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Dépaysement vers l'Inde merveilleuse

Olivier Roland *


   Socrate dit à un homme qui se plaignait comme vous : «Vous vous étonnez de ne tirer aucun fruit de vos voyages : c'est toujours vous que vous transportez.» (…) Otez à l'âme son fardeau; jusque-là, aucun pays n'aura pour vous de charmes. (…) Vous courez çà et là, pour rejeter le poids qui vous accable; mais l'agitation même le rend plus incommode. (…) Mais, une fois délivré de ce mal, tout changement de lieu deviendra pour vous agréable. Jeté aux extrémités de la terre, dans quelque désert sauvage, tout vous sera séjour hospitalier. L'esprit du voyageur fait plus en cela que les lieux où il se trouve; aussi ne faut-il s'attacher particulièrement à aucun endroit. Il faut penser et dire : Non, je ne suis pas né pour tel coin de la terre; ma patrie, c'est le monde entier. Avec cette conviction, vous ne serez plus étonné de l'inutilité des voyages; c'est l'ennui qui vous chasse d'un pays à l'autre; le premier vous eût plu, si vous les regardiez tous comme le vôtre. Vous ne voyagez pas, vous errez çà et là, de contrée en contrée, tandis que le but de vos recherches, le bonheur, se trouve partout. (Sénèque)

    Si je devais vous donner un seul mot pour définir ce pays, ce serait : dépaysement. Car l’Inde est véritablement un autre monde. Tout y est si différent par rapport à ici que n’importe quel objet du quotidien, n’importe quelle habitude évidente pour ses habitants devient un sujet de fascination. Je comprends à présent ces Japonais qui prennent tout en photo à Paris, ce dont nous aimons nous moquer gentiment, car j’ai moi aussi mitraillé tout ce qui me semblait intéressant, original, sortant de l’ordinaire, que ce soit beau ou non. C’est à peine si j’ai failli photographier une poubelle . C’est ce qui rend un voyage en Inde si étonnant, si intéressant, c’est la découverte d’une toute autre culture, qui nous permet de voir des choses dont nous ne pensions même pas qu’elles pouvaient exister.

Circulation

    La première chose qui frappe quand on arrive à Delhi, c’est la densité incroyable de la circulation, et surtout sa dangerosité. Moi qui pensais qu’après avoir conduit à Paris on pouvait conduire partout, je peux vous dire qu’à côté de Delhi (et de presque partout en Inde), Paris c’est un manège auto sur rails ! D’ailleurs le guide du routard (que j’ai emmené partout avec moi et qui s’est révélé un atout précieux) explique qu’il est largement préférable de louer une voiture avec chauffeur plutôt que de tenter soi-même l’aventure, tant la circulation est dangereuse (et les salaires des chauffeurs bon marché).
Les Indiens conduisent en effet de manière très anarchique, au point qu’ils doivent klaxonner à répétition dès qu’ils font un dépassement, tournent, qu’un véhicule les serre de trop près ou qu’ils en sentent le besoin (ce qui arrive souvent). Le résultat est que les coups de klaxon sont quasi omniprésents et qu’il est impossible au début de profiter sereinement du paysage. Heureusement on s’habitude assez vite.
Sur les routes deux voies, il est fréquent de voir 3 voitures de front, et 5 sur les routes 3 voies ! Chacun dépasse par la gauche, la droite, roule sur le coté de la route, fait des zigzags comme bon lui semble, voire même prend la route en contresens ! Cela arrive fréquemment sur les autoroutes (!) et plus rarement en ville.
Ajoutez à cela qu’en plus des voitures il y a des vélos, des motos (très nombreuses), des rickshaws (j’explique ce que c’est après), et… des chameaux et des chevaux ! Sans compter bien sûr les fameuses vaches sacrées, qui se promènent où bon leur semble, et en particulier au milieu de la route (notre taxi a failli rentrer dans une vache le jour de notre arrivée, sur le périph’ de Delhi. Il paraît que c’est rare, car les vaches sont peu nombreuses dans la capitale).
 
    Les piétons, vélos, et même les animaux se mêlent joyeusement aux voitures et aux rickshaws dans les villes
Bref, il règne une grande anarchie sur les routes, anarchie dangereuse mais qui finit par être joyeuse, tant les routes nous offrent à voir des spectacles incroyables qui font parfois rire tout autant que frissonner.



Les rickshaws
 
   
    Un des emblèmes de l’Inde, reconnaissable immédiatement et visible dans tout le pays, le rickshaw est tout simplement une mobylette à 3 roues avec un toit et une banquette à l’arrière qui permet d’embarquer jusqu’à 3 passagers (en étant bien serrés), souvent peints en jaune et vert. Si la circulation est déjà dangereuse à bord d’une voiture, celle en rickshaw est tout simplement un cran au dessus, car la légèreté et la manœuvrabilité de l’engin fait que les chauffeurs se faufilent partout, faisant parfois des prouesses dignes des films de cascades… Sans rire, prendre un rickshaw ressemble parfois à un mélange entre un tour d’auto-tamponneuse et de karting ! Mais cela a encore plus de charme qu’un taxi (beaucoup plus même) et l’absence de vitres rend le contact avec l’extérieur bien plus direct, sans compter que les rickshaws se faufilent bien plus facilement dans les embouteillages monstres qui se produisent dans les villes surpeuplées.
C’est à faire absolument si vous allez en Inde

Religions et traditions

    Le poids des religions et des traditions frappe vraiment en Inde du Nord. Elles sont beaucoup plus importantes qu’ici, et régissent de nombreux aspects de la vie quotidienne. Hindouisme et Islam sont les religions prédominantes, et l’on voit partout des représentations de dieux Hindous, tout comme l’on entend régulièrement les appels à la prière des imams dans certaines villes. Il y a des temples hindous et des mosquées partout. Les églises chrétiennes sont très rares (ce qui est normal vu que les juifs et chrétiens ensemble comptent pour moins de 2.5% de la population).

    Cette omniprésence des religions ressemble aux descriptions de l’influence du christianisme il y a plus de deux siècles en Europe. Cette importance se perçoit dans de milliers de petits détails, des rites quotidiens (comme le ganga aarti de VaranasiBénarès) au fait qu’il faut manger ou donner de l’argent avec la main droite, sous peine d’attirer le mauvais oeil, en passant évidemment par les vaches sacrées, le “troisième oeil” que nombre d’Indiens arborent au front, les longues barbes des Sikhs et des musulmans… Ce tableau heurte souvent de plein fouet nos certitudes d’Occidentaux. De plus, même si l’on pourrait considérer que le catholicisme est un polythéisme déguisé, avec sa multitude de saints de tous poils, le caractère ancien du polythéisme Hindou frappe, avec sa multitude de dieux aux histoires alambiquées, ses multiples temples bariolés, ses innombrables rituels qui sont pour nous comme un aperçu du polythéisme Romain et Grec du temps de l’antiquité.

    Le Puja ou ganga aarti (offrande de la lumière au Gange), exécuté par de jeunes brahmanes, tous les soirs à VaranasiBénarès
Ainsi à VaranasiBénarès, la ville sacrée des Hindous, des milliers d’Indiens viennent se baigner (on dit qu’ils font des ablutions) dans le Gange, afin de se purifier (impossible de dire “se laver” étant donné la propreté du fleuve) dès le lever du soleil. Hommes, femmes et enfants, tous mélangés viennent se purifier de tous les péchés de leur vie ET de leurs vies antérieures, un spectacle pieux et joyeux à la fois.

    Des centaines de personnes décédées sont aussi brûlées publiquement tous les jours à VaranasiBénarès, de nuit comme de jour, un spectacle incroyable, bouleversant et fascinant, même si les arnaqueurs de touristes de tous poils qui pullulent dans les parages ont tôt fait de nous faire revenir sur terre .
    Les Sikhs, bien que ne représentant que 2,1% de la population, sont très visibles, car ils portent de superbes turbans noués autour de leur tête, de couleur bleue pour ceux qui sont le plus élevé dans la hiérarchie, et arborent un Kirpan (couteau recourbé) sur le coté. Cela fait partie des 5 attributs du Khālsā, que doit suivre chaque Sikh initié. Ils sont de plus très appréciés en Inde, et se sont, à l’instar des juifs en Occident, taillés une belle place dans les élites intellectuelles, commerçantes et militaires Indiennes.
    Certaines religions semblent donner à leurs adeptes de meilleurs outils que la moyenne pour réussir dans la vie, comme l’exemple des Juifs (qui composent seulement 0.2% de la population mondiale mais ont obtenu 22% des prix Nobel, 20% des médailles Field des mathématiques, 38% des Oscar du meilleur réalisateur, 20% des prix Pulitzer de non-fiction, et une grande proportion de nombreux autres prix prestigieux de ce type), des Protestants (comme l’a expliqué Max Weber dans l’éthique protestante et l’esprit du capitalisme) et des Sikhs le montre.
    Il y aurait quelque chose de très intéressant à découvrir pour qui chercherait dans ces trois religions les fondements de la culture et de l’enseignement qui donnent à leurs adeptes ses avantages.


    Les Sikhs se baignent dans le lac sacré pour se purifier, une occasion rare de les voir enlever leur magnifique turban !
Il y a également de nombreuses autres religions, comme le jaïnisme et le bouddhisme, sans compter le bahaïsme, religion ultraminoritaire et étonnante qui accepte les vérités de quasiment toutes les religions, les considérant comme des révélations progressives d’une vérité encore inatteignable ! Elle est surtout connue pour le Lotus Temple à Delhi, le temple en forme de feuille de lotus.


    Bref en Inde la religion a une influence dans la vie de tous les jours qu’il est difficile de se représenter sans y aller. Ce décalage entre notre vie quotidienne et la leur augmente d’autant plus le dépaysement déjà poussé que l’on ressent à parcourir cet autre monde !
Ancien et moderne, pauvreté et richesses
    L’Inde est aussi incroyable par son mélange détonnant entre ancien et moderne. On peut croiser sur les routes indifféremment des 4×4 rutilants de dernière génération et des charrettes tirées par des chevaux ou des chameaux, aller dans des hôtels luxueux et le lendemain se faire héberger par une famille Indienne pauvre qui a à peine l’eau courante chez elle, passer d’un quartier magnifique et très organisé (le quartier des ambassades à Delhi par exemple) à des rues médiévales tortueuses, sales, remplies d’échoppes, aux odeurs parfois agréables et parfois non…


    Car ce mélange entre ancien et moderne est souvent dû à l’inégalité des richesses. Ici, la pauvreté est partout, dès que l’on sort dans la rue, avec de nombreuses personnes qui dorment à même les rues, qui mendient, qui font de petits boulots, dans une saleté omniprésente qu’on finit par ne plus voir. Les inégalités sont bien plus creusées, bien plus apparentes qu’en Occident. On peut passer d’une ruelle sale et puante à un palais de Maharadjah rutilant, encore habité par sa famille, en quelques pas. Les monuments les plus beaux se trouvent souvent au milieu de quartiers très pauvres.


    Les villages sont souvent très pauvres, avec des villageois qui cuisent leur nourriture sur du feu de bois, dans des cuisines qui semblent tout droit sorties de l’époque Néolithique, et qui sont écrasés par un soleil de plomb, au milieu des animaux. De nombreux travaux, ici mécanisés, se font encore à la main en Inde, la main d’oeuvre étant peu chère (le salaire moyen est de 40 € par mois), au contraire des machines.

    Les villes sont très peu goudronnées (sauf à Delhi), ce qui se traduit par des nuages de poussière qui volent toute la journée, qui s’infiltrent dans les vêtements, les yeux, les cheveux. Il est fortement déconseillé de respirer par la bouche ! Certains Indiens mettent un foulard sur leur nez pour se protéger des poussières, notamment ceux qui roulent à moto.
    Cette sensation que l’on a parfois de passer du Moyen-Âge au XXIème siècle n’a pas son pareil. Je ne l’avais jamais expérimenté de manière aussi forte, même dans un pays pauvre comme Fidji. Cette pauvreté omniprésente est également un choc pour nous Occidentaux.     C’est une pauvreté tellement commune qu’elle fait partie du quotidien en Inde, à un niveau inimaginable ici en France.
    Les mendiants sont très nombreux, y compris les enfants qui viennent régulièrement nous solliciter. Entraînés à fendre le coeur des touristes, ils y arrivent parfois très bien. Le guide du routard déconseille de leur donner de l’argent, car beaucoup d’entre eux doivent le reverser à des “protecteurs”, alimentant ainsi une sorte de mafia. Une bonne solution quand on veut leur donner quelque chose est tout simplement de leur acheter à manger (à l’un des nombreux vendeurs ambulants qui se trouvent un peu partout, je n’ai pas vu un seul enfant qui ait refusé cette proposition).

Petits boulots et bakchichs

    Comme je l’indique plus haut, en Inde la main d’oeuvre est très peu coûteuse, le salaire moyen étant de 48 € par mois. Conjugué au taux de chômage de 10% et au taux de pauvreté de 25%, cela donne de nombreux petits boulots qui n’existent plus en Occident, ou réalisés avec des moyens qui nous paraissent rudimentaires.

 

    Cette pauvreté conduit de nombreuses personnes a vouloir vivre du tourisme, et parmi elles nombreux sont ceux qui essaient d’en tirer un maximum, allant même jusqu’à des degrés plus ou moins forts d’arnaque. En tant que touristes, nous sommes évidemment très identifiables, puisque nous n’avons pas vraiment le profil type de l’Indien, et cela nous conduit à être régulièrement sollicités, voire même très régulièrement dans certaines villes touristiques comme Agra ou VaranasiBénarès.
    Les prix demandés sont en général, au minimum, trois plus élevés que la normale, et il est donc impératif de toujours négocier pour arriver à des tarifs plus raisonnables. Malgré cela, il est souvent très difficile de payer quoi que ce soit au prix que le paie un Indien ! C’est le cas des courses en Rickshaw par exemple. Mais étant donné le très faible coût de la vie là-bas, cela reste souvent très raisonnable, et il est même amusant parfois de se faire arnaquer et d’observer toutes les petites et grandes combines que certains peuvent mettre au point avec une ingéniosité incroyable ! Souvent on paie 100 ou 200 roupies de trop, ce qui ne fait que 1.50 € à 3 € environ, mais qui représente une belle somme pour les Indiens. Là bas on peut avoir un repas très complet pour 200 roupies dans certains restaurants, c’est dire !
 
    Cependant le nombre de sollicitations et de tentatives d’arnaque, notamment dans les lieux très touristiques, finit par agacer, et a tendance également à nous rendre méfiant, nombreux étant ceux qui tentent de gagner la confiance des touristes en paraissant très sympas et ouverts. C’est dommage, car il est difficile de bien doser cette méfiance, et il est facile de l’être trop (se fermant ainsi des opportunités de rencontres et d’échanges intéressants) ou pas assez (nous exposant ainsi aux arnaques).
    L’Inde est le premier pays que je visite où les sollicitations commerciales et d’argent sont si nombreuses et si fatigantes. Je suis pourtant allé 15 jours à Fidji, qui est un pays tout aussi pauvre, et donc la moitié de la population est d’origine Indienne, et si les sollicitations sont également nombreuses là-bas, elles sont très loin d’être aussi agaçantes, les Fidjiens étant extrêmement serviables et sympathiques, même quand ils ont un intérêt économique dans l’histoire. En gros à Fidji, mon ressenti était que les Fidjiens sont sympathiques et serviables par nature, et que toute demande d’argent ou de rémunération ne se fait qu’en plus de cela, tandis qu’en Inde, j’avais l’impression que beaucoup d’Indiens étaient sympathiques et serviables uniquement par appât du gain. Je peux me tromper (c’est mon ressenti subjectif après tout), mais on voit en tout cas à quel point l’influence de l’intention perçue est
importante, puisque -après tout, d’un point de vue rationnel- le processus est le même. Mais dans l’un, on a l’impression de se faire aider par des gens sympas, et dans l’autre, de se faire avoir par des gens qui font semblant d’être sympas pour mieux nous avoir. Il y a là une excellente leçon à tirer .
L’Inde est une excellente école pour apprendre à négocier, la négociation étant indispensable pour ne pas se faire plumer ! 




Rencontres


    Ce village très pauvre sait accueillir ses visiteursdans la joie et la bonne humeur.
    Étant donné la nature de mon voyage (15 jours à bourlinguer dans de nombreuses ville du Nord de l’Inde), il n’était pas possible d’établir de solides amitiés avec des locaux. Cela est compensé par le nombre et la diversité des rencontres que l’on peut faire dans un voyage de ce type. Evidemment, la nature de la plupart de ces rencontres est avant tout commerciale, mais cela n’empêche pas à l’occasion de faire des échanges intéressants ou joyeux. J’ai aussi utilisé le Couch Surfing pour rencontrer un Indien autour d’un verre (qui devrait bientôt me rendre la pareille en venant sur Lille), et  pour être hébergé une nuit dans une famille Indienne, l’occasion de s’immerger un peu plus dans le mode de vie de là-bas.
     La chambre que le Couchsurfeur a mis à ma disposition. Il accueille jusqu’à 6 couchsurfeurs en même temps, dans 3 chambres différentes ! Bel esprit d’hospitalité et d’ouverture aux rencontres
    Bien que cette famille soit manifestement pauvre (la maison étant sale, peu meublée, avec de gros problèmes de plomberie), leur maison est grande, et le couchsurfeur qui m’a accueilli fait preuve d’un bel esprit d’hospitalité et d’ouverture aux rencontres, puisqu’il accueille jusqu’à 6 couchsurfeurs en même temps dans ses 3 chambres ! Il est également très serviable et sympathique, et n’hésite pas à emmener ses invités dans sa ville, pour une belle balade en moto ! J’ai rencontré d’ailleurs des couchsurfeurs Ukrainiens et Russes qu’il hébergeait en même temps, l’occasion encore d’échanger avec des gens du monde entier.
    Avec le couchsurfing, une entreprise sur Internet et l’avion, le monde devient véritablement un village global ! Il est très facile de faire des rencontres avec des personnes dans presque tous les pays du monde, de se faire héberger, de nouer des amitiés et de se faire introduire dans la vie locale, ce qui n’est pas forcément évident pour des touristes.


    Bref, je ne peux que trop vous recommander de vous inscrire au Couchsurfing si vous aimez voyager, ce site changera votre vie ! Et même si vous ne voyagez pas, le couchsurfing vous permettra justement de voyager sans voyager en accueillant des personnes du monde entier, chez vous ou autour d’un verre.
    Comme à chaque fois que l’on se retrouve à l’étranger, en particulier dans des pays aussi dépaysant, une certaine solidarité née avec les touristes occidentaux, en particulier les Français. Nous avons ainsi rencontré plusieurs fois des Français, nous liant d’amitié le temps d’une soirée ou d’une discussion autour d’un verre, échangeant impressions, expériences et bons tuyaux. 
Autour des monuments peu fréquentés par les touristes, un phénomène curieux s’est produit : régulièrement des Indiens et Indiennes demandaient à nous prendre en photo. Certains, trop timides ou ne voulant pas s’embarrasser de formalités, nous prenaient même à la dérobée ! C’est une sensation vraiment étrange d’avoir autant de personnes qui demandent à vous prendre en photo. Je me suis demandé un moment s’il n’y avait pas un site internet Indien où les gens peuvent voter pour les touristes qui ont l’air le plus stupide , mais au final il semble que dans certains endroits les touristes occidentaux ne sont pas si courants que cela, et nous sommes tellement différents par notre couleur de peau et notre accoutrement que nous suscitons la curiosité, un peu comme le ferait un yogi hindou se baladant à Lille ou à Nantes (Paris est tellement cosmopolite qu’il est difficile de s’y étonner de quoi que ce soit…). Au bout d’un moment j’ai imaginé une règle simple : OK pour les photos, si j’en prends en retour ! Cela m’a permis de prendre quelques portraits intéressants d’Indiens et d’Indiennes.


Langages et communication

    Selon les statistiques officielles, 5% des Indiens parlent couramment l’anglais (ce qui représente quand même 60 millions d’habitants !), mais dans la réalité, ils sont nombreux à se débrouiller et à pouvoir communiquer de manière basique dans cette langue, même si en Inde du nord c’est l’hindi la langue la plus utilisée. Evidemment, ce phénomène est encore accentué pour tous les Indiens qui travaillent de près ou de loin dans le tourisme, puisque dans ce secteur, sans anglais point de salut !
    Cependant, la très grande diversité des accents, et le fait qu’ils soient parfois très forts, font qu’il est parfois difficile de comprendre un Indien qui s’exprime en Anglais. Ajoutez à cela le fait que je ne maîtrise qu’imparfaitement l’anglais, tout comme l’Indien avec qui je veux communiquer, et cela conduit parfois à des quiproquos qui peuvent être assez burlesques, ou au contraire assez rageants ! La communication est donc parfois difficile du fait de la maîtrise incomplète de l’anglais des deux côtés, et d’un accent difficilement compréhensible de part et d’autre :-) .
    Il arrive aussi de tomber sur des personnes ne parlant pas du tout anglais (des conducteurs de rickshaw par exemple), mais cela ne pose en général pas de problèmes, car la personne demande rapidement autour d’elle si quelqu’un peut traduire, et dans tous les cas que j’ai vus il y a toujours une bonne âme prête à faire office d’interprète !
Globalement donc, la communication, sans être facile, est possible et on arrive toujours à se faire comprendre. Par contre si vous ne maîtrisez pas du tout l’anglais, attendez-vous à des difficultés, le Français étant très rarement parlé, même si cela arrive de tomber sur des personnes qui le maîtrise plus ou moins ! Dans les zones très touristiques, nombreux sont les Indiens qui savent quelques mots dans pratiquement toutes les langues des touristes (y compris le Japonais !) pour mieux les amadouer.
Pouvoir d’achat
    La vie est très peu chère en Inde, même en payant plus que ce paie un Indien. Cela vous permettra soit d’y voyager pour un budget très serré (j’ai rencontré un Ukrainien qui avait dépensé 500 € en deux mois !), soit au contraire de goûter au luxe, voire au grand luxe, pour un coût 3 à 5 fois moins élevé que ce que vous paieriez en France ! Vous pouvez aussi alterner entre les deux, pour le plaisir de découvrir différentes facettes de l’Inde, l’Inde riche et l’Inde pauvre. C’est ce que j’ai choisi de faire, et j’ai alterné entre les hôtels et restaurants de luxe avec les petits hôtels miteux, aux draps à la propreté douteuse et à la douche souvent froide, et les bouibouis, dont il faut cependant toujours vérifier l’hygiène sous peine de faire une belle indigestion ou d’attraper quelque chose.

    D’un côté comme de l’autre, on a droit à des bonnes comme de mauvaises surprises :


Sécurité

    L’Inde est un pays où le risque terroriste est pris très au sérieux, et on le comprend puisqu’il y a des attentats tous les ans ou presque dans de nombreuses parties de l’Inde, venant de sources très diverses. Les tensions avec le Pakistan sont également toujours vives, ce qui semble alimenter une partie des courants terroristes. Le résultat est que je n’ai jamais vu autant de gardes armés de kalachnikov de toute ma vie, ni autant de contrôles de sécurité et de détecteurs de métaux.
 

    Toutes les entrées des monuments importants sont ainsi gardées par des militaires en armes, qui nous font passer par des détecteurs de métaux et qui nous font une fouille en règle. Dans certaines villes comme à VaranasiBénarès, les tensions religieuses sont vives, et les lieux saints des religions sont gardés de la même manière.
    Les contrôles dans les aéroports sont poussés, parfois jusqu’à l’absurde puisqu’il n’est pas rare que l’on vous demande plusieurs fois votre billet, et le ticket tamponné par la sécurité de votre sac, même dans des endroits où l’on n’aurait pas pu entrer sans billet sans s’être fait contrôlé trois fois ! Les contrôles sont ainsi plus poussés que dans tous les aéroports que j’ai pu voir, même les américains. Ainsi, il est impossible d’entrer dans un aéroport sans une pièce d’identité et un billet d’avion pour un vol du jour. Ceux qui attendent des passagers doivent patienter dehors.
    Cette présence militaire omniprésente nous rappelle constamment que le climat politique et sécuritaire est tendu en Inde, mais cela rassure également et finit par participer à l’aura de dépaysement qui nous prend dans tout ce pays.

Monuments

    L’Inde regorge de monuments anciens, essentiellement des temples, des mosquées, des palais de sultans ou de maharadjah et des tombes ou mausolées. Assez ironiquement, une bonne partie de ces monuments ont été construits par les envahisseurs musulmans, des Moghols pour la plupart, ce qui souvent a été l’occasion pour les architectes de fusionner les styles islamistes et indiens.
C’est le cas du Taj Mahal, symbole le plus célèbre de l’Inde et pourtant construit par un empereur Moghol qui imposa un retour en force d’un Islam plus rigoureux après des décennies de tolérance religieuse.

 

    De tous les monuments que j’ai pu voir, le Taj Mahal est de loin le plus beau. Il n’a vraiment pas volé sa réputation, il est tout simplement d’une beauté exquise, quand son marbre blanc reflète le soleil levant, et que de douces ombres se dessinent sur son dôme et ses murs constellés de superbes calligraphies. Il est de plus placé dans un environnement superbe, au bout de jardins à l’anglaise reflétant la symétrie du lieu, et derrière une rivière aux courbes majestueuses, derrière laquelle se trouvent de beaux jardins desquels on a également une vue imprenable sur l’arrière du Taj Mahal.

  

    Les autres monuments que j’ai pu voir sont également sympas, pour peux que vous aimiez les belles pierres, et il y a notamment de superbes palais de maharadjahs ou de sultans (qui incidemment ne semblaient jamais avoir moins de 100 concubines dans leur harem !).







Conclusion


    Un voyage dans le nord de l’Inde n’est pas vraiment un voyage de tout repos, comme celui que l’on pourrait prendre en allant dans une ile tropicale paradisiaque. On vient en Inde pour découvrir un autre monde, pour en apprendre plus sur soi et sur notre culture par le contraste incroyable avec la vie quotidienne sur place et la culture indienne. Car comme vous l’aurez compris en lisant cet article, le dépaysement est extraordinaire. Nos certitudes d’occidentaux sont frappées de plein fouet, tant sont nombreuses les choses étranges qui sont considérées comme la norme là-bas, et les choses qui nous paraissent normales qui paraissent étranges. Les bûchers publiques de Varanasi, les ablutions dans le Gange, le Golden Temple d’Amritsar et ses 10 000 repas gratuits servis tous les jours, la ferveur religieuse omniprésente et ses traditions, la circulation, le mélange entre la culture hindoue et musulmane, la quasi-absence d’influence chrétienne, le contraste improbable entre modernité et technologies issues du moyen-âge, tout cela et bien d’autres choses encore contribuent à créer un sentiment irréel, comme si un nouvel oeil naissait dans notre conscience, nous permettant d’appréhender un nouveau pan de la réalité.

    Je n’irai jamais vivre en Inde. Les différences culturelles énormes, la saleté, la pauvreté, la chaleur étouffante, le manque d’hygiène et le risque de maladies (avoir une indigestion fait presque partie intégrante d’un voyage là-bas !) me rendent cette idée rédhibitoire. Mais y faire un voyage est l’occasion de vivre une expérience incroyable et d’en apprendre beaucoup sur soi [2] et sur son propre pays.
    Par contraste, je peux vous dire que j’apprécie d’autant plus l’ordre qui règne en France, la propreté, l’efficacité des services publics, le calme de la circulation (je vous assure qu’en comparaison, même Paris parait calme !), l’absence de militaires armés à chaque coin de rue, la nourriture, et des dizaines de choses simples, comme la présence de goudron dans les villes (qui évite d’avoir des nuages de poussière qui nous bouchent les narines) et le fait que l’on puisse se laver les dents à l’eau du robinet sans craindre pour sa santé. On apprécie d’autant plus la chance extraordinaire que nous avons de vivre dans l’un des pays les plus riches de la planète, où les problèmes que nous avons semblent presque comiques en comparaison de ceux qui touchent l’Inde et la majorité de ses habitants.
    L’Inde est un pays énorme par sa taille, sa population et la richesse de sa culture, et y passer 15 jours suffit à peine à en égratigner la surface. Cet article est comme un dé à coudre de la glace d’un iceberg. On peut donc y faire de nombreux voyages et toujours y découvrir de nouvelles choses.
    Si j’y retourne, j’irai sans doute en Inde du sud, qui il paraît est très différente des régions du nord que j’ai visitées. Ou peut-être irai-je visiter le nord-est et l’Himalaya, en faisant un petit détour par son voisin le Népal. Qui vivra verra !


 *Olivier Roland, Les Editions Roland, 70/22 rue Léon Blum 59000 Lille (http://www.des-livres-pour-changer-de-vie.fr/mon-nouveau-livre-gratuit/ )

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