| Le
12 mars les troupes fidèles à Mouammar Kadhafi reprenaient Ras Lanouf
et Ben Jawad, non loin de Benghazi, le fief des rebelles. Au même
moment Nicolas Sarkozy prenait des engagements d'exclusion de vol dans
l'espace aérien de la Libye, pays souverain, auprès d'opposants libyens
dépourvus de toute représentativité (mais curieusement non dépourvus de
moyens). Si on ne sait guère qui ils représentent on commence toutefois
à savoir qui les soutient - et à comprendre pourquoi. Bernard-Henri
Lévy avait, une fois de plus, servi d'intermédiaire et surtout de
caution droits-de-l'hommiste dans cette affaire visant, bien évidemment,
à reconfigurer l'Afrique du nord sous l'égide des Américains. |
normande quelques années au XIIe
siècle ( !), colonie turque conquise par les Italiens en 1911-12, la
Libye devient indépendante en 1951 sous un roi, en fait l’ancien émir
de Cyrénaïque, chargé implicitement de la maintenir dans l’orbite
anglo-saxonne. Il n’y a alors qu’un million d’habitants en Libye. C’est
à l’époque le principal pays africain producteur de pétrole, avec un
gros essor à partir des découvertes de 1958. En 1969 le coup d’État
du capitaine Mouammar Kadhafi et d’un groupe d’ « officiers libres » -
la terminologie est la même qu’en Égypte - est un coup de tonnerre
anti-occidental. Le capitaine, devenu colonel, Kadhafi, fait évacuer
les bases anglo-américaines de Libye, et nationalise les compagnies
pétrolières en 1973. C’est un proche de Nasser. Kadhafi tente une
fusion avec l’Égypte
et la Syrie en 1971. Elle éclate 2 ans plus tard. En 1974 c’est avec la
Tunisie qu’une tentative de fédération est menée. Elle avorte aussi.
Kadhafi publie en 1976 son Livre Vert
sur la troisième voie. Il y critique l’enrichissement personnel
incompatible avec la justice, et prône la démocratie directe, en fait
une démocratie plébiscitaire, à la place de la démocratie parlementaire
occidentale. Sa radicalisation anti-américaine et anti-israélienne, son
soutien présumé (par ses adversaires) à des groupes terroristes amène
les Américains à essayer de l’assassiner en avril
1986
par des raids meurtriers sur Tripoli et Benghazi. La fille adoptive de
Kadhafi est tuée. À partir de là l’évolution dictatoriale et erratique
de Kadhafi s’accentue. Ses sorties médiatiques s’orientent vers une
certaine clownerie involontaire, même si, en France ou avec G-W Bush
nous avons parfois été confrontés à ces décalages entre l’être et la
fonction. Un jour, il annonce que William Shakespeare est en fait un
Arabe («Cheikh Spir »), un autre jour il plante sa tente bédouine à
coté de l’Élysée, et cultive un look auprès duquel Galliano est un garçon sans imagination.
contre l’Irak. Cela donne à réfléchir. Surtout quant on voit que
l’Irak, pays de 30 millions d’habitants, à réelle tradition militaire,
n’a rien pu faire contre les envahisseurs alors que la Libye ne compte
qu’un peu plus de 6 millions d’habitants.
Maghreb où il y a le plus haut niveau d’éducation, l’accession des
femmes à l’enseignement – elles sont actuellement majoritaires dans
l’enseignement supérieur -, le recul de l’âge du mariage des femmes, la
mixité jusqu’à l’équivalent du collège, en fait, globalement on
retiendra une modernisation-occidentalisation accélérée tout en
étant jusqu’aux années 1990 un ennemi déterminé des politiques
impérialistes de l’Occident Atlantique (et atlantiste).
La Libye n’est pas plus artificielle que la France, c’est une
construction historique. Libye désignait sous l’Antiquité tout ce qui
est à l’ouest de l’Égypte en Afrique du Nord. Il y eut le royaume de Cyrène des VI et Ve siècle av. J-C, habité par les Libous (Libyens), et la Marmarique, entre Égypte
actuelle et Libye. La capitale de la province de Libye était Barqa, à
100 km à l’est de Benghazi. Il se trouve que la Libye a déjà – ce n’est
pas rien – une identité négative : elle n’est pas l’Égypte,
elle n’est pas non plus la région de Carthage. C’est sans doute
néanmoins avec la Tunisie qu’il y aurait le plus de raisons pour la
Libye – et réciproquement pour la Tunisie - de se rapprocher. D’autant
que le poids démographique des deux nations est proche et que de ce
fait aucun n’a à craindre d’être absorbé par l’autre.
sud-américaine, avec Hugo Chavez, offrait une bonne possibilité de
sortie de crise, mais les Occidentaux bellicistes, Sarkozy en tête, se
sont empressés de la rejeter. Le problème de la Libye c’est qu’il n’y a
pas d’élite autochtone prête à prendre la succession de Kadhafi sur la
base du maintien de l’indépendance nationale. La solution, s'il y en a
une dans l'intérêt des peuples européens et méditerranéens, ne peut se
trouver qu'à partir d'un compromis négocié : le contraire de ce que
proposent David Cameron et Nicolas Sarkozy (conseillé par BHL !) qui
font comme d'habitude les rabatteurs pour l'axe impérialiste
Washington-Tel-Aviv.