Réflexions autour de la pensée orwellienne
| 1) George Orwell : la guerre et ses mensonges 2) L'orchestre invisible 3) Idées pour un complément des slogans en novlangue (2010) 4) Dominer grâce à la corruption et au divertissement |

éthiste du mensonge marchand: la
mystification de l'État décent.|
2) L'orchestre invisible
Daniel L. et le parti pirate “Le secret d’une autorité, quelle qu’elle soit, tient à la rigueur inflexible avec laquelle elle persuade les gens qu’ils sont coupables“. – Raoul Vaneigem “Si vous n’avez rien à vous reprocher, vous n’avez pas à avoir peur d’être filmés !”– Brice Hortefeux. (Le lendemain, LeMonde.fr publiait la vidéo de son dérapage sur les arabes…) “Jusqu’à présent, ne pas être fiché signifiait une présomption d’innocence. Aujourd’hui, exister « sans trace » fait de vous le premier suspect.”– François Ewald, professeur au Conservatoire des arts et métiers. “Lorsqu’on ne s’étonne plus du traçage, de la vidéosurveillance ou de la conservation des données, c’est justement le signal qu’on est entré dans un monde orwellien.” – Alex Türk, président de la CNIL “Si nous sommes observés en toute occasion, nous sommes en permanence menacés de correction, de jugement, de critique. Nous devenons des enfants, emprisonnés par les yeux qui nous surveillent, craignant en permanence que – maintenant ou plus tard – les traces que nous laissons
nous rattraperont, par la faute d’une autorité quelle qu’elle soit qui
porte maintenant son attention sur des actes qui étaient à l’époque
innocents et privés. Nous perdons notre individualité, parce que tout
ce que nous faisons est observable et enregistrable.”– Bruce Schneier“Au début, les gens avaient très peu d’inhibitions, et adoptaient des pratiques très risquées. Nous en sommes un peu à ce stade, en matière de partage de données. Avec le temps, les gens ont appris que ce n’était pas sans danger.”– Ravi Sandhu “La géolocalisation en temps réel, c’est un truc qui fait un peu peur à tout le monde. Et pourtant, vous n’y échapperez pas. Surtout vos enfants. Car cette technologie est déjà bien avancée et il n’y a aucune raison que les plus jeunes n’y trouvent pas une utilité sociale.”–Matthieu Josse “Le propre des normes modernes, et c’est ce qui caractérise le passage progressif de la société disciplinaire décrite par Michel Foucault (…) à la société de contrôle (…), est que ce sont les individus qui doivent s’imposer eux-mêmes non seulement le respect, mais l’adhésion aux normes (…). Le pouvoir prend, dans la société moderne, la forme d’offres de services ou d’actions incitatives bien plus que de contrainte.”– Gilles Deleuze Avec la multiplication des « alternatives à la prison » (le bracelet électronique, par exemple) et des mesures de contrôle (fichage, biométrie), on assiste plutôt à l’avènement d’une seconde forme d’enfermement hors les murs. “Ceux qui n’hésitent pas à adopter, et utiliser, les technologies qui minent l’ancien modèle de vie privée ont énormément à apprendre à ceux qui craignent de voir leurs mouvements, habitudes alimentaires, amitiés et manière de consommer les médias être accessibles à tous. Les utilisateurs de Twitter, Tumblr et autres outils de réseaux sociaux partagent plus de données, avec plus de gens, que le FBI de Hoover, ou la Stasi, n’auraient jamais pu en rêver. Et nous le faisons de notre propre chef, espérant pouvoir en bénéficier de toutes sortes de manières.”– Bill Thompson, BBC “Edvige stocke par principe de soupçon, sans nous demander notre avis ; les individus en réseau font des mêmes informations “sensibles” (et de bien d’autres qui le sont souvent moins) un usage stratégique, pour se construire eux-mêmes dans la relation aux autres, pour apparaître au monde sous un jour qu’ils auront au moins partiellement choisi. Du point de vue qui compte, celui des individus, de leur liberté et de leur autonomie, tout oppose donc les deux démarches !” “Et si, à l’époque des réseaux, l’enjeu était de passer d’une approche de la vie privée conçue comme une sorte de village gaulois – entouré de prédateurs, bien protégé, mais qui n’envisage pas de déborder de ses propres frontières – à la tête de pont, que l’on défend certes, mais qui sert d’abord à se projeter vers l’avant ? Il n’y aurait pas alors de “paradoxe”, mais un changement profond du paysage, des pratiques, des aspirations”.– Daniel Kaplan “Facebook est très efficace, bien plus utile que les fichiers policiers comme Edvige. La CNIL ne nous met pas des bâtons dans les roues. Les gens racontent toute leur vie en détail. Et le plus fou : les informations sont exactes, la plupart ne mentent même pas.”–Communication au Congrès des Détectives Privés source : Le parti pirate ![]() (Bien entendu, tous les adhérents à ce parti ont le droit le plus strict de demander à consulter leur dossier aux Renseignements Généraux) Pour ceux que cette cacophonie de citations n’a pas totalement assommés, je propose la lecture éclairante d’un petit texte peu connu de Michel Houellebecq, Le Théâtre du Monde. Cela ne pourra que renforcer les sentiments que vous portez sur cet auteur (répulsion tenace, admiration éperdue ou indifférence absolue, « c’est vous qui voyez ») |
| 3) Idées pour un complément des slogans en novlangue (2010) - JM La pub, c'est l'information La consommation, c'est le bonheur Positivons avec Carrefour L'endettement c'est la richesse Travailler plus pour gagner plus Gagner plus pour être libre Gagner (Tapie) Vu à la télé = digne de confiance La vie c'est la croissance (et inversement) L'homme n'est pas une marchandise comme les autres ![]() La croissance revient, le niveau monte... La démocratie règne toujours chez nous La tyrannie prévaut toujours chez nos ennemis Les armes de destruction massive sont toujours fabriquées par nos ennemis Il n'y a qu'un seul véritable, indiscutable génocide dans toute l'histoire de l'humanité Nos guerres sont toujours justes L'OTAN protège la France et l'Europe Nos petits gars sont envoyés au casse-pipe en Afghanistan pour défendre notre liberté contre les terroristes ![]() Aux côtés des États-Unis, nous allons en Irak, en Afghanistan, au Kosovo... bientôt peut-être en Iran pour libérer les peuples des tyrans qui les oppriment Israël est un État pacifique, qui ne fait que se défendre, respecte les conventions internationales, n'occupe pas la Palestine et accorde tous leurs droits à ses habitants Les États-Unis sont les plus fidèles alliés de la France et de tous les États européens La mondialisation de nos économies est le destin L'accumulation des capitaux transnationaux sert l'intérêt général de tous les peuples Les résistants au nouvel ordre mondial sont soit de doux utopistes, soit des dangereux terroristes Le révisionnisme historique n'est pas une recherche, ni une opinion, c'est un délit ! ![]() |
4) Dominer grâce à la corruption et au divertissement Daniel L. Richter 1. Si le remarquable Haïti : économie politique de la corruption : L'ensauvagement macoute et ses conséquences (1957-1990) de Leslie-J-R Péan a opportunément disparu des librairies, il nous reste heureusement Die hohe Kunst der Korruption. 2. C’est un livre (Le grand art de la corruption, 1996, non encore traduit en français), de Horst-Eberhard Richter, psychanalyste et directeur de l'Institut Sigmund Freud de Francfort, qui y démontre de manière systématique comment la corruption est l’instrument de contrôle indispensable pour la classe dominante. 3. Richter appelle ouvertement à la réhabilitation de la corruption en tant que méthode légitime et rapporte qu’il a dirigé des séminaires de formation à l’ars corrumpendi pour cadres et hommes politiques. Il affirme : « Qui veut gouverner doit corrompre. L’interaction entre l’ars corrumpendi et la docilité des corrompus crée et maintient l’ordre. » Comme l’oligarchie (l’élite qui dirige véritablement la société) ne représente qu’un nombre très restreint d’individus, il n’est pas si difficile d’organiser pour elle une formation discrète sous forme d’instruction individuelle ou de petits séminaires. 4. Il recommande l’utilisation des « parangons de corruption » comme modèles, citant Machiavel selon lequel le corrupteur doit être convaincu que ceux qu’il corrompt le sont tous de manière latente. Si jamais il les croit capables de sincérité, de justice et d’amour pour l’humanité, alors il a perdu la partie. Dans l’histoire humaine, écrit-il, se manifeste inlassablement le désir d’une société utopique de douceur et d’amour. Même un politique ou un homme d’affaires de haut niveau peut parfois être contaminé par ce virus et c’est alors une catastrophe totale » (sur l’échelle de Richter, sans doute !!). 5. Dans les séminaires qu’il dirige, Richter s’efforce de faire changer ces personnes afin qu’elles terminent la session en égocentriques avides de pouvoir, en arrivistes sans scrupules. Pour que l’entraînement psychologique réussisse, il faut, selon lui, fournir une légitimation « scientifique » et pour cela, il est essentiel de se débarrasser de l’idée gênante de conscience qu’il considère comme une construction de l’esprit complètement artificielle. Il en veut pour preuve que le petit enfant n’a pas de conscience ; il arrache les pattes des mouches et se comporte souvent en destructeur. (signalons qu’un autre des ouvrages de Richter est disponible : http://www.amazon.fr/Moi-Christiane-ans-droguée-prostituée/ 6. Horst-Eberhard Richter ajoute : « Les objectifs de notre société - l’expansion, la force, l’accroissement du pouvoir - nécessitent des vainqueurs types qui incarnent ces objectifs. Mais seul peut gagner celui qui veut vaincre autrui, l’opprimer, affirmer son pouvoir et l’accroître, être craint des autres. Le mythe de la conscience signifierait, si les meilleurs d’entre nous y succombaient, la mort du progrès. » 7. Il se dit très déçu lorsque certains de ses étudiants très doués persistent à croire qu’il existe une conscience universelle valable. Certes, il existe bien cette chose bizarre qu’est l’amour, qui découle de l’instinct fondamental pour la préservation de l’espèce, et il est plus développé chez les femmes parce qu’elles doivent prendre soin des enfants (Mais il ose espérer que l’accès des femmes à des postes de responsabilité n’est qu’un virus temporaire !). 8. Autrefois, rappelle Richter, les élites au pouvoir savaient exactement comment se débarrasser des dangereux rebelles qui voulaient changer le monde sur la base de la conscience. Socrate a dû boire du poison pour avoir mis en danger les dogmes publics et enseigné aux jeunes une éthique de vérité. Jésus a été cloué sur la croix pour avoir enseigné l’agapê et l’amour de l’humanité » 9. Puis il ajoute : « En politique, il n’y a pas de place pour la conscience ! Parce que cela signifie l’incapacité d’agir. A une éthique de la conscience, préférons une éthique de la responsabilité, parce que cette notion est assez élastique ». Puis, il cite Max Weber : « Aucune éthique au monde ne peut contourner le fait que, dans bien des cas, pour atteindre des objectifs nobles (...), on doit utiliser des moyens douteux ou dangereux ». 10. On peut dire que s’il y a bien eu corruption morale, les corrupteurs l’ont fait très consciemment. Un changement de valeur(s) a en effet été imposé. Ce changement de paradigme est intervenu durant le dernier demi-siècle, depuis la Deuxième Guerre mondiale ; les gens attentifs à leur conscience intérieure, préoccupés par la vérité, voulant œuvrer pour le bien-être général, cherchant à mener une vie utile pour les autres, ont été transformés en monstres avides, uniquement préoccupés par leurs gratifications et leurs plaisirs. Pendant tout ce temps, à l’Institut Tavistock, au MIT et ailleurs, une petite élite réfléchissait à la façon de corrompre plus efficacement encore la population. Weinberger 1. Sir Caspar Weinberger [ancien ministre états-unien de la Défense] est co-auteur d’un livre paru en 1996 et intitulé The Next War (La prochaine guerre), dont l’introduction est de Lady Margaret Thatcher. Pour prévoir la performance des forces américaines et le résultat d’éventuelles confrontations pour les États-Unis et leurs alliés, les auteurs s’appuient sur les dernières évaluations les plus fiables des ressources technologiques de l’Amérique, de la disponibilité de ses troupes et de ses capacités de développement. Leurs scénarios sont modelés sur les simulations de guerre informatisées du Pentagone. (...) Le département de la Défense met régulièrement en scène de tels jeux informatisés, dans lesquels les États-Unis se trouvent face à divers ennemis en différentes circonstances. Il est intéressant de constater que le livre de Weinberger prévoit des scénarios de guerre contre la Corée du Nord et la Chine, l’Iran, le Mexique, la Russie et, plus surprenant, le Japon. 2. Le colonel David Grossman, psychologue militaire, qui donne des cours sur la psychologie du meurtre à des Bérets verts et des agents fédéraux, Il fait remarquer que les jeux vidéos consistant à viser et à tirer ont le même effet que les techniques d’entraînement militaire utilisées pour amener le soldat à surmonter son aversion à tuer. Selon lui, ces jeux sont encore plus efficaces que les exercices d’entraînement militaire, si bien que les Marines se sont procuré une version de « Doom » pour entraîner leurs soldats. 3. Certains jeux incorporent des éléments de jeu de rôle, créant une intrigue avec divers personnages. A la différence des autres formes de violence médiatique, on ne se contente pas ici de regarder un film, on en est soi-même acteur. On n’est pas seulement fasciné par un Schwarzenegger criblant de balles un méchant, on appuie soi-même sur la détente. Se faire tuer est embêtant parce qu’à ce moment-là, le jeu s’arrête. Donc, pour rester maître de ce nouvel univers intoxiquant, le seul moyen c’est de tuer. L’on est censé réagir par pur réflexe et tirer avant d’avoir eu le temps de développer des scrupules. 4. L’oligarchie cherche à détruire tout ce qu’il y a d’humain dans l’être humain. Pour cela, elle utilise certaines techniques pour induire des modifications de comportement et un lavage de cerveau, car on ne peut pas appeler ça autrement. Si les gens regardent sans cesse ces spectacles, leur esprit meurt. C’est donc une politique tout à fait consciente de la part de l’oligarchie, des maîtres de Hollywood, etc., pour déshumaniser et désensibiliser la population. 5. Déjà en 1972, un rapport du Surgeon General [inspecteur de la santé publique] dénonçait le lien entre la violence dans les médias et le comportement violent des enfants. Il y a quelques années, l’American Medical Association constatait que la violence dans les médias constituait le plus grave problème de santé publique. Pourquoi ce fait est-il constamment nié ? L’une des raisons en est que ceux qui en parlent en sont les propres responsables : les médias nationaux et l’industrie de la télévision. Aujourd’hui, un enfant qui regarde des scènes de violence où voit son père battre sa mère, est susceptible de reproduire ces actions à l’avenir. En effet, tout ce qu’un enfant vit au cours des cinq premières années de sa vie lui laisse une empreinte très, très forte. 6. Si tout cela est déjà effrayant, il y a quelque chose de plus dangereux encore, bien que 99,9 % des parents n’en soient même pas conscients. C’est le phénomène des Pokémon. On peut dire que c’est un véritable virus qui contamine l’esprit de millions d’enfants. Comme chacun sait, il est facile d’influencer les enfants parce qu’ils apprennent avant tout par l’imitation et le jeu. Mais que doit-on imiter dans le cas de Pokémon ? L’agression. Ce qui manque totalement, c’est l’amour, la compassion, la joie, la beauté. Le jeu est entièrement mécaniste. 7. Le 6 décembre 1997, des centaines de milliers de jeunes japonais
regardent le 38ème épisode de leur série favorite, les « Pokemon ». Au
bout de vingt minutes, la scène centrale du dessin animé se déroule :
Pikachu terrasse son adversaire grâce à une succession d’éclairs rouges
et bleus. 11'000 jeunes japonais sont alors victimes d’un malaise, 618
doivent être hospitalisés à la suite de crises de convulsion. Selon les
spécialistes, ces enfants sont atteints d’une forme d’épilepsie dite
photosensible. Cette forme particulière d’épilepsie ne concerne qu’un
épileptique sur vingt (Environ 0,5 à 0,8 % des enfants de 4 à 14 ans
seraient concernés). Les mécanismes de déclanchement de ces crises sont
encore mal compris. Selon des scientifiques italiens, ce problème
s’explique par une incapacité du cerveau à contrôler ses réactions
lorsque l’œil est soumis à des flashs lumineux ou à une alternance
d’images très contrastées. Ces chercheurs ont d’ailleurs mis en
évidence le fait que les crises d’épilepsie photosensible se
déclenchent lorsque la fréquence des flashs se situe entre 4 et 14
Hertz. Ainsi, ces crises d’épilepsie photosensible ne peuvent survenir
que chez des personnes ayant déjà des prédispositions. Chez les enfants
épileptiques, le caractère photosensible peut être évalué grâce à un
électroencéphalogramme (EEG). Mais parfois, cette forme d’épilepsie
échappe à toute détection. Néanmoins, de nombreuses personnes ignorent
qu’elles sont atteintes d’une épilepsie photosensible et risquent de le
découvrir en regardant une émission de télévision. |