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Études  Géopolitique Sommaire


   

 

                       
Syrie : l'OTAN  change  de stratégie
sans renoncer à  abattre le régime

   Depuis le début de l'année 2011, sous des prétextes divers, les Occidentaux se sont jurés qu'ils auraient la peau du régime syrien, comme du libyen, dans le cadre de leur stratégie de domination du Grand Moyen-Orient dont l'objectif est l'élimination des gouvernements qui refusent de s'aligner sur leur politique de contrôle des ressources pétrolières, de soutien inconditionnel à Israël et d'occupation militaire de terres et mers arabes. La Syrie occupe une position clef, grâce à son influence sur le Liban (qui faisait naguère partie de la Grande Syrie). Sa frontière avec l'Irak, dont les troupes d'occupation usaméricaines doivent se retirer prochainement, et avec la Turquie, important membre de l'OTAN, avec Israël, auquel, tout comme l'Iran, elle fait face avec un certain succès pour défendre la cause palestinienne en appuyant les mouvements de résistance que sont le Hezbollah libanais et le Hamas palestinien.
   Si le verrou syrien sautait, le Liban, en voie de recouvrer son indépendance au bout de tant d'années de guerre civile et d'occupations étrangères, retomberait dans le giron "usraélien", le Hezbollah serait acontraint de renoncer à sa puissance militaire, et l'Iran serait beaucoup plus exposé sur son flanc sud et est.
Dans le camp occidental, on n'a donc pas lésiné sur les moyens d'abattre le régime de Bachar Al Assad en entretenant sur son territoire de redoutables bandes armées, financées par les capitaux et encadrées par des bataillons salafistes-wahhabites
issus des pétromonarchies, eux-mêmes épaulés par quelques "op spés" occidentales. Le tout étant orchestré par une guerre médiatique internationale visant à diaboliser le régime en prétendant que ses soldats massacraient les civils et torturaient les enfants (affirmations jamais prouvées comme le montre, entre autres, l'analyse sur place du journaliste usaméricain Webster Starpley, ci-dessous : Que se passe-t-il vraiment en Syrie ? Un peu de réinformation sil-vous-plaît !).
   Mais la Syrie s'est avérée être un adversaire plus coriace que la Lybie. Et ses alliés russe et chinois, après quelques hésitations, l'ont défendue fermement face au Conseil de sécurité de l'ONU.  Comme l'explique ci-dessous Thierry Meyssan, l'OTAN renonce provisoirement à l'attaquer de front en espérant pouvoir l'étouffer par des sanctions économiques diverses ajoutées à l'entretien continu d'une subversion interne.
   Nul ne peut dire si les Occidentaux, tenus en échec en Afghanistan, sur le point de se retirer d'Irak, débordés par les révoltes arabes qui menacent leurs positions en Arabie saoudite, au Bahrein, en Égypte et en Jordanie, accablés par leurs propres crises et révoltes internes, atteindront leurs objectifs de destruction des forces de résistance avant que celles-ci, avec leurs alliés, ne représentent un obstacle trop considérable pour être surmonté sans pertes insoutenables.     
   S'ils échouaient, peut-être alors pourrions-nous espérer que s'ouvre une ère de recherche de compromis et d'équilibre entre les principaux acteurs en présence dans cette région où la guerre s'est installée depuis si longtemps.

P.K.




   L'OTAN suspend ses projets militaires
et renforce la guerre économique contre la Syrie


par Thierry Meyssan* 
Source : Réseau Voltaire
Réseau de presse non-alignée, Damas, Syrie, 9 décembre 2011

   

Alors qu’elle appliquait jusqu’à présent le scénario de l’intervention militaire humanitaire qui avait fait ses preuves en Yougoslavie et récemment en Libye, l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord doit revoir sa copie en Syrie. Désormais il s’agira d’appliquer la même stratégie que pour l’Irak : mettre le pays en état de siège au mépris des populations pour l’affaiblir suffisamment avant le prochain assaut.


L’OTAN est en train de revoir sa stratégie syrienne. Après huit mois de guerre de basse intensité
et malgré l’infiltration de très nombreux combattants arabes et pachtounes, la société syrienne ne s’est toujours pas fracturée. Certes, quelques affrontements confessionnels ont eu lieu à Deraa, Banyas et Homs, mais ils ne se sont pas étendus et n’ont pas perduré. Pour l’Alliance, il est illusoire de croire pouvoir susciter rapidement une guerre civile qui puisse justifier une « opération humanitaire internationale ».
    Ce constat intervient alors que la coalition militaire ad hoc est en crise. Lors de la guerre
contre la Libye, l’initiative avait été assumée par la France et le Royaume-Uni. Cependant, les deux poids lourds européens en la matière s’étaient avérés incapables de mobiliser les moyens nécessaires. En réalité, les trois quart de l’effort de guerre avaient été fournis ou financés par le Pentagone. Surtout, le déploiement de dispositifs incomplets aurait pu tourner au désastre si la Libye avait décidé d’attaquer les bateaux et les hélicoptères de l’Alliance [1]. Le problème est beaucoup plus grave avec la Syrie, dont la population est quatre fois plus nombreuse que celle de la Libye, et dont l’armée est aguerrie par les précédents conflits régionaux.
    Il avait donc été convenu de renforcer le tandem franco-britannique en lui adjoignant l’Allemagne. Un accord tripartite aurait dû être négocié le 2 décembre à l’occasion de l’anniversaire décalé du Traité de Lancaster House [2] qui fixa l’organisation des forces de projection jointes franco-britanniques et scella le sort de la Libye [3]. Or, ce sommet a été annulé. En pleine crise économique occidentale, Berlin n’entend pas engager des dépenses de guerre sans garanties de retour sur investissement.
    La rationalité budgétaire allemande bouscule les rêves épiques du complexe militaro-industriel américano-israélien. Le départ de Robert Gates et l’ascension d’Hillary Clinton ont illustré le retour sur la scène mondiale du projet de « remodelage du Moyen-Orient élargi » et son extension à l’Afrique du Nord. Cette doctrine, dérivée de la pensée impériale de Leo Strauss, se présente comme une perpétuelle fuite en avant, la guerre n’ayant plus d’autres objectifs qu’elle même. Elle convient parfaitement à l’économie de guerre des États-Unis, mais pas du tout à l’économie industrielle pacifique allemande.
Le projet de guerre conventionnelle contre la Syrie pose de nombreuses questions économiques. Aucune nation européenne n’y trouvera d’intérêt à court ou moyen terme, mais beaucoup peuvent y perdre. Dans le cas libyen, des hommes d’affaire britanniques et français ont pu encaisser des dividendes immédiats en renégociant de manière avantageuse leurs concessions pétrolières, tandis que les Turcs et les Italiens ont été les dindons de la face, perdant presque tous leurs marchés dans leur ancienne colonie.
    En attendant qu’une coalition militaire ad hoc soit formée, l’OTAN s’est provisoirement repliée sur la guerre économique. Elle entend assiéger la Syrie, lui couper toute possibilité commerciale aussi bien à l’import qu’à l’export, et saboter ses moyens de production. Sous le vocable bien-pensant de « sanctions », les États de l’Alliance et leurs vassaux de la Ligue arabe ont déjà institué un gel bancaire qui interdit le commerce de commodités. Ils se concentrent maintenant sur la fermeture des voies de communication, notamment les lignes aériennes, et le retrait des multinationales, principalement les compagnies pétrolières. Ainsi, après Shell et Total, Petro-Canada se retire, fermant derrière elle la centrale qui alimente en électricité la ville de Homs.
Surtout, la première action de sabotage d’envergure a débuté contre le pipe-line approvisionnant cette même centrale électrique afin qu’il ne soit pas possible de la faire fonctionner en l’absence des ingénieurs canadiens. Cette action a été revendiquée par l’Armée syrienne libre, sans qu’il soit possible de savoir de qui elle est vraiment l’œuvre : de militaires félons, de mercenaires d’Al Qaida ou de commandos atlantiques.
    On n’observe pour le moment aucune pénurie en Syrie, hormis en matière de mazout et d’électricité. Pour pallier au choc du siège, Damas met en place de nouveaux échanges avec Beijing. L’embargo bancaire impose qu’ils s’effectuent sous forme de troc, comme la Chine le fait déjà avec l’Iran. Ce système devrait permettre à la Syrie de sauver son économie, à l’exception du secteur touristique durablement sinistré.
    Quoi qu’il en soit, le siège de la Syrie a déjà fait de nombreuses victimes économiques en Turquie. L’annulation du traité de libre-échange et l’instauration de droits de douane prohibitifs ont ruiné les régions frontalières. Et si les Syriens acceptent d’endurer des privations pour sauver leur patrie, les Turcs ne sont pas prêts à subir le même sort pour les ambitions de l’OTAN.
   
En outre, ce changement de stratégie place le Conseil national syrien en porte à faux. Les politiciens qui revendiquaient une forme d’action non-violente inspirée des révolutions oranges de Gene Sharp [4] sont contraints d’assumer des sabotages revendiqués par les combattants de l’Armée syrienne libre. Le conflit est d’autant plus vif que les uns et les autres sont basés à Istanbul et appelés à se côtoyer.
    La suspension du plan d’intervention militaire internationale a été confirmée par le retour à Damas des ambassadeurs des États-Unis, de France et d’Allemagne. Elle implique une inflexion de la campagne médiatique. D’ores et déjà, les médias anglo-saxons ont abandonné les références aux accusations les plus outrancières et les moins crédibles lancées contre Bachar el-Assad, telle que celle de faire torturer des enfants. Le département d’État lui-même ne décrit plus le président syrien comme un monstre, mais comme un homme « déconnecté de la réalité » (sic) [5]. Son cas ne nécessite donc plus de traitement urgent. Au demeurant, la révélation par divers journalistes de la réalité syrienne, à mille lieues de l’image de propagande véhiculée depuis huit mois [6], rend un moment de silence indispensable.
Thierry Meyssan
      

[1] « La guerre de Libye aurait pu mal tourner pour les Alliés », Réseau Voltaire, 9 novembre 2011.
[2] « Déclaration franco-britannique sur la coopération de défense et de sécurité », Réseau Voltaire, 2 novembre 2010.
[3] « Washington regarde se lever "l’aube de l’odyssée" africaine », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 19 mars 2011.
[4] « L’Albert Einstein Institution : la non-violence version CIA », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 4 juin 2007.
[5] « Daily Press Briefing », Département d’État, 6 décembre 2011.
[6] « Zapad i bližnevostočnyje monarchiji žaždut sožrať Siriju », par Thierry Meyssan, Komsomolskaia Pravda, 29 novembre 2011.


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Jeudi 17 Novembre 2011 : Que se passe-t-il vraiment en Syrie ? Un peu de réinformation s'il vous plaît !

Webster G. Tarpley

    La radio libre américaine, de sensibilité conservatrice – mais pas « néo » -, The Alex Jones Show, est diffusée à travers tout le territoire américain via une soixantaine de radios FM et AM. Elle diffuse ainsi quotidiennement des informations et des analyses assez différentes du mainstream et des grands médias. Son animateur, Alex Jones, 37 ans, est né et vit au Texas. C’est une figure de la radio alternative américaine, connu pour ses attaques contre la classe politique américaine, ce qui ne l’a pas empêché d’être un éphémère candidat républicain à une élection locale au Texas en 2000. Lui-même se définit comme un « libertaire » et un chrétien, opposé au « gouvernement mondial » ; il semble aussi acquis – c’est un tropisme fort aux Etats-Unis – à certaines théories conspirationnistes.
    Quoiqu’il en soit il a recueilli, le 15 novembre dernier, les impressions de voyage de Webster Tarpley, un journaliste indépendant américain qui se trouve pour quelques jours à Homs. Agé d’une soixantaine d’années, Webster G. Tarpley s’intéresse à la politique internationale des Etats-Unis dont il est fort critique, bien que se réclamant du parti républicain – tendance apparemment nationaliste-isolationniste. Auteur en 1991 d’une biographie de George Bush et d’une autre d’Obama en 2008, il anime depuis 2006 The World Crisis Show, une émission de géopolitique sur la radio privée américaine Republican Broadcasting Network. Il donne lui aussi dans le conspirationnisme, notamment à propos du 11 septembre. C’est donc lui aussi, on l’aura compris, un adversaire déterminé de la politique étrangère de son pays.
    Ceci posé, son témoignage sur la situation à Homs à la mi-novembre nous parait aussi crédible qu’intéressant. Nous vous proposons le lien audio, mais Alex Jones et Webster Tarpley s’expriment en texan ! Nous vous donnons donc les grandes lignes de cette émission d’une durée d’une demi-heure.
Présent depuis deux jours à Homs, il a visité la ville, s’efforçant de recueillir le maximum de témoignages sur la situation. Ses interlocuteurs, du gouverneur de la ville aux manifestants pro-Bachar en passant par des médecins et des infirmières de l’hôpital de la ville et des dignitaires religieux chrétiens, sont certes hostiles à l’opposition. Mais à vrai dire, et jusqu’à présent, Tarpley a rencontré peu de partisans de l’opposition à Homs. Pour lui, tout ce qu’on raconte sur l’atmosphère de soulèvement qui caractériserait Homs est « a big lie » – un énorme mensonge.
 

    Pour les interlocuteurs de Tarpley, les soldats syriens ne sont pas assez nombreux et Bachar pas assez ferme
« Il faut envoyer plus de soldats ! »
    Webster Tarpley commence par dire qu’il n’a rencontré depuis son arrivée en Syrie que deux checkpoints, l’un à l’aéroport de Damas, l’autre à Homs aux abords de la résidence du gouverneur. Se promenant dans le quartier d’al-Zahra (centre-est de la ville), il tombe sur une manifestation de partisans du régime, et interroge ceux-ci : tous ou presque disent leur crainte des tueurs anonymes de l’opposition, des snipers qui tirent au hasard et tuent tout le monde, chrétien, sunnite, alaouite. Et tous disent qu’il faut en finir avec cette terreur, et envoyer plus de troupes, à Homs ou partout où c’est nécessaire. Sinon d’autres se plaignent du manque de mazout pour le chauffage des ménages, conséquence apparemment sensible des représailles occidentales.
Mais ce sont bien les terroristes, les snipers perchés sur les toits des immeubles de la ville qui sont la préoccupation majeure de ces gens. Non  seulement les manifestants pro-Bachar, mais les prêtres catholiques rencontrés ou le personnel de l’hôpital. Des médecins réclament eux aussi un renfort de soldats… sur le toit de leur établissement, pour contrer ces fameux tireurs embusqués. Le jour où le journaliste américain est passé à l’hôpital, celui-ci avait réceptionné sept blessé et cinq tués, apparemment victimes de ces tireurs cachés. Et puis il y a aussi les enlèvements : Tarpley parle d’un chauffeur de taxi qu’il a rencontré, dont le fils a été kidnappé par des « barbus » et retrouvé mort.
    Tarpley a demandé à ses différents interlocuteurs qui pouvaient être ces snipers, d’où ils venaient. Le gouverneur lui  a dit que la plupart étaient syriens. Les autres disent qu’ils sont en tous cas armés et financés par l’étranger. Qui ? Tarpley énumère les puissances mise en cause par les Homsis : l’Arabie Séoudite, le Qatar, la Turquie, la faction libanaise Hariri. Mais aussi la CIA, le Mossad, l’OTAN, les Frères musulmans, al-Qaïda. On parle aussi de trafiquants de drogue.
    En tout cas, le journaliste américain a vu une ville plutôt calme, mais où la peur rôde. Et pas du fait de l’armée syrienne apparemment. Les gens à qui il a parlé reprochent surtout à Bachar sa modération dans la répression. Ils souhaitent que l’armée se donne les moyens d’écraser définitivement les activistes, pour qu’on sorte enfin d’une situation sinistre et paralysante qui traîne depuis des mois.
    Pour Webster G. Tarpley, la vie à Homs est empoisonnée par « a couple of hundreds snipers » – quelques centaines de tireurs. En ce qui concerne la crise syrienne dans sa globalité, il observe que les troubles affectent essentiellement certains quartiers de villes et certaines régions situées à la périphérie du pays : Homs est proche de la frontière libanaise, Lattaquié de la frontière turque, Deir Ezzor de la frontière irakienne, Deraa de la frontière jordanienne. Pour lui, il est évident que la violence des radicaux islamistes s’est manifestée dès le premiers jours du mouvement à la mi-mars. Et que c’est sous la pression des autorités américaines que la Ligue arabe a « suspendu » la Syrie, ce qui pourrait permettre un retour du dossier devant le Conseil de sécurité. Mais, conclut Tarpley, les Russes diront toujours « niet« . Le journaliste américain devrait rester quelques jours encore à Homs, et adresser d’autres correspondances à Alex Jones. To be continued (à suivre)…

 
Ci-dessous le lien audio :
http://tarpley.net/2011/11/15/report-from-syria/

 


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