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Études  Métapolitique Sommaire

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À propos des élections européennes : réflexions sur les illusions des enjeux à court terme

1) Fausse route

2) Plaidoyer pour une abstention active


1) FAUSSE ROUTE

Claude Bourrinet


    Les Illusions perdues ? Le Désert des Tartares ou le rivage des Syrtes ?

    Les sirènes ont des charmes bien replets. La grandiloquence démocratique a de commun avec la démagogie tyrannesque la mise en scène du mensonge. Est bien couillon qui s’y laisse prendre. N’est pas Ulysse qui veut, se bourrant les oreilles d’un bouchon de cire et s’attachant tout vif au mât.

    On croit voir surgir à l’horizon les prémisses de l’ultime combat, ou du moins la clarté qui rend ombres et choses bien visibles, même pour les sots, et l’on se retrouve toujours dans la  mélasse brouillardeuse, ce nuage laiteux qui enveloppe air et terre, et jette un doute sur l’existence même de sa propre interrogation.

    Après cela, comptabiliser les gains comme un petit préposé de bureau de vote paraît bien dérisoire, si dans ces lieux de tolérance obligée ne sévissait l’isoloir, qui traduit bien dans son nom l’atomisation du grand corps de la société, condamnée à s’exprimer par le caprice individuel.
Ne voit-on pas que la dissolution générale va de paire avec l’assomption de ce neutrinos burlesque qui se veut le centre du monde ? Vouloir reconstruire un cosmos là-dessus relève de la pure blague. Y participer est l’encourager. Le fort taux d’abstention des dernières élections européennes témoigne que l’on est prêt à entendre le discours du retrait. Peut-être serait-il alors temps de passer à autre chose. Il s’agit, en ce domaine, de désespérer les masses, et de faire comprendre que la croyance dans le vote populaire, comme traduction de sa voix, est l’une des pires escroqueries de l’âge moderne, qui tend à ne laisser face à l’Etat tout puissant que cet aggloméra insignifiant, comme le corps d’un serpent sans tête.
Les élections étaient perçues au XIXe siècle à la fois comme un espoir et comme un danger. L’illusion révolutionnaire s’appuyait sur la volonté d’un peuple dont on présumait la réalité. Cet axiome idéologique nourrissait les combats et justifiait les sacrifices. Dans le même temps, on s’était avisé que l’élection au suffrage universel, censée garantir l’avènement d’une juste et authentique République, pouvait porter au pouvoir un empereur, un despote qui s’était empressé de renier son socialisme, de livrer la France et Paris à la crapule financière et de mener des guerres irresponsables. Le peuple, au grand dam des idéalistes, choisissait parfois  la servitude, contre les fauteurs de trouble.

    Louis Nathanaël Rossel – grande figure de l’Histoire de France -  en fit l’amère expérience au sein même de la Commune de Paris. Il était le seul capable de prendre les rênes d’une Révolution qui avait chu sur la Capitale d’une France plutôt réactionnaire comme une divine surprise. Voulant regrouper les fédérés susceptibles de se battre encore, demandant 50 000 hommes pour briser l’offensive victorieuse des Versaillais, il n’avait eu en tout et pour tout que quelques milliers de gueux exténués mais héroïques. Les autres se planquaient, buvaient de l’absinthe, glosaient ou s’apprêtaient à regarder en spectateurs avisés la curée sanglante. La classe moyenne, lâche, hédonisme, papelarde et pateline, pointait le bout de son museau.
La vérité est qu’il est des situations historiques où non seulement rien n’est plus possible, mais aussi où tout va empirer. La reconduction de gestes plus ou moins ritualisés, qui correspondaient à peu près – en laissant la part de fantasme – à des réalités historiques, ne possède plus aucune assise, et s’agite dans le vide. Durant la Guerre froide, encore, jusque dans les années 60, les rapports de forces électoraux pouvaient s’inscrire dans une gigantomachie mondiale. Mais on voit que, déjà, l’Europe laissait échapper la maîtrise de son destin. Maintenant, les élections ne sont plus qu’un show parfois grotesque qui se réduit à une parodie télévisuelle. Bien malin est celui qui y voit plus qu’un spectacle C’est au mieux le partage, d’ailleurs anticipé par un savant travail de l’opinion, d’un gâteau somme toute assez plantureux pour les heureux élus.

    Certes, dans des pays périphériques comme le Venezuela ou l’Iran, ou dernièrement la Serbie, le vote peut être une arme et déterminer la politique internationale du pays. Mais dans le cœur du système, dans la société occidentale qui est la matrice du monde « moderne », l’évolution sociologique et celle des mentalité ont généré un individu indifférencié, apathique, amnésique, uniquement préoccupé de son confort matériel et intellectuel, sans aucune curiosité, sans appétit, sans courage. Les classes dites moyennes constituent un club qui profite plus ou moins des bénéfices produits par la mondialisation aux dépens des couches populaires qui s’écartent de ce simulacre de liberté sans accéder à une prise de conscience vitale. Car le peuple est bête. Il se laisse facilement sidérer, ou bien se contente de pain – parfois virtuel - et de jeu. Les effluves qui montent jusqu’aux lucarnes télévisuelles n’ont pas plus d’importance que le jet d’encre d’un poulpe ou que le vomi d’un ivrogne.

    L’émergence d’un vote protestataire de nature « identitaire » dans quelques pays ne doit pas faire illusion. Car il connaît les limites de la protestation sans lendemain – le vote FN est là pour en témoigner -, et si l’on y regarde de plus près, ses partis pris sont clairs : les groupes qui le représentent ont choisi l’atlantisme, le sionisme, l’Amérique, le libéralisme, et s’appuient sur une xénophobie ou un racisme qui ont fait bien des ravages dans la mouvance « réactionnaire » ou anti moderne (nous nous heurtons maintenant à un problème terminologique qui est bien l’expression d’un changement de paradigme « politique »). Rien ne peut surgir d’une réactivité aussi douteuse, sinon des récupérations politiciennes dont un Sarkozy est un maître incontesté.

    Il s’agit avant tout de penser le nouveau monde. D’abandonner comme d’inutiles oripeaux les anciens concepts. De nouer de nouvelles alliances. Et d’essayer de saper le système, sans se faire trop d’illusions, car celui-ci se nourrit de sa propre contestation pour élargir son emprise totalitaire (la lutte contre le terrorisme et l’islamisme étant pour l’heure son fer de lance).

    Une dissidence bien comprise est possible. Mais la sagesse est à mon sens de considérer que le combat - sans garantie de succès (et que serait ce succès ?) peut durer des siècles.

    C’est le temps de l’Histoire…

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À propos des élections européennes (suite)


2) Plaidoyer pour une abstention active

Claude Bourrinet

    Le contrôle des consciences et des corps s’approfondit. Il est en passe d’être réalisé par une surveillance universelle des individus et un dressage méthodique des opinions, par le conditionnement et la crainte. Presque plus rien ne semble, dans plusieurs parties du monde, devoir arrêter le processus, lequel s’accélère. En Europe, les jeux sont faits depuis Maastricht, dont le traité a avalisé l’entreprise d’asservissement du vieux continent au libéralisme anglo-saxon. Par petites touches savamment orchestrées, par spoliations successives de la liberté de choix des citoyens, revenant sur ce qu’elle considère comme contraire à ses intérêts, accentuant ce qui favorise une fragilisation de l’économie, des identités et des mœurs, la commission européenne prépare l’intégration d’une vieille civilisation exsangue à l’utopie étatsunienne, projet mortifère s’il en est.
En face de nous, donc, une gigantesque armée en marche, écrasant tout.
    Face à ce défi à plusieurs titres désespéré, les dissidents qui refusent cette force mécanique impitoyable et sûre d’elle-même, conquérante et dédaigneuse des nations, se trouvent bien désemparés. La confusion qui règne chez eux en est l’illustration, et verserait même dans l’absurde chez ceux qui applaudissent à l’agression dont est victime l’Iran s’ils faisaient justement encore partie du camp du refus. On voit bien par là que la première tâche est de clarifier à l’extrême certaines positions, et de désigner sans hésitation l’ennemi, quelle que soit sa « souche » !
    Plus triste est, me semble-t-il, la position décalée prise par les organisations assez aveuglées pour croire tirer parti d’un système dont il n’y a plus grand-chose à glaner. Quand bien même un parti comme le Front national aurait défendu des thèses susceptibles d’inquiéter en profondeur l’ennemi, ce qui est loin d’être le cas, l’histoire des trente dernières années montre les limites d’une telle entreprise, parce que cet ennemi possède une puissance de sidération, de contrôle et d’influence redoutable, que les jeux sont pipés, et que, même lorsqu’on parvient, tant bien que mal, à se faire une espèce de niche, elle est irrésistiblement avalée par un régime dont la rhétorique est assez souple pour ratisser large, dans la mesure par ailleurs où ce qu’on appelle le peuple est devenu un agglomérat d’individus malléables, et où une clarification satisfaisante n’a pas été menée jusqu’au bout.
A ce compte, la participation, quelle qu’elle soit, électorale, médiatique, délibérative, ou sous d’autres formes, ne peut que nourrir la légitimité d’un organe qui se renforce par ce qui le conteste. La postérité de mai 68 est là pour conformer cette appréciation, ainsi que la destinée de certaines thèses anti-immigrationnistes ou anti-islamistes, détournées par un Etat machiavélique, thèses qui peuvent au demeurant coexister avec des discours contraires, universalistes et humanistes. Tant le monde actuel repose sur une confusion généreusement distillée, le principal étant de faire perdre tout repère efficace pour la lutte.
    Il faut voir la perte du politique, la réduction de son champ et son remplacement par la com’, l’esbroufe, les effets d’annonce non suivis d’effets, la stratégie de la tempête dans un verre d’eau, non comme un drame, mais comme une chance, car elle dissipe les malentendus, si l’on veut bien se saisir de l’occasion historique qui nous est donnée.
    Il ne sert à rien, en effet, de contribuer à la prolifération de la confusion par une participation dont nous voyons bien qu’elle n’apporte rien. Ce ne sont pas les calculs d’épiciers de banlieue à propos de gains misérables obtenus par la liste Dieudonné, ou bien sur un prétendu progrès électoral obtenu par Marine, assez minime et de toute façon sans perspective, qui peuvent redonner du cœur au combattant et lui proposer un môle assez solide sur lequel s’appuyer. Inutile d’évoquer les autres listes « identitaires » pesant leurs ailes de mouches. La vérité est que nous n’avons pas de chefs, ni de stratégie visible, ni d’objectifs clairs. Ce n’est pas en mettant un papier dans une boîte, ou en écoutant l’intervention (rare) d’un leader, ou en cotisant, en collant des affiches, et en recevant la parole mensuelle qui vient d’en haut qu’on va faire sauter la machine. Nous en avons pour l’éternité à faire rire l’ennemi, qui n’en demande pas plus.
    Il n’est pas interdit bien sûr de se grouper, d’échanger des idées, de nouer des amitiés, des complicités, de tenter de construire une société alternative. Sans se faire d’illusions. Et même de participer à des combats un peu musclés. Mais là, c’est une autre histoire.
    Mais à mon sens, pour, à une échelle minime, mais qui peut devenir plus élargie, comme le taux d’abstention lors des dernières élections européennes a pu le laisser présager (car à mon sens, ce n’est pas une abstention « passive », mais l’expression d’un refus), éviter de nourrir le monstre, qu’on s’interdise au moins d’être dupes ! Il est nécessaire de s’abstenir, de se retirer du jeu, de proclamer : Non, on ne marche pas ! Non, on ne collabore pas ! Non, on ne se mouille pas dans vos combinaisons ! Non, on ne vous ressemble pas ! Il faudrait alors que ce comportement de refuzniks, cette farouche négation d’une logique qui nous tue, ce mépris affiché et ostentatoire (on pourrait par exemple lancer une campagne visant à écrire sur les bulletins de votes : MASCARADE !) soient un signe d’identité, un drapeau clairement levé autour duquel se regrouperaient peut-être ceux qui vomissent le système.

                                                

Études  Métapolitique Sommaire

Capturé par MemoWeb à partir de http://esprit-europeen.fr/etudes_metapo_marlaud.htm.htm le 16/11/2005