelle. Nous possédons,
néanmoins, deux jalons attestant l'utilisation de ce nom durant
l'empire romain :
- 2ème ou 3ème siècle de notre ère : MORVINNICO, inscription trouvée à
Rome sur une stèle funéraire dédié à DM – AEMILIO M0RVINNICO AEDUO
(Soc. Eduenne - communication de M. MOWAT - séance du 6-10-1880) ;
- 696 - MORVINNUS PAGUS (cartulaire de l'évêché d'Autun).
Ces termes prouvent que ce nom devait être employé couramment aussi
bien par les individus que par l'administration ecclésiastique
héritière de sa devancière romaine qui désigna par Morvan une division
territoriale à l'intérieur de l'Eduie. Nous sommes alors tentés
d'envisager un lien, autre que purement géographique, entre ce nom et
notre vieux massif.
... Remarquons, au passage, sur la carte du Haut
Morvan, tout au long de la ligne sommitale aboutissant à Bibracte, les
innombrables noms de lieux constitués à partir de noms de famille : les
Diolots, les Doridots, les Courreaux et même les Morvans (le Moulin des
Morvans).
Si leur formation fut beaucoup plus tardive, cette
pratique put néanmoins être le résidu d'une tradition antérieure,
s'attachant à désigner les différentes familles constitutives de la
tribu MORVAN !
Ainsi ce nom de Morvan pourrait être celui d'un
ancêtre commun, d'un chef mythisé d'une famille qui vint s'installer
sur notre sol lors d'une vague celtique et qui choisit peut-être ces
montagnes, considérées comme inhospitalières, parce qu'elles lui
rappelaient le sol qu'il avait quitté, justifiant par une démarche
sentimentale une implantation dans une région économiquement
défavorable. Encore que vivant de chasse et d'élevage et rendant leur
culte dans des sites naturels, forêts, montagnes, sources, notre région
dut leur paraître particulièrement riche !
... Sous les bannières du régionalisme, de
l'écologie, du retour aux sources, nous tentons enfin de nous extirper
de l'hypnose romaine. Alors nous redeviendrons peut-être capables de
retrouver les messages occultés et ce nom Morvan pourrait constituer
une main tendue par dessus ‘’2000 ans de servitude’’. Ne serait-il pas
réconfortant de retrouver sous ce nom, non seulement de belles
montagnes mais aussi un peuple vivant, une origine humaine et commune à
cette grande famille de morvandiaux qui résiste encore dans ses
particularités ethnologiques les plus profondes au grand brassage un
peu trop banalisant de notre époque. »
La Morvandelle
Chant scolaire : LA MORVANDELLE (Sur l'air du :
"Galant de la Nannette") - BOUCHOR et TIERSOT - Chants populaires pour
les écoles, 3è série, p. 30 (Librairie Hachette).
Le 31 octobre 1903, l'Amicale des Instituteurs et
des Institutrices de la Nièvre avait invité à la fête et à son banquet
annuels M. Dessez, inspecteur d'Académie dans le département depuis
1900, et le poète Maurice Bouchor qui avait déjà publié ses deux
premiers recueils de Chants populaires pour les Ecoles. Au dessert, M.
Dessez se leva et, dans un charmant discours, prit aimablement le poète
à partie : il avait chanté toutes les provinces françaises, mais
n'avait rien dit « de cette petite Suisse française qu'est le Morvan,
rien de cette partie si riante de la plaine de la Loire qu'est le
Nivernais... L'omission est grave, elle nous est douloureuse, il faut
la réparer », dit M. Dessez. Et il pria l'Amicale de la Nièvre de se
joindre à lui pour demander à l'ami des instituteurs la composition
d'une Nivernaise. — « D'une Morvandelle ! cria une voix dans la salle.
— Soit ! » répliqua M. Dessez. Et, pour renseigner le poète, il
esquissa à grands traits le passé du Morvan, le suprême effort des
Gaulois au sommet du Beuvray à Bibracte ; la IIe Croisade, «
cette héroïque folie », et le mouvement communal, nés au pied de la
basilique de Vézelay ; le travail de Vauban, notre compatriote ; le
soulèvement du 5 décembre 1851 pour résister au coup d'État. Il
décrivit les rivières morvandelles et le flottage, évoqua le départ des
nourrices pour Paris.
« M. Dessez m'ayant soufflé tout ce qu'il fallait
dire, écrit le poète, un instituteur de la Nièvre (C'était M. Méténier,
instituteur à Avril-sur-Loire qui, sous le pseudonyme de Jean Stramoy,
venait de publier le recueil où figurait Le Galant de la Nannette)
m'offrit un bouquet de mélodies morvandelles. J'en cueillis une qui
sentait bien le terroir ; elle aussi me parla du Morvan à sa façon ; et
je n'eus pas grand chose à faire, comme vous voyez, pour rimer la
chanson que vous allez entendre. »

1 - Allons, les Morvandeaux,
Chantons la Morvandelle !
Chantons nos claires eaux
Et la forêt si belle,
La truite aux bonds légers dans les roseaux fleuris
Et notre bois flottant qui vogue vers Paris
2 - Il souffle un âpre vent
Parmi nos solitudes ;
On dit que le Morvan
Est un pays bien rude ;
Mais s'il est pauvre et fier, il nous plaît mieux ainsi,
Et qui ne l'aime pas n'est certes point d'ici.
3 - On veut la liberté
Dans nos montagnes noires ;
Nos pères ont lutté
Pour elle et non sans gloire ;
Rêveurs de coups d'État, Césars de quatre sous
Les braves Morvandeaux se moquent bien de vous.
4 - Jadis — on nous l'a dit —
Surgirent nos ancêtres
Brisant le joug maudit
De leurs avides maîtres ;
Ils firent bien danser les moines leurs seigneurs,
Repus de leurs misères et gras de leurs sueurs.
5 - Pourtant nous subissons
Un reste de servage.
Pourquoi ces nourrissons
Privés du cher breuvage ?
Gardons, ô mes amis, nos femmes auprès de nous :
Nos filles et nos fils ont droit à leurs nounous !
6 - Allons, les Morvandeaux,
Chantons la Morvandelle,
Les bois, les prés, les eaux,
Aimés d'un cœur fidèle,
Nos bûches qui s'en vont, — Paris s'en chauffera,
Nos gas et leurs mamans, — Paris s'en passera !
Sources :
Comment le Capitaine eut peur - Conte de Claude Tillier - 1842
Les populations forestières du centre de la France : Morvan, Bas Nivernais, Puisaye - Comte de DAMAS D'ANLEZY - Octobre 1907
Le Morvan Cœur de France - Joseph Bruley
Un coin du Morvand (Le canton de Lormes) - Armand BILLAUD - 1900
Pays de Bourgogne N° 109 et 110 - 1980
Folklore du Nivernais et du Morvan - Jean Drouillet
Recueil de Chants populaires du Nivernais (Deuxième Série)
Voyage en France - Ardouin-Dumazet
Après ces longues citations, reprenons le cours de
notre méditation morvandelle. Les monts les plus hauts du Morvan sont
le Haut Folin, le Prenelay (ou Preneley), et le Beuvray. Au somment du
Haut Folin se trouvait un chalet du Club Alpin Français qui a brulé
dans les années 1990 et n’a jamais été reconstruit. Au mont
Beuvray se trouve Bibracte. C’était un site fortifié, un oppidum,
capitale du peuple celte des Eduens, au IIe siècle avant Jésus-Christ. Bien que l’on ait pensé un temps que leur capitale était plutôt Autun.
Bibracte : un remarquable musée de la
civilisation celtique y a été édifié, très pédagogique, lumineux (tout
le contraire du musée parisien du quai Branly de ce point de
vue). Le site est de toute beauté. Il y a quelques années belle
exposition sur les femmes chez les Celtes.
À côté, Château-Chinon. Ce fut un oppidum gaulois.
Table d’orientation en haut de la ville. Vues sur le Morvan. Le comté
de Château-Chinon appartenu au Bourbonnais puis à la Bourgogne et fit
ainsi partie des domaines impériaux. Puis il appartient à la
maison de Savoie-Carignan jusqu’en 1719.
Les danses du Morvan ressemblent beaucoup aux danses
auvergnates et aux danses écossaises. On joue de la cornemuse,
recouverte de drap du pays.
Entre Decize (Decetia) et Autun (Augustodunum) il y
avait une voie romaine. À mi-chemin, les thermes de Saint-Honoré les
bains.
Larochemillay, au sud du Mont Beuvray, village perché et fortifié. Château construit au début du XVIIIe
pour le maréchal de Villars sur le site de l’ancien château féodal.
« L’architecture est musique » dit Paul Valéry. C’est une
musique classique. J’aime bien sa noblesse. Je comprends qu’on puisse
la trouver froide. À côté, le mont Touleur (on disait Thouleurs
il y a 70 ans), ruine d’un ouvrage romain. Longtemps carrières de
marbre et lieu d'activités métallurgiques. . À côté se trouve le
ruisseau de la Roche que l’on appelait autrefois la Séglise. Nous
sommes aussi près de la Vieille Montagne que l’on appelle maintenant
tout simplement la Montagne. Ce fut peut-être un poste avancé de
Bibracte.
Nevers. Une des rares villes de France qui n’ait
connu quasiment aucune croissance depuis 60 ans. Pour dire le vrai sa
croissance modeste jusque dans les années 70 a été annihilée par sa
décroissance, surtout depuis la mort de Pierre Bérégovoy. Belle
cathédrale st Cyr - st Julitte, très belle église romane st Étienne.
Chapelle ste Marie, située rue saint Martin : rien à voir à
l’intérieur, mais belle façade baroque, la seule de Nevers. Le sentier
du Ver-vert, rive droite de la Loire, mène au confluent de la Loire et
de l’Allier, le Bec d’Allier. L’Allier, du reste, est tellement large
que l’on se demande si ce n’est pas la Loire qui est son
affluent. Plus au sud, sur l’Allier, très beau pont-canal dit du
Guétin. Le canal latéral à la Loire passe alors au dessus de l’Allier.
On voit un petit atelier de dessin et peinture, un atelier d’amateurs
éclairés, curieusement isolé dans ce lieudit plein de charme qu’est le
Guétin. Belles plages sur l’Allier, à 2 km, non aménagées bien sûr, la
baignade y est dangereuse, le cours de l’Allier est très rapide,
puissant, il évoque par exemple la rapidité et la violence du Rhône.
L’eau y est très propre. 
Clamecy, petite ville, et même
« sous-préfecture », tant que le gouvernement ne les a pas
supprimées, du nord de la Nièvre. La ville est au bord de l’Yonne, et
longée par le canal du Nivernais, nous sommes par ailleurs non loin de
la Puisaye, et plus près de Paris que quand nous sommes à Nevers.
Romain Rolland était natif de Clamecy. Il est mort à Vézelay, toujours
dans le Morvan. Il publie Salut à la révolution russe en 1917 et il adhère au communisme 10 ans après. Sa femme aurait été… un agent soviétique. Il publie aussi notamment La révolte des machines ou La pensée déchainée
en 1921, ce dernier livre illustré avec des bois gravés de Frans
Masereel (le livre de Romain Rolland est à ne pas confondre avec la
nouvelle de Han Ryner parue en 1896). Claude Tillier était originaire
de Clamecy. On lui doit Mon Oncle Benjamin (1843) une fine chronique que lisait Ernst Jünger sous les obus pendant la guerre de 1914.
« La belle nivernaise, histoire d’un vieux bateau et de son
équipage » est une nouvelles d’Alphonse Daudet. C’est aussi le nom
d’une librairie de livres anciens, bien achalandée (et très abordable),
à Nevers. On y trouve parfois quelques beaux tableaux. Non loin de là
se situe la rue de la Barre, une boutique de brocante et de
rempaillage. Parfois, on y trouve quelques tableaux assez réussis, fort
peu chers. La boutique est tenue par un homme cultivé et sympathique.
PLV

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