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général européen.

Études Géopolitique
Sommaire

Les dérisoires batailles de l'Occident en faillite
Jacques Marlaud
Jamais les guerres de l'Occident, sur les fronts
irakien, afghan, libyen et sur tous les théâtres affiliés où les
tensions sont très vives et où des combats de plus ou moins basse
intensité se poursuivent sans relâche (Pakistan, Kosovo, Syrie, Liban,
Palestine, Soudan, Côte d'Ivoire, Somalie…) ne sont apparues aussi
vaines, coûteuses et dangereuses à la fois sans que leurs principaux
responsables n'en tirent la conclusion la plus sensée.
"Il faut savoir terminer une guerre" disait
récemment en Afghanistan le président Sarkozy, l'un des principaux
va-t-en-guerre de la coalition occidentale avec ses collègues Obama et
Cameron, acculé par une opinion hostile et la perspective d'élections
difficiles. Cette rhétorique du retrait ne fait que s'aligner sur celle
des Anglo-saxons et de leurs alliés européens —notamment Allemands,
Italiens et Espagnols— face au bilan clairement négatif sous tous
rapports des opérations en cours. Mais le retrait annoncé en
Afghanistan est lointain et partiel : 2013 pour une première tranche,
fin 2014 pour le reste (hormis les services spéciaux, dont on ne parle
pas, et les sociétés de mercenaires privées, redoutables armées
parallèles non incluses dans le compte des troupes d'occupation). En
outre, ce retrait ne devrait s'accomplir que si les régimes
fantoches mis en place par les occupants occidentaux sont capables de
prendre le relais et sans renoncer à les épauler par des interventions
extérieures ou à partir des bases demeurées sur place pour " encadrer
et protéger " les indigènes au cas où ils se révèleraient incapables de
faire régner l'ordre par eux-mêmes. En clair, cela veut dire qu'on ne
renonce pas à atteindre, avec des moyens moins coûteux, des objectifs
qui n'ont pas été atteints au bout de moult années avec la plus grande
armada jamais rassemblée depuis la deuxième guerre mondiale…
Quels sont ces objectifs ? Derrière le
bla-bla des droits de l'homme, de l'humanitaire, de la libération des
femmes, etc., il s'agit en fait d'éliminer une administration, une
économie et des traditions locales jugées rétrogrades, c'est-à-dire
incompatibles avec les "valeurs" occidentales, voire terroristes,
"islamo-fascistes" ou "hitlériennes", et de les remplacer par une
démocratie à l'occidentale et, surtout, par un régime économique
libéral favorisant l'implantation des multinationales habilitées à
exploiter les ressources du cru " pour le plus
grand avantage de la
population ". Dans la pratique, que l'on prenne la Bosnie, le Kosovo,
l'Irak ou l'Afghanistan où les résultats sont palpables depuis des
années, ce qui s'instaure en fait, sous la houlette des nouveaux
maîtres, est une série de régimes corrompus et violents sans légitimité
véritable aux yeux des peuples concernés mais soumis aux dictats de
leurs " protecteurs " occidentaux. Non seulement les États qui ont osé
résister au rouleau compresseur occidental ont été attaqués, détruits,
pillés et occupés, mais ils ont été divisés contre eux-mêmes de façon à
ne plus pouvoir recouvrer le statut de puissance moyenne qui était le
leur avant l'agression occidentale. C'est le cas de la Serbie, contre
laquelle on a redécoupé sa province Bosniaque et à laquelle on a
arraché le territoire historique du Kosovo. C'est le cas de l'Irak
dépecé et partagé entre chiites, sunnites et Kurdes, mais aussi du
Soudan auquel on arrache sa partie sud, riche en hydrocarbures*1
avant de lui enlever, éventuellement, le Darfour, et maintenant de la
Libye qu'on tente de diviser en deux ou trois pays dont les
tribus promettent de se faire une guerre interminable que les
US-occidentaux se feront un plaisir d'arbitrer, monnayant leurs
services en nature, par exemple en s'appropriant quelques parcelles des
États débiteurs pour y construire de gigantesques bases (Kosovo,
Bahrein, Kirghizistan, Japon, Europe…) ou "ambassades" (Bagdad), et en
captant les ressources locales d'énergies fossiles et autres minerais
(Afghanistan, Irak, Soudan, Côte d'Ivoire, Libye…) pour leur propre
usage et surtout pour en limiter l'accès aux puissances rivales,
notamment la Chine qui a investi, entre autres, dans l'exploitation et
l'acheminement des hydrocarbures du Soudan, de la Libye et de l'Iran,
indispensables à sa forte croissance.
Cet Occident qui se gargarise quotidiennement aux "
valeurs ", aux droits de l'homme et à la démocratie, ne se gêne guère
pour bafouer la souveraineté des États qui ne représentent aucune
menace de rétorsion sérieuse pour lui. Il multiplie les victimes
civiles, qu'il prétend venir protéger, à coup de Smart Bombes qui font
de terribles dégâts en explosant, et longtemps après, lorsqu'elles
contiennent de l'uranium appauvri, voire des sous-munitions…*2
Bien entendu, cet interventionnisme tous-azimuts est très coûteux. Pour
la seule France en Libye, on parlait de 160 millions d'euros à la
mi-juillet, soit un quart du budget alloué cette année aux engagements
extérieurs, et à raison d'un million deux cent mille euros par jour, la
facture ne cesse de grimper.

Le plus étonnant est de constater
l'apparente unité de façade des parlementaires européens à quelques
exceptions près, lorsque le pouvoir les interroge (constitution
oblige), en faveur d'une poursuite des opérations, même quand celles-ci
s'avèrent inefficaces au bout de 4 mois. En France, non seulement les
deux grands partis d'alternance "UMPS", se sont alignés sur le
va-t-en-guerre en chef, mais les écologistes se sont prononcés aussi
pour la poursuite des bombardements : Plus de 10 000 sorties, des
milliers de tonnes d'explosifs, des milliers d'innocents tués ou
blessés, de l'uranium appauvri polluant les sols pour les siècles des
siècles… Qui peut encore voter pour ces écolo-bellicistes en peau de
mouton ?!*3 Seuls, parmi les partis institutionnels, les
communistes se sont opposés à ce blanc-seing accordé à ceux qui ont
engagé et prolongé des conflits sans lien évident avec l'intérêt
supérieur de la nation —à ceux qui sont donc les véritables fauteurs de
guerre. Dont acte pour cette lucidité courageuse dont le PC avait déjà
fait preuve au moment des bombardements massifs d'Israël sur Gaza
(décembre 2008-janvier 2009).
Par contraste avec l'alignement
quasi-consensuel d'une caste politico-médiatique aux ordres d'un
gouvernement qui abuse clairement de ses responsabilités, l'opinion
publique des nations participantes, pourtant volatile et facilement
sujette aux manipulations, reste sceptique, voire carrément opposée
(pour l'Afghanistan) à l'aventurisme sanglant de ses dirigeants (voir
sondage de juillet à propos de la Libye). Mais le plus inquiétant est
de constater que ce rejet populaire peut être ignoré par les décideurs
sans conséquences significatives sur les décisions prises ou même sur
la cote de popularité des responsables.
Marginalisation de l'esprit critique
Hormis dans les quelques cercles identifiés depuis
longtemps pour leur anti-conformisme, aucune voix forte et virile ne
s'élève pour questionner les bombardements quotidiens, leur coût,
leurs victimes, leur efficacité, leur utilité pour la géopolitique
française et européenne dans le bassin méditerranéen… Selon le code
non-écrit de la guerre propre avec ses batailles zéro-mort, tant que
les pertes de votre camp restent faibles, et surtout peu visibles, et
tant que les massacres de civils de l'autre côté sont excusés par la
surlégitimation de votre "juste cause" (on ne fait pas d'omelettes sans
casser d'œufs), il n'y a pas à s'inquiéter. Kadhafi, quelle que soit
l'appréciation que l'on puisse objectivement porter sur lui, a été
suffisamment "benladenisé", "hitlerisé" pour que la volonté délirante
et tout à fait injustifiable de l'éliminer apparue au sein de la fine
équipe Sarko-Juppé-Longuet suffise pour motiver une aventure militaire
aussi absurde, coûteuse et dangereuse que celle-ci. Déjà loin est
l'époque où un ministre de la Défense, en 1991, démissionnait pour
signifier son désaccord avec l'implication de la France dans la
coalition menée par Washington pour attaquer l'Irak; lointaine aussi
cette année 2003, lorsque le président français et le chancelier
allemand osèrent s'opposer ouvertement à l'invasion de l'Irak décrétée
par Washington.

Plus réjouissant encore pour les hommes d'État,
petit format, qui tiennent les destinées de l'Europe et de ses "alliés"
entre leurs mains, le constat que la critique vigoureuse et pertinente
qui leur est adressée par de courageux outsiders du pouvoir
intellocratique comme le grand avocat Jacques Vergès, l'ancien
ministres des affaires étrangères Roland Dumas, l'économiste
états-unien Paul Craig Roberts ou même par l'ex-directeur de l'école
française de guerre, le général Vincent Desportes, fraîchement mis à la
retraite pour avoir rompu le silence obligatoire, peut être ignorée
indéfiniment comme les aboiements de quelques chiens au passage des
bombardiers. Face à l'ignominie de notre basse époque, aucun "j'accuse
!" n'a de poids. Face au choc des propagandes qui entretiennent le
cercle vicieux de la guerre à répétition, les jugements critiques les
plus pertinents, tels ceux que nous résumons ci-dessous, passent
inaperçus :
—<< Sur le fond, le député de la Manche note que la réintégration
de la France dans le commandement de l'OTAN ne s'est pas traduite,
comme le promettait pourtant l'Élysée, par une relance de la défense
européenne. Bien au contraire, poursuit Bernard Cazeneuve, “ aucune
autre intervention n'a été à ce point otanisée ” >> *4
—<< Les Afghans se plaignent des raids des forces spéciales… Les
villageois ont plus peur des Américains que des talibans. >> *5
—<< Brutalement, on s'est aperçu que l'effacement du politique derrière le technique conduit
à l'impasse […] L'Irak, l'Afghanistan, sont bien des preuves de
l'impuissance finale de la trop grande puissance théorique des
États-Unis […] Mais le constat est là : l'Europe mène sa guerre la plus
longue qu'elle ait jamais menée; elle le fait avec des effectifs
très importants. Et elle n'existe pas. Cela donne une résonance
nouvelle aux propos du ministre de la Défense, Hervé Morin, qui
affirmait fin octobre : “ L'Europe est devenue un protectorat des
États-Unis”. Il est temps que l'Europe se prenne en main. >> (
Général Vincent Desportes*6 )
—<< Sur les malheurs du peuple libyen, la France a cherché
à se refaire une virginité politique. Elle a fait du théâtre libyen une
kermesse, distribuant des satisfactions d'amour propre aux principautés
pétrolières en compensation des gracieusetés dont elle a bénéficié de
leur part. Sous son parrainage, l'aviation d'Abu Dhabi a procédé en
Libye à des exercices délocalisés en contrepartie des facilités
militaires qu'elle a offertes à la France par l'octroi d'une base
aéronavale face à l'Iran. >>*7
—<< Le résultat final sera que la Libye va se transformer en ce
que les États-Unis et l’Europe de l’Ouest voulaient qu’elle soit depuis
la fin de la seconde guerre mondiale en 1945. Leur objectif est de
faire de la Libye un pays divisé. Ils sont experts en cela. Ce sont des
experts à dresser les gens les uns contre les autres et à détruire des
nations.
Ils ont divisé les Arabes qui devraient n’être qu’une seule nation. Ils
ont contribué à diviser le peuple de l’Inde. Ils ont divisé les Slaves
du sud dans les Balkans. Ils ont divisé les peuples de l’Asie du
Sud-est. Ils ont travaillé à diviser l’île de Taiwan de la Chine
continentale. Ils ont œuvré pour que l’Ukraine se batte contre la
Russie. Avec Israël et l’Arabie Saoudite, ils ont divisé politiquement
les Palestiniens et les Libanais. Maintenant les États-Unis et l’UE ont
l’intention de diviser davantage les Arabes, et de créer aussi des
divisions dans les pays d’Afrique et d’Amérique du Sud. Et ils
continuent à diviser les musulmans en les identifiant comme chiites ou
sunnites. Ils continuent aussi à travailler d’arrache-pied pour diviser
la Russie, l’Iran et la Chine. [...]
Le président Obama, le premier ministre Cameron, le président Sarkozy
se cachent tous derrière le paravent de l’OTAN ; parce que l’OTAN
est une organisation internationale qui échappe à toute forme de
responsabilité politique. Il n’existe aucune circonscription
d’électeurs vis-à-vis desquels l’OTAN doive rendre des comptes. Les
États-Unis et la Grande-Bretagne peuvent bombarder la Libye pendant des
mois et clamer que tout cela est dans les mains de l’OTAN, que l’OTAN
est en charge de la guerre. >> *8
—<< En définitive, le peuple libyen a parlé. Pour lui,
l’OTAN n’est pas venu le protéger, mais conquérir le pays. C’est
Kadhafi qui le protège face à l’agression occidentale.
Dans ces conditions l’OTAN n’a plus de stratégie. Pas de « Plan
B ». Rien. Les défections côté Conseil national de transition sont
si nombreuses que, selon la plupart des experts, les « forces
rebelles » ne comprennent plus qu’entre 800 et 1 000
combattants, certes surarmés par l’Alliance, mais incapables de jouer
un rôle significatif sans soutien populaire. Il est probable que les
commandos des forces spéciales déployés au sol par l’OTAN sont plus
nombreux que les combattants libyens qu’ils encadrent.
Le retrait italien et les déclarations du ministre français de la
Défense ne sont pas surprenantes. Malgré sa puissance de feu sans
équivalent dans l’Histoire, l’armada de l’OTAN a perdu cette guerre.
Non pas bien sûr au plan militaire, mais parce qu’elle a oublié que
« la guerre est la continuation de la politique par d’autres
moyens » et qu’elle s’est trompée politiquement. >> *9
—<< On utilise les Français en Afrique, on utilise les
Britanniques en Afghanistan, ce sont des pantins. Ces pays ne sont pas
indépendants. Sarkozy ne rend pas de comptes au peuple français — il
rend des comptes à Washington. Ce sont des dirigeants fantoches d'un
Empire, ils n'ont rien à voir avec leurs peuples qui les ont élus. La
Grande-Bretagne, la France, l'Italie, l'Allemagne, sont des États
pantins des Américains, tous appartiennent à l'empire américain. Donc
ils font ce qu'on leur dit de faire. On a des troupes stationnées en
Allemagne depuis 1945. Les Américains ont des bases militaires en
Italie — est-ce un pays indépendant ? La France était d'une certaine
façon indépendante jusqu'à ce que Sarkozy ait été placé au
pouvoir. >> *10
Banalisation de la guerre en temps de paix
" Les Français sont des veaux " regrettait naguère
un général-président qui, à sa façon, savait, comme beaucoup d'autres,
les conduire à la boucherie. Du moins, sous son règne, aucun boucher
étranger n'eut l'ignoble privilège de conduire des veaux made in France
à l'abattoir !
Autre différence entre les dernières guerres
coloniales et les conflits de conquête et annihilation d'aujourd'hui :
la boucherie est acceptée par les opinions publiques à condition
qu'elle se produise essentiellement dans le camp d'en face. C'est ce
qu'on nomme l'impératif "zéro-mort". Depuis bientôt 5 mois que nos
rafales et nos hélicoptères de combat bombardent massivement et
mitraillent les objectifs "ennemis" en Libye et que —secret de
polichinelle— nos forces spéciales encadrent les rebelles au sol,
a-t-on mentionné une seule perte, une seule blessure dans nos rangs ?
On ne saura probablement jamais la proportion de vérité dans ce jeu qui
consiste à masquer autant que possible ses propres pertes, surtout
lorsqu'il s'agit de forces spéciales, professionnelles (mercenaires),
sous " secret-défense " et fantomatiques par définition. Par contre, on
peut voir sur Internet de nombreux films et photos émanant des hôpitaux
de Tripoli entre autres—dont les rebelles sont encore loin— montrant
l'efficacité, ciblée ou "collatérale", des frappes sur les populations
civiles que les troupes de l'OTAN sont censées venir protéger !
En fait, la Smart Guerre cherche essentiellement à
protéger les combattants des traumatismes physiques et psychologiques
liés à leurs tueries, et, à l'arrière, à protéger les opinions
publiques du choc moral causé par les images de dévastations et de
victimes des guerres de conquête, ou des simples opérations de police
occidentales. Le principe fonctionnait déjà avec les bombardements
atomiques d'Hiroshima et Nagasaki, où, du point de vue de l'assaillant,
le ratio pertes infligées/pertes subies était idéal, quel qu'en fût le
coût humain dans le camp ennemi. Si l'on ajoute le dommage
psychologique (facteur de poids dans la décision de reddition du Japon,
par exemple), la Smart Guerre, fondée sur la supériorité technologique
occidentale, est apparemment gagnante sur tous les tableaux.
Mais
cette victoire n'est qu'une illusion, comme l'ont montré les guerres
coloniales d'Indochine-Vietnam et d'Algérie, et, plus récemment, les
guerres d'Irak et d'Afghanistan, la réponse asymétrique, celle de la
guérilla, lorsqu'elle s'appuie sur une résistance populaire, est
irrésistible. Ce n'est qu'après la prise de Kaboul et de Bagdad
au bout d'une avancée fulgurante de quelques semaines, que la vraie
bataille a commencé, bataille que la plus forte armée du monde a
ostensiblement perdu, mais elle ne s'en est rendu compte qu'au bout de
plusieurs années, après avoir décimé les indigènes et subi de lourdes
pertes humaines, matérielles et morales. Les batailles en cours en
Libye mais aussi en Palestine, où tout un peuple est humilié
quotidiennement par ses oppresseurs, ne peuvent échapper à cette
riposte du terrorisme politique (appelons-le ainsi pour faire court, en
laissant de côté les connotations idéologiques du mot), seule à même de
trouver, d'exploiter les failles de l'invincibilité technologique, et
de la vaincre à l'usure.
Des voix autorisées se sont pourtant élevées à
plusieurs reprises pour avertir qu'il serait futile de croire que les
hostilités cesseraient dès qu'on aurait abattu "l'incarnation du mal"
destinée à la propagande électorale (Ben Laden, Saddam Hussein,
Ahmadinejad, Kadhafi…), alors qu'en réalité, elles ne feraient que
débuter vraiment, ou empirer ce jour-là pour la bonne raison que la
guerre ne résout rien par elle-même parce qu'elle n'est que
l'instrument éventuel —et pas le seul, il s'en faut— d'une solution
politique… En les ignorant, les responsables politiques se sont
préparés d'amers lendemains.
Qu'en est-il aujourd'hui ? Récemment, le plus haut
gradé américain, l’amiral Michael Mullen, a estimé que l’OTAN est
actuellement dans une « impasse » en Libye, tout en se montrant
optimiste sur le « long terme » —sans donner la raison de cet
optimisme, car il ne l'a pas… De même, le ministre français de la
défense, Gérard Longuet, s'est montré sur la défensive en répondant à
la question de savoir si la guerre s'installait dans la durée :
<< Je ne suis pas ministre des Affaires
étrangères, je ne gère pas la solution politique du conflit libyen. Ce
que je sais en revanche, en tant que ministre de la Défense, c’est qu’à
aucun moment, la contrainte militaire ne doit empêcher nos diplomates
et nos politiques de rechercher une solution politique. Si Kadhafi a le
moindre sentiment que le temps joue pour lui, il usera de cette carte à
fond. […] Nous affichons notre capacité à durer. Nous nous inscrivons
dans la durée et par ce biais, nous facilitons une solution négociée.
>>*11
(L'Esprit Européen : on
savourera 1) le désir proclamé de solution négociée alors qu'on
poursuit les bombardements sans relâche, et 2) la capacité à durer
comme étant d'abord un "affichage" ).
Jamais la faiblesse militaire et politique des États-Unis et de leurs alliés, sur tous les fronts,
n'est apparue de manière aussi ostensible. Partout, ils battent en
retraite. Leur crédibilité s'effrite, leurs appuis s'effondrent, leurs
ressources s'épuisent, leurs alliances se divisent… L'énorme machine de
guerre qu'est l'OTAN, malgré le déploiement d'une impressionnante
artillerie sur mer et dans les airs, appuyée par des auxiliaires
qu'elle approvisionne en armes au sol, est tenue en échec par une
petite armée du Tiers-monde, sans aviation ni marine significatives. En
Libye, comme en Irak et en Afghanistan, on découvre tardivement qu'un
marteau ne permet pas d'écraser un moustique. L'un après l'autre, les
alliés de la Sainte cause des droits de l'homme, Allemagne,
Norvège, Italie, Espagne… font défection. Et ceux qui sont encore dans
le marigot ne savent plus comment faire pour en sortir sans perdre la
face. Tout autour, par contre, la révolte gronde. Les révolutions
arabes, qui n'en sont qu'à leur début, malgré les tentatives de
récupération étasuniennes, tentent de reconstruire une résistance
populaire à la domination "usraélienne" du Moyen-Orient en évinçant les
pouvoirs corrompus et collaborateurs qui ont aliéné leur souveraineté
depuis plusieurs décennies. On a naguère critiqué à juste titre une
ministre française de l'intérieur qui avait proposé l'appui de ses
services de police au dictateur tunisien juste avant sa chute, mais que
dire alors des tyrans saoudiens qui contribuent à écraser sous leurs
chars la révolte populaire au Bahreïn et auxquels l'Allemagne se
prépare à vendre 200 chars de combat Léopard 2 avec l'aval
d'Israël (sic) ? *12 Cette même Arabie saoudite d'où
sont issus Ben Laden et ses émules, qui appuie la subversion des
extrémistes wahhabites et salafistes à travers le monde, notamment dans
les Balkans et le Caucase avec la complicité de l'allié usaméricain, et
à laquelle les États-Unis envisagent de proposer une collaboration dans
le domaine du nucléaire civil…*13
Cela crève les yeux que l'Occident fait tout pour
décourager ou réorienter en sa faveur les révoltes qui affectent ses
protégés (Égypte, Tunisie, Algérie, Maroc, Arabie Saoudite, Yemen,
Bahreïn, Sud-Soudan) alors qu'il fait son possible pour déboulonner
ceux qui sont, ou ont été peu ou prou des résistants à la Pax
occidentalis (Libye, Syrie, Iran, Soudan, Somalie). Si la Chine et la
Russie, semblent avoir lâché le fantasque Guide libyen aux prédateurs
otaniens tout en protestant contre l'abus de la fameuse résolution 1973
du Conseil de sécurité de l'ONU n'autorisant qu'une zone d'exclusion
aérienne, il n'en va pas de même pour la Syrie à propos de laquelle
elles sont disposées à faire usage de leur veto (et où les
contestataires ont fait savoir qu'ils s'opposaient à une intervention
extérieure). À Damas, comme à Téhéran lors des dernières élections
présidentielles *14, on espère que la révolution "colorée",
subventionnée par les fondations états-uniennes, triomphera comme en
Ukraine, en Serbie et dans divers pays d'Asie centrale. Et pour en être
plus sûr, on fait donner des milices islamistes armées, financées par
certaines pétromonarchies, qui, en tuant de nombreux policiers et
soldats, espèrent une riposte brutale, exacerbant cette stratégie
de la tension auquel un pouvoir non préparé a bien du mal à résister.*15
Ailleurs, la dynamique des révolutions en cours ne
semble pas tourner en faveur de la domination occidentale. En Égypte
comme en Tunisie, la rébellion n'a pas désarmé et elle souhaite
ardemment que les nouvelles orientations de politique internationale ne
ressemblent pas aux anciennes. Outre l'octroi de libertés civiles et
l'accès à un gagne-pain décent, la reconnaissance des droits
inaliénables des Palestiniens au retour, à la liberté et à la
souveraineté politique sur leur terre, la résistance à l'oppresseur
israélien et à son protecteur états-unien comptent parmi les
revendications majeures des manifestants de la Place Tahrir et de leurs
alter ego du monde arabe. Il en va de la dignité des Arabes, qui, comme
les autres révoltés de la terre, victimes d'un redoutable système de
prédation et d'exploitation —les Grecs, les indignés espagnols comme
les autres Européens, les Africains et et les Asiatiques, les
Étasuniens et même les Israéliens, aujourd'hui *16—
descendent dans la rue par millions parce qu'ils se révoltent contre la
misère, mais aussi pour signifier qu'ils ne vivent pas que de pain et
en ont assez de servir de sempiternels esclaves à l'intégrisme du
Marché qui réduit l'homme à sa dimension économique, le stérilise
politiquement et spirituellement.
L'Occident en pleine faillite économique, sociale et politique n'a plus d'autre recours que la
fuite
en avant dans la guerre, son seul point fort grâce à sa quincaillerie
militaire inégalée, mais aussi, nous l'avons vu, son grand point faible
face aux réponse asymétriques, à la guérilla, aux commandos suicides et
aux peuples en révolte qui ne craignent pas la mort…
L'attaque de la Libye, comme celles qui l'ont précédée contre la
Serbie, l'Afghanistan et l'Irak, souligne la stratégie cynique de
conquête et de destruction illégale —ou sous le paravent légal de
résolutions complaisantes d'un Conseil de Sécurité verrouillé depuis sa
fondation, sous l'emprise de Washington et ses affidés. La guerre en
temps de paix pour des objectifs limités au départ qui s'accroissent
avec le temps —de la zone d'exclusion on est passé à la liquidation
d'un chef d'État; de quelques semaines on en arrive aux mois et aux
années de prolongation— est ainsi banalisée, pérennisée, sans cesse
renouvelée. Un tribunal de circonstance, celui des vainqueurs, la CPI
est institué pour délivrer des sentences de crimes contre l'humanité ad
libitum, d'abord pour Milosevic et ses lieutenants, puis pour le
Soudanais, Béchir, enfin pour Kadhafi, afin de conforter la légitimité
douteuse des attaques contre leurs pays. Mais bien entendu la
possibilité de citer à comparaître un Ariel Sharon, un Netanyahu, un
George Bush pour les mêmes, parfois bien pires raisons, ne risque pas
d'effleurer cette auguste assemblée ni ses commanditaires!
Géopolitique de la voyoucratie internationale
De telles guerres de prédation s'apparentent aux
pratiques du grand banditisme : on fait un "casse" contre la Serbie,
contre l'Irak, contre la Libye, on saisit des provinces, les
ressources, le pétrole, l'or, les avoirs à l'étranger des États
présumés coupables. On détruit les infrastructures : centres de
communications, routes, ponts, usines, terrains d'aviation et voies de
chemin de fer sont rendus inutilisables. On tente de liquider les
dirigeants, on encadre, arme et finance des bandes armées, souvent
maffieuses comme au Kosovo, auxquelles on accorde sans hésiter le
statut de gouvernement légitime contre le pouvoir en place, décrété
hors la loi. Chaque jour et nuit, on fait régner la terreur parmi
les habitants des grandes villes; on jette sur les routes des réfugiés
par dizaine de milliers, condamnés à vivre dans des camps de
concentration insalubres, sous-alimentés… L'assassinat ciblé, par drone
ou agent interposé, est une pratique courante des forces spéciales et
autres services secrets. Ainsi, en ce début aout 2011, le magazine
allemand à grande diffusion, Der Spiegel,
révèle que c'est bien le Mossad israélien qui vient d'assassiner un
brillant jeune savant iranien et que cette organisation est responsable
de toute une série de meurtres antérieurs perpétrés sur des personnels
scientifiques. Israël ne dément pas. *17 À plus grande
échelle encore, les "op. spé." états-uniens entretiennent des groupes
armés, kurdes et islamistes, qui, à partir de leurs bases en Irak et
dans d'autres pays voisins, viennent commettre des attentats, des
meurtres et des actes de sabotage en Iran comme ils l'ont fait naguère
en Bosnie et en Tchétchénie…*18 Le terrorisme d'État
pour répondre aux "États terroristes" ? Rien de bien nouveau si l'on se
rappelle, entre autres, les barbouzes du général de Gaulle. Sauf que
dans ce cas précis, ce sont les plus grands donneurs de leçon au monde
qui mènent allègrement cette sale guerre.
Pour finir, on est étonné, en regardant par hasard
une émission censée informer le public des enjeux de la guerre en Libye
et de la répression en Syrie (C dans l'air, 2/08/11), de voir "experts", journalistes et invités,
religieux, dissidents ou
spécialistes arabes des États incriminés, répéter ad nauseam le schéma
de la pensée occidentale unique selon lequel il n'y a, dans les deux
cas, qu'un seul problème, le dirigeant tyrannique, et qu'une solution,
qu'il cède à la subversion (la "révolution") en quittant le pouvoir. Le
journaliste naïf qui animait la soirée, un idiot utile plein de bonnes
intentions, servant ses maîtres sans une once de doute, plaidait, plus
encore que ses invités, pour une ingérence accrue. Au fond, est-ce si
étonnant ? La télévision, à quelques rares exception près — hélas, un
courageux et très éphémère Frédéric Taddei ne rachètera pas les cent
larbins heureux qui l'entourent ! — comme les autres médias de masse,
n'est que le miroir des mensonges dominants.
En guise de consolation, on peut penser que les
jours de cet Occident belliciste sont comptés, qu'il vit au-dessus de ses
moyens depuis longtemps, qu'il ne pourra pas toujours hypothéquer
l'avenir de la planète entière et que des comptes de ses exactions et
déprédations lui seront demandés plus tôt qu'il ne le pense. Déjà le
sentiment confus que nous allons vers une ère nouvelle, un
"renversement du monde" (Hervé Juvin), se répand.
Des voix s'élèvent,
timides encore mais demain plus fortes, pour pointer que derrière la
faillite des petits emprunteurs, Icelande, Grèce, Irlande, Espagne… se
profile celle du plus grand parasite de la planète, les États-Unis
selon Vladimir Poutine. Le premier ministre russe nous invite à trouver ensemble un moyen de
sortir de la dette faramineuse que les États-Unis mettent sur le dos des autres et
à les priver de l'arme du crime, le dollar. *19 Nous
délivrer de la dette et nous délivrer de la guerre —ce qui
impliquerait, outre la rupture avec le dollar, une dissolution
immédiate de l'OTAN—décisions de simple bon sens. Mais les pesanteurs
dans l'autre (mauvais) sens sont telles, qu'il faut pour les prendre
plus de courage, d'imagination, de volonté que n'en ont nos élites
stipendiées par le système.
Si, sur le Champ de Mars à Paris, au lieu des 500
000 badauds idéologiquement corrects qui se sont pressés cet été pour
swinguer à la mauvaise musique du concert pour l'égalité de
SOS-racisme, il s'en trouvait, quelque jour, autant pour exiger la
vraie liberté de l'Europe et du monde, pour mettre à la porte les vrais
esclavagistes et les traîtres, la fête des indigènes de Paris, puis
celle de Londres, Madrid, Rome, Athènes, Berlin… seraient dignes de
celle que nous offre depuis quelques mois la place Tahrir au Caire. Un
commencement d'espoir pourrait naître. Mais l'heure de cette libération
ne semble pas encore venue chez nous.
Pour approfondir, on pourra lire du même auteur :
1) " Choc des civilisations ou résistance à la civilisation terroriste ? " in Interpellations - Questionnements métapolitiques, Dualpha, Paris, 2004
2) " De l'expérience intérieure au robot de guerre. Survol de l'Occident militaire. " in Krisis - La guerre (2), n°34, Paris, juin 2010
3) Sur l'Occident comme un ensemble de superstitions (étymon :
croyances demeurées) en voie de disparition, on peut lire l'article
provocateur de Patrick Keridan publié sur L'Esprit Européen le 11 septembre 2010 : Jésus, Auschwitz et le 11 septembre : Trois étranges superstitions de l'Occident matérialiste moribond ?
Notes et références
*1 Voir à ce propos l'article informatif de Léon Camus sur le dépeçage
du Soudan (à peu près 5 fois la France) auquel on s'apprête à prendre
le Darfour —autre pays fétiche du vieux nouveau philosophe botuliste,
BHL— après lui avoir arraché sa partie sud, et l'intérêt particulier
qu'y prend Israël, cherchant à constituer un glacis d'États "amis",
sinon serviles, face à la colère du monde arabe : http://www.geopolintel.fr/article380.html
*2 Sur l'usage probable d'uranium appauvri dans l'actuelle campagne de bombardements sur la Libye, voir : http://www.dailymotion.com/video/xhw3gj_rt-uranium-appauvri-pour-la-guerre-en-libye_news#from=embediframe
*3 En France, par exemple, non seulement la candidate écologiste aux
élections présidentielles, Eva Joly, partisane de l'abolition du
traditionnel défilé militaire du 14 juillet, appuie les bombardements
de la Libye par l'OTAN, mais elle s'est déclarée en faveur d'une
intervention terrestre pour venir à bout du régime Kadhafi. (cf. http://www.gaullisme.fr/2011/07/16/eva-joly-armee/
). En Allemagne, la prude chancelière Merkel, qui s'est abstenue de la
curée initiale, n'a pas hésité, à la demande du protecteur étasunien, à
livrer des bombes aux pulvérisateurs de Tripoli lorsqu'ils étaient à
court de munitions, sans soulever de protestation de la part de
l'important parti écologiste local. En Italie, le pitre-président
Berlusconi, tout en disant qu'il n'était pas d'accord avec l'agression,
et en craignant la vengeance de son "ami" Kadhafi sur sa personne,
prête ses avions, ses navires et ses bases aux assaillants. Là aussi,
la mouvance écologiste se révèle complice par défaut
*4 Libération, 12 juillet 2011
*5 Le Figaro, 15 juillet 2011
*6 Éléments pour la civilisation européenne, n°140, juillet-septembre 2011
*7 René Naba, Les révolutions arabes & la malédiction de Camp David, Bachari, Paris, 2011
*8 Mahdi Darius Nazemroaya, chercheur associé au Centre de recherche
sur la mondialisation (CRM), spécialisé en géopolitique et stratégie,
entretien accordé à Xu Jingjing pour le magazine chinois Life Week ( Traduction de l’anglais en français par Résistance 71 . Source : http://www.silviacattori.net/article1604.html )
*9 Thierry Meyssan, " L'OTAN face à l'ingratitude des Libyens ", 11 juillet 2011, http://www.voltairenet.org/
*10 Paul Craig Roberts, ex-secrétaire d'État états-unien, économiste ; entretien accordé à la chaîne iranienne Press TV, cité par Flash, 2 juin 2011
Du même auteur : L'Armageddon économique mène le monde à la troisième guerre mondiale (http://www.alterinfo.net/Armageddon-economique-la-reponse-de-Washington-a-l-echec-de-l-economie-Plus-de-guerre-_a61801.html)
*11 Gérard Longuet, entretien accordé au Journal Du Dimanche, 31 juillet 2011
*12 cf. http://www.rfi.fr/moyen-orient/20110706-polemique-allemagne-propos-vente-chars-arabie-saoudite
*13 AFP, 30 juillet 2011
*14 Voir à ce sujet l'article de Thierry Meyssan sur l'échec de la révolution colorée en Iran (http://www.esprit-europeen.fr/perspectives_desintox_subversionUS.html)
*15 Selon le général Leonid Ivashov, président de l'Académie russe des
sciences géopolitiques, la Syrie est confrontée à une campagne forte et
vaste exécutée par le Mossad et les pays d'Occident, en particulier les
États-Unis et la France, dans le but de la démembrer en raison de sa
politique indépendante, de son soutien à la résistance contre
Israël et de ses relations étroites avec l'Iran. La Syrie reste,
selon lui, le seul pays arabe qui a échappé au pouvoir des régimes
américain et israélien. Tous les pays de la région du Moyen Orient
sont, ajoute-t-il, sous la main des Etats-Unis d'Amérique et de son
allié israélien, à l'exception de la Syrie.
Source : http://www.letempsdz.com//content/view/60658/1/
Note de L'Esprit Européen
: il ne s'agit pas ici de minimiser les énormes conflits internes
auxquels est confronté le pouvoir autoritaire des Assad, fondé sur un
ancien coup d'État laïc de la minorité alaouite (chiite) face à la
rébellion de la majorité sunnite, structurée notamment par la confrérie
des Frères musulmans, appuyée par les intégristes salafistes
d'inspiration saoudienne, pouvoir qui tente de s'en sortir à la fois
par des concessions démocratique et par une répression sanglante contre
des opposants irréductibles. Il s'agit de montrer que derrière leurs
cris d'orfraie, les Occidentaux, comme en Libye, loin de tenter une
médiation objective, s'adonnent à une subversion qui contribue à
pourrir la situation, au lieu de calmer le jeu, afin de renverser le
régime et de récupérer cet État dans l'orbite du grand Moyen-Orient
pro-sioniste que s'évertue à échafauder l'axe Washington-Tel-Aviv et
ses collaborateurs européens. Un élément important de cette subversion
est l'intoxication systématique de l'opinion occidentale à propos de
l'ampleur réelle du soulèvement anti-gouvernemental en Syrie. Par
exemple, on multiplie par 50 le chiffre des manifestants : Voir à ce
sujet le récit d'un témoin oculaire, Pierre Piccinin sur le site Le
Grand Soir : Syrie - Mensonges et manipulations « L’Affaire de
Hama » ou comment 10.000 manifestants se multiplient en 500.000
dans les dépêches de l’AFP (http://www.legrandsoir.info/syrie-mensonges-et-manipulations.html).
La récupération de la Syrie et du Liban par l'axe
occidentiste, si elle réussit —ce qui est loin d'être acquis— serait un
prélude à l'ultime assaut contre l'Iran et ses alliés au Liban. Si, par
contre, la Syrie, avec ou sans Bachar el Assad, parvenait à surmonter
ses divisions et à repousser l'assaut occidental contre son intégrité,
il serait possible d'envisager le jeu de domino tombant dans l'autre
sens, emportant les pétromonarchies réactionnaires, œuvrant en faveur
d'un contre-grand Moyen-Orient alliant les résistants arabes avec
l'Iran, la Syrie, la Turquie et la Russie au sein d'un ensemble
géopolitique qui, en faisant sa jonction avec l'Asie centrale et la
Chine par le biais de l'Organisation de coopération de Shanghai,
conforterait l'indépendance continentale. C'est tout l'enjeu voilé des
affrontements actuels en Syrie, tout comme de ceux qui agitent
épisodiquement la Palestine, le Liban, l'Iran et aujourd'hui l'Égypte,
les pays du Maghreb, le Bahreïn, le Yemen et l'Arabie.
Sur l'importance de la Syrie, et notamment du port
de Tartous comme base navale de la Russie en Méditerrannée, et sur
l'impressionnant système de défense aéronavale en train d'y être
déployé —au grand dam de l'axe Washington-Tel-Aviv qui tente de
retourner ce pays— on pourra lire un article édifiant sur : http://www.rusnavyintelligence.com/article-point-sur-la-base-navale-russe-en-syrie-71288056.html
*16 : http://www.2424actu.fr/actualite-sociale/israel-revolte-contre-le-logement-cher-netanyahu-annonce-des-mesures-2831414/#read-2833089
voir aussi : http://www.iloubnan.info/politique/actualite/id/64902/titre/Les-plus-grandes-manifestations-en-Israël-depuis-1982
Dans cet article, on remarquera la critique adressée aux deux
principaux postes responsables pour la cherté de la vie en Israël : la
colonisation, qui dévore 51% du budget pour seulement 10% des
habitants, et le budget exorbitant de la défense.
Le fait que l'État sioniste n'aura bientôt plus les moyens de se payer
sa prison dorée militaire au détriment de son propre peuple, pourrait
enfin le contraindre à réviser sa brutale politique de domination et
d'oppression. En tout cas, cette perspective ne peut que réjouir
les Palestiniens et leurs amis.
*17 "Israels mörderische Sabotage-Strategie", Der Spiegel, 1/08/2011 ( http://www.spiegel.de/politik/ausland/0,1518,777197,00.html )
*18 Voir à ce propos l'excellente analyse d'Alexandre Latsa sur les
tentatives de démembrement de la Russie par lesdites révolutions
colorées fomentées par les laboratoires néo conservateurs de
Washington, dans leur version "soft" (soulèvements de masse) ou "hard"
(attaques terroristes comme à Beslan en 2004) : http://www.alexandrelatsa.ru/2008/07/latlantisme-comme-nouveau-totalitarisme.html
*19 "Les États-Unis parasitent l'économie mondiale" (Poutine), Ria Novosti, 1/08/2011, ( http://fr.rian.ru/world/20110801/190328884.html )
À propos, au moment où le colonel Kadhafi a été soudainement pris pour
cible, dès la fin de l'année dernière à Paris, il s'apprêtait à lancer
le dinar-or comme alternative au dollar-dette pour son pays et,
au-delà, pour l'Afrique et le monde. Certains murmurent que ce serait
la vraie raison de la curée contre celui qui fut, après tout, un
partisan acharné de l'indépendance et de l'autosuffisance du continent
africain (http://www.youtube.com/watch?v=WIeBvCgtl-A&feature=player_embedded#at=42). Cette hypothèse mérite d'être prise au sérieux.
Voir aussi l'amusant dessin animé (en américain) sur la manière dont le
superman néo-colonial s'empare des pays riches en ressources
énergétiques ou minières sous prétexte que leurs dirigeants sont des
tyrans ou qu'ils hébergent des terroristes, exactement comme ça se
passe en Libye : http://www.informationclearinghouse.info/article28719.htm
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