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    Opera et culture populaire européenne

   On a tendance à considérer l'opera comme un luxe pour petits bourgeois ayant le moyen de se payer des soirées coûteuses dans des enceintes où seuls pénètrent celles et ceux qui ont les moyens, en plus de subvenir à l'achat des billets, de s'habiller correctement, car, à la différence du cinéma, il est plutôt mal vu de tenter d'y entrer en jeans et t-shirt.
    En outre, si l'on n'est pas doté d'un niveau élémentaire de culture générale et de pratique linguistique, on ne devrait pas comprendre grand chose car beaucoup de ce qui s'y chante est en italien ou en allemand, et même lorsque c'est du bizet, bien français, l'accent des protagonistes, noyé dans le beau vacarme musical, ajouté à la préciosité d'une langue d'un autre âge ne permettent pas d'en saisir toutes les finesses de l'intrigue.
    Pourtant, il me souvient que ma grand mère maternelle, qui eut ving ans en 1911, adorait les operas de Bizet et de verdi en particulier, alors qu'elle n' avait pas son certificat d'études, ayant pratiqué très jeune le métier de bonne ou femme de ménage qui fut son gagne-pain jusqu'à sa mort. Quelques-uns de ses plus beaux souvenirs se rapportaient malgré tout à de belles soirées d'opéra, à alger ou à lyon, ses deux villes de prédilection, en compagnie de son mari ou de ses meilleures amies.
    Il me souvient aussi que mon ami l'écrivain Pierre Gripari, alors qu'il était très pauvre dans les mansardes où s'élaborait son oeuvre immense, était un abonné fidèle de l'opéra de paris, ou du théâtre du chatelet, dont il manquait très peu des grandes occasions.
    L'opéra est à l'europe ce que sont les ballets de broadway et le jazz new-orleans à l'amérique états-unienne.
s'il a bien décliné ces dernières décennies dans l'esprit du peuple, c'est parce que le peuple n'est plus tout à fait le même, ethniquement et culturellement métissé, et surtout matraqué par les modes d'outre-atlantique dictées par les impératifs du capitalisme de déracinement et de décervellement, qui lui ont fait croire que le rock, le blues, le soul, le gospel, la pop, le hip-hop, le rap et tutti quanti... étaient sa  musique populaire à lui. on lui a raconté qu'il n'y avait plus de peuples avec leurs traditions et leurs musiques, bien distinctes les unes des autres, qu'il n'existait plus que des "musiques du monde" et des populations sans feu ni lieu, sans odeur ni couleur, sans fierté de l'ethnie et du terroir, sans piété ancestrale ni patriotisme du cœur.

    Aujourd'hui, pourtant, les musiques de chez nous reviennent en force avec la multiplication des bals folks et des festivals estivaux. la culture musicale classique revient peu à peu dans les écoles qui se respectent et dans les harmonies ou les chorales de villages où résonnent parfois les carmina burana. Seul l'opéra, très embougeoisé, snobinardisé, comme l'avait vu nietzsche dès l'ouverture de bayreuth, l'opéra présenté dans des palais qui rebutent par leur majesté et le coût du billet, semblait devoir rester un peu à l'écart de cette renaissance...
    Mais les organisateurs du dia europeo de la Ópera 2010 à pampelune, que nous vous présentons Ici ont parfaitement compris qu'il existait encore un peuple de chez nous, le peuple des cafés ( que décrit bien un récent petit livre de george steiner), le peuple des rues, des marchés  et des places du dimanche lorsque ces lieux  ne sont pas devenus des non-lieux de la modernité, qu'ils n'ont pas été dénaturés par le cosmopolitisme commercial et snob dont le  beaubourg des "bobos" et les champs élysées nous offrent de tristes exemples. Ils ont compris qu'en allant  à la rencontre du vrai peuple d'europe là où il se trouve encore, un peu fatigué, vieilli, mais toujours là, en lui restituant sa musique, ses chansons et ses légendes, on pouvait, le toucher, l'éveiller, lui rendre tous ses esprits et sa joie de vivre.
    Regardez-bien le visage de ces gens simples, venus boire un verre en famille ou avec des amis pour oublier la terrible crise où se trouve plongé leur pays grâce aux chevaliers de la finance apatride, peu à peu transcendés et transformés par la musique qui s'invite inopinément parmi eux...
    Non, décidément, l'Europe n'est pas encore tout à fait morte !
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J.M.

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