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La chronique artistique de Pierre Le Vigan

Le
peintre Nicolas-Toussaint Charlet (1792-1845) fut élève
de Gros. A 22 ans en 1814, il avait participé à la
défense de Paris contre les
« Alliés » c'est-à-dire nos
ennemis, à la barrière de Clichy. Son père,
qu’il avait perdu tôt avait été soldat,
précisément dragon, dans les armées de la
Révolution. Il fut ami de Géricault, et fort
apprécié par Delacroix et Alfred de Musset. La
lithographie, impression à plat d’un dessin sur pierre,
qui n’était inventée que depuis 1796 a fait
la renommée de N-T Charlet. Loin d’annoncer les
peintures totalitaires, l’art de Charlet est profondément
populaire et mythique. Napoléon n’y est pas peint en grand
portrait en pied mais dans des situations familières, de trois
quart dos ou de très loin (Le voilà). Quoique l’on
pense de l’Empire excessivement
« impérialiste » de Napoléon,
c’est une page d’histoire qui a une force
inégalée et qui est l’écho d’une
vieille nostalgie dont Jean-Claude Valla s’est fait excellemment
l’historien (La Nostalgie de l'Empire : une relecture de
l'histoire napoléonienne, Librairie nationale, 2004).
C’est cette mise en image de l’Empereur, à la fois
lointain et familier qu’a réussi N-T Charlet
(Bibliothèque Paul Marmottan, Boulogne-Billancourt, 5 mars-27
juin 2009, catalogue d’exposition, 30 E).
Créateur des décors du théâtre d’ombre
du Chat Noir, Henri Rivière a réalisé des
gravures sur bois, eaux-fortes jusqu’en 1918 puis s’est
consacré entièrement à des aquarelles.
Autodidacte, Rivière travaille d’une façon proche
du japonais Hokusai (1760-1849). Il faut voir de Rivière sa
série Le Boqueteau à Loguivy, étude de
lumière (14 aquarelles sur trait lithographique, 1898), Arbres
sous l’averse (eau-forte, 1907), Vieille femme portant un fagot
sous une rangée d’arbre (eau-forte et verni mou, 1910), la
Sorcière (eau-forte, aquatinte et pointe sèche, 1880),
…. 






Deux artistes
modernes
de notre vieille Europe
Geer van
Velde (1898-1977) était un peintre hollandais. Il se fixe
à Paris à partir de
1925. Il est influencé par
Henri Matisse, Pierre Bonnard et le groupe de
Puteaux, encore appelé la Section d’Or. Ce petit
groupe se réclamait de
l’orphisme, une variété du cubisme. Il
était animé par Jacques Villon, frère
de
Marcel Duchamp. Villon était un peintre et graveur tout
à fait remarquable. Le
groupe se composait notamment d’André Salmon et de
Guillaume Apollinaire. La
philosophie de la Section d’Or se voulait inspirée
du Nombre d’Or. Il
s’agissait de rechercher l’harmonie et non la
discordance. « Là où le
cubisme déracine,
la Section d’Or enracine »
disait Jacques Villon. Très à l’aise
dans le format carré, Geer van Velde usait des lignes
droites, de gros traits
noirs pour délimiter les zones du dessin, des aplats, et
produisait une
impression de lumière et d’équilibre
des couleurs très maîtrisée (Femme cubiste, gouache, 1940 - image
de gauche). Il était
ami avec Samuel Beckett et sensible
comme lui à la situation existentielle difficile –
pour le dire pudiquement -
de l’homme moderne. Il s’oriente dans ses
dernières années vers un travail plus
abstrait qui n’est sans doute pas le plus
représentatif de sa touche personnelle
et de son talent. Au meilleur de son talent, les travaux de Geer van
Velde évoquent ceux de Katia
Palvadeau
(Femme aux bas, 1946 - image
de droite), une artiste
russe née à Moscou en 1903 et ayant
travaillé en France. A redécouvrir aussi.
6/03/09