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Israël tente de récupérer les extrêmes-droites européennes

1) Renflouer l'Occident-Titanic ?
2) L'extrême-droite européenne reçue avec les honneurs par Israël.
3) Bloc Identitaire et ligue de défense juive : des connivences ?
4) Les chrétiens d'Orient sont-ils vraiment menacés ? Par qui ?


Renflouer l'Occident-Titanic ? 

    L'enjeu est important: c'est celui de "l'Occident", cette fiction géopolitique  en déclin, malmenée qu'elle est par les forces géopolitiques émergentes de plus en plus décidées à ne pas laisser leur destinée reposer entre les mains d'un empire mondial discrédité, en pleine débâcle économique, morale et militaire... Chine, Russie, Iran, Venezuela, Inde, Brésil, Turquie, Argentine, Syrie...jusqu'à la petite Bolivie refusent désormais ouvertement l'alignement obligatoire sur l'Amérique-monde. Et le conflit israélo-palestinien, dont la résolution est toujours repoussée, rejetée, bafouée par les puissances occidentales qui l'ont suscité depuis l'année 1948, est une raison capitale de ce refus.

   Le centre implose, la périphérie explose. Ce diagnostique s'applique également à la politique intérieure des différents États européens : les vieilles formules, droite contre gauche, démocrates chrétiens contre sociaux-démocrates, libéraux contre souverainistes, etc., ne font plus recette électorale. Partout émergent de nouvelles forces populistes qui proposent un engagement concret dans les affaires publiques, face à la politique-spectacle des technocrates en place. Des forces nouvelles qui n'ont pas peur de briser les tabous imposés par des décennies d'humanitarisme molasson et d'anti-racisme de pacotille en affirmant haut et fort la volonté de préserver l'identité européenne sur la terre des ancêtres, quels que soient les remous, les flux et les reflux  de l'économie-monde à laquelle il faut mettre un frein en réaffirmant justement la primauté du politique, de la vie sur la matière, de la Cité —au sens sacré donné à ce mot par les Grecs— sur le chaos du monde.

   C'est alors que se présente la grande manœuvre de récupération à laquelle nous assistons en ce moment.
   Nous avions déjà les ouvrages de la sioniste Bat Ye'or* sur la "dhimmitude" censée asservir un Occident irreligieux à une Sharia conquérante, sur l'"Eurabie" qui serait le nouvel empire du mal en voie de constitution, soi-disant la plus grande menace potentielle à nos libertés de citoyens occidentaux, sur la parenté indéniable et indissociable censée unir à la vie à la mort les religions, les valeurs, les modes de vie chrétiens et juifs justement face au danger supposé venir de la 3e branche du même monothéisme, l'Islam intégriste (alors que les intégrismes chrétien et juifs ont désormais pignon sur rue en terre chrétienne)...

   Nous avons les incantations régulières par tous les canaux médiatiques des intellectuels de cour comme Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut, André Glucksmann,  Bernard Kouchner, Pascal Bruckner, Alexandre Adler et de nombreux autres sur les dangers de l'"islamo-fascisme" qui, de l'Iran au Soudan en passant par le Liban, la Syrie, l'Iraq, les Talibans, Al Qaida... (mais, curieusement, pas par les terroristes tchétchènes qui combattent les Russes, les "Joundallah" qui tuent régulièrement en Iran, ni ceux qui massacrent les Serbes du Kossovo...) sont censés cerner le grand corps malade de l'Occident comme des charognards prêts à le dévorer.

   En ce mois de décembre 2010, on vient de franchir un palier supplémentaire avec l'invitation officielle d'une délégation des droites radicales populistes européennes par le gouvernement le plus franchement réactionnaire (Netanyahou-Lieberman) au pouvoir depuis la création artificielle de l'État juif par l'Occident. On murmure que si Marine Le Pen ne fait pas partie de cette fournée, c'est bien malgré elle, et parce que, son père étant encore vivant et aux commandes, passer l'éponge sur le florilège de petites phrases sulfureuses qui a si longtemps défrayé la chronique du landerneau parisien, eût été prématuré... Pourtant certains de ses conseillers pousseraient la candidate du F.N. dans ce sens. Ce sera peut-être pour la prochaine fois. À moins que le bon sens ne finisse par prévaloir. Les jeux ne sont pas encore faits.

   Du point de vue d'un esprit européen bien compris et conçu, un tel recentrage des courants populistes autour de la doxa occidentiste, s'il se produisait, ne pourrait que retarder l'apparition des forces de libération dans l'Europe soumise à l'Empire américanocentré, ou ce qu'il en reste. Il serait dommageable, dans la mesure ou le temps presse. Dans l'intérêt général de nos peuples, une rupture avec ce système mortifère est plus que jamais souhaitable. Si elle ne se produit pas rapidement, nous pourrions être entraînés dans une escalade catastrophique des crises et des conflits imposés à nos États par des pouvoirs qui collaborent volontairement avec le système prédateur et dominateur dont nous ne sommes que les supplétifs.

   Les nouvelles forces populistes, pour ne pas être dépassées à leur tour par des événements et des politiques venus d'ailleurs, pour ne pas servir de piétaille aux stratèges de l'Occident moribond, feraient mieux d'affirmer leur différence : celle d'un non-alignement radical, d'un retrait de nos troupes de ces guerres perdues d'avance et qui servent d'autres intérêts que ceux de nos patries. Celle d'un retrait de nos économies du système libéral-mondialisateur qui ne cherche qu'à broyer les peuples au service de ses logiques financières apatrides.
   Une telle stratégie d'indépendance et de recouvrement de notre souveraineté à l'échelle continentale nous incitera à chercher de nouvelles alliances, précisément parmi les États que fustige et opprime l'Occident : l'Iran, la Russie, la Syrie... et la Turquie, qu'il faut détacher de l'OTAN sans pour autant l'intégrer au gouvernement de l'Europe.
   Une telle stratégie exige de l'imagination et surtout du courage politique, deux qualités dont manquent cruellement les élites au pouvoir en Europe. Toutefois, lorsque des hommes politiques nouveaux se montreront à la hauteur des enjeux, les peuples d'Europe sauront les reconnaître et leur accorder leurs suffrages.

   Terminons en disant que les nouvelles orientations, identitaires, économiques et géopolitiques souhaitées ici, si elles se  présentent un jour — et  leur possibilité s'accroît  à mesure que s'approfondit la crise — ne se feraient pas sur le dos d'Israël, mais bien entendu, contre la politique illégitime de domination, d'occupation, de spoliation et de guerre civile ininterrompue imposée au monde par ce petit État colonial depuis plus de soixante ans.
   Seule une Europe européenne, dégagée du carcan occidental (occidentiste disait Alexandre Zinoviev) pourra contribuer à résoudre la question palestinienne dans l'intérêt de tous ses habitants, juifs, palestiniens et autres; dans l'intérêt de la paix et de la stabilité de cette région méditerranéenne si proche de nos frontières.

   Les grandes manœuvres décrites ci-dessous, hélas, ne vont pas du tout dans ce sens !

Jacques Marlaud

*Bat Ye'or :
-Islam and Dhimmitude: Where Civilizations Collide, Fairleigh Dickinson University Press, Madison (New Jersey), 2001.
-Face au danger intégriste Juifs et chrétiens sous l'Islam, Berg international, 2004
-Eurabia: The Euro-Arab Axis. Fairleigh Dickinson University Press, Madison (New Jersey), 2005

Source Europalestine :

     Ajoutons les commentaires ci-dessous glanés entre autres sur le "site d'informations antifascistes" Reflex à propos des “Assises internationales contre l’islamisation” auxquelles ont assisté un millier de personnes à Paris, le samedi 18 décembre , associant le Bloc Identitaire à l'association Riposte laïque
    L’intervention du président du Bloc identitaire, Fabrice Robert fut la plus politique. Elle s’est efforcée de donner un “cadre” et une  “lecture du monde” à une assistance, mêlant vieux militants et militantes laïcs ou féministes à l’extrême droite. Dans son intervention, M. Robert fait de la confrontation avec l’islam désigné comme “un corps étranger”, une question “de vie ou de mort”, un “enjeu civilisationnel”...

Bloc Identitaire et Ligue de défense juive : des connivences ?

    Selon Reflex,  « les liens entre le BI et la Ligue de défense Juive (LDJ) sont de moins en moins masqués. C’est ainsi que l’on pouvait voir samedi une équipe d’une petite dizaine de militants ultra-sionistes assurer la protection du colloque, main dans la main avec les gros bras du Bloc et sous la conduite de Philippe « Avichaï » Wagner dont la discrétion n’a d’égale que celle d’un « Lion du Golan ». La présence de ce dernier à la tête des petites frappes LDJistes ne sera une surprise que pour tous ceux qui auraient raté les derniers errements politiques d’un personnage qui ne les compte plus. La première apparition publique de Wagner avec la LDJ date en effet de janvier dernier lors du procès de quatre militants du groupuscule qui, fin 2008, s’étaient amusé à « immoler » le scooter de Thomas « Freidrich » Werlet (puisque tel est son nom complet), président du groupusculaire et éphémère Parti Solidaire Français. Outre la venue de Gil Taïeb, la présence d’Alexandre Gitakos n’était pas étonnante puisqu’annoncée via l’association France-Israël Jeunes dans un communiqué explicite adressé aux « patriotes français ».
    Mais surtout ce fut sans surprise - puisque annoncée de longue date - que l’on vit notre « star » de la scène skinhead « apolitique » en la personne de Wagner, en grande conversation avec les jeunes de la LDJ, notamment David A. Ainsi, des fanzines et rassemblements skinheads des années 1980 à un soutien inconditionnel aujourd’hui à l’État d’Israël et ses représentants les plus extrémistes (…) ce qui concrétise une longue suite de contacts entre BI et ultras pro-israéliens, en particulier sous l’égide de Richard Roudier. »
***
Les chrétiens d'Orient sont-ils vraiment menacés ? Par qui ?

    Dans la même veine de cet unanimisme anti-islamique qui transforme en alliés objectifs d'improbables compagnons de route tels que les nationalistes identitaires, les milices sionistes, l'arrière-garde des vieux souverainistes gaulliens, les chrétiens intégristes et nombre de féministes partisans de la laïcité intégrale, il faut inclure la récente campagne en faveur des chrétiens d'Orient.
    Coup sur coup, Valeurs Actuelles du 23 décembre et le Figaro Magazine du 24 décembre
2010 affichent en couverture : " Il faut sauver les chrétiens d'Orient " (V.A.) et " Ces chrétiens qui résistent " (F.M.)
    Valeurs Actuelles ouvre le feu avec cette phrase caractéristique du directeur de la publication, Guillaume Roquette : « Aucune religion, aucune communauté n'est aujourd'hui plus persécutée que celle des chrétiens. Pourquoi alors ce silence en Occident ? » (ndlr. le sort des Palestiniens depuis plus de soixante ans, celui des Kurdes, des  chiites et des sunnites irakiens depuis les agressions, les sanctions et l'occupation américaines —20 ans d'horreurs, de famine et de massacres— n'émeut visiblement pas M. Roquette.)
    L'historien Max Gallo enfonce le clou de cette croix : « Faut-il voir dans cette prudence, voire dans cette indifférence, l'oubli des racines chrétiennes de l'Europe, au moment où nous nous apprêtons pourtant à fêter Noël ? »
    Jean Raspail renchérit dans la piété en imaginant qu'« un jour donné, tous les chrétiens du monde, et en premier lieu les catholiques, se mettent à prier ensemble pour leurs frères d'Orient... »
    L'indispensable Bernard-Henri Lévy mêle sa voix à la méloppée avec ce commentaire intéressé « Eh bien, nous ne pouvons pas nous taire sous prétexte qu'il ne faudrait pas attiser le "choc des civilisations". Car qui parle de "choc" ? » et qui le veut ? Certainement pas Israël (nous soulignons). Ni les églises chrétiennes. Ni l'Occident. Mais ceux qui commettent des attentats en Irak (ndlr : à qui profite le crime ? Des rumeurs disent que le Mossad n'est pas tout à fait innocent en ce qui concerne bon nombre d'explosions qui secouent le Moyen-Orient depuis plusieurs décennies... ce ne sont que des rumeurs, il est vrai), qui assassinent des prêtres en Turquie (ndlr : depuis que ce pays n'est plus un allié d'Israël, il a bon dos), qui persécutent les chrétiens au Soudan (ndlr : Dans son récent ouvrage de réinformation, Carnages. Les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique —Fayard, novembre 2010—, Pierre Péan offre une version beaucoup moins angélique et victimaire de la longue guerre civile qui divise le Soudan et fit des centaines de milliers de victimes. Mais Pierre Péan n'est pas un ami de BHL et des causes sacrées qu'il défend.) et qui —car tout est lié— entretiennent la fièvre antisémite mondiale (nous soulignons, car nous y voilà : martyrologue sioniste et victimologie soi-disant chrétienne se rejoignent dans le même concert de lamentations auxquelles les identitaires et leurs alliés laïques ajoutent la susceptibilité identitaire froissée par quelque prières musulmanes dans les rues de Paris —que les pouvoirs publics auraient
certes mieux recadrer, soit dit en passant— pour faire prendre la mayonnaise d'un nouveau front anti-islamique).
    La seule note discordante dans cette éruption de trémolos dont se fendent plusieurs éditorialistes, des religieux, des associatifs, des politiques (pétition de 85 députés), nous est jouée par Jean-Claude Guillebaud, essayiste et chroniqueur au Nouvel Observateur qui s'intéresse aux chrétiens de Bethléem, l'une des plus anciennes communautés chrétiennes du Proche-Orient : « jadis importante, elle fond depuis dix ans, à une vitesse incroyable, soumise à une double injustice : les chrétiens sont tenus en lisière par les Israéliens; qui les accusent d'être pro-Palestiniens parce qu'arabes, et ostracisés par les fondamentalistes palestiniens parce que chrétiens.... »
    Ce qui est volontairement passé sous silence par les nouveaux croisés de l'Occident, c'est le fait que partout en Orient, les chrétiens d'origine arabe collaborent politiquement avec leurs compatriotes d'autres obédiences religieuses. On oublie de dire qu'au Liban, les résistants à Israël du Hezbollah ont de puissants alliés maronites autour du général Aoun, qu'en Irak, le parti nationaliste Baas de Saddam Hussein, détruit par les envahisseurs yankees, admettait les chrétiens dans ses rangs : Tarek Aziz, l'ancien ministre des affaires étrangères du gouvernement irakien avant 2003, aujourd'hui condamné à mort par le gouvernement fantoche à la solde de l'occupant usaméricain, en était un membre éminent. De même, en Iran, pays musulman chiite, les minorités d'autres obédiences religieuses, notamment les juifs, les chrétiens et les sunnites, sont parfaitement tolérés et respectés, dans la mesure où ils ne font pas de subversion politique, comme se le permettent certains petits groupes d'activistes entretenus par les services secrets étrangers pour tenter de renverser le régime.
    En fait, les pays musulmans où chrétiens, juifs et autres minorités  religieuses connaissent le plus de difficulté pour pratiquer leur culte et vivre leur différence, sont les alliés de l'Oncle Sam : l'Arabie soudite, le Koweit et autres pétromonarchies ainsi que le Pakistan.
    Conclusion : il n'y a pas de cause globale à défendre en ce qui concerne les chrétiens d'Orient, mais des situations diverses auxquelles on ne peut appliquer les mêmes paramètres. La tentative de créer un "choc des civilisations" qui n'existe pas naturellement, de diviser les arabes entre eux, de désigner l'islam comme un ennemi principal de l'Occident (il n'existe pas UN islam, pas plus qu'il n'existe UN Occident) est une application de la vieille maxime machiavélique divide et impera (diviser pour régner), de la part de pouvoirs qui sentent le nouvel ordre du monde leur échapper et qui rêvent de l'éclatement d'une nouvelle guerre mondiale pour sortir de la crise où ils se sont mis eux-mêmes, et nous avec.

Jacques Marlaud

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