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d'intérêt
général européen.

Études
Métapolitique
Sommaire

RÉVOLTEZ-VOUS !
Michel Lhomme *
"Tu
montreras ma tête au peuple, elle en vaut bien la peine"
Citation de Danton sur l’échafaud.
« Indignez-vous ! »,
« Engagez-vous ! ».
La France de 2011 se
préparerait-elle à la rébellion, à la révolution1
?... Où va la France ?... Comment va la France ?...
Y-a-t-il, oui ou non, un malaise français, ce malaise dont on nous
rabâche les oreilles depuis plus de trente ans et qui susciterait
trente ans de fatigue, trente années de ras le bol, trente ans
d’exaspérations ? Malaise identitaire ? Malaise
populaire ? Quelque chose de plus grave lié à la nature
institutionnelle du régime politique en place, à sa constitution…
L’existence du peuple constitue le fondement de tout
système
d’organisation politique. Le changement constitutionnel, seule réalité
expressive du peuple implique forcément une rupture radicale de nature
révolutionnaire ou putschiste, la situation d’exception, l’institution
juridique d’un Dasein en sujet historique, en bref, une rupture
populaire, une rupture de type patriotique et constituante, la
marche volontaire et presque guerrière vers une VIème
République.
Notre système politique est démocratique par la
représentation. La
population élit son Président et ses députés, ses maires et ses
sénateurs. Cependant, dans la pratique, de nombreux facteurs limitent
le choix des représentants, la possibilité d’être élus, de participer
aux décisions collectives, d’accéder aux fonctions de contrôle ou
d’exercer tout simplement les libertés citoyennes. Dans les coulisses,
toutes sortes de manœuvres tempèrent l’expression populaire. Pour ne
pas se retrouver dans des triangulaires embarrassantes (peine
perdue !), la majorité parlementaire avait décidé qu’un candidat
devait obtenir, au premier tour des cantonales, un score égal à
12,5 % des électeurs inscrits pour se maintenir au second
alors qu’il ne suffisait que de 10 % des inscrits pour pouvoir le
faire auparavant. Alors que le Front national est, de l’avis des
analystes et sondeurs, considéré comme le premier parti de France, il
ne possède toujours aucune représentation nationale et quasiment aucune
représentation locale. Pas un député à l’Assemblée. Pas un seul élu
alors que les communistes qui sont au nombre de 19 et représentent 1,5
% d’électeurs, composent un groupe avec tous les droits et avantages
que cela confère (temps de parole, vice-présidences, commissions). Par
le politiquement correct et une entreprise de décervelage médiatique
sans commune mesure, on a coupé partout où c’était possible les
opinions contradictoires. On a restreint la démocratie, diabolisé les identitaires, censuré la nouvelle droite, réduit le clivage
politique à l’alternance du bipartisme. La Vème
République a été toilettée en démocratie restreinte. Dans l’éditorial
de sa lettre de décembre 2010, la Fondation
Polémia
parle de la France comme le « pays le moins démocratique de
l’Europe de l’Ouest », lanterne rouge pour la liberté de la presse
(en 2010, 44ème rang mondial derrière la
Papouasie Nouvelle Guinée !), lois liberticides sur la liberté
d’expression (Gayssot pour le révisionnisme, Taubira pour l’esclavage
et criminalisation de l’homophobie), parlement croupion (inversion des
élections législatives après les présidentielles), gouvernement des
juges, absence de démocratie directe et inquisition médiatique
permanente.
La
France a peur
En
plus, la France a peur. Elle craint, avec raison,
pour sa sécurité intérieure. Des villes sont sous couvre-feu pour
les mineurs, les agressions sont de plus en plus violentes, gratuites
et « raciales ». Depuis peu, autour de Vitry, des bandes de
mineurs déscolarisés, tabassent directement les agents des forces de
l’ordre ! Dans les banlieues, les jeunes traînent dans les rues à
la recherche de larcins ou de stages non rémunérés, véritables
escroqueries du patronat et du Pôle emploi. Partout, les gens sont à
cran et parfois prêts anarchiquement à en découdre avec n’importe
quelle administration ou fonctionnaire qui se présente sur leur
passage. Ce portrait sombre, voire alarmant, l’est-il, tout autant,
pour les nantis ? Eux, au restaurant, se plaignent des taxes, des
impôts mais aussi du travail mal fait, des formations surévaluées, des
fautes d’orthographe des jeunes diplômés. Ils réclament plus de
dérogations et de passe-droits, une immigration sauvage pour maintenir
les salaires au plus bas2,
la discrimination positive et la dérégulation du travail, l’ouverture
le dimanche et la suppression des jours fériés religieux, moins de
taxes et plus de niches fiscales. Bref, chacun tire sa couverture à soi
et les plus aisés cachent honteusement leurs signes ostentatoires de
richesse. C’est ainsi qu’on trouve moins de grosses berlines à Paris
qu’à Londres alors qu’à Paris comme à Londres, les mêmes bonus
scandaleux ont été distribués.
Il y a le discours du malaise mais aussi la réalité
du malaise. La France n’a plus de direction commune. Elle a perdu tout
élan comme s’il lui manquait quelque chose et depuis trois ans, on nous
rabâche aux oreilles que la raison principale en est la crise, une
crise systémique extérieure qui aurait, pour effet, de nous paralyser
et de nous anesthésier ? Or, la France bouge, la France réfléchit,
la France s’agite (en témoigne l’ouverture permanente de nouveaux blogs
et sites alternatifs3).
Pour
nos adversaires,
ô danger, la Gaule devient populiste.
Mais qu’est-ce-que le populisme si ce n’est
justement l’envie de révoltes et de rébellions4,
l’espoir de dépasser le système idéologique et culturel dominant, le
souhait de neutraliser les médias officiels et les programmes light de
l’éducation nationale, de s’affranchir de la contrainte des crédits et
des directives européennes, un désir de reconnaissance esthétique
et populaire face au système bureaucratique des élites et à leur
emprise administrative. La crise n’est pas seulement politique mais
existentielle et philosophique : elle est, comme nous l’indiquions
depuis longtemps, métapolitique,
une crise de sens et de repaires, une crise ontologique qu’on n’apprend
pas effectivement à gérer dans les cours de sciences-politiques. La
France aspire à la liberté contre la pensée unique, à la tradition
contre les contraintes de la modernité, au pinard et au saucisson
contre les radars, aux cigares contre les paquets de clope médicalisés,
à fêter le cochon contre les prières dans les rues. Même le bonheur
pornographique sur fond de criminalisation de la prostitution est
revisité par le questionnement du plaisir dans la société de
consommation, plaisir par lequel nous voyons bien que nous ne faisons
que nous soulager sur les écrans ou les webcams par un conditionnement
social devenu autoritaire et espion, plaisirs éphémères dont nous
comprenons qu’ils ne sont pas un remède en soi et un substitut aux
rencontres aléatoires et romantiques, l’homme étant une création
du désir non pas une création du besoin5.
La classe des experts médiatiques nous fait
remarquer que c’est le monde en général qui va mal, que beaucoup de
pays et de sociétés vont mal et que, par comparaison, la France ne va
pas si mal ! Et puis, nous serine-t-on, comment mesurer le mal
être social ? Suicides, chômage, précarités, conflits civils,
exclusions et addictions de toutes sortes ? La France va mal parce
qu’elle s’est individualisée. La France va mal parce qu’elle est
moderne, néo-moderne, postmoderne, sur-moderne. Son malaise, c’est
d’abord, la perte du traditionnel, le sentiment d’une déliaison sociale
comme si quelque chose du lien qui réunissait les gens ensemble s’était
rompu, ce quelque chose justement de populaire qui traînait dans les
faubourgs de Belleville et de Ménilmontant, de Montreuil et de Rouen,
de Lyon et de Marseille, cet accent putassier
d’« Atmosphère ! Atmosphère ! » du Canal de
St-Martin ou des quais à charbon délabrés d’Elbeuf, de la gouaille en
béret d’un Céline ou de l’argot de taulard d’un Nestor Burma6.
Même Pigalle est aseptisé. Qu’aujourd’hui le lien popu ne perdure
seulement que dans les quartiers dits difficiles, dans les deals des
cages d’escalier, dans les squats ou relais migratoires nous permet de
prendre conscience de la catastrophe culturelle qui vient de s’achever.
La déliaison sociale, la déliaison populaire est le signe visible du
malaise français, l’expression de sa neurasthénie profonde.
Déliaison ? Fracture du lien social à tous les
niveaux, des quartiers aux écoles, des hôpitaux aux
maisons de
retraite, des églises aux caisses de secours. Qui songe à la situation
de l’autre ? La personne a aujourd’hui tellement de difficultés à
s’en tirer elle-même qu’elle ne va même plus voir dans l’appartement à
côté, chez son voisin de palier, s’il n’a pas besoin de quelque chose,
d’un peu de sel ou de moutarde ! Déliaison ? Le lien social
détruit, bousillé, en mauvais état, la société globalisée et aseptisée.
Une jeunesse qui ne travaille plus et qui n’a même plus l’énergie
nécessaire pour se bouger sauf pour brûler quelques voitures,
casser du flic, sécher les cours ou manifester pour ses pensions de
retraite. Déliaison ? Une économie qui bat de l’aile où les
personnes ne travaillent que pour se nourrir, assurer leurs besoins
primaires, se vêtir et se loger, tout juste payer leurs connexions
internet pour fantasmer sur la toile. L’économie est constitutive de
notre humanité mais pas de l’humanisme. La possibilité de s’épanouir
dans son travail est devenue impossible. Pour le jeune français, il y a
une première question, avoir du travail mais, il y en a une autre,
lancinante et harassante, un vrai travail. La France du travail, la
France concrète souffre du « réseautage » et du
« piston », de l’obsession du carnet d’adresses, de pratiques
et de mentalités patronales obsolètes, des promotions des petits
neveux, devenues la spécialité française des sélections de cv. Comment
mettre en accord la défense des travailleurs, de la classe
populaire et moyenne avec les entrepreneurs altiers et les bourgeois
écolos ?
De fait, la question est devenue limpide : où
l’économie française se range, par la force des choses dans une
économie mondialisée ou nous nous dégageons du modèle de la société
néolibérale, de la logique de la spéculation financière, capitaliste et
mondialiste. Or, cette seconde alternative nous oblige à dégager notre
société de la croissance infinie et démesurée, de la logique
d’arraisonnement technique qui dirige tout et dépolitise la nature
sociale de l’homme. Reste à savoir si la volonté des hommes et du
peuple français pourra contrecarrer cette logique de domination
incarnée par la mondialisation, si la dislocation du lien social peut
en annoncer sa transfiguration7.
Penser
l’économie pour s’en défaire
Penser politiquement la France oblige donc à penser
l’économie pour s’en défaire8.
Dans le pays, ce discours est très mal perçu par les journalopettes qui
assènent à longueur d’antennes que les dés sont pipés, que la politique
est morte, que même un Président de la République ne sert à rien (voir
l’intervention récente de Jacques Attali, devant un Cohn-Bendit médusé,
sur le plateau de Ce soir ou jamais)9.
On ne pourrait rien faire mais il faudrait voter quand même pour
vouloir ce que la « gouvernance » veut c’est-à-dire ne
surtout pas briser le (dés)ordre du monde, la compromission avec les
marchands. Subissez mais ne pensez surtout pas à la puissance de la
France et encore moins à l’Europe. Il y aura bien des plans de
sauvetage, on les appellera de « rigueur économique »
et ils seront entrepris à coup de claques dans la gueule c’est-à-dire
d’étranglement des revenus (Dominique Strauss-Kahn).
Or, penser l’économie oblige à se poser des
questions essentielles c’est-à-dire existentielles. De quoi a-t-on
besoin pour vivre ? Comment nos enfants doivent-ils vivre ?
Faut-il être pressé ? 10
Que faut-il habiter ? ... Au prix actuel du mètre carré parisien,
quels seront, par exemple, les logements
accessibles,
demain, pour
notre descendance ? Qui fixent les prix de l’habitat ? Il y a
pire : l’économie se caractérise par la production, on peut
planifier une économie de production. Or, l’économie française ne
produit plus rien. Elle consomme mais est totalement désindustrialisée.
La France a subi, dans la décennie 2000, une seconde phase de
désindustrialisation massive et accélérée, dans le contexte d’un euro
surévalué, de la concurrence des pays à bas salaires11
et de l’absence d’un tissu de petites et moyennes entreprises
insuffisamment capitalisées. Elle est entrée dans un décrochage de
longue durée que seule une politique industrielle vigoureuse,
totalement absente des « partis de gouvernement » actuels
pourrait stopper12.
L’industrie représentait, en 1982, 28% du PIB ; elle est aujourd’hui
tombée à 13%, loin derrière l’Allemagne (30%) et, notre pays comptait 5
575 000 emplois industriels en 1982 ; il n’en reste que 3300 000 en
2010. Entre 2000 et 2009, plus de 530 000 emplois salariés directs ont
disparu.
Dans la dernière décennie, la surévaluation de
l’euro a joué un rôle dommageable à la compétitivité de l’industrie
française. Est-il utile de rappeler que lors de l’introduction des
pièces et billets européens le 1er janvier
2002, le change eurodollar était à 0,8862 et qu’il était à la date du 5
avril 2011 à 1,42213.
Or, comment penser une économie de consommation et
de croissance sans production ? On nous vante, pour nous consoler,
le succès des entreprises du Cac 40 mais ce sont souvent les
entreprises où la gestion des effectifs est la plus brutale. Ce ne sont
plus elles qui créent des emplois et, quand
elles
en créent, c’est très
souvent à l’étranger, dans le cadre de leur développement
international. De surcroît, les pressions qu’elles exercent sur leurs
sous-traitants sont souvent terribles. Les grands groupes
internationaux ont une stratégie mondiale dans laquelle leur pays
d’origine ne compte pas plus que les autres. Ce qui est bon pour
General Motors n’est plus forcément bon pour les États-Unis. Barroso,
le Président de la Commission européenne, parle de « concurrence
libre et non faussée » alors que les Chinois s’emparent des
marchés publics européens, rachètent le port du Pirée, s’allient, avec
la maffia italienne, pour contrôler le marché français du textile et
interdisent l’accès de leurs marchés publics aux Européens. Comment
penser alors l’indépendance et la souveraineté ? L’économie ne
correspond plus aux capacités des entreprises familiales
traditionnelles, les charges sociales sont inadaptées à la concurrence
déloyale d’un marché dérégulé, la notion de « sécurité
sociale » serait à redéfinir14,
le dogme de la « monnaie forte » est suicidaire15.
Comment changer la donne ?
D’abord, en
priorité, la question de l’éducation : faire adhérer les jeunes
aux décisions et aux principes de la politique. Il y a ensuite un
aggiornamento de la mentalité des chefs d’entreprise à opérer :
non pas la « France aux Français » mais « la France est
à nous ». Puis, reste alors à penser ce nous comme une identité
consensuelle16, définie
pour sortir d’un nationalisme jacobin étriqué comme projet d’empire
européen. Il s’agit de passer de la plainte rétrograde à l’action
rationnelle, sans règlements de compte excessif. Il faut savoir ce que
l’on veut : sortir de l’économie ou y rester.
La société française est-elle prête à cette
mobilisation ? Oui parce que l’accroissement des inégalités, la
perte du pouvoir d’achat, les salaires anormalement bas, la
contestation de la vie chère ont changé la donne c’est-à-dire ont
placé, sur le devant de la scène, l’échec de l’économie-monde et
finissent par rendre la société française invivable ? L’exclusion
et la paupérisation, la diversité mais pas seulement la diversité
raciale, la diversité religieuse et celle de tous les modes de pensée
conduisent à la nécessaire reformulation, par un coup de force,
du pacte social. La diversité des conceptions du monde se doit de
produire, dans la rue, une nouvelle synergie, une nouvelle constituante.
Est-on
prêt ? Depuis quelque temps, la France
est plus réfléchie, la France s’interroge, la France pense, hors
courant dominant et surtout, se débarrasse des clivages gauchistes ou
droitiers. La France devient oblique et transversale. Dans ce climat
printanier, on sent bien que partout, on aspire à se rencontrer, à
discuter, à organiser des débats ou des apéritifs géants, à faire
tomber quelques têtes, en tout cas à demander des comptes aux
politiques professionnels. L’automne dernier, on sentait aussi que
les Français voulaient aller plus loin que les mouvements sociaux,
encadrés par des syndicalistes réformistes. Il faut donc se rencontrer,
discuter et produire autre chose. On n’a plus le choix mais est-on
justement prêt à utiliser les atouts de notre diversité pour pouvoir
changer et abattre la nouvelle classe des ploutocrates ?
Pouvons-nous croire que le renversement serait, dans la France métissée
d’aujourd’hui, un renversement bon teint, le coup d’état des « de
souche » ? Le texte est emphatique prônant en quelque sorte
l’union des campagnes et des banlieues ! Dans les barres d’Hlm, à
côté des « cailleras » et des « lascars », il y a
beaucoup de « traditionnel ».
Au quotidien, c’est la morosité, l’atermoiement sur
soi, les préoccupations bassement matérialistes comme forme
d’autodéfense. On s’éloigne des problèmes existentiels, on rêve
de vacances du pouvoir. Nous aspirons à la délivrance et, en même
temps, à un destin collectif, pour ne pas dire, à une communion
patriotique qui nous permettra d’avoir le sentiment que quelque chose
nous apportera la bonne prise et pourquoi pas le bon édifice ?
Mais quel édifice ? La tragédie
de Fukushima nous rappelle que
toute la société moderne est en fait nucléaire et que le nucléaire est
un modèle politique. Les sociétés nucléaires sont
hiérarchisées :
il y a les élites technologiques, cet éclatement de la complexité dont
parle Edgar Morin, la substitution au point de vue collectif du point
de vue industriel. On pourrait même se demander si un pays moderne a
vraiment besoin d’un gouvernement ? Depuis un an, la Belgique
n’est-elle pas sans gouvernement ? Qui dirige la société du modèle nucléaire ? Kills democracy »17.
Si personne ne gouverne et tout le monde gouverne, que vaut, en effet,
le débat parlementaire ? Pourtant, dans la précipitation
d’une indocilité réfléchie, on n’a pas forcément le temps de
penser à la technique ou à la technocratie et naturellement de se
pencher sur la nature du régime. Nous ne sommes pas seulement
confronter à une crise identitaire ou sociale, culturelle ou économique
mais à une crise ontologique et métaphysique. Face à cette dialectique
de la complexité, nous sommes englués dans un impératif
d’épanouissement marchand : on a envie de se sentir bien. Mais,
quel rapport avons-nous à l’Argent ? Quel rapport avons-nous à la
sincérité ? Pour échapper à cette gêne, on reste dans le mondain
ou le social-démocrate, dans l’hypocrisie généralisé de combats qu’on
juge perdus d’avance ou irréalistes au lieu de réfléchir comme les
anciens situationnistes à une ars erotica positive comme ultime coup de
griffe au système.
Le malaise social exprime une difficulté collective
mais la difficulté collective ne se résout que dans l’action et la
manifestation. Je suis ce que je fais et je fais ce que je délibère. Il
nous faut délibérer. L’identité n’est pas figée. C’est une
construction, c’est quelque chose de dynamique. Il faut y aller. Il
faut agir et délibérer. Il faut manifester la réprobation en gardant à
l’esprit la devise de Barrès : « Ne
jamais détruire, continuer ».
La déliaison, c’est quoi ?
La marchandisation, l’organisation sociale qui atomise l’individu, la
métaphysique de la subjectivité. Chacun est replié sur soi, sur son
égologie et les couples se regardent entre eux. Pour se garder de faire
de la politique, on diagnostique le problème social comme étant
psychologique. Si chacun rentre en lui-même, il y a forcément
déliaison. Comment faire sortir de soi les êtres, comment les faire se
rencontrer autrement que dans un projet collectif de révolution
entendu comme mythe au sens
sorélien. Comme le soulignait Claude Lévi-Strauss, le groupe a toujours
tendance à se poser comme meilleur. Quelles directions prendre et
comment voir le lendemain sans postuler la manifestation
collective, la « grève générale » ? Tout projet
politique cohérent consiste d’abord à se mettre en cercle et à déclarer
la Commune. La mise en commun
de nos paroles et de nos actions peut seule, au point où nous en sommes
arrivés, nous faire sortir de nos répétitions et de nos piétinements,
construire la praxis du
politique. Puisque nous luttons conte l’atomisation subjective, nous
avons besoin de liens objectifs.
Or, la démocratie française ne nous offre plus ces
liens. La défiance démocratique concerne trois quart des électeurs
alors que l’appétence des français pour la politique n’a jamais été
aussi forte. D’un côté, l’inflation juridique, la boulimie
parlementaire et de l’autre, la violence urbaine et l’irresponsabilité,
l’incompétence administrative et la déculturation. Or, le talon
d’Achille de la société française nous le trouvons dans l’inefficacité
constitutionnelle des mécanismes de représentation politique, dans la
faible participation électorale aux élections, dans la dépolitisation.
Le déficit démocratique se rencontre à l’intérieur
même des grands partis politiques. Les mécanismes de consultation
interne des adhérents et des militants (quand ils existent !) sont nuls
ou inexistants. Les programmes sont élaborés par des consultants ou des
experts chichement rémunérés. Les plateformes idéologiques et
programmatiques ne font pas l’objet d’analyses et de compromis mais
sont « parachutées » sur des power points
sans imagination. Elaborés par un personnel uniforme, formé dans les
mêmes écoles, les programmes se caractérisent par l’absence de
propositions politiques essentielles et différenciées. Ce ne sont que
des aménagements techniques
plagiés
aux grandes instances
internationales et en particulier, au FMI, à la Banque Mondiale ou à la
Commission européenne. Les cadres des bureaux politiques, voir les
« éléphants » du Parti « Socialiste », se
maintiennent en place sur des décennies. Sur les listes, les places
éligibles sont des cooptations calculées. Les réélections successives
sont assurées à travers des assistants parlementaires et des réseaux
régionaux, par les loges maçonniques ou les think tanks
technocrates. Le financement des campagnes répartit les fonds levés, de
manière clientéliste, par des rétributions de postes crées de toutes
pièces, par des logements de complaisance ou des renvois d’ascenseur,
des présidences de groupements d’intérêts, les subventions à des
associations complices, l’attribution familiale ou amicale de marchés
publics ou des rapports d’études commandités et surfacturés. Le cumul
des mandats restreint le renouvellement de la classe politique et le
corporatisme parlementaire est si fort que même la parité n’a pas
féminisé les différentes assemblées. Depuis, le résultat des dernières
cantonales, plus aucune femme ne siège comme présidente par exemple,
d’une assemblée régionale. En dehors des députés d’Outre-mer, la
France, pourtant métissée qu’on le veuille ou non, ne possède pas un
seul député de couleur ou issu de l’immigration ! A ces défauts
parlementaires
s’ajoute le faible contact des députés avec le terrain
et leurs électeurs. Que les élus accomplissent ou non leurs devoirs
parlementaires ou leurs promesses électorales, ils savent qu’ils ne
seront jamais révoqués, pas même montrés du doigt et encore moins
contrôlés. Tous ces facteurs expliquent l’éloignement des classes
moyennes et populaires des questions électorales et du
militantisme politique dont d’ailleurs, les formes
d’organisation, de mobilisation et de prosélytisme datent du siècle
dernier pour ne pas dire quasiment du précédent. Les Partis politiques
ne constituent plus des canaux efficaces d’expression de l’opinion
politique, celle-ci étant maintenant diluée dans une litanie de sites
ou de blogs sur la toile. De plus, l’élaboration des listes,
prisonnière des quotas (féminité, diversité) élimine les jeunes
récemment engagés par conviction au profit de recommandations
« parisiennes » ou de parachutages abusifs, effectués de
manière capricieuse par les caciques locaux, sans réelle consultation
de la base des sympathisants. Il est facile de relever dans tous les
partis, ces réserves et ces entraves au choix des candidats
représentant d’autres courants ou n’ayant pas un profil très
« propre ». Même le Front
National épure ses militants18.
Or, l’uniformisation du personnel politique est un cercle vicieux. Le
principe de listes fermées, le plus souvent adoptées, sans que
l’électeur puisse panacher son jugement, souligne, à l’intérieur des
partis, le déficit démocratique constaté au niveau national. Il freine
l’arrivée de « personnalités fortes ».
Rappelons que les machines électorales engloutissent
des budgets de communication de plus en plus faramineux. La campagne de
Sarkozy en 2007, qu’elle ait été financée par l’attentat de Karachi ou
l’argent sale de Libye, a été la plus couteuse de toute l’histoire de
la Vème République. Ses multiples
déplacements en province, sorte de tour d’écrouelles sans sacralité,
constituent par les moyens déployés, fermetures de routes et des voies,
avion présidentiel, réquisition des gardes mobiles et hélicoptères, une
véritable forfaiture19.
Mais c’est que le vainqueur serait, dit-on, forcément, dans les
démocraties modernes, celui qui a le plus investi dans les frais de
campagne. Or, de telles dépenses ne peuvent qu’éloigner l’homme
politique de l’intérêt général car il attend forcément un retour
sur investissement. Ainsi, si l’aptitude du nouveau président se mesure
à changer d’avis plutôt qu’à changer la vie, au reste, le souci de
l’élu est surtout de changer la sienne ! A peine élu, Nicolas
Sarkozy fait rénover La Lanterne
de Versailles, devenue la véritable
résidence
« princière » du couple. Par ailleurs, les candidats se
vendent, comme des produits marketing, à travers une publicité
subliminale et mensongère faite de multiples passages à la radio et à
la télévision, de gadgets de pacotilles ou de ballons tricolores.
Sarkozy sera « présent » au festival de Cannes, cette
année, par la sortie bien calculée du film La Conquête
mais aussi celui de Woody Allen, avec une Carla Bruni, actrice
« aux mille prises » ! Il faut donc beaucoup d’argent
pour avoir le droit de parler et de participer aux marathons
électoraux. En vingt ans, le montant des campagnes électorales a été
multiplié par dix pour atteindre des milliers d’euros20.
La
"démocratie de marchés" ne marche pas
Finalement, comme aux États-Unis, les élections en
France montrent combien la vie démocratique a tendance à se conformer à
un modèle politique unique, centré sur l’alternance et le bipartisme.
L’alternance suscite d’autant moins de débats qu’elle se joue entre des
candidats et des formations présentant des programmes quasiment
similaires. Entre-temps grandit le nombre des exclus qui n’ont pas de
voix au chapitre et un arsenal de législations restrictives chargé
d’éviter toute pensée considérée comme « incorrecte » gagne
du terrain. Mais paradoxalement, le candidat présidentiel est, du coup,
de moins en moins en mesure de réunir les suffrages d’une majorité de
citoyens, condition pourtant nécessaire à la légitimité du pouvoir en
démocratie. Par là, la France se normalise : elle entre dans le
système du « parti unique » qui reste, il faut le souligner,
le seul régime toléré dans les régimes de « démocratie de
marchés ». Ce système apolitique et dépolitisé, le « parti
unique » d’une oligarchie et d’une ploutocratie (UMPS) a reçu le
concours assidu de la majorité des intellectuels organiques. Dans les
Universités, ces derniers se sont chargés, en effet, de préparer et de
persuader les peuples de la fin des idéologies, c’est-à-dire, en
langage plus clair, de la fin de toute représentation d’une société
différente de la nôtre, de toute alternative économique et politique
concrète. Ces intellectuels abouliques, le plus souvent sociologues ou
politologues patentés ont conseillé, à leurs lecteurs et leurs
étudiants, de s’éloigner au plus vite, des partis et des mouvements
« protestataires » trop encombrants parce que
dissidents. Ils ont signalé, par leurs leçons magistrales, que les
engagements modernes doivent être conformes aux intérêts du « big
business » à savoir la liberté des échanges et la liberté des
affaires, la stabilité monétaire et la monnaie unique, la baisse des
taux d’intérêt et des déficits publics, la déréglementation et les
privatisations, l’abaissement du coût du travail et des droits sociaux,
les emplois à un euro et l’ouverture des frontières. Tout écart, même
verbal, contre le modèle économique mondialiste est sanctionné ou
censuré par des attaques dévastatrices réutilisant à l’envers
l’argument de la théorie du complot ou la reductio ad hitlerum.
La mise en jeu de la responsabilité politique du gouvernement devant
les élus du peuple, vieux pilier des institutions démocratiques est,
pour eux, un archaïsme politique de la vieille Europe. On ne
démissionnera plus pour un échec électoral ou un scandale privé. Dès
lors que les grandes options économico-financières et les limitations
de souveraineté imposées par les marchés sont acceptées, peu importe
l’étiquette politique du parti, les mœurs du candidat chargé de
les mettre en pratique. Tout le reste n’est qu’affaire privée. C’est
ainsi que, pour être accrédité aux élections nationales, les grands
partis traditionnels sont contraints à des transformations réformistes
et que même les partis radicaux sont priés d’adoucir leurs discours et
faire le ménage s’ils veulent un jour espérer gouverner.
Il conviendrait pourtant de distinguer les votes
« politiquement corrects », ceux qui se sont portés sur les
candidats « officiels », des autres, tous les autres, ceux
que l’on qualifie, un peu trop rapidement, de
« protestataires ». Les candidatures
« officielles », celles dites des « partis de
gouvernement » sont celles qui ont la capacité de recevoir
l’investiture des marchés. En réalité, les Français, souvent apeurés
par les alternatives radicales y acquiescent sauf, bien entendu, tous
ceux qui se sentent en dehors du jeu. Combien sont-ils ? Par un
coup d’œil rapide, ils sont largement majoritaires : 23 à 24
millions de Français (on compte les abstentionnistes, les votes blancs
et les votes « radicaux ») contre 19 millions. Pour la
majorité, comment supprimer ces « mal exprimés »,
ces « mauvais pensants », comment les faire
disparaître ? Le plus facile, c’est de les priver, par des
modes de scrutin appropriés, de toute représentation politique.
Comment ? En les discréditant par des amalgames mensongers qui
autoriseront, en méconnaissance de toute l’histoire politique
nationale, à additionner sous l’étiquette péjorative de
« protestataire » ou « populiste » les voix de
l’extrême droite, des communistes, des écologistes, des
ultraconservateurs et des trotskistes, dont le seul dénominateur commun
serait qu’ils n’adhèrent pas au pacte consensuel des candidats
officiels. Or, loin d’être l’expression politique primaire d’un
ras-le-bol épidermique mal maîtrisé, ces voix sont celles des grandes
familles traditionnelles françaises qui, à l’exception des écologistes,
ont, depuis des décennies, structuré sa vie politique et lui confèrent
sa spécificité propre, son identité unique. Elles ont chacune leur
histoire, leur base sociale, une implantation géographique (Toulouse,
par exemple, pour les « radicaux » de gauche), un discours
politique et elles se sont maintenues à travers tous les
bouleversements. Quoiqu’on le veuille ou non, sans ces
« foyers » d’opinion politique forte de leurs réflexions
intellectuelles, la France ne serait pas la France et paradoxalement
une « démocratie apaisée ». Les conditions d’une démocratie
apaisée font défaut quand les conflits d’intérêts s’exacerbent et que,
partout, s’étendent l’inégalité des conditions,
l’exclusion et les
discriminations sociales. La « démocratie apaisée »
c’est, au contraire, la libre discussion des idées. On sait que nombre
de militants ou de candidats du Front National eurent à subir, ces
dernières années, des pressions de toutes sortes allant jusqu’à des
chantages banquiers, des contrôles d’impôts injustifiés, des refus
d’adjudication de marchés publics pour les entrepreneurs sympathisants.
La soumission au politiquement correct, à l’antiracisme, au diktat du
« réflexe républicain » est la garantie d’une évolution de
carrière sans ambages. Mais si les promotions se mesurent à l’aune du
Parti Unique, comment l’administration pourrait-elle alors se charger
d’appliquer les lois ? Par exemple, pourtant votée par le Parlement,
aucune prestation familiale n’a été réellement « suspendue »
pour cause d’absentéisme à l’école, aucun port de burqa n’a encore,
curieusement, été sanctionné ! Qui se risquerait à appliquer les
lois identitaires dans la confusion actuelle sans, en effet,
ruiner sa carrière ?
L’abstention aux élections locales n’est commentée
que le soir des résultats. Elle n’en constitue pas moins un revers
démocratique pour le système. Nos élus l’ont été certes mais, par
une minorité. Avec 55 % d’abstentions, de quelle légitimité réelle
peuvent-ils se prévaloir et que représentent-ils ? L’abstention
est aussi la manifestation de l’opposition au système. Dans tous les
cas, ceux qui ne votent pas, ne se sentent absolument pas liés ou
compromis par les décisions futures des élus. Ces derniers ne peuvent
se prévaloir, en réalité, d’aucune autorité véritable sur ceux qui leur
ont refusé la légitimité. Ils ne peuvent, du coup, que gérer, de
manière approximative, les affaires courantes. La dépolitisation
favorise l’ordre établi, l’immobilisme, le conservatisme des affaires
puisque le pouvoir ne se transmet pas et reste dans les mains de
quelques uns, toujours les mêmes. L’abstention appelle à un autre mode
d’expression politique que celui classique des élections, un mode plus
direct ou plus violent du mécontentement et du projet. Or, dans notre
histoire constitutionnelle, il n’y a pas de formes directes de
participation collective aux décisions. Conscient de la faiblesse de sa
légitimité, le pouvoir politique tente toujours d’organiser, avant ses
réformettes, des « assises », des « grenelles »,
des « consultations publiques». Elles se déroulent selon le
même scénario : des conclusions rédigées à l’avance par des
conseillers ministériels épuisés ! Or, créer l’illusion qu’existe
dans la société une participation démocratique et pluraliste quand la
machinerie du pouvoir reste dans les mêmes mains peut finir par être
très nocif pour la paix sociale. La théorie politique moderne considère
que la participation du corps électoral dans la prise de décisions
supprime la distance entre le pouvoir théorique et le pouvoir
réel.
Les
peuples doivent reprendre le pouvoir
L’origine du plébiscite remonte à l’Empire romain où
les plébéiens se réunissaient sur les places de marché dans le but de
réclamer leurs droits, de faire des pétitions, assemblées qu’on
appelait justement concilia
plebis. Promulguée en -287, la Lex
Hortensia
était le résultat d'un conflit entre les patriciens et les plébéiens
que l’on a appelé le conflit des ordres. La plèbe se retira sur le
Janicule pour obtenir l’assignation des terres sabines nouvellement
conquises. Quintus Hortensius, nommé dictateur, promulgua les lois
Hortensiennes qui favorisent la plèbe pour qu’elle revienne dans la
cité. Elles amnistient et allègent les dettes et donnent aux
plébiscites décidés par les conciles de la plèbe force de loi pour le
peuple entier en supprimant la ratification sénatoriale traditionnelle,
l’auctoritas patrum. La
puissance de l’opposition démocratique s’en trouva augmentée. La Lex Hortensia
reconnut le caractère obligatoire des décisions prises par le peuple,
cette plèbe qui désignait tous les citoyens sans distinction de classe.
Il ne fait pas de doute que la démocratie, chez un peuple comme le
peuple romain si peu enclin aux spéculations politiques n’eut pas à
Rome d’expression propre. Cependant, cette fonction législative confiée
aux citoyens dans une assemblée délibérante constitue une manière de
s’approcher et de tenir compte des décisions du peuple dont l’influence
fut prépondérante dans l’évolution postérieure des idées démocratiques.
En Suisse, le référendum existe au niveau cantonal et fédéral et, à
partir de la Constitution de 1802, il a joué un grand rôle tant dans
l’ordre constitutionnel que dans l’ordre législatif. En Europe de
manière générale, le système du référendum apparaît après la Première
Guerre mondiale et on relève parmi les premières nations qui
l’incorporèrent dans leur constitution l’Allemagne, l’Autriche, la
Lettonie, l’Irlande, l’Espagne et la France de la Vème
République. Mais entre le référendum plébiscite du Général de Gaulle et
l’initiative populaire des réformes législatives et constitutionnelles,
les barrières ont été posées par des quotas ou des quorums
inatteignables. Même si les derniers changements constitutionnels ont
apporté une petite ouverture démocratique dans le sens populiste, la
décision demeure entre les mains d’un Parlement bien contrôlé par
le processus de convocation ordinaire, par celui de l’approbation de la
loi, par les prérogatives présidentielles et le refus de lancer
de régulières consultations populaires au niveau local. Si l’on
souhaite un assainissement politique, il est urgent de procéder à la
purification des mécanismes de représentation politique faute de quoi
elle périclitera dans les filets du clientélisme, du lobbying
et des intérêts privés. Depuis 2002 (l’électrochoc de Le Pen au second
tour), les formes de démocratie participative ont été mises au premier
plan (conseil territorial des jeunes ou conseils de quartiers, par
exemple), elles n’ont pas connu le développement escompté et, à l’heure
actuelle, elles ne se réunissent pratiquement plus là où elles ont été
instituées. De même, on n’a pas su développer ou sont restées
insignifiantes les formes de démocratisation sociale dans les
entreprises ou les universités, les collectivités ou la fonction
publique, le mouvement coopératif. En fait, pour la majorité des
citoyens, il n’y a pas eu l’ouverture promise à l’accès aux différentes
instances décisionnelles de l’État et la culture politique reste celle
d’usagers indifférents aux décisions prises ou s’en considérant comme
détachées. Les instances d’autonomie ne fonctionnent pas.
Preuve s’il en est des rigidités centralisatrices
jacobines, on continue de débattre du bien fondé de la
décentralisation, accusée de fragmenter le pouvoir au détriment de
l’intérêt général. L’avantage de la décentralisation a été bénéfique
pour des grandes villes de province comme Lyon, Marseille, Nantes ou
Rouen qui disposent de ressources fiscales importantes mais à côté
de ces grandes villes, les petites communes, les villes moyennes
souffrent de dotations insuffisantes, de réglementations plus
contraignantes les unes que les autres. Ces petites villes réclament
aujourd’hui plus de présence du pouvoir central et de l’État alors
que les empiétements des différents échelons administratifs (régions et
départements) n’ont pas été résolus par la dernière réforme
territoriale. En fait, la décentralisation a été conçue à l’envers
comme une délégation d’autorité, à l’opposé d’une vision fédéraliste
girondine qui n’accorderait à l’autorité centrale que ce qu’on lui a
octroyé (l’opposition fameuse du pouvoir d’« en-bas » et du
pouvoir d’ « en-haut »).
Une analyse du déficit démocratique de la France ne
peut éviter de s’attaquer, enfin, à la délicate question de l’équilibre
des pouvoirs. De par son héritage monarchique, jacobin et bonapartiste,
par le système du suffrage universel présidentiel, la prééminence de
l’Exécutif sur le Législatif est plus notoire en France qu’ailleurs. La
passivité du pouvoir législatif et des députés godillots, régulièrement
sommés de rentrer dans le rang s’explique pour de nombreuses
raisons : l’occupation prioritaire des députés à assurer leur
réélection, un travail de prosélytisme partisan, le cumul des mandats
et le pantouflage qui les rendent dépendants en tant que députés-maires
des projets ministériels, tout ceci associé à la spécialité du
« tourisme » parlementaire, l’absentéisme aux sessions. Le
suivi de certaines dispositions législatives est quasi inexistant ou
incomplet *21. On parle
souvent de supprimer le Conseil Economique et Social, troisième grande
institution de l’État qui, pourtant, par son ancrage dans la société
civile publie des avis pertinents sur les changements d’évolution en
cours. Mais sur ce point de l’équilibre des pouvoirs, c’est moins la
question de l’exécutif et du législatif que celle de l’indépendance du
pouvoir judiciaire qui pose le plus de problèmes, conduisant aux deux
fléaux récurrents de la précarité de la justice et de l’impunité *22.
En février 2011, déçus et scandalisés par les
interventions de Nicolas Sarkozy, les magistrats se sont mobilisés
comme jamais ils ne l’avaient fait auparavant. Une dizaine de tribunaux
ont fait grève à travers toute la France, y compris en Outre-mer et
particulièrement, en Guadeloupe. On pouvait lire, par exemple, sur les
pancartes des magistrats de Pointe à Pitre « Justice en
détresse » « Justice sacrifiée » ! Par sa
déclaration du 3 février 2011, suite au drame de Laetitia, le Président
de la République était sorti de son rôle de garant de la Constitution
(article 5) alors que devant un tel fait divers, on aurait dû attendre
du chef de l’État, plutôt que de diviser les acteurs, plutôt que de
désigner des boucs émissaires qu’il rassemble les forces vives chargées
de lutter contre la violence et l’insécurité. Garant de l’indépendance
de l’autorité judiciaire (articles 64 et 65 de la Constitution), le
Président de la République a cru désigner « coupable toute la chaîne
pénale » sans aucune enquête préalable. D’ailleurs, par ces
accusations il ne visait pas seulement les magistrats comme s’ils
n’étaient qu’un simple corps mais aussi, les éducateurs, et les
psychiatres, les conseillers en probation et les psychologues *23.
Le parquet français a un statut si particulier que la Cour européenne
des droits de l’homme a considéré que « les membres du parquet ne
sont pas des magistrats » avec cette incongruité constitutionnelle
que parmi les trois pouvoirs énoncés par la Constitution française,
l’autorité judiciaire n’est pas un pouvoir, une question qu’il faudra
bien finir par trancher, tôt ou tard*24.
Ne faut-il pas rappeler que dans les états despotiques, et nous
pensons, au passage, à la Tunisie de Ben Ali ou à l’Égypte de Moubarak,
les juges et les avocats ont joué un rôle moteur dans la dénonciation
des atteintes aux libertés.
Croissance simultanée du gibier de potence et du racisme
La situation dégradée du système judicaire français
est telle que de nombreuses peines ne sont même pas accomplies tandis
que les prisons françaises sont au bord de l’asphyxie, surpeuplées et
sous tension. A la maison d’arrêt parisienne de la Santé, « on
arrive à trois, voire quatre détenus par cellule. On devrait bientôt
arriver à mille matelas par terre » explique Jean-François Forget,
secrétaire
général de l’UFAP, première organisation des gardiens de
prison. Avec plus de 64 000 personnes incarcérées au 1er
avril, le nombre de détenus dans les prisons françaises atteint de
nouveau des sommets et génère une tension croissante dans les
établissements. Par rapport au 1er janvier 2011
(60 544), le nombre de détenus est en hausse de 6 % (entre
2009 et 2010, la hausse fut de 2,2% mais plus inquiétant, surtout des
mineurs !) Avec un parc pénitentiaire de 56 150 places, le
taux moyen de surpopulation carcérale est donc de 114,24 % au 1er
avril et comme l’indique Pierre Malpouge « les prisons sont au
bord de l’implosion pour cause d’une surpopulation due pour une grande
part à une immigration-invasion incontrôlée depuis des années (tout le
monde sait que la majorité des détenus, qu’ils soient caïds ou
« petits » délinquants, sont d’origine étrangère et non
intégrés dans la société française malgré toutes les dispositions
prises par les gouvernements successifs qui préfèrent fermer les yeux
plutôt que d’être traités de " racistes ") »25.
Ce " racisme " toujours indiqué dans les médias d’un
seul côté, a fait pourtant retour par la banalisation des propos
anti-blancs. Le rêve des biologistes officiels (Axel Kahn et Albert
Jacquard) d’une disparition de la notion de « race » dans les
discours a fait long feu par le retour du discours de la race chez les
« opprimés » et les « immigrés ». On a cru, à tort,
à une promesse d’abolition de la question raciale alors que la question
de la race impacte depuis des années en sourdine la crise de l’identité
française. Officiellement, dans les médias, rien n’est dit mais on
affichera grossièrement la photo d’un suspect de fait divers lorsqu’il
est « caucasien » alors qu’on s’efforcera de la cacher s’il
est noir ou maghrébin ! Ce racisme à l’envers enracine les esprits
comme porteurs de discriminations et d’exclusions alors que sur ce
point de nombreux progrès dans les mentalités ont été relevés26.
Ce sont surtout maintenant les « étrangers » qui revendiquent
de l’intérieur de nouvelles postures identitaires, porteuses de
représentations racistes et racées du social. Tandis que David Cameron,
Premier ministre britannique et Angela Merkel pointent du doigt
« l’échec du multiculturalisme », le discours français sur le
métissage qui présuppose l’ambiguïté de l’existence de « races
pures » masque le transfert des questions d’appartenance et
d’identité en conflit des races et des civilisations27
en sorte que le discours racial revient en force en banlieue dans les
populations d’origine étrangère en exprimant une parole inversée. Or,
on sait bien que là où il y a une lecture racialiste du social, les
discours d’émancipation sociale (classes sociales, inégalités, logiques
de domination, révolutions) disparaissent au profit de concepts de
dissociation (immigration, communautés, identités, devoir de mémoire,
quotas et discriminations positives, islamisation). L’Outre-mer n’est
pas épargnée par ce retour de la « race » et le leader
indépendantiste du LKP guadeloupéen, lors du mouvement de janvier et
mars 2009, parla de « justice de classe et de
race »28.
Tous les jours, aux tribunaux, dans les prisons, dans les couloirs
d’hôpitaux ou les files d’attente, à la poste ou à la sécurité sociale,
chez les enseignants ou les conducteurs de bus, des insultes racistes
anti-françaises témoignent de propos qui augurent mal d’un
vivre ensemble harmonieux pour l’avenir. Et comme nous le rappelle, à
juste titre, Pierre Le Vigan, on parle, en plus, de moins en moins
français dans le métro ou sur les chantiers parisiens29.
On comprend que, dans cette anomie généralisée, les
Français ne soient non pas déprimés mais usés. 33 % des Français
rejettent toute possibilité d’ascension sociale et n’ont plus aucune
espérance collective qu’elle soit religieuse, politique ou esthétique.
Jean-Paul Delevoye, « gaulliste social » et UMP bon teint qui
a rendu public, début mars 2011, son ultime rapport de médiateur de la
République, (il est, depuis novembre, Président du Conseil économique
et social et le médiateur a été remplacé par le défenseur des
Droits !) n’a pas mégoté sur les formules : « une
société en plein burn out 30
c’est-à-dire en dépression
profonde, « des citoyens qui se sentent abandonnés » ou
"démunis", des services publics ravagés par la " déshumanisation
". Le ton assassin du rapport a surpris, chez un homme qui a
toujours su ne jamais trop faire de vagues pour préserver sa carrière.
Il écrit que « le service public ne porte plus son
nom ». Il accuse et dénonce le contact et les rapports des
citoyens avec leurs administrations : « systèmes
informatiques derrière lesquels on s’abrite », « jungle
normative », non respect du droit au logement opposable,
difficultés d’accès au dossier médical (deux lois pour rien !),
l’empilement législatif, la bureaucratie galopante, les guichets
désertés ou fermés avant l’heure pour cause de surcharge de travail,
des machines partout, « tapez 1, tapez 2, désolez votre
correspondant est absent pour le moment…. ». Les conseillers
politiques, grands voyageurs dans leur temps libre, rêvent de modèles
étrangers, anglais, finlandais, allemand. Personne ne semble capable de
relever les atouts du modèle français : liberté d’entreprendre et
créativité, puissance publique et partage du progrès, ouverture sur le
monde, esprit de planification31,
républicanisme enfin.
Éveiller
la nouvelle conscience
collective
La France hésite, elle se cherche. Le neuf n’arrive
pas à poindre,
l’ancien demeure mais il est épuisé. On est dans une espèce
d’entre-deux, entre ceux qui croient et défendent la
mondialisation et ceux qui n’y croient pas et résistent. La France qui
a tant irrité du haut de sa présomption, n’inspire plus qu’une joie
mauvaise (les insurgés de Libye), quelque pitié (le Mexique ?) et
chez les amis qui lui restent (la Russie peut-être ?), de la
désolation. Le pays est tellement déchiré socialement et
territorialement qu’il faudra beaucoup de temps pour recoudre tout ça.
Eric Werner, comme beaucoup d’autres, pressent les germes d’une
« avant-guerre civile »32.
Il importerait d’abord de se séparer de l’élection du Président de la
République au suffrage universel qui réduit tout le débat politique au
verbe pompeux ou à la prime du plus mauvais candidat33
et puis vider son sac et, c’est peut-être cette impression générale, la
nécessité de vider son sac qui laisse penser qu’une grande catharsis
sociale se prépare. Il faudra descendre dans la rue pour limiter de
nouveau les pouvoirs, après tout, l’essence même de la démocratie. Il
nous faut une nouvelle constituante.
Comme en Égypte ou au Venezuela, ce qui sera alors
en jeu c’est le
concept nouveau d’une démocratie non libérale, une démocratie
antimoderne qui peut effectivement être populiste, à la manière du
modèle turc, « modèle » carrément antiféministe,
anti-technique, anti-laïque mais patriotique et démocratique et
rejetant tout relativisme ! Le libéralisme mine la démocratie
puisque privatiser les services c’est les extraire inévitablement de la
scène publique. Pour dégager les enjeux français, il faut changer de
perspective et rappeler que le XXe
siècle a été
pour la France une crise nationale de longue durée (saignée de 14-18,
crise des années 30, collaboration et résistance, guerres
coloniales) qui s’est achevée à partir de 1945 par la carte européenne
« unioniste » c’est-à-dire économiste et monétaire. Cette
utopie européenne est maintenant brisée, évaporée, à terre. La France
se retrouve seule à porter un projet européen d’une toute autre nature
et pourquoi pas, pour demain, impérial. Pour l’instant, bien conscient
de son isolement, Nicolas Sarkozy joue une carte atlantiste et
sioniste, il participe à l’aventure militaire américano-israélienne
qu’il imagine pouvoir transformer en coup de bluff nationaliste. Or, il
manque, de toutes évidences, à son engagement, la fibre patriotique34.
Pour avoir la fibre patriotique, il ne s’agit pas d’être républicain ou
de posséder une carte d’identité mais il faut comprendre sur la longue
durée ce qu’on peut bien appeler le peuple35,
la « civilisation » française (des Celtes aux Francs et aux
Vikings, de Clovis au Moyen-âge, de Bodin à Michelet, des cathédrales à
la Tour Eiffel), la culture européenne36,
la révolte d’ « en-bas »37.
La France ne commence pas à Valmy, sur la place de la Bastille ou en
1958. La culture nationale avec des écoliers qui ignorent jusqu’aux
noms
des batailles napoléoniennes, n’est, hélas, plus assez forte pour
entretenir une France en capilotade et au visage hybride.
L’Histoire, loin de se terminer, se déroule sous nos
yeux et avec un
peu de perspicacité, tout nous indique qu’elle pourrait bien arriver
jusque sous nos fenêtres car l’une des leçons que nous donnent les
soulèvements populaires dans les pays arabes c’est de nous rappeler que
tout dirigeant censé représenter le peuple, n’est à cette place que par
la seule volonté de ce dernier.
Il nous faut
éveiller la nouvelle conscience
collective en un projet qui hisse l’individu au-dessus de lui-même, à
la recherche du bien commun et de la libre participation.
« Dans la vie, il n’y a pas de
solutions. Il y a des forces en
marche : il faut les créer, et les solutions suivent »,
écrivait Saint-Exupéry dans Vol de nuit.
Un jour, un peuple sortira des réduits du 9-3 mais sachant l’histoire
imprévisible, ce ne sera sans doute pas le peuple dont on rêve ici ou
là, dans nos milieux. Il pourrait même, personnellement, nous conduire
au suicide stoïcien à la Drieu. En effet, le propre de l’Histoire est
qu’elle est imprévisible et que jamais rien ne s’y passe comme on
l’avait prédit. « L’Histoire est comme l’herbe : on ne la
voit pas pousser » souligne un proverbe. Pourtant, il suffit
d’arroser le gazon pour voir éclore les brindilles. Ce printemps, il
fait presque trop beau sur la France. Elle se prépare à une nouvelle
sécheresse. Il ne pleut plus des cordes sur Paris ou sur Vincennes mais
des lamentations et des doléances, une douleur psychologique et morale,
propre aux implosions et soubresauts révolutionnaires, de ceux capables
de viser un autre avenir, de tout remettre en question et pourquoi pas
de défaire, enfin, le sujet universel de la raison occidentale, de
construire un nouveau nomos européen, de réconcilier la philosophie et
l’histoire, de conférer, au peuple et à la patrie, l’esthétique
au sens ancien, la capacité d’éprouver des émotions communes qui
assureront force et vigueur à la communauté à venir, communauté
multilatérale et forcément diverse, sur fond de chants grégoriens et de
tam-tams africains.
Michel
LHOMME.
Notes
1-
Stéphane Hessel, Indignez-vous !,
Indigènes éditions, Montpellier, 2010 et Engagez-vous !, éditions
de l’Aube, mars 2011 ; Michel Geoffroy, « La situation
est-elle prérévolutionnaire ? Six thèses sur les bouleversements
politiques », Fondation Polémia, www.polemia.com
(mis en ligne le 7 mai 2009).
2- « Je ne crois pas qu’il faille faire de
l’immigration légale liée au travail un problème [...] Restons un pays
ouvert, qui accueille de nouvelles cultures et profite du métissage
[...] [Face à la montée du populisme] le plus grand danger, ce serait
de se refermer », Laurence Parisot, patronne des patrons, qui n’a,
effectivement, pas grand chose à voir avec le peuple !
3- Saluons, par exemple, l’ouverture du site
anticonformiste et critique : http://www.metamag.fr
4- Cf. http://rebellion.hautetfort.com/
5- L’expression est de Gaston Bachelard dans La psychanalyse du feu.
Sur mœurs, censure et liberté en France, Hervé Juvin, « De la
censure en France… », éditorial du 10/16 avril 2011 sur http://juvin2012.com/ repris par http://metapoinfos.hautetfort.com/ le 26/04.11.
6- Claude Dubois, La
Bastoche, une histoire du Paris populaire et criminel,
collection Tempus, Paris, Perrin, 2011.
7- Michel Maffesoli,
Entretiens avec Christophe Bourseiller, Bourin Editeur, 2009.
8- Cf. http://www.sortirdeleconomie.ouvaton.org
9- Dans la même veine, le dernier ouvrage du maire de
Lyon (futur ministre de Strauss-Kahn ?), Et si la France s’éveillait, Plon,
2011.
10- Pierre Le Vigan, « Tout s’accélère : la
maladie de l’urgence », Flash
Magazine n°62, 24 mars 2011.
11- Et de l’armée de réserve du capital, celle des
sans-papiers : Alain de Benoist, « Immigration : l’armée
de réserve du capital », Éléments,
n° 139. La désindustrialisation comme résultat de la financiarisation
de l’économie-monde, affecte aussi, signe inquiétant, des pays
émergents comme le Brésil. Ainsi, des taux d’intérêt maintenus comme
très élevés dans le but de financer la dette publique, incitent les
Brésiliens à se procurer davantage des bons du Trésor qu’à investir
dans la sphère productive. Sur ce sujet, Mylène Gaulard, « Les
causes de la désindustrialisation brésilienne », Revue Tiers-Monde, janvier-mars 2011,
n°205, pp.171-190.
12- « Il devient urgent que l’Europe se
dote d’une réelle politique industrielle » écrit Patrick Ky dans
« Quelle place pour l’Europe entre les États-Unis et la
Chine ? », Revue
internationale et Stratégique, 2011, n°81, p.117-123.
13- Baptiste Petitjean, « Comment éviter le
décrochage de l’industrie française », mis en ligne le 15/04/11 et
Jean-Yves Autaxier, « France-Allemagne : stupeur et
tremblements », en ligne le 18/04/11 sur
www.fondation-res-publica.org et mon texte Michel Lhomme,
« 2010 : meilleurs vœux à l’Allemagne » sur http://www.esprit-europeen.fr;
enfin, l’excellent Eric Laurent, Le
scandale des délocalisations, Paris, Plon, 2011.
14- Alain de Benoist, « Un revenu pour tous
les citoyens ? », Éléments,
n°138, janvier-mars 2011, pp.28-35.
15- On notera que ce dogme de la Banque
européenne a été discrètement revu à la baisse par la transformation du
Fonds européen de stabilité financière en Mécanisme permanent de
stabilité (MPS), doté de 500 milliards d’euros. Sans d’ailleurs
modifier les Traités (!), le MPS autorise les pays de la zone euro à
racheter la dette des États en difficulté c’est-à-dire les autorise, de
fait, à monétiser la dette, à faire fonctionner, mais sans le dire, la
planche à billets ! En échange, les États ont
signé « un pacte pour la compétitivité » !
16- Alain Santacreu, « Mon pays est le tien. Pour
un dialogue sur la laïcité » sur www.talvera.hautetfort.com
17- Titre de la pancarte d’un étudiant belge dans une
manifestation contre la vacance du pouvoir, à Bruxelles.
18- Jérôme Bourbon, « Marine Le Pen,
épuratrice en chef », Rivarol,
billet hebdomadaire du n°2996 du 22/04/2011.
19- « Sarko de course », Le Canard enchaîné, 30 mars 2011,
p.2 et « Purin ne l’arrête », p.5.
20- Comme le remarquait Rosser
Reeves : « J’imagine que l’électeur devant l’urne doute
comme lorsque dans une pharmacie, il doit choisir entre deux pates
dentifrice. Finalement, Il choisira la marque dont il a le plus entendu
parler », cité par Ignacio Ramonet dans « La communication
victime des marchands », Le
Monde diplomatique, Manière de Voir 3, p.10.
21- Hervé Liffran, « La commission
anti-pantouflage se fait marcher sur les pieds », Le Canard enchaîné,
30 mars 2011, p.4 et dans le même numéro, « Les bataillons du
contrôleur », p.7 ; sur les conflits d’intérêt entre le
public et le privé : Acteurs
publics, n° mars 2011.
22- Pour une réflexion plus pointue sur les
évolutions de la Justice : Éléments,
dossier « La Justice qui fait peur », n°135, avril-juin 2010.
23- Tous les syndicats du milieu psychiatrique
ont ainsi vivement dénoncé l’incongruité totale de l’accusation
présidentielle.
24- Comme celle de la composition du Conseil
Constitutionnel, voir : « Jean-Louis Debré ne siègera pas
si…. », Polémia,
15/03/2011.
25- Editorial de Pierre Malpouge, « Prisons
surpeuplées et sous tension », Présent
du samedi 16 avril 2011.
26- Tarik Yldiz, Ne
pas en parler : un déni de réalité, les Editions du Puits
de Roulle, Nîmes, 2011.
27- Frédéric Gerschel, « Les Français jugent que
l’intégration ne marche pas », Le
Parisien, 20.04.2011 et dernier dossier d’Éléments, n°139, « Le déclin
de l’Occident ».
28- On
notera le dernier numéro déconcertant des Temps Modernes,
« Guadeloupe-Martinique, janvier-mars 2009 : une révolte
méprisée », n° de janvier-avril 2011, Paris, Gallimard. Ce numéro
anachronique paraît sortir des années 60, celles d’Albert Memmi et de
Frantz Fanon, comme si le monde n’avait pas changé !
29- Pierre le Vigan, « L’immigration n’est pas un
à côté de la logique du capital », L’esprit
européen, 1er mai 2009, repris sur http://metapoinfos.hautetfort.com/ le 22/04/11.
30- Tiens pourquoi cet anglais dans un rapport
officiel ?...
31- Karine Berger, Valérie Rabault, Les Trente glorieuses sont devant nous,
Éditions rue Fromentin, Paris, 2011.
32- Eric Werner, L’avant-guerre
civile, L’Age d’Homme, Lausanne, 1999 et « Nous ne sommes
pas en démocratie », entretien avec Eric Werner sur http://metapoinfos.hautetfort.com/, mis en
ligne le 23 avril.
33- Olivier Ferrand, « Comment éviter un nouveau
21 avril ? » sur http://www.slate.fr,
mis en ligne le 21/04.11. Olivier Ferrand, ami de Jacques Attali et
Président du think tank socialiste Terre Nova, considère aussi que
l’élection présidentielle au suffrage universel de la Vème
république constitue le problème et il propose carrément un nouveau
mode d’élection, calqué sur le marketing publicitaire qu’il appelle le
« jugement majoritaire », censé résoudre le paradoxe de
Condorcet. Son texte hallucinant prépare un éventuel coup d’état
« démocratique » : « Si le scénario du pire devait
arriver en 2012 –élimination au premier tour du candidat socialiste,
présence de Marine Le Pen au second, réélection de Nicolas Sarkozy–
alors la question de la réforme du système de vote de l’élection
présidentielle serait incontournable. Comment accepter, en effet, que
le candidat plébiscité par les Français ne gagne pas, et qu’à l’inverse
soit réélu le président sortant le plus impopulaire de la Ve
République? Un tel choc démocratique appellerait des solutions
radicales, y compris institutionnelles ». Sur la question du
« jugement majoritaire » lire : Michel Balinski et Rida
Laraki, Rendre les élections aux électeurs: le jugement majoritaire
(note Terra Nova) sur http://www.tnova.fr et
pour le commentaire de cette imposture, Claude Bourrinet « Terra
nova : panique à bord » sur www.voxnr.com, mis en ligne
le 26/04/11.
34- Bon exemple de cette fibre patriotique, le
texte ancien de Lucien de Samosate, L’éloge
de la patrie, mis en ligne sur http://www.theatrum-belli.com/
le 22 avril 2011.
35- Dans son homélie du jeudi saint, le Pape
Benoit XVI s’est écrié : « Nous avons raison de crier vers
Dieu en cette heure : ne permets pas que nous devenions un
non-peuple ! Fais que nous te reconnaissions de
nouveau ! », un non- peuple, le peuple européen mais à
qui la faute, catholiques modernistes ?
36- Pierre Manent, Les métamorphoses de la Cité. Essai sur le
dynamisme de l’Occident,
Flammarion, Paris, 2010 et le commentaire critique de Dominique
Venner « L’histoire politique européenne revisitée », La Nouvelle Revue d’Histoire, n°53,
mars-avril 2011, pp.15-18.
37- Lisons ces propos du socialiste Pierre Mendès
France, pourtant loin d’être un grand révolutionnaire : « Le salut
ne viendra pas d’en haut, d’un homme, d’un groupe d’hommes, des partis,
même si beaucoup d’entre eux, comme il est souhaitable, apportent leur
contribution au combat. Mais quand la voix du peuple s’élèvera, elle
sera irrésistible. Le jour où le peuple choisira les bases futures de
son existence, il les imposera à ces minorités turbulentes qui ne se
ont redoutables que dans l’apathie, le silence et le découragement des
masses », La République moderne, Nrf,
Gallimard, coll. Idées, Paris, 1962, p.26.

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