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Vœux pour nos familles, pour l'Europe et pour le monde.
Cette année, en allumant, avec les enfants et
les petits enfants, les bougies du solstice d'hiver, j'ai souhaité à
chacun de nous ici présents et, au-delà, aux membres de notre plus
grande communauté, de se laisser inspirer par un esprit d'amour, de courage et de sagesse. Ces trois vertus cardinales issues des trois
fonctions
indo-européennes qui, depuis l'aurore de nos peuples irriguent notre
philosophie, contiennent les ingrédients d'une nouvelle Grande Santé
indispensable à notre résistance contre toutes les forces mauvaises
liguées contre nous au fond de l'abîme où nous a jeté un sort hostile
hérité du cours malheureux de l'Histoire.
Depuis plusieurs siècles déjà, notre Histoire est
celle d'un long déclin. Décadence des nations, certes, mais précédée
par le déclin de l'esprit et du sens qui nous a conduit à cette
lamentable impuissance actuelle face aux pouvoirs manipulateurs
gouvernant nos troupeaux sans volonté ni idéal vers des entreprises et
des combats qui servent leurs seuls intérêts. Vers
des
investissements qui nourrissent leur boulimie de conquêtes matérielles,
militaires et scientifiques, abusivement appelées "salut de
l'humanité", "progrès de la démocratie", "but de la civilisation" mais
qui, tout compte fait, ne servent qu'à nous asservir un peu plus à
leurs spéculations, à leurs boursicotages, aux prochaines guerres que
leurs stratèges préparent soi-disant pour libérer des opprimés, en
réalité pour s'emparer de nouvelles ressources, acquérir toujours plus
de nouveaux esclaves afin d'entretenir leur train de vie démesuré.
De l'amour, du courage et de la sagesse, disais-je, il nous en faudra
beaucoup pour nous débarrasser éventuellement de cette engeance
prédatrice qui a colonisé nos cœurs et nos esprits. Mais il ne peut
s'agir des même mots que l'on évoque à tort et à travers de nos tristes
jours.
L'amour que j'invoque n'est pas celui des
bisounours. Il n'a rien à voir avec le sentiment cucul-la-praline des
boutiques roses-bonbon où l'on vous submerge de petits cœurs, de sucres
d'orge et de limonades qui n'engagent à rien si ce n'est à plus de
dépenses, plus d'obésité, de vices et de laideur. Rien de commun non
plus avec le frotti-frotta pour âmes en peine, avec cet ennui
qu'animateurs, traiteurs et gentils organisateurs enjolivent les soirs
de réveillon, et tous les jours de l'année s'il le faut, dans de
grandes salles endimanchées, sur les plages du Club-Med ou sur des
forums informatiques "conviviaux" fréquentés par des millions de
personnes. Il ne s'agit pas non plus de l'amour urbi et orbi prêché par
des gourous et des ecclésiastiques en soutane ou défroqués, épris de
désirs équivoques pour leurs ouailles hypnotisées. Non, l'amour
que je nous souhaite est cet élan naturel vers nos semblables et
nos proches, cette affinité élective qui porte l'un vers l'autre les
esprits hardis, les pousse ensemble vers des rêves, des projets
communs, hors du commun, les soude face aux obstacles et aux conflits
de la vie. Valeur désuète que cet érotisme de la force, mais
intempestif seulement par rapport à l'idéologie moderne qui l'ignore et
le rejette, car il demeure indéracinable au fond des cœurs généreux.
J'aimerais tant le voir surgir de vous, de nous tous.
Le courage que j'invoque n'a aucune commune mesure
avec la témérité des matamores d'opérette, tout en discours et en
postures impressionnantes, ni avec la bravoure des rebelles qui
flanchent à la première épreuve réelle. Dans notre Europe, américanisée
jusqu'à l'os, pourrie jusqu'à la moelle, un courage à la hauteur de cet
abîme ne peut d'abord consister qu'en une confrontation avec
nous-mêmes, avec ce qui, en nous et tout autour de nous, a permis que
nous soyons tombés si bas. La chute vient certes de loin, très loin, de
quelques millénaires de
laisser-aller, d'un cours malheureux de l'Histoire, de batailles
décisives perdues par nos ancêtres, d'irruptions de croyances perverses
qui se sont fait passer pour le salut universel, le progrès, la
liberté, l'irrésistible marche en avant de la civilisation alors
qu'elles n'étaient que reniement des vertus héroïques venues avec nous
de la nuit des temps. Le courage de résister, de changer d'air et
d'habitat, de quitter les bas-fonds pollués, de ne pas se contenter des
postes de travail serviles ni des distractions consolatrices que des
maîtres méprisables daignent nous offrir dans leurs laboratoires à
déshonorer les peuples… C'est ce courage que j'aimerais susciter en
vous, que j'aimerais voir se lever en nous et autour de nous pour
préparer ensemble le printemps des peuples tant attendu dans nos
vieilles contrées.
La sagesse, enfin, doit venir couronner l'armure de
courage et d'amour que je nous souhaite pour traverser le long hiver si
froid, si sombre, qui nous enserre au fond de l'abîme. Le sage s'arme
de patience car il sait que l'aurore poindra au bout de la nuit. Il
devine que rien ne sert de pester contre l'hiver, de chercher des
boucs-émissaires, d'entretenir de faux ennemis, de guerroyer contre les
moulins à vent alors que, sous la neige, germe la graine qui nous
restituera force et victoire, si nous savons la découvrir et la
cultiver.
La
sagesse, cependant, n'est pas abstention ni indifférence. Elle est
l'intelligence qui dirige l'épée et guide la flèche, la connaissance de
soi et de l'ennemi véritable. Elle s'attaque aux mythes destructeurs, à
ceux qui présentent les occupants comme des
libérateurs,
les va-t-en-guerre comme des victimes et les victimes comme des
barbares, les censeurs comme des protecteurs, les grands criminels
d'État comme des démocrates, les corrompus comme des libéraux… La
sagesse qui nous fait le plus défaut aujourd'hui est celle du grand
scepticisme, le doute salutaire qui nous éloigne des propagandes et des
désinformations, nous incite à ne compter que sur nous mêmes et nos
vrais amis.
Voilà chers enfants, chers camarades, les vertus qu'en ce nouvel an
plein d'incertitudes et d'aventures hasardeuses, je vous souhaite de
retrouver en puisant au fond de vous-mêmes où elles gisent endormies,
comme le soleil au milieu de la longue nuit hivernale.
Jacques Marlaud

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