Lectures L'esprit des livres Sommaire
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Fédéralisme, ethnies, langues, institutions...
Yvonne
Bollmann,
La tentation allemande.
Yvonne
Bollmann,
La Bataille des langues en Europe
Noam
Chomsky, Deux heures de lucidité.
Entretiens avec Denis Robert et
Weronika Zarachowicz
Francis
Delpérée, Le
fédéralisme en Europe
Guy
Héraud,
L’Europe
des ethnies
Ariane Landuyt
(s.
la direction de), Europe : fédération
ou nations
Sous
la direction de Michel Michel, Les
communautés. Une question posée
à la France
Chantal Millon -
Delsol, L’État subsidiaire.
Ingérence et non-ingérence
de l’Etat : le principe de subsidiarité aux
fondements de l’histoire européenne.
Chantal Millon -
Delsol, Le principe de subsidiarité
Stéphane
Pierré-Caps, La Multination.
L’avenir des minorités en
Europe centrale et orientale
Bernard
Poignant,
Langues de France : osez l’Europe !
Bassam
Tibi,
Europa ohne Identität ?
Die Krise der
multikulturellen Gesellschaft
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•
Yvonne Bollmann, La tentation allemande,
Michalon, 1998, 194 p., 13,72
€, 90 F.
•
Yvonne Bollmann, La Bataille des langues en Europe,
Bartillat, 2001, 175 p.,14,48 €, 95 F.
Enseignante
de littérature allemande à
l’Université, Yvonne Bollmann a d’abord
publié
La tentation allemande. Dans ce livre, elle entendait
dénoncer la construction
européenne et en dévoiler les
véritables motifs. Depuis cinquante ans, la
CECA, la CEE et l’Union européenne ne seraient que
les paravents d’un
projet de germanisation de l’Europe. Conçu dans
les dernières années de la
Seconde Guerre mondiale par des officiers conservateurs allemands, ce
noir
dessein consisterait à assurer la mainmise totale de
l’Allemagne sur tout le
continent européen.
Cette
thèse est simple, elle est même simpliste. Elle
n’est pas en outre nouvelle.
Dès les années 1950, gaullistes, communistes et
royalistes voyaient dans les
premiers traités européens le cheval de Troie du
revanchisme allemand.
Celui-ci tenterait de promouvoir un fédéralisme
basé sur les groupes
ethniques et niant les États-nations. Pour Mme Bollmann, le
soutien de l’Allemagne
au fédéralisme ethnique qu’elle appelle
“ l’ethnisme ” signifierait la
fin des États historiques
hétérogènes tels que la France, la
Belgique, la
Grande-Bretagne ou l’Espagne au profit
d’entités régionales
homogènes
dont la plus puissante resterait l’Allemagne.
D’après ces extrapolations,
cela expliquerait l’attention que portent entrepreneurs et
capitaux
d’outre-Rhin à l’Alsace, à la
Silésie et à la Poméranie.
Paru
dernièrement, son nouvel essai, La Bataille des langues en
Europe , s’inscrit
dans la droite ligne du précédent. Une nouvelle
fois, Mme Bollmann met en
garde le lecteur français devant le “ monstre
ethniste ” qui se cacherait
derrière les fédéralistes et les
régionalistes… Elle concentre ses
attaques sur la Charte européenne des langues
régionales et minoritaires.
L’auteur estime que si jamais ce document était
ratifié par la France, ce
serait la fin du modèle républicain et le
surgissement sur la scène publique
des communautés ethniques !
Si
Yvonne Bollmann n’apporte rien de bien nouveau dans sa
démonstration par
rapport à La tentation allemande, elle se contente de
répondre platement aux
arguments des partisans de la Charte tels que Bernard Poignant. Mme
Bollmann
poursuit en revanche sa vindicte contre la mouvance
fédéraliste - régionaliste.
Ici, ses cibles sont la revue Europa Ethnica, la
Föderalistiche Union Europäischer
Volksgruppen et le Centre international de formation
européenne de Nice fondé
par Alexandre Marc !
Remarquons que dans ses deux livres, Mme Bollmann n’avance aucune contre-proposition. Elle se contente de dénoncer et de rassembler, au prix de multiples contorsions intellectuelles, les pièces d’un indéniable procès d’intention. Sa vision est percluse d’a-priori regrettables, de préjugés tenaces, de sous-entendus contestables. On ne peut être que choqué par une germanophobie ardente qui s’apparente à un racisme anti-allemand exécrable. Ces deux ouvrages ont cependant le mérite de montrer la piètre valeur d’une certaine littérature politique française qui se dit “ souverainiste ”.
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• Sous la direction de Christophe Boutin et Frédéric Rouvillois, Décentraliser en France. Idéologies, histoire et prospective, François-Xavier de Guibert, coll. Combats pour la liberté de l’esprit, Paris, 2003, 308 p., 20 €.
Cet ouvrage rassemble les contributions du colloque du Centre organisé à Caen les 28 et 29 novembre 2002 portant sur un sujet d’actualité : la décentralisation. Bien que certains intervenants soient de sensibilité national-souverainiste et s’inquiètent des effets d’une décentralisation qui, liée à la construction européenne, mettraient en péril le cadre national, les textes abordent maints aspects du sujet.
On y lit ainsi une remise en question de l’interprétation tocquevillienne faisant de l’Ancien Régime le précurseur des Républiques dans la centralisation administrative. La réalité est plus compliquée, dépendante des distances, des moments, des personnes. Une autre interprétation erronée est démontée. Les Girondins ne sont que des centralisateurs modérés. Leur projet politique ne propose pas une véritable décentralisation. Celle-ci est défendue au XIXe siècle par les libéraux qui la considèrent, avec le fédéralisme, comme les seuls gages de garantir à la fois les libertés et le patriotisme, et par les différentes sensibilités catholiques, principalement attachées à revitaliser les corps intermédiaires et à résoudre la question ouvrière. Sujets d’étude captivants, Proudhon et Maurras sont deux grands penseurs fédéralistes, même si leurs analyses aboutissent à des modèles sociaux opposés. Pour Maurras, le fédéralisme est un antidote à l’individualisme républicain alors que pour Proudhon, il couronne le mutualisme, c’est-à-dire qu’ il applique une solidarité entre les individus.
Outre d’intéressants éclairages sur le Félibrige provençal, l’autonomisme alsacien entre 1870 et 1940, et l’ancêtre du Mouvement normand : l’Association normande, cheville ouvrière d’un premier mouvement fédéraliste en France, on se penche aussi sur un exemple méconnu de déconcentration en Algérie entre 1896 et 1900 avec les Délégations financières. Toujours aussi percutant, François-Georges Dreyfus démontre que le régime de Vichy a essayé de conduire une certaine décentralisation. Cette politique est reprise et appliquée successivement par le gaullisme, puis par la gauche.
Pour sa part, Christophe de La Mardière explique qu’une décentralisation réelle bute en France sur la lancinante question du financement des collectivités locales. Au-delà des beaux discours, celles-ci ne cessent de dépendre du bon vouloir de l’État. Or leur autonomie financière suppose la possibilité de lever l’impôt ou de fixer le taux de perception des taxes. Enfin, Gilles Lebreton juge que le régionalisme européen, présumé anti-étatique (c’est-à-dire hostile à l’État-nation), va à l’encontre de la « décentralisation à la française ». Cette autre exception française justifierait ce particularisme par « le principe révolutionnaire d’unité et d’indivisibilité de la République ». On ne peut que rester sceptique sur ce dernier point.
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•
Noam Chomsky, Deux heures de lucidité.
Entretiens avec Denis Robert et
Weronika Zarachowicz, Les Arènes, 2001,
191 p., 12 €.
Journaliste
spécialisé dans les enquêtes qui
dénoncent la corruption et la mainmise des
firmes transnationales sur le pouvoir politique, Denis Robert interroge
le
linguiste américain Noam Chomsky, internationalement reconnu
pour son
militantisme libertaire et sa critique radicale de la diplomatie de la
Maison
Blanche. Les réponses de Chomsky sont explosives. Horreur
des bien-pensants !
Il n’hésite pas à dire que “
plus une société est libre, plus elle a
recours à la peur et à la propagande ”.
Avec une précision digne d’un
entomologiste, Chomsky dissecte l’emprise croissante des
trusts sur les
gouvernements et leur interaction avec les nouvelles organisations
économiques
mondiales telles que l’O.M.C. ou le F.M.I. Pour les
technofinanciers qui
animent ces oligopoles planétaires, le profit maximal est le
but ultime de
l’existence et peu importe qu’il fasse table rase
des traditions, histoires
et mémoires des peuples et des personnes.
Sur
l’Europe, Chomsky estime que “ l’Union
européenne est construite de manière
à limiter la participation populaire. […] [Elle]
est ainsi faite que les
citoyens n’ont quasiment pas leur mot à dire
”. Le déficit démocratique
qui en découle est, selon lui, l’une “
des raisons qui expliquent la montée
actuelle du régionalisme. Cet accent nouveau mis sur
l’identité culturelle
des régions pourrait être une réaction
à la centralisation antidémocratique
de l’Union ”. Cependant, “ si
l’Europe était vraiment unie, elle serait
grosso modo à égalité avec les
États-Unis : elle a une population plus
importante, une industrie aussi forte et un meilleur niveau
d’instruction.
C’est pourquoi les États-Unis ont des sentiments
ambivalents vis-à-vis de
l’Europe. C’est peut-être la raison pour
laquelle l’Angleterre, qui
aujourd’hui n’est plus qu’une filiale des
États-Unis, aide les Américains
à empêcher l’Europe de s’unir
”. Quel bonheur de lire pareille
affirmation sous la plume d’un Américain de cette
stature !
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•
Francis Delpérée, Le
fédéralisme en Europe, PUF,
coll. "Que sais-je
?", 2000,
128 p., 6,4 €, 42 F.
Le
fédéralisme en Europe occidentale a mauvaise
presse, et les États fédéraux
sont mal compris, note Francis Delpérée dont
l’ouvrage est remarquable sur
bien des points. En des termes clairs et accessibles, il plonge le
lecteur dans
les méandres du droit européen et de ses
interférences (et pas seulement)
avec les droits nationaux. Mieux, l’auteur
s’intéresse aux liens juridiques
et institutionnels établis entre les
collectivités fédérées
(régions,
communautés, provinces, Länder…), les
fédérations et l’Union
européenne.
Constatant
que l’Union européenne compte actuellement sur
quinze États membres trois États
fédéraux , l’Allemagne,
l’Autriche, la Belgique, et deux États
communautaires proto-fédéraux ,
l’Espagne et l’Italie ( mais il
oublie le Royaume-Uni avec la dévolution récente
d’importantes prérogatives
à l’Écosse, au Pays de Galles et,
théoriquement, à l’Irlande du Nord
),
Delpérée s’interroge sur la pertinence
du modèle fédéral au sein de
l’Union
et de son influence sur ses institutions. Le sujet semble rebutant.
Cependant,
grâce à la clarté des
démonstrations, on comprend mieux la complexité
inhérente
à l’association de divers États et
collectivités. Si l’auteur
n’hésite
pas à écrire que l’Union
européenne n’est actuellement ni un
État, ni
une fédération et encore moins une
fédération de fédérations,
il observe
qu’“ une “ Europe
infraétatique ” se construit en
complément de l’Europe
des États ”.
Tous
ceux qui voient dans l’émergence de structures
subétatiques (“ l’Europe
des régions ”) un risque pour les
États-nations devraient méditer la
réflexion
suivante : “ Et la même Europe qui
n’hésite pas à
reconnaître
aux entreprises une place particulière, notamment dans le
cadre de ses procédures
juridictionnelles […] hésite à
franchir le pas quand il s’agit des
collectivités fédérées.
Cette frilosité est-elle justifiée ? ”
Une
nouvelle fois, "souverainistes"
sincères et fédéralistes convaincus se
retrouvent devant le même adversaire
: le réductionnisme économique.
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Guy
Héraud,
L’Europe des ethnies,
Bruylant/L.G.D.J., Bruxelles/Paris, 1993,
209 pages.
Bien que
déjà ancien, cet ouvrage n’en conserve
pas moins son intérêt.
Guy Héraud y recense dans un premier les minorités ethniques d’Europe et décrit leur situation politique, selon qu’il s’agit d’ethnies sans État ou de minorités au sein d’un État. La dernière partie du livre, bien qu’elle soit la plus courte (une quinzaine de pages), n’est pas la moins intéressante : Héraud y esquisse, dans une optique fédéraliste et d’autodétermination, les procédures qui permettraient d’accompagner sans violence l’évolution désaliénante et d’asseoir sur des bases solides la convivence harmonieuse des peuples multiples qui font la richesse de l’Europe. Le droit à l’autodétermination doit, selon Guy Héraud, primer sur la démocratie interne des États : un peuple doit avoir le droit de s’affranchir d’un Etat dont il est prisonnier. La tragédie du Kosovo, encore présente dans tous les esprits, accentue d’autant plus le caractère explosif ou les limites de certaines des thèses contenues dans ce livre.
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Ariane Landuyt (s. la direction de), Europe : fédération
ou nations,
SEDES, collection “ Regards sur l’histoire.
Histoire contemporaine ”,
1999, 268 p.
Cet
ouvrage collectif qui regroupe les contributions de plusieurs
universitaires de
France, de Belgique, d’Espagne, des Pays-Bas, du Portugal et
du Royaume-Uni
est le résultat d’un séminaire
international qui se tint en avril 1996 à
l’Université de Sienne en Italie. Europe :
fédération ou nations
s’interroge sur l’avenir institutionnel de
l’Union européenne. Pour cela,
les auteurs retracent, pour chacun des États-membres,
l’élaboration plus ou
moins récente de l’idée
européenne et de son application
fédérale.
On
notera que les participants ne firent pas usage de la classique langue
de bois
puisque Jacques Vallette décrit Jean Monnet comme
“ avant tout un financier
international, introduit dans les milieux de la City de Londres et de
Wall
Street ”. Il poursuit en
dénonçant son imposture européenne. En
effet, “
En parlant “ d’Europe unie
”, [Jean
Monnet] poussait à la réalisation d’une
organisation européenne gérée par
des organes technocratiques et supranationaux, en entrant dans le cadre
de la
stratégie mondiale américaine. […] Ce
résultat était à obtenir en dehors
des processus démocratiques, sans rechercher une quelconque
légitimité par
l’expression de la volonté populaire ”.
Monnet ou aux sources de la
lancinante crise européenne…
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•
Sous la direction de Michel Michel, Les
communautés. Une question posée
à la France, L’Âge
d’Homme, 2002, 214 p., 20 €.
Les
éditions L’Âge d’Homme ont
demandé
à l’universitaire grenoblois Michel
Michel de rassembler et de publier les différentes
contributions
d’un
colloque consacré à la question très
actuelle des
communautés. C’est le spécialiste
des “ tribus ”, Michel Maffesoli, qui
préface
l’ensemble. Marie-Hélène
Léon évoque l’esprit communautaire
militaire
à Saint-Cyr pendant que
Patrice Cugnetti s’intéresse à
“ La
conception française de la communauté
nationale ”. Philippe Kaminski se demande si l’on
peut
“ quantifier la
force du lien communautaire ”. Jean-Marc Vivanza analyse les
liens entre “ Culture, enracinement et
communauté
”. Pour sa part, Yves Chalas développe
une thèse originale et séduisante sur “
Minorités culturelles et société
globale d’accueil : l’intégration
à double
sens ”. Quant à Michel Debay,
il estime que “ le
réseau [est le]
degré zéro du communautaire ”. Nicolas
Portier bouscule les clichés et les fausses
représentations en évoquant
l’“ intégration : entre la
communauté et la
République ”.
Dans
une excellente étude, l’historien polonais Witold
Zaniewicki, inventeur de la
notion de “ noblesse populaire ”, nous fait
découvrir l’existence
d’authentiques communautés populaires organiques :
les pariers d’Auvergne.
Ces communautés rurales extrêmement
hiérarchisées et soudées
existèrent
dans la région de Thiers dans les Monts du Forez, du Haut
Moyen Âge
jusqu’aux années 1930 ! Différents des
alleux, les pariers constituèrent
une sorte de seigneurie communautaire autogérée.
“ L’Union européenne est-elle une communauté ? ” À cette question, Jean-Luc Chabot répond négativement, car “ nos grandes patries contemporaines n’ont pas le caractère de communautés sinon par artifice idéologique ou par analogie de langage ”. Constatant que “ comme la crise de foie, la dénonciation du communautarisme est une spécialité française ”, Michel Michel envisage avec espoir une réconciliation possible entre la France et les communautés, à la condition essentielle que “ l’on retrouve les vertus fédératives de la France. Cette réconciliation est facilitée par le fait que la France n’est pas une nation ethnique ” au même titre que l’Europe, d’ailleurs. Après avoir esquissé quelques pistes de réflexion, Michel Michel conclut que “ dans un cadre de pensée laïque, opposer la raison universelle aux variations des coutumes communautaires est une absurdité ”. Un recueil original pour les problématiques posées et les réponses apportées.
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*
Chantal Millon - Delsol, L’État
subsidiaire. Ingérence et non-ingérence
de l’Etat : le principe de subsidiarité aux
fondements de l’histoire européenne,
collection “
Léviathan ”, P.U.F.,
1992, 233 p., 198 F.
*
Chantal Millon - Delsol, Le principe de
subsidiarité, collection
“ Que sais-je ? ”, P.U.F., 1993, 127 p., 42 F.
Une analyse brillante et remarquable du principe de subsidiarité qui reste si méconnu en France. Les deux ouvrages sont complémentaires. L’État subsidiaire en retrace l’histoire depuis l’Antiquité tandis que Le principe de subsidiarité, s’inscrivant plus dans une optique de philosophie politique, évoque sa réalisation et ses problèmes institutionnels que pose son application dans les régimes fédéraux. De ces deux livres que tout fédéraliste convaincu doit lire de toute urgence, il se dégage que la subsidiarité refuse l’individualisme et l’étatisme au nom des réalités tangibles. Ce principe produit une conception tocquevillienne de la liberté. Une réflexion riche et stimulante.
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•
Stéphane Pierré-Caps, La
Multination. L’avenir des minorités en
Europe centrale et orientale, Éditions
Odile-Jacob, coll.
"Sciences humaines", 2000, 341 p., 24,39 €, 160 F.
Professeur
en droit public à Nancy, Stéphane
Pierré-Caps s’intéresse à la
question
nationale et au problème des minorités en Europe
médiane (des pays baltes aux
Balkans) sous l’angle, très riche, du droit
international. Jonglant avec dextérité
l’histoire et le droit, les notions géopolitiques
et la philosophie
politique, la sociologie et le droit électoral,
l’auteur plaide en faveur
d’États multinationaux.
Dans
une première partie, il retrace l’histoire de
l’ensemble qui fut dominé
par les empires. Il recense ensuite les peuples attachés
à un certain
messianisme national autour d’une “ grande
nation” (Polonais, Lituaniens,
Russes, Hongrois, Serbes, Roumains, Albanais). Il expose le cas de
peuples isolés
ou périphériques dont certains sont devenus des
États (Slovénie, Slovaquie,
Croatie, Ukraine, Lettonie…) et d’autres non
(Pomaks de Grèce, Gagaouzes de
Moldavie, …). Il met à part les “
minorités transnationales ” que sont
les Juifs et les Tziganes. Cette typologie recoupe en partie la
distinction
classique entre “ nations historiques ” et
“ nations sans État ”.
Après
avoir discuté de la pertinence des concepts
d’État-nation d’origine
française,
de “ nation-culture ” d’origine
allemande, du jus sanguinis (droit du
sang) et du jus solis (droit du sol),
Stéphane Pierré-Caps juge qu’au regard
de l’histoire récente, le droit des peuples
à disposer d’eux-mêmes est un
piège dangereux. Or comment concilier identité et
liberté des peuples avec
l’indispensable équilibre européen ?
Avant
d’envisager de possibles multinations (néologisme
pour désigner les États
pluri-ethniques), l’auteur revient sur les vicissitudes de
l’idée
multinationale avec la mort de l’Autriche-Hongrie, la
dislocation de la Tchécoslovaquie
et le naufrage de la Yougoslavie. Sur cette dernière, il
analyse le rôle que
joua dans la cohésion - relative - des
nationalités l’autogestion titiste
qui se voulait aussi une alternative socialiste au capitalisme
d’État soviétique.
S’appuyant sur des penseurs
fédéralistes et en particulier sur les
théoriciens
de l’austromarxisme Otto Bauer et Karl Renner, M.
Pierré-Caps propose un “
fédéralisme personnel
”. Cet ouvrage excellent aborde avec une aisance
certaine et un ton neuf de grands thèmes contemporains.
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*
Bernard Poignant, Langues de France : osez
l’Europe ! , Indigène
Éditions, 2000,
160 p., 14,25 €.
La
ratification de la Charte européenne des langues
régionales et minoritaires
par la France suscite un vaste débat qui touche aussi les
questions voisines et
connexes du fédéralisme, de la
décentralisation et de la construction
européenne.
Avec Langues de France: osez l’Europe !,
Bernard Poignant y apporte sa
contribution.
Ancien
maire de Quimper en Bretagne et actuel député
européen socialiste, B.
Poignant qui est universitaire et agrégé
d’histoire, entend exposer son
point de vue d’homme de gauche sur le sujet. Tout
l’intérêt de l’ouvrage
réside dans sa mise en perspective. M. Poignant ne se
contente pas de discuter
du bien-fonder de la ratification. Il replace le cas
français dans son histoire
et dans celle de l’Europe. S’appuyant sur une
abondante bibliographie et
citant quelques auteurs qui réfléchirent aux
notions de culture et de peuple
comme Montaigne, Michelet, Simone Weil, Morvan Lebesque ou Lucien
Febvre,
Bernard Poignant estime que la Charte peut être un formidable
atout pour la
France. La Charte pourrait lui faire reprendre conscience de sa
diversité
intrinsèque tout en prenant en compte un contexte
mondialisé et interconnecté.
Après
avoir souligné le paradoxe que le président de la
République Jacques Chirac
fasse l’éloge des Inuits au Canada et
s’oppose au texte au nom de
l’indivisibilité française,
l’auteur considère que le triptyque
unitariste “ État - nation - peuple ”
(sorte de “ Sainte Trinité ”
jacobine) doit s’estomper au profit d’un choix
cohérent en faveur d’une
Europe vraiment garante de toutes les exceptions culturelles,
d’une République
française girondine, d’une véritable
promotion politique de la francophonie
et d’un multilinguisme inévitable. Du fait de
l’histoire de ces deux
derniers siècles, la France ne risque pas la dislocation si
elle entérine
sereinement ces options.
Cependant,
la démonstration de M. Poignant pêche parfois au
risque de
se contredire.
Ainsi, il se montre un vibrant défenseur du
département
dont l’existence
favoriserait la proximité entre les citoyens et les
élus.
Mais, il exprime,
non sans humour, sa défiance envers la revendication
d’un
département
basque. “ En France,
réclamer un
tel échelon, c’est réclamer un
préfet,
un directeur des renseignements généraux, un
directeur
des polices urbaines,
un colonel de gendarmerie. Je ne savais pas les Basques si
pressés et même si
enthousiastes d’avoir près d’eux tout ce
beau monde.
” Par ailleurs, l’Europe
des régions est un thème qui le rend
méfiant.
“ En France, il y a un État;
en Europe, il n’y en a pas. Il ne pourrait y avoir
d’Europe
des régions que
s’il y avait un État européen. Et ce
n’est
pas demain la veille,
note-t-il. Sinon, c’est la jungle : pas de
solidarité, pas
de péréquation,
les régions riches gardent leur richesse, les
régions
pauvres se débrouillent
comme elles peuvent. ” Écrire une pareille phrase,
c’est faire fi de la
subsidiarité et de la péréquation qui
lui est
consubstantielle ! C’est
aussi oublié les fondements du
fédéralisme !
Finalement,
l’essai de B. Poignant est digne d’attention
puisqu’il présente le point
de vue d’un élu local et européen.
Même s’il ne le cite qu’une seule
fois, l’auteur rejoint les opinions de Jean Jaurès
quand celui-ci défendait
à la fois l’Internationale ouvrière et
la reconnaissance des “ dialectes
”. A l’occasion de la Charte, y aurait-il la
renaissance d’un courant
jauressien au sein du PS ? Ce serait une bonne
nouvelle.
N.B. : On soulignera que Indigène Éditions (1, impasse Jules-Guesde, 34080 Montpellier, France, tél. : 04 - 67 - 10 - 03- 43, télécopie : 04 - 67 - 45 - 59 - 36, courriel : edition.indigene@wanadoo.fr) publient des livres consacrés aux peuples non industriels de tous les continents ou qui récusent les concepts productivistes, mondialistes et standardisés.
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Sous la direction de Victor Scardigli, L’Europe
de la diversité. La
dynamique des identités régionales,
C.N.R.S.-Éditions, 1993, 239 p.,
22,11 €.
Dans
ce travail collectif, les auteurs répondent à
deux questions fondamentales :
“ L’Europe est-elle une ou plurielle ? Sa
diversité culturelle n’est-elle
pas en train de se réduire inexorablement ? ”
À partir des données économiques,
socio-anthropologiques, géographiques et historiques, ils
s’intéressent aux
cas de la Catalogne, de l’Émilie-Romagne, de
Berlin et de l’Île-de-France.
Dans
ces quatre exemples, il apparaît qu’en
dépit de l’homogénéisation
du
monde, les régions non seulement résistent, mais
s’affirment. Mieux, leur
prise de conscience encourage l’essor économique.
Ce réveil régional non négligeable
prend des formes variables (linguistico-culturelle, historico-politique
ou
socio-économique) selon l’implication, importante
ou non, des acteurs
sociaux. Dans la société technicienne,
bénéficier du soutien des catégories
d’ingénieurs ou de cadres supérieurs
devient un fantastique atout.
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Bassam Tibi, Europa
ohne Identität ? Die Krise der
multikulturellen Gesellschaft, Goldmann Verlag,
Münich, 2000, 394
pages.
Bassam Tibi est considéré en Allemagne comme l’un des principaux spécialistes du monde musulman. Lui-même musulman, d’origine syrienne, Tibi est aussi citoyen allemand depuis 1976. Dans cet ouvrage peu en rapport avec le reste de son œuvre, il s’inquiète de la crise de l’identité européenne face à la mondialisation et aux flux de migrants d’origine extra-européenne. Tibi souhaite une Europe sûre d’elle et de son identité, débarrassée autant de son arrogance que de ses sentiments de culpabilité. Une Europe qui sait ce qu’elle est et ce qu’elle vaut, est, selon Tibi, le meilleur gage de l’intégration des minorités extra-européennes, tandis qu’une Europe qui doute d’elle et se laisse submerger d’immigrés deviendra un foyer de conflits ethniques. C’est l’idée selon laquelle les immigrés posent moins problème en raison de leurs différence qu’en raison de la faiblesse comparative du sentiment d’appartenance et de la cohésion sociale des pays d’accueil. L’Europe doit se replonger, selon Tibi, dans le meilleur des héritages de la Renaissance, des Lumières et de leurs sources antiques. Le livre de Bassam Tibi a le grand mérite d’être sans concessions. Il renvoie dos à dos les xénophobes et les adeptes d’un multiculturalisme naïf, selon lequel toutes les cultures se valent au point que n’importe laquelle fait l’affaire (anything goes…). Tibi appelle à la rupture avec les dogmatismes et insiste sur la nécessité d’un dialogue interculturel permanent.
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