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Études  Métapolitique Sommaire

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RÉVOLTEZ-VOUS !

            Michel Lhomme *

            "Tu montreras ma tête au peuple, elle en vaut bien la peine"

                                                                                                  Citation de Danton sur l’échafaud.                                                                                                                                                            

« Indignez-vous ! », « Engagez-vous ! ».
               
     La France de 2011 se préparerait-elle à la rébellion, à la révolution1 ?... Où va la France ?... Comment va la France ?...  Y-a-t-il, oui ou non, un malaise français, ce malaise dont on nous rabâche les oreilles depuis plus de trente ans et qui susciterait trente ans de fatigue, trente années de ras le bol, trente ans d’exaspérations ? Malaise identitaire ? Malaise populaire ? Quelque chose de plus grave lié à la nature institutionnelle du régime politique en place, à sa constitution…

    L’existence du peuple constitue le fondement de tout système d’organisation politique. Le changement constitutionnel, seule réalité expressive du peuple implique forcément une rupture radicale de nature révolutionnaire ou putschiste, la situation d’exception, l’institution juridique d’un Dasein en sujet historique, en bref, une rupture populaire, une rupture de type patriotique et constituante, la marche volontaire et presque guerrière vers une VIème  République. 

    Notre système politique est démocratique par la représentation. La population élit son Président et ses députés, ses maires et ses sénateurs. Cependant, dans la pratique, de nombreux facteurs limitent le choix des représentants, la possibilité d’être élus, de participer aux décisions collectives, d’accéder aux fonctions de contrôle ou d’exercer tout simplement les libertés citoyennes. Dans les coulisses, toutes sortes de manœuvres tempèrent l’expression populaire. Pour ne pas se retrouver dans des triangulaires embarrassantes (peine perdue !), la majorité parlementaire avait décidé qu’un candidat devait obtenir, au premier tour des cantonales, un score égal à 12,5 % des électeurs inscrits pour se maintenir au second  alors qu’il ne suffisait que de 10 % des inscrits pour pouvoir le faire auparavant. Alors que le Front national est, de l’avis des analystes et sondeurs, considéré comme le premier parti de France, il ne possède toujours aucune représentation nationale et quasiment aucune représentation locale. Pas un député à l’Assemblée. Pas un seul élu alors que les communistes qui sont au nombre de 19 et représentent 1,5 % d’électeurs, composent un groupe avec tous les droits et avantages que cela confère (temps de parole, vice-présidences, commissions). Par le politiquement correct et une entreprise de décervelage médiatique sans commune mesure, on a coupé partout où c’était possible les opinions contradictoires. On a restreint la démocratie, diabolisé les identitaires, censuré la nouvelle droite, réduit le clivage politique à l’alternance du bipartisme. La Vème République a été toilettée en démocratie restreinte. Dans l’éditorial de sa lettre de décembre 2010, la Fondation Polémia parle de la France comme le « pays le moins démocratique de l’Europe de l’Ouest », lanterne rouge pour la liberté de la presse (en 2010, 44ème rang mondial derrière la Papouasie Nouvelle Guinée !), lois liberticides sur la liberté d’expression (Gayssot pour le révisionnisme, Taubira pour l’esclavage et criminalisation de l’homophobie), parlement croupion (inversion des élections législatives après les présidentielles), gouvernement des juges, absence de démocratie directe et inquisition médiatique permanente.

La France a peur

    En plus, la France a peur. Elle craint, avec raison, pour sa sécurité intérieure. Des villes sont sous couvre-feu pour les mineurs, les agressions sont de plus en plus violentes, gratuites et « raciales ». Depuis peu, autour de Vitry, des bandes de mineurs déscolarisés, tabassent directement les agents des forces de l’ordre ! Dans les banlieues, les jeunes traînent dans les rues à la recherche de larcins ou de stages non rémunérés, véritables escroqueries du patronat et du Pôle emploi. Partout, les gens sont à cran et parfois prêts anarchiquement à en découdre avec n’importe quelle administration ou fonctionnaire qui se présente sur leur passage. Ce portrait sombre, voire alarmant, l’est-il, tout autant, pour les nantis ? Eux, au restaurant, se plaignent des taxes, des impôts mais aussi du travail mal fait, des formations surévaluées, des fautes d’orthographe des jeunes diplômés. Ils réclament plus de dérogations et de passe-droits, une immigration sauvage pour maintenir les salaires au plus bas2, la discrimination positive et la dérégulation du travail, l’ouverture le dimanche et la suppression des jours fériés religieux, moins de taxes et plus de niches fiscales. Bref, chacun tire sa couverture à soi et les plus aisés cachent honteusement leurs signes ostentatoires de richesse. C’est ainsi qu’on trouve moins de grosses berlines à Paris qu’à Londres alors qu’à Paris comme à Londres, les mêmes bonus scandaleux ont été distribués.
 
    Il y a le discours du malaise mais aussi la réalité du malaise. La France n’a plus de direction commune. Elle a perdu tout élan comme s’il lui manquait quelque chose et depuis trois ans, on nous rabâche aux oreilles que la raison principale en est la crise, une crise systémique extérieure qui aurait, pour effet, de nous paralyser et de nous anesthésier ? Or, la France bouge, la France réfléchit, la France s’agite (en témoigne l’ouverture permanente de nouveaux blogs et sites alternatifs3).  Pour nos adversaires, ô danger, la Gaule devient populiste.

    Mais qu’est-ce-que le populisme si ce n’est justement l’envie de révoltes et de rébellions4, l’espoir de dépasser le système idéologique et culturel dominant, le souhait de neutraliser les médias officiels et les programmes light de l’éducation nationale, de s’affranchir de la contrainte des crédits et des directives européennes,  un désir de reconnaissance esthétique et populaire face au système bureaucratique des élites et à leur emprise administrative. La crise n’est pas seulement politique mais existentielle et philosophique : elle est, comme nous l’indiquions depuis longtemps, métapolitique, une crise de sens et de repaires, une crise ontologique qu’on n’apprend pas effectivement à gérer dans les cours de sciences-politiques. La France aspire à la liberté contre la pensée unique, à la tradition contre les contraintes de la modernité, au pinard et au saucisson contre les radars, aux cigares contre les paquets de clope médicalisés, à fêter le cochon contre les prières dans les rues. Même le bonheur pornographique sur fond de criminalisation de la prostitution est revisité par le questionnement du plaisir dans la société de consommation, plaisir par lequel nous voyons bien que nous ne faisons que nous soulager sur les écrans ou les webcams par un conditionnement social devenu autoritaire et espion, plaisirs éphémères dont nous comprenons qu’ils ne sont pas un remède en soi et un substitut aux rencontres aléatoires et romantiques, l’homme étant une création du désir non pas une création du besoin5.

    La classe des experts médiatiques nous fait remarquer que c’est le monde en général qui va mal, que beaucoup de pays et de sociétés vont mal et que, par comparaison, la France ne va pas si mal ! Et puis, nous serine-t-on, comment mesurer le mal être social ? Suicides, chômage, précarités, conflits civils, exclusions et addictions de toutes sortes ? La France va mal parce qu’elle s’est individualisée. La France va mal parce qu’elle est moderne, néo-moderne, postmoderne, sur-moderne. Son malaise, c’est d’abord, la perte du traditionnel, le sentiment d’une déliaison sociale comme si quelque chose du lien qui réunissait les gens ensemble s’était rompu, ce quelque chose justement de populaire qui traînait dans les faubourgs de Belleville et de Ménilmontant, de Montreuil et de Rouen, de Lyon et de Marseille, cet accent putassier d’« Atmosphère ! Atmosphère ! » du Canal de St-Martin ou des quais à charbon délabrés d’Elbeuf, de la gouaille en béret d’un Céline ou de l’argot de taulard d’un Nestor Burma6. Même Pigalle est aseptisé. Qu’aujourd’hui le lien popu ne perdure seulement que dans les quartiers dits difficiles, dans les deals des cages d’escalier, dans les squats ou relais migratoires nous permet de prendre conscience de la catastrophe culturelle qui vient de s’achever. La déliaison sociale, la déliaison populaire est le signe visible du malaise français, l’expression de sa neurasthénie profonde.

    Déliaison ? Fracture du lien social à tous les niveaux, des quartiers aux écoles, des hôpitaux aux maisons de retraite, des églises aux caisses de secours. Qui songe à la situation de l’autre ? La personne a aujourd’hui tellement de difficultés à s’en tirer elle-même qu’elle ne va même plus voir dans l’appartement à côté, chez son voisin de palier, s’il n’a pas besoin de quelque chose, d’un peu de sel ou de moutarde ! Déliaison ? Le lien social détruit, bousillé, en mauvais état, la société globalisée et aseptisée. Une jeunesse qui ne travaille plus et qui n’a même plus l’énergie nécessaire pour se bouger sauf  pour brûler quelques voitures, casser du flic, sécher les cours ou manifester pour ses pensions de retraite. Déliaison ? Une économie qui bat de l’aile où les personnes ne travaillent que pour se nourrir, assurer leurs besoins primaires, se vêtir et se loger, tout juste payer leurs connexions internet pour fantasmer sur la toile. L’économie est constitutive de notre humanité mais pas de l’humanisme. La possibilité de s’épanouir dans son travail est devenue impossible. Pour le jeune français, il y a une première question, avoir du travail mais, il y en a une autre, lancinante et harassante, un vrai travail. La France du travail, la France concrète souffre du « réseautage » et du « piston », de l’obsession du carnet d’adresses, de pratiques et de mentalités patronales obsolètes, des promotions des petits neveux, devenues la spécialité française des sélections de cv. Comment mettre  en accord la défense des travailleurs, de la classe populaire et moyenne avec les entrepreneurs altiers et les bourgeois écolos ?

    De fait, la question est devenue limpide : où l’économie française se range, par la force des choses dans une économie mondialisée ou nous nous dégageons du modèle de la société néolibérale, de la logique de la spéculation financière, capitaliste et mondialiste. Or, cette seconde alternative nous oblige à dégager notre société de la croissance infinie et démesurée, de la logique d’arraisonnement technique qui dirige tout et dépolitise la nature sociale de l’homme. Reste à savoir si la volonté des hommes et du peuple français pourra contrecarrer cette logique de domination incarnée par la mondialisation, si la dislocation du lien social peut en annoncer sa transfiguration7.

Penser l’économie pour s’en défaire

    Penser politiquement la France oblige donc à penser l’économie pour s’en défaire8. Dans le pays, ce discours est très mal perçu par les journalopettes qui assènent à longueur d’antennes que les dés sont pipés, que la politique est morte, que même un Président de la République ne sert à rien (voir l’intervention récente de Jacques Attali, devant un Cohn-Bendit médusé, sur le plateau de Ce soir ou jamais)9. On ne pourrait rien faire mais il faudrait voter quand même pour vouloir ce que la « gouvernance » veut c’est-à-dire ne surtout pas briser le (dés)ordre du monde, la compromission avec les marchands. Subissez mais ne pensez surtout pas à la puissance de la France et encore moins à l’Europe. Il y aura bien des plans de sauvetage, on les appellera  de « rigueur économique » et ils seront entrepris à coup de claques dans la gueule c’est-à-dire d’étranglement des revenus (Dominique Strauss-Kahn).

    Or, penser l’économie oblige à se poser des questions essentielles c’est-à-dire existentielles. De quoi a-t-on besoin pour vivre ? Comment nos enfants doivent-ils vivre ? Faut-il être pressé ? 10 Que faut-il habiter ? ... Au prix actuel du mètre carré parisien, quels seront, par exemple, les logements accessibles, demain, pour notre descendance ? Qui fixent les prix de l’habitat ? Il y a pire : l’économie se caractérise par la production, on peut planifier une économie de production. Or, l’économie française ne produit plus rien. Elle consomme mais est totalement désindustrialisée. La France a subi, dans la décennie 2000, une seconde phase de désindustrialisation massive et accélérée, dans le contexte d’un euro surévalué, de la concurrence des pays à bas salaires11 et de l’absence d’un tissu de petites et moyennes entreprises insuffisamment capitalisées. Elle est entrée dans un décrochage de longue durée que seule une politique industrielle vigoureuse, totalement absente des « partis de gouvernement » actuels pourrait stopper12. L’industrie représentait, en 1982, 28% du PIB ; elle est aujourd’hui tombée à 13%, loin derrière l’Allemagne (30%) et, notre pays comptait 5 575 000 emplois industriels en 1982 ; il n’en reste que 3300 000 en 2010. Entre 2000 et 2009, plus de 530 000 emplois salariés directs ont disparu.

    Dans la dernière décennie, la surévaluation de l’euro a joué un rôle dommageable à la compétitivité de l’industrie française. Est-il utile de rappeler que lors de l’introduction des pièces et billets européens le 1er janvier 2002, le change eurodollar était à 0,8862 et qu’il était à la date du 5 avril 2011 à 1,42213

    Or, comment penser une économie de consommation et de croissance sans production ? On nous vante, pour nous consoler, le succès des entreprises du Cac 40 mais ce sont souvent les entreprises où la gestion des effectifs est la plus brutale. Ce ne sont plus elles qui créent des emplois et, quand elles en créent, c’est très souvent à l’étranger, dans le cadre de leur développement international. De surcroît, les pressions qu’elles exercent sur leurs sous-traitants sont souvent terribles. Les grands groupes internationaux ont une stratégie mondiale dans laquelle leur pays d’origine ne compte pas plus que les autres. Ce qui est bon pour General Motors n’est plus forcément bon pour les États-Unis. Barroso, le Président de la Commission européenne, parle de « concurrence libre et non faussée » alors que les Chinois s’emparent des marchés publics européens, rachètent le port du Pirée, s’allient, avec la maffia italienne, pour contrôler le marché français du textile et interdisent l’accès de leurs marchés publics aux Européens. Comment penser alors l’indépendance et la souveraineté ? L’économie ne correspond plus aux capacités des entreprises familiales traditionnelles, les charges sociales sont inadaptées à la concurrence déloyale d’un marché dérégulé, la notion de « sécurité sociale » serait à redéfinir14, le dogme de la « monnaie forte » est suicidaire15.

Comment changer la donne ?

    D’abord, en priorité, la question de l’éducation : faire adhérer les jeunes aux décisions et aux principes de la politique. Il y a ensuite un aggiornamento de la mentalité des chefs d’entreprise à opérer : non pas la « France aux Français » mais « la France est à nous ». Puis, reste alors à penser ce nous comme une identité consensuelle16, définie pour sortir d’un nationalisme jacobin étriqué comme projet d’empire européen. Il s’agit de passer de la plainte rétrograde à l’action rationnelle, sans règlements de compte excessif. Il faut savoir ce que l’on veut : sortir de l’économie ou y rester.

    La société française est-elle prête à cette mobilisation ? Oui parce que l’accroissement des inégalités, la perte du pouvoir d’achat, les salaires anormalement bas, la contestation de la vie chère ont changé la donne c’est-à-dire ont placé, sur le devant de la scène, l’échec de l’économie-monde et finissent par rendre la société française invivable ? L’exclusion et la paupérisation, la diversité mais pas seulement la diversité raciale, la diversité religieuse et celle de tous les modes de pensée conduisent à la nécessaire  reformulation, par un coup de force, du pacte social. La diversité des conceptions du monde se doit de produire, dans la rue, une nouvelle synergie, une nouvelle constituante.

    Est-on prêt ? Depuis quelque temps, la France est plus réfléchie, la France s’interroge, la France pense, hors courant dominant et surtout, se débarrasse des clivages gauchistes ou droitiers. La France devient oblique et transversale. Dans ce climat printanier, on sent bien que partout, on aspire à se rencontrer, à discuter, à organiser des débats ou des apéritifs géants, à faire tomber quelques têtes, en tout cas à demander des comptes aux politiques professionnels. L’automne dernier, on sentait aussi que les Français voulaient aller plus loin que les mouvements sociaux, encadrés par des syndicalistes réformistes. Il faut donc se rencontrer, discuter et produire autre chose. On n’a plus le choix mais est-on justement prêt à utiliser les atouts de notre diversité pour pouvoir changer et abattre la nouvelle classe des ploutocrates ? Pouvons-nous croire que le renversement serait, dans la France métissée d’aujourd’hui, un renversement bon teint, le coup d’état des « de souche » ? Le texte est emphatique prônant en quelque sorte l’union des campagnes et des banlieues ! Dans les barres d’Hlm, à côté des « cailleras » et des « lascars », il y a beaucoup de « traditionnel ».

    Au quotidien, c’est la morosité, l’atermoiement sur soi, les préoccupations bassement matérialistes comme forme d’autodéfense. On s’éloigne des  problèmes existentiels, on rêve de vacances du pouvoir. Nous aspirons à la délivrance et, en même temps, à un destin collectif, pour ne pas dire, à une communion patriotique qui nous permettra d’avoir le sentiment que quelque chose nous apportera la bonne prise et pourquoi pas le bon édifice ? Mais quel édifice ? La tragédie de Fukushima nous rappelle que toute la société moderne est en fait nucléaire et que le nucléaire est un modèle politique. Les sociétés nucléaires sont hiérarchisées : il y a les élites technologiques, cet éclatement de la complexité dont parle Edgar Morin, la substitution au point de vue collectif du point de vue industriel. On pourrait même se demander si un pays moderne a vraiment besoin d’un gouvernement ? Depuis un an, la Belgique n’est-elle pas sans gouvernement ? Qui dirige la société du modèle nucléaire ? Kills democracy »17. Si personne ne gouverne et tout le monde gouverne, que vaut, en effet, le débat parlementaire ? Pourtant, dans la précipitation d’une indocilité réfléchie, on n’a pas forcément le temps de penser à la technique ou à la technocratie et naturellement de se pencher sur la nature du régime. Nous ne sommes pas  seulement confronter à une crise identitaire ou sociale, culturelle ou économique mais à une crise ontologique et métaphysique. Face à cette dialectique de la complexité, nous sommes englués dans un impératif d’épanouissement marchand : on a envie de se sentir bien. Mais, quel rapport avons-nous à l’Argent ? Quel rapport avons-nous à la sincérité ? Pour échapper à cette gêne, on reste dans le mondain ou le social-démocrate, dans l’hypocrisie généralisé de combats qu’on juge perdus d’avance ou irréalistes au lieu de réfléchir comme les anciens situationnistes à une ars erotica positive comme ultime coup de griffe au système.

    Le malaise social exprime une difficulté collective mais la difficulté collective ne se résout que dans l’action et la manifestation. Je suis ce que je fais et je fais ce que je délibère. Il nous faut délibérer. L’identité n’est pas figée. C’est une construction, c’est quelque chose de dynamique. Il faut y aller. Il faut agir et délibérer. Il faut manifester la réprobation en gardant à l’esprit la devise de Barrès : « Ne jamais détruire, continuer ».

La déliaison, c’est quoi ?

     La marchandisation, l’organisation sociale qui atomise l’individu, la métaphysique de la subjectivité. Chacun est replié sur soi, sur son égologie et les couples se regardent entre eux. Pour se garder de faire de la politique, on diagnostique le problème social comme étant psychologique. Si chacun rentre en lui-même, il y a forcément déliaison. Comment faire sortir de soi les êtres, comment les faire se rencontrer autrement que dans un projet collectif de révolution entendu comme mythe au sens sorélien. Comme le soulignait Claude Lévi-Strauss, le groupe a toujours tendance à se poser comme meilleur. Quelles directions prendre et comment voir le lendemain sans postuler la manifestation  collective, la « grève générale » ? Tout projet politique cohérent consiste d’abord à se mettre en cercle et à déclarer la Commune. La mise en commun de nos paroles et de nos actions peut seule, au point où nous en sommes arrivés, nous faire sortir de nos répétitions et de nos piétinements, construire la praxis du politique. Puisque nous luttons conte l’atomisation subjective, nous avons besoin de liens objectifs.

    Or, la démocratie française ne nous offre plus ces liens. La défiance démocratique concerne trois quart des électeurs alors que l’appétence des français pour la politique n’a jamais été aussi forte. D’un côté, l’inflation juridique, la boulimie parlementaire et de l’autre, la violence urbaine et l’irresponsabilité, l’incompétence administrative et la déculturation. Or, le talon d’Achille de la société française nous le trouvons dans l’inefficacité constitutionnelle des mécanismes de représentation politique, dans la faible participation électorale aux élections, dans la dépolitisation.

    Le déficit démocratique se rencontre à l’intérieur même des grands partis politiques. Les mécanismes de consultation interne des adhérents et des militants (quand ils existent !) sont nuls ou inexistants. Les programmes sont élaborés par des consultants ou des experts chichement rémunérés. Les plateformes idéologiques et programmatiques ne font pas l’objet d’analyses et de compromis mais sont « parachutées » sur des power points sans imagination. Elaborés par un personnel uniforme, formé dans les mêmes écoles, les programmes se caractérisent par l’absence de propositions politiques essentielles et différenciées. Ce ne sont que des aménagements techniques
plagiés aux grandes instances internationales et en particulier, au FMI, à la Banque Mondiale ou à la Commission européenne. Les cadres des bureaux politiques, voir les « éléphants » du Parti « Socialiste », se maintiennent en place sur des décennies. Sur les listes, les places éligibles sont des cooptations calculées. Les réélections successives sont assurées à travers des assistants parlementaires et des réseaux régionaux, par les loges maçonniques ou les think tanks technocrates. Le financement des campagnes répartit les fonds levés, de manière clientéliste, par des rétributions de postes crées de toutes pièces, par des logements de complaisance ou des renvois d’ascenseur, des présidences de groupements d’intérêts, les subventions à des associations complices, l’attribution familiale ou amicale de marchés publics ou des rapports d’études commandités et surfacturés. Le cumul des mandats restreint le renouvellement de la classe politique et le corporatisme parlementaire est si fort que même la parité n’a pas féminisé les différentes assemblées. Depuis, le résultat des dernières cantonales, plus aucune femme ne siège comme présidente par exemple, d’une assemblée régionale. En dehors des députés d’Outre-mer, la France, pourtant métissée qu’on le veuille ou non, ne possède pas un seul député de couleur ou issu de l’immigration ! A ces défauts parlementaires s’ajoute le faible contact des députés avec le terrain et leurs électeurs. Que les élus accomplissent ou non leurs devoirs parlementaires ou leurs promesses électorales, ils savent qu’ils ne seront jamais révoqués, pas même montrés du doigt et encore moins contrôlés. Tous ces facteurs expliquent l’éloignement des classes moyennes et populaires des questions électorales et du militantisme  politique dont d’ailleurs, les formes d’organisation, de mobilisation et de prosélytisme datent du siècle dernier pour ne pas dire quasiment du précédent. Les Partis politiques ne constituent plus des canaux efficaces d’expression de l’opinion politique, celle-ci étant maintenant diluée dans une litanie de sites ou de blogs sur la toile. De plus, l’élaboration des listes, prisonnière des quotas (féminité, diversité) élimine les jeunes récemment engagés par conviction au profit de recommandations « parisiennes » ou de parachutages abusifs, effectués de manière capricieuse par les caciques locaux, sans réelle consultation de la base des sympathisants. Il est facile de relever dans tous les partis, ces réserves et ces entraves au choix des candidats représentant d’autres courants ou n’ayant pas un profil très « propre ». Même le Front National épure ses militants18. Or, l’uniformisation du personnel politique est un cercle vicieux. Le principe de listes fermées, le plus souvent adoptées, sans que l’électeur puisse panacher son jugement, souligne, à l’intérieur des partis, le déficit démocratique constaté au niveau national. Il freine l’arrivée de « personnalités fortes ».

    Rappelons que les machines électorales engloutissent des budgets de communication de plus en plus faramineux. La campagne de Sarkozy en 2007, qu’elle ait été financée par l’attentat de Karachi ou l’argent sale de Libye, a été la plus couteuse de toute l’histoire de la Vème République. Ses multiples déplacements en province, sorte de tour d’écrouelles sans sacralité, constituent par les moyens déployés, fermetures de routes et des voies, avion présidentiel, réquisition des gardes mobiles et hélicoptères, une véritable forfaiture19. Mais c’est que le vainqueur serait, dit-on, forcément, dans les démocraties modernes, celui qui a le plus investi dans les frais de campagne. Or, de telles dépenses ne peuvent qu’éloigner l’homme politique de l’intérêt général car il attend forcément un retour sur investissement. Ainsi, si l’aptitude du nouveau président se mesure à changer d’avis plutôt qu’à changer la vie, au reste, le souci de l’élu est surtout de changer la sienne ! A peine élu, Nicolas Sarkozy fait rénover La Lanterne de Versailles, devenue la véritable résidence  « princière » du couple. Par ailleurs, les candidats se vendent, comme des produits marketing, à travers une publicité subliminale et mensongère faite de multiples passages à la radio et à la télévision, de gadgets de pacotilles ou de ballons tricolores. Sarkozy sera « présent » au festival de Cannes, cette année, par la sortie bien calculée du film La Conquête mais aussi celui de Woody Allen, avec une Carla Bruni, actrice « aux mille prises » ! Il faut donc beaucoup d’argent pour avoir le droit de parler et de participer aux marathons électoraux. En vingt ans, le montant des campagnes électorales a été multiplié par dix pour atteindre des milliers d’euros20.

La "démocratie de marchés" ne marche pas

    Finalement, comme aux États-Unis, les élections en France montrent combien la vie démocratique a tendance à se conformer à un modèle politique unique, centré sur l’alternance et le bipartisme. L’alternance suscite d’autant moins de débats qu’elle se joue entre des candidats et des formations présentant des programmes quasiment similaires. Entre-temps grandit le nombre des exclus qui n’ont pas de voix au chapitre et un arsenal de législations restrictives chargé d’éviter toute pensée considérée comme « incorrecte » gagne du terrain. Mais paradoxalement, le candidat présidentiel est, du coup, de moins en moins en mesure de réunir les suffrages d’une majorité de citoyens, condition pourtant nécessaire à la légitimité du pouvoir en démocratie. Par là, la France se normalise : elle entre dans le système du « parti unique » qui reste, il faut le souligner, le seul régime toléré dans les régimes de « démocratie de marchés ». Ce système apolitique et dépolitisé, le « parti unique » d’une oligarchie et d’une ploutocratie (UMPS) a reçu le concours assidu de la majorité des intellectuels organiques. Dans les Universités, ces derniers se sont chargés, en effet, de préparer et de persuader les peuples de la fin des idéologies, c’est-à-dire, en langage plus clair, de la fin de toute représentation d’une société différente de la nôtre, de toute alternative économique et politique concrète. Ces intellectuels abouliques, le plus souvent sociologues ou politologues patentés ont conseillé, à leurs lecteurs et leurs étudiants, de s’éloigner au plus vite, des partis et des mouvements « protestataires »  trop encombrants parce que dissidents. Ils ont signalé, par leurs leçons magistrales, que les engagements modernes doivent être conformes aux intérêts du « big business » à savoir la liberté des échanges et la liberté des affaires, la stabilité monétaire et la monnaie unique, la baisse des taux d’intérêt et des déficits publics, la déréglementation et les privatisations, l’abaissement du coût du travail et des droits sociaux, les emplois à un euro et l’ouverture des frontières. Tout écart, même verbal, contre le modèle économique mondialiste est sanctionné ou censuré par des attaques dévastatrices réutilisant à l’envers l’argument de la théorie du complot ou la reductio ad hitlerum.  La mise en jeu de la responsabilité politique du gouvernement devant les élus du peuple, vieux pilier des institutions démocratiques est, pour eux, un archaïsme politique de la vieille Europe. On ne démissionnera plus pour un échec électoral ou un scandale privé. Dès lors que les grandes options économico-financières et les limitations de souveraineté imposées par les marchés sont acceptées, peu importe l’étiquette politique du parti, les mœurs du candidat chargé  de les mettre en pratique. Tout le reste n’est qu’affaire privée. C’est ainsi que, pour être accrédité aux élections nationales, les grands partis traditionnels sont contraints à des transformations réformistes et que même les partis radicaux sont priés d’adoucir leurs discours et faire le ménage s’ils veulent un jour espérer gouverner.

    Il conviendrait pourtant de distinguer les votes « politiquement corrects », ceux qui se sont portés sur les candidats « officiels », des autres, tous les autres, ceux que l’on qualifie, un peu trop rapidement, de « protestataires ». Les candidatures « officielles », celles dites des « partis de gouvernement » sont celles qui ont la capacité de recevoir l’investiture des marchés. En réalité, les Français, souvent apeurés par les alternatives radicales y acquiescent sauf, bien entendu, tous ceux qui se sentent en dehors du jeu. Combien sont-ils ? Par un coup d’œil rapide, ils sont largement majoritaires : 23 à 24 millions de Français (on compte les abstentionnistes, les votes blancs et  les votes « radicaux ») contre 19 millions. Pour la majorité, comment  supprimer  ces « mal exprimés », ces « mauvais pensants », comment les faire disparaître ? Le plus facile, c’est de  les priver, par des modes de scrutin appropriés, de toute représentation politique. Comment ? En les discréditant par des amalgames mensongers qui autoriseront, en méconnaissance de toute l’histoire politique nationale, à additionner sous l’étiquette péjorative de « protestataire » ou « populiste » les voix de l’extrême droite, des communistes, des écologistes, des ultraconservateurs et des trotskistes, dont le seul dénominateur commun serait qu’ils n’adhèrent pas au pacte consensuel des candidats officiels. Or, loin d’être l’expression politique primaire d’un ras-le-bol épidermique mal maîtrisé, ces voix sont celles des grandes familles traditionnelles françaises qui, à l’exception des écologistes, ont, depuis des décennies, structuré sa vie politique et lui confèrent sa spécificité propre, son identité unique. Elles ont chacune leur histoire, leur base sociale, une implantation géographique (Toulouse, par exemple, pour les « radicaux » de gauche), un discours politique et elles se sont maintenues à travers tous les bouleversements. Quoiqu’on le veuille ou non, sans ces « foyers » d’opinion politique forte de leurs réflexions intellectuelles, la France ne serait pas la France et paradoxalement une « démocratie apaisée ». Les conditions d’une démocratie apaisée font défaut quand les conflits d’intérêts s’exacerbent et que, partout, s’étendent l’inégalité des conditions,
l’exclusion et les discriminations sociales. La « démocratie apaisée » c’est, au contraire, la libre discussion des idées. On sait que nombre de militants ou de candidats du Front National eurent à subir, ces dernières années, des pressions de toutes sortes allant jusqu’à des chantages banquiers, des contrôles d’impôts injustifiés, des refus d’adjudication de marchés publics pour les entrepreneurs sympathisants. La soumission au politiquement correct, à l’antiracisme, au diktat du « réflexe républicain » est la garantie d’une évolution de carrière sans ambages. Mais si les promotions se mesurent à l’aune du Parti Unique, comment l’administration pourrait-elle alors se charger d’appliquer les lois ? Par exemple, pourtant votée par le Parlement, aucune prestation familiale n’a été réellement « suspendue » pour cause d’absentéisme à l’école, aucun port de burqa n’a encore, curieusement, été sanctionné ! Qui se risquerait à appliquer les lois identitaires dans la confusion actuelle sans, en effet, ruiner sa carrière ?

    L’abstention aux élections locales n’est commentée que le soir des résultats. Elle n’en constitue pas moins un revers démocratique pour le système.  Nos élus l’ont été certes mais, par une minorité. Avec 55 % d’abstentions, de quelle légitimité réelle peuvent-ils se prévaloir et que représentent-ils ? L’abstention est aussi la manifestation de l’opposition au système. Dans tous les cas, ceux qui ne votent pas, ne se sentent absolument pas liés ou compromis par les décisions futures des élus. Ces derniers ne peuvent se prévaloir, en réalité, d’aucune autorité véritable sur ceux qui leur ont refusé la légitimité. Ils ne peuvent, du coup, que gérer, de manière approximative, les affaires courantes. La dépolitisation favorise l’ordre établi, l’immobilisme, le conservatisme des affaires puisque le pouvoir ne se transmet pas et reste dans les mains de quelques uns, toujours les mêmes. L’abstention appelle à un autre mode d’expression politique que celui classique des élections, un mode plus direct ou plus violent du mécontentement et du projet. Or, dans notre histoire constitutionnelle, il n’y a pas de formes directes de participation collective aux décisions. Conscient de la faiblesse de sa légitimité, le pouvoir politique tente toujours d’organiser, avant ses réformettes, des « assises », des « grenelles », des « consultations publiques». Elles se déroulent selon le même scénario : des conclusions rédigées à l’avance par des conseillers ministériels épuisés ! Or, créer l’illusion qu’existe dans la société une participation démocratique et pluraliste quand la machinerie du pouvoir reste dans les mêmes mains peut finir par être très nocif pour la paix sociale. La théorie politique moderne considère que la participation du corps électoral dans la prise de décisions supprime la distance entre le pouvoir théorique et le pouvoir réel. 

Les peuples doivent reprendre le pouvoir

    L’origine du plébiscite remonte à l’Empire romain où les plébéiens se réunissaient sur les places de marché dans le but de réclamer leurs droits, de faire des pétitions, assemblées qu’on appelait justement concilia plebis. Promulguée en -287, la Lex Hortensia était le résultat d'un conflit entre les patriciens et les plébéiens que l’on a appelé le conflit des ordres. La plèbe se retira sur le
Janicule pour obtenir l’assignation des terres sabines nouvellement conquises. Quintus Hortensius, nommé dictateur, promulgua les lois Hortensiennes qui favorisent la plèbe pour qu’elle revienne dans la cité. Elles amnistient et allègent les dettes et donnent aux plébiscites décidés par les conciles de la plèbe force de loi pour le peuple entier en supprimant la ratification sénatoriale traditionnelle, l’auctoritas patrum. La puissance de l’opposition démocratique s’en trouva augmentée. La Lex Hortensia reconnut le caractère obligatoire des décisions prises par le peuple, cette plèbe qui désignait tous les citoyens sans distinction de classe. Il ne fait pas de doute que la démocratie, chez un peuple comme le peuple romain si peu enclin aux spéculations politiques n’eut pas à Rome d’expression propre. Cependant, cette fonction législative confiée aux citoyens dans une assemblée délibérante constitue une manière de s’approcher et de tenir compte des décisions du peuple dont l’influence fut prépondérante dans l’évolution postérieure des idées démocratiques. En Suisse, le référendum existe au niveau cantonal et fédéral et, à partir de la Constitution de 1802, il a joué un grand rôle tant dans l’ordre constitutionnel que dans l’ordre législatif. En Europe de manière générale, le système du référendum apparaît après la Première Guerre mondiale et on relève parmi les premières nations qui l’incorporèrent dans leur constitution l’Allemagne, l’Autriche, la Lettonie, l’Irlande, l’Espagne et la France de la Vème République. Mais entre le référendum plébiscite du Général de Gaulle et l’initiative populaire des réformes législatives et constitutionnelles, les barrières ont été posées par des quotas ou des quorums inatteignables. Même si les derniers changements constitutionnels ont apporté une petite ouverture démocratique dans le sens populiste, la décision demeure entre les mains d’un Parlement bien contrôlé par le processus de convocation ordinaire, par celui de l’approbation de la loi, par les prérogatives présidentielles et le refus de lancer  de régulières consultations populaires au niveau local. Si l’on souhaite un assainissement politique, il est urgent de procéder à la purification des mécanismes de représentation politique faute de quoi elle périclitera dans les filets du clientélisme, du lobbying et des intérêts privés. Depuis 2002 (l’électrochoc de Le Pen au second tour), les formes de démocratie participative ont été mises au premier plan (conseil territorial des jeunes ou conseils de quartiers, par exemple), elles n’ont pas connu le développement escompté et, à l’heure actuelle, elles ne se réunissent pratiquement plus là où elles ont été instituées. De même, on n’a pas su développer ou sont restées insignifiantes les formes de démocratisation sociale dans les entreprises ou les universités, les collectivités ou la fonction publique, le mouvement coopératif. En fait, pour la majorité des citoyens, il n’y a pas eu l’ouverture promise à l’accès aux différentes instances décisionnelles de l’État et la culture politique reste celle d’usagers indifférents aux décisions prises ou s’en considérant comme détachées. Les instances d’autonomie ne fonctionnent pas.

    Preuve s’il en est des rigidités centralisatrices jacobines, on continue de débattre du bien fondé de la décentralisation, accusée de fragmenter le pouvoir au détriment de l’intérêt général. L’avantage de la décentralisation a été bénéfique pour des grandes villes de province comme Lyon, Marseille, Nantes ou Rouen qui disposent de ressources fiscales importantes mais à côté de ces grandes villes, les petites communes, les villes moyennes souffrent de dotations insuffisantes, de réglementations plus contraignantes les unes que les autres. Ces petites villes réclament aujourd’hui plus de présence du pouvoir central et de l’État alors que les empiétements des différents échelons administratifs (régions et départements) n’ont pas été résolus par la dernière réforme territoriale. En fait, la décentralisation a été conçue à l’envers comme une délégation d’autorité, à l’opposé d’une vision fédéraliste girondine qui n’accorderait à l’autorité centrale que ce qu’on lui a octroyé (l’opposition fameuse du pouvoir d’« en-bas » et du pouvoir d’ « en-haut »).

    Une analyse du déficit démocratique de la France ne peut éviter de s’attaquer, enfin, à la délicate question de l’équilibre des pouvoirs. De par son héritage monarchique, jacobin et bonapartiste, par le système du suffrage universel présidentiel, la prééminence de l’Exécutif sur le Législatif est plus notoire en France qu’ailleurs. La passivité du pouvoir législatif et des députés godillots, régulièrement sommés de rentrer dans le rang s’explique pour de nombreuses raisons : l’occupation prioritaire des députés à assurer leur réélection, un travail de prosélytisme partisan, le cumul des mandats et le pantouflage qui les rendent dépendants en tant que députés-maires des projets ministériels, tout ceci associé à la spécialité du « tourisme » parlementaire, l’absentéisme aux sessions. Le suivi de certaines dispositions législatives est quasi inexistant ou incomplet *21. On parle souvent de supprimer le Conseil Economique et Social, troisième grande institution de l’État qui, pourtant, par son ancrage dans la société civile publie des avis pertinents sur les changements d’évolution en cours. Mais sur ce point de l’équilibre des pouvoirs, c’est moins la question de l’exécutif et du législatif que celle de l’indépendance du pouvoir judiciaire qui pose le plus de problèmes, conduisant aux deux fléaux récurrents de la précarité de la justice et de l’impunité *22.

    En février 2011, déçus et scandalisés par les interventions de Nicolas Sarkozy, les magistrats se sont mobilisés comme jamais ils ne l’avaient fait auparavant. Une dizaine de tribunaux ont fait grève à travers toute la France, y compris en Outre-mer et particulièrement, en Guadeloupe. On pouvait lire, par exemple, sur les pancartes des magistrats de Pointe à Pitre « Justice en détresse » « Justice sacrifiée » ! Par sa déclaration du 3 février 2011, suite au drame de Laetitia, le Président de la République était sorti de son rôle de garant de la Constitution (article 5) alors que devant un tel fait divers, on aurait dû attendre du chef de l’État, plutôt que de diviser les acteurs, plutôt que de désigner des boucs émissaires qu’il rassemble les forces vives chargées de lutter contre la violence et l’insécurité. Garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire (articles 64 et 65 de la Constitution), le Président de la République a cru désigner « coupable toute la chaîne pénale » sans aucune enquête préalable. D’ailleurs, par ces accusations il ne visait pas seulement les magistrats comme s’ils n’étaient qu’un simple corps mais aussi, les éducateurs, et les psychiatres, les conseillers en probation et les psychologues *23. Le parquet français a un statut si particulier que la Cour européenne des droits de l’homme a considéré que « les membres du parquet ne sont pas des magistrats » avec cette incongruité constitutionnelle que parmi les trois pouvoirs énoncés par la Constitution française, l’autorité judiciaire n’est pas un pouvoir, une question qu’il faudra bien finir par trancher, tôt ou tard*24. Ne faut-il pas rappeler que dans les états despotiques, et nous pensons, au passage, à la Tunisie de Ben Ali ou à l’Égypte de Moubarak, les juges et les avocats ont joué un rôle moteur dans la dénonciation des atteintes aux libertés.
 
Croissance simultanée du gibier de potence et du racisme

    La situation dégradée du système judicaire français est telle que de nombreuses peines ne sont même pas accomplies tandis que les prisons françaises sont au bord de l’asphyxie, surpeuplées et sous tension. A la maison d’arrêt parisienne de la Santé, « on arrive à trois, voire quatre détenus par cellule. On devrait bientôt arriver à mille matelas par terre » explique Jean-François Forget, secrétaire général de l’UFAP, première organisation des gardiens de prison. Avec plus de 64 000 personnes incarcérées au 1er avril, le nombre de détenus dans les prisons françaises atteint de nouveau des sommets et génère une tension croissante dans les établissements. Par rapport au 1er janvier 2011 (60 544), le nombre de détenus est en hausse de 6 % (entre 2009 et 2010, la hausse fut de 2,2% mais plus inquiétant, surtout des mineurs !) Avec un parc pénitentiaire de 56 150 places, le taux moyen de surpopulation carcérale est donc de 114,24 % au 1er avril et comme l’indique Pierre Malpouge « les prisons sont au bord de l’implosion pour cause d’une surpopulation due pour une grande part à une immigration-invasion incontrôlée depuis des années (tout le monde sait que la majorité des détenus, qu’ils soient caïds ou « petits » délinquants, sont d’origine étrangère et non intégrés dans la société française malgré toutes les dispositions prises par les gouvernements successifs qui préfèrent fermer les yeux plutôt que d’être traités de " racistes ") »25.
    Ce " racisme " toujours indiqué dans les médias d’un seul côté, a fait pourtant retour par la banalisation des propos anti-blancs. Le rêve des biologistes officiels (Axel Kahn et Albert Jacquard) d’une disparition de la notion de « race » dans les discours a fait long feu par le retour du discours de la race chez les « opprimés » et les « immigrés ». On a cru, à tort, à une promesse d’abolition de la question raciale alors que la question de la race impacte depuis des années en sourdine la crise de l’identité française. Officiellement, dans les médias, rien n’est dit mais on affichera grossièrement la photo d’un suspect de fait divers lorsqu’il est « caucasien » alors qu’on s’efforcera de la cacher s’il est noir ou maghrébin ! Ce racisme à l’envers enracine les esprits comme porteurs de discriminations et d’exclusions alors que sur ce point de nombreux progrès dans les mentalités ont été relevés26. Ce sont surtout maintenant les « étrangers » qui revendiquent de l’intérieur de nouvelles postures identitaires, porteuses de représentations racistes et racées du social. Tandis que David Cameron, Premier ministre britannique et Angela Merkel pointent du doigt « l’échec du multiculturalisme », le discours français sur le métissage qui présuppose l’ambiguïté de l’existence de « races pures » masque le transfert des questions d’appartenance et d’identité en conflit des races et des civilisations27 en sorte que le discours racial revient en force en banlieue dans les populations d’origine étrangère en exprimant une parole inversée. Or, on sait bien que là où il y a une lecture racialiste du social, les discours d’émancipation sociale (classes sociales, inégalités, logiques de domination, révolutions) disparaissent au profit de concepts de dissociation (immigration, communautés, identités, devoir de mémoire, quotas et discriminations positives, islamisation). L’Outre-mer n’est pas épargnée par ce retour de la « race » et le leader indépendantiste du LKP guadeloupéen, lors du mouvement de janvier et mars 2009, parla de « justice de classe et de race »28. Tous les jours, aux tribunaux, dans les prisons, dans les couloirs d’hôpitaux ou les files d’attente, à la poste ou à la sécurité sociale, chez les enseignants ou les conducteurs de bus, des insultes racistes anti-françaises témoignent de  propos qui augurent  mal d’un vivre ensemble harmonieux pour l’avenir. Et comme nous le rappelle, à juste titre, Pierre Le Vigan, on parle, en plus, de moins en moins français dans le métro ou sur les chantiers parisiens29.

    On comprend que, dans cette anomie généralisée, les Français ne soient non pas déprimés mais usés. 33 % des Français rejettent toute possibilité d’ascension sociale et n’ont plus aucune espérance collective qu’elle soit religieuse, politique ou esthétique. Jean-Paul Delevoye, « gaulliste social » et UMP bon teint qui a rendu public, début mars 2011, son ultime rapport de médiateur de la République, (il est, depuis novembre, Président du Conseil économique et social et le médiateur a été remplacé par le défenseur des Droits !) n’a pas mégoté sur les formules : « une société en plein burn out 30 c’est-à-dire en dépression profonde, « des citoyens qui se sentent abandonnés » ou "démunis", des services publics ravagés par la " déshumanisation ".  Le ton assassin du rapport a surpris, chez un homme qui a toujours su ne jamais trop faire de vagues pour préserver sa carrière. Il écrit que  « le service public ne porte plus son nom ». Il accuse et dénonce le contact et les rapports des citoyens avec leurs administrations : « systèmes informatiques derrière lesquels on s’abrite », « jungle normative », non respect du droit au logement opposable, difficultés d’accès au dossier médical (deux lois pour rien !), l’empilement législatif, la bureaucratie galopante, les guichets désertés ou fermés avant l’heure pour cause de surcharge de travail, des machines partout, « tapez 1, tapez 2, désolez votre correspondant est absent pour le moment…. ». Les conseillers politiques, grands voyageurs dans leur temps libre, rêvent de modèles étrangers, anglais, finlandais, allemand. Personne ne semble capable de relever les atouts du modèle français : liberté d’entreprendre et créativité, puissance publique et partage du progrès, ouverture sur le monde, esprit de planification31, républicanisme enfin.
 
 Éveiller la nouvelle conscience collective

    La France hésite, elle se cherche. Le neuf n’arrive pas à poindre, l’ancien demeure mais il est épuisé. On est dans une espèce d’entre-deux, entre ceux qui croient et défendent la mondialisation et ceux qui n’y croient pas et résistent. La France qui a tant irrité du haut de sa présomption, n’inspire plus qu’une joie mauvaise (les insurgés de Libye), quelque pitié (le Mexique ?) et chez les amis qui lui restent (la Russie peut-être ?), de la désolation. Le pays est tellement déchiré socialement et territorialement qu’il faudra beaucoup de temps pour recoudre tout ça. Eric Werner, comme beaucoup d’autres, pressent les germes d’une « avant-guerre civile »32.
Il importerait d’abord de se séparer de l’élection du Président de la République au suffrage universel qui réduit tout le débat politique au verbe pompeux ou à la prime du plus mauvais candidat33 et puis vider son sac et, c’est peut-être cette impression générale, la nécessité de vider son sac qui laisse penser qu’une grande catharsis sociale se prépare. Il faudra descendre dans la rue pour limiter de nouveau les pouvoirs, après tout, l’essence même de la démocratie. Il nous faut une nouvelle constituante.
    Comme en Égypte ou au Venezuela, ce qui sera alors en jeu c’est le concept nouveau d’une démocratie non libérale, une démocratie antimoderne qui peut effectivement être populiste, à la manière du modèle turc, « modèle » carrément antiféministe, anti-technique, anti-laïque mais patriotique et démocratique et rejetant tout relativisme ! Le libéralisme mine la démocratie puisque privatiser les services c’est les extraire inévitablement de la scène publique. Pour dégager les enjeux français, il faut changer de perspective et rappeler que le XXe siècle a été pour la France une crise nationale de longue durée (saignée de 14-18, crise des années 30, collaboration et résistance, guerres  coloniales) qui s’est achevée à partir de 1945 par la carte européenne « unioniste » c’est-à-dire économiste et monétaire. Cette utopie européenne est maintenant brisée, évaporée, à terre. La France se retrouve seule à porter un projet européen d’une toute autre nature et pourquoi pas, pour demain, impérial. Pour l’instant, bien conscient de son isolement,  Nicolas Sarkozy joue une carte atlantiste et sioniste, il participe à l’aventure militaire américano-israélienne qu’il imagine pouvoir transformer en coup de bluff nationaliste. Or, il manque, de toutes évidences, à son engagement, la fibre patriotique34. Pour avoir la fibre patriotique, il ne s’agit pas d’être républicain ou de posséder une carte d’identité mais il faut comprendre sur la longue durée ce qu’on peut bien appeler le peuple35, la « civilisation » française (des Celtes aux Francs et aux Vikings, de Clovis au Moyen-âge, de Bodin à Michelet, des cathédrales à la Tour Eiffel), la culture européenne36, la révolte d’ « en-bas »37.  La France ne commence pas à Valmy, sur la place de la Bastille ou en 1958. La culture nationale avec des écoliers qui ignorent jusqu’aux noms des batailles napoléoniennes, n’est, hélas, plus assez forte pour entretenir une France en capilotade et au visage hybride.

    L’Histoire, loin de se terminer, se déroule sous nos yeux et avec un peu de perspicacité, tout nous indique qu’elle pourrait bien arriver jusque sous nos fenêtres car l’une des leçons que nous donnent les soulèvements populaires dans les pays arabes c’est de nous rappeler que tout dirigeant censé représenter le peuple, n’est à cette place que par la seule volonté de ce dernier.

    Il nous faut éveiller la nouvelle conscience collective en un projet qui hisse l’individu au-dessus de lui-même, à la recherche du bien commun et de la libre  participation. « Dans la vie, il n’y a pas de solutions. Il y a des forces en marche : il faut les créer, et les solutions suivent », écrivait Saint-Exupéry dans
Vol de nuit. Un jour, un peuple sortira des réduits du 9-3 mais sachant l’histoire imprévisible, ce ne sera sans doute pas le peuple dont on rêve ici ou là, dans nos milieux. Il pourrait même, personnellement, nous conduire au suicide stoïcien à la Drieu. En effet, le propre de l’Histoire est qu’elle est imprévisible et que jamais rien ne s’y passe comme on l’avait prédit. « L’Histoire est comme l’herbe : on ne la voit pas pousser » souligne un proverbe. Pourtant, il suffit d’arroser le gazon pour voir éclore les brindilles. Ce printemps, il fait presque trop beau sur la France. Elle se prépare à une nouvelle sécheresse. Il ne pleut plus des cordes sur Paris ou sur Vincennes mais des lamentations et des doléances, une douleur psychologique et morale, propre aux implosions et soubresauts révolutionnaires, de ceux capables de viser un autre avenir, de tout remettre en question et pourquoi pas de défaire, enfin, le sujet universel de la raison occidentale, de construire un nouveau nomos européen, de réconcilier la philosophie et l’histoire,  de conférer, au peuple et à la patrie, l’esthétique au sens ancien, la capacité d’éprouver des émotions communes qui assureront force et vigueur à la communauté à venir, communauté multilatérale et forcément diverse, sur fond de chants grégoriens et de tam-tams africains.

Michel LHOMME.

Notes


1-  Stéphane Hessel, Indignez-vous !, Indigènes éditions, Montpellier, 2010 et Engagez-vous !, éditions de l’Aube, mars 2011 ; Michel Geoffroy, « La situation est-elle prérévolutionnaire ? Six thèses sur les bouleversements politiques », Fondation Polémia, www.polemia.com (mis en ligne le 7 mai 2009).

2- « Je ne crois pas qu’il faille faire de l’immigration légale liée au travail un problème [...] Restons un pays ouvert, qui accueille de nouvelles cultures et profite du métissage [...] [Face à la montée du populisme] le plus grand danger, ce serait de se refermer », Laurence Parisot, patronne des patrons, qui n’a, effectivement, pas grand chose à voir avec le peuple !
 
3- Saluons, par exemple, l’ouverture du site anticonformiste et critique :
http://www.metamag.fr

4-  Cf. http://rebellion.hautetfort.com/

5- L’expression est de Gaston Bachelard dans La psychanalyse du feu. Sur mœurs, censure et liberté en France, Hervé Juvin, « De la censure en France… », éditorial du 10/16 avril 2011 sur
http://juvin2012.com/ repris par http://metapoinfos.hautetfort.com/ le 26/04.11.

6- Claude Dubois, La Bastoche, une histoire du Paris populaire et criminel, collection Tempus, Paris, Perrin, 2011.

7- Michel Maffesoli, Entretiens avec Christophe Bourseiller, Bourin Editeur, 2009.

8- Cf.
http://www.sortirdeleconomie.ouvaton.org 

9- Dans la même veine, le dernier ouvrage du maire de Lyon (futur ministre de Strauss-Kahn ?), Et si la France s’éveillait, Plon, 2011.

10- Pierre Le Vigan, « Tout s’accélère : la maladie de l’urgence », Flash Magazine n°62, 24 mars 2011.

11- Et de l’armée de réserve du capital, celle des sans-papiers : Alain de Benoist, « Immigration : l’armée de réserve du capital », Éléments, n° 139. La désindustrialisation comme résultat de la financiarisation de l’économie-monde, affecte aussi, signe inquiétant, des pays émergents comme le Brésil. Ainsi, des taux d’intérêt maintenus comme très élevés dans le but de financer la dette publique, incitent les Brésiliens à se procurer davantage des bons du Trésor qu’à investir dans la sphère productive. Sur ce sujet, Mylène Gaulard, « Les causes de la désindustrialisation brésilienne », Revue Tiers-Monde, janvier-mars 2011, n°205, pp.171-190.

12-  « Il devient urgent que l’Europe se dote d’une réelle politique industrielle » écrit Patrick Ky dans « Quelle place pour l’Europe entre les États-Unis et la Chine ? », Revue internationale et Stratégique, 2011, n°81, p.117-123.

13- Baptiste Petitjean, « Comment éviter le décrochage de l’industrie française », mis en ligne le 15/04/11 et Jean-Yves Autaxier, « France-Allemagne : stupeur et tremblements », en ligne le 18/04/11 sur www.fondation-res-publica.org et mon texte Michel Lhomme, « 2010 : meilleurs vœux à l’Allemagne » sur
http://www.esprit-europeen.fr; enfin, l’excellent Eric Laurent, Le scandale des délocalisations, Paris, Plon, 2011. 

14-  Alain de Benoist, « Un revenu pour tous les citoyens ? », Éléments, n°138, janvier-mars 2011, pp.28-35.

15-  On notera  que ce dogme de la Banque européenne a été discrètement revu à la baisse par la transformation du Fonds européen de stabilité financière en Mécanisme permanent de stabilité (MPS), doté de 500 milliards d’euros. Sans d’ailleurs modifier les Traités (!), le MPS autorise les pays de la zone euro à racheter la dette des États en difficulté c’est-à-dire les autorise, de fait, à monétiser la dette, à faire fonctionner, mais sans le dire, la planche à billets ! En échange, les
États ont signé « un pacte pour la compétitivité » !

16- Alain Santacreu, « Mon pays est le tien. Pour un dialogue sur la laïcité » sur www.talvera.hautetfort.com 

17- Titre de la pancarte d’un étudiant belge dans une manifestation contre la vacance du pouvoir, à Bruxelles.

18-  Jérôme Bourbon, « Marine Le Pen, épuratrice en chef », Rivarol, billet hebdomadaire du n°2996 du 22/04/2011.

19-  « Sarko de course », Le Canard enchaîné, 30 mars 2011, p.2 et « Purin ne l’arrête », p.5.

20- Comme le remarquait Rosser Reeves : « J’imagine que l’électeur devant l’urne doute comme lorsque dans une pharmacie, il doit choisir entre deux pates dentifrice. Finalement, Il choisira la marque dont il a le plus entendu parler », cité par Ignacio Ramonet dans « La communication victime des marchands », Le Monde diplomatique, Manière de Voir 3, p.10.

21-  Hervé Liffran, « La commission anti-pantouflage se fait marcher sur les pieds », Le Canard enchaîné, 30 mars 2011, p.4 et dans le même numéro, « Les bataillons du contrôleur », p.7 ; sur les conflits d’intérêt entre le public et le privé : Acteurs publics, n° mars 2011.

22-  Pour une réflexion plus pointue sur les évolutions de la Justice : Éléments, dossier « La Justice qui fait peur », n°135, avril-juin 2010.

23-  Tous les syndicats du milieu psychiatrique ont ainsi vivement dénoncé l’incongruité totale de l’accusation présidentielle.

24- Comme celle de la composition du Conseil Constitutionnel, voir : « Jean-Louis Debré ne siègera pas si…. », Polémia, 15/03/2011.

25-  Editorial de Pierre Malpouge, « Prisons surpeuplées et sous tension », Présent du samedi 16 avril 2011.

26- Tarik Yldiz, Ne pas en parler : un déni de réalité, les Editions du Puits de Roulle, Nîmes, 2011.

27- Frédéric Gerschel, « Les Français jugent que l’intégration ne marche pas », Le Parisien, 20.04.2011 et dernier dossier d’Éléments, n°139, « Le déclin de l’Occident ».

28-  On notera le dernier numéro déconcertant des Temps Modernes, « Guadeloupe-Martinique, janvier-mars 2009 : une révolte méprisée », n° de janvier-avril 2011, Paris, Gallimard. Ce numéro anachronique paraît sortir des années 60, celles d’Albert Memmi et de Frantz Fanon, comme si le monde n’avait pas changé !

29- Pierre le Vigan, « L’immigration n’est pas un à côté de la logique du capital », L’esprit européen, 1er mai 2009, repris sur
http://metapoinfos.hautetfort.com/ le 22/04/11.

30- Tiens pourquoi cet anglais dans un rapport officiel ?...

31-   Karine Berger, Valérie Rabault, Les Trente glorieuses sont devant nous, Éditions rue Fromentin, Paris, 2011.

32- Eric Werner, L’avant-guerre civile, L’Age d’Homme, Lausanne, 1999 et « Nous ne sommes pas en démocratie », entretien avec Eric Werner sur
http://metapoinfos.hautetfort.com/, mis en ligne le 23 avril.

33- Olivier Ferrand, « Comment éviter un nouveau 21 avril ? » sur
http://www.slate.fr, mis en ligne le 21/04.11. Olivier Ferrand, ami de Jacques Attali et Président du think tank socialiste Terre Nova, considère aussi que l’élection présidentielle au suffrage universel de la Vème république constitue le problème et il propose carrément un nouveau mode d’élection, calqué sur le marketing publicitaire qu’il appelle le « jugement majoritaire », censé résoudre le paradoxe de Condorcet. Son texte hallucinant prépare un éventuel coup d’état « démocratique » : « Si le scénario du pire devait arriver en 2012 –élimination au premier tour du candidat socialiste, présence de Marine Le Pen au second, réélection de Nicolas Sarkozy– alors la question de la réforme du système de vote de l’élection présidentielle serait incontournable. Comment accepter, en effet, que le candidat plébiscité par les Français ne gagne pas, et qu’à l’inverse soit réélu le président sortant le plus impopulaire de la Ve République? Un tel choc démocratique appellerait des solutions radicales, y compris institutionnelles ». Sur la question du « jugement majoritaire » lire : Michel Balinski et Rida Laraki, Rendre les élections aux électeurs: le jugement majoritaire (note Terra Nova) sur http://www.tnova.fr  et pour le commentaire de cette imposture, Claude Bourrinet « Terra nova : panique à bord »  sur www.voxnr.com, mis en ligne le 26/04/11.

34-  Bon exemple de cette fibre patriotique, le texte ancien de Lucien de Samosate, L’éloge de la patrie, mis en ligne sur http://www.theatrum-belli.com/ le 22 avril 2011.

35- Dans son homélie du jeudi saint,  le Pape Benoit XVI  s’est écrié : « Nous avons raison de crier vers Dieu en cette heure : ne permets pas que nous devenions un non-peuple ! Fais que nous te reconnaissions de nouveau ! », un non- peuple, le peuple européen mais à qui la faute, catholiques modernistes ?

36-  Pierre Manent, Les métamorphoses de la Cité. Essai sur le dynamisme de l’Occident, Flammarion, Paris, 2010 et  le commentaire critique de Dominique Venner « L’histoire politique européenne revisitée », La Nouvelle Revue d’Histoire, n°53, mars-avril 2011, pp.15-18.

37- Lisons ces propos du socialiste Pierre Mendès France, pourtant loin d’être un grand révolutionnaire : « Le salut ne viendra pas d’en haut, d’un homme, d’un groupe d’hommes, des partis, même si beaucoup d’entre eux, comme il est souhaitable, apportent leur contribution au combat. Mais quand la voix du peuple s’élèvera, elle sera irrésistible. Le jour où le peuple choisira les bases futures de son existence, il les imposera à ces minorités turbulentes qui ne se ont redoutables que dans l’apathie, le silence et le découragement des masses », La République moderne, Nrf, Gallimard, coll. Idées, Paris, 1962, p.26.


 
  

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