Lectures L'esprit des livres Sommaire
Les carnets de Pierre Le Vigan
2009
6 juin 2009
Robert Brasillach avait écrit dans sa Lettre à un soldat de la classe soixante
: « Quand reviendront des jours paisibles, je ne me battrai plus
que pour deux choses : le drapeau noir et les copains. Il faudra plus
que jamais se souvenir de l'ignominie des corps sociaux. » La
formule de Brasillach a été reprise par Mathieu Laurier
dans Il reste le drapeau noir et les copains
(1953 et éd. de l’Homme Libre, 2006). Pour beaucoup de
collaborationnistes, il ne restait plus, de fait, après la
guerre, que le drapeau noir et les copains. En effet, le
caractère massif de l’Épuration physique, sans
même parler des carrières brisées, des honneurs
bafoués, etc, ne fait pas de doute et tranche par exemple sur la
courte et petite « terreur blanche » de 1815. La terreur
rouge et gaulliste de 1944-45 fut une vraie terreur.
Pour en prendre la mesure, il importe
de se rappeler quelques faits. Les fusillés par les Allemands
comme otages ou après condamnation à mort sont
estimés à 4000 environ ou au maximum à 5200 en
incluent les massacres du type Oradour. (cf. Jean-Pierre Besse, Les
fusillés : Répression et exécutions pendant l'Occupation. 1940-1944,
éd. de l’atelier, 2006). Au moment de
l’Épuration, plus de 1500 condamnations à mort sont
exécutées. Quant aux victimes de
l’Épuration sauvage, leur nombre n’est bien
sûr pas exactement estimable. Elles seraient au moins de 10 000
selon la plupart des historiens actuels – mais la tendance
n’est-elle pas à la minoration de toutes les victimes
« non politiquement correctes » de la seconde guerre
mondiale, qu’il s’agisse des bombardés de Hambourg
ou Dresde, des maréchalistes assassinés, etc ?. Le
ministre de l’Intérieur Adrien Tixier avait donné
en novembre 1944, alors que l’Épuration était loin
d’être terminée, le chiffre de 100 000 victimes. De
manière plus rigoureuse, l’historien Robert Aron
avançait quelques années plus tard le chiffre de 40 000
à 50 0000 victimes. Jean Pleyber chiffrait dans Écrits de Paris
les assassinés ou exécutés à 68 000, et
Henri Amouroux, enquêteur souvent avisé, avançait
un chiffre entre 10 000 et 15 000.
Pourquoi une telle ampleur dans
l’Épuration ? Il semble qu’il faille la mettre en
regard non des crimes allemands ou collaborateurs mais de la peur
éprouvée et de la honte de soi de nombreux
français. En vérité, l’image que les
français avaient eu d’eux-mêmes, et ce avant
même la guerre, au moment de la « France de
l’apéro et des combines », était trop
peu glorieuse pour ne pas souhaiter la gommer par une illusoire
vengeance épuratrice déguisée en
héroïsme du cinquième quart d’heure. Le
mensonge d’une France résistante tout entière
dressée contre l’Occupant nazi perdure encore. Il pollue
et trouble encore les mémoires. La vérité
est pourtant simple, et fort banale : hormis quelques milliers de
personnes d’un côté ou de l’autre, la France
aspirait à sortir de l’histoire. Elle y est
d’ailleurs fort bien parvenue, - malgré la
parenthèse gaulliste et ses illusions - et nous en sommes encore
là. Cela durera tant que l’histoire sera écrite par
les vainqueurs, et tant que les français n’écriront
pas enfin d’une manière plus équilibrée leur
histoire, en parlant à l’occasion des tortures de la
Gestapo mais aussi des égorgements de bébés ou de
vieillards dont le seul tort était d’appartenir à
une famille comptant un membre de la Milice, en parlant des motivations
nobles et moins nobles à la fois chez les uns et chez les
autres. Bref, en se disant la vérité.
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26 avril 2009. Fred Scamaroni, né en 1914, était jeune haut fonctionnaire avant la dernière guerre. Dés 1940 il est gaulliste et résistant. Il est arrêté en Corse en 1943 par les services italiens d’occupation. Il se suicide dans sa cellule avec un fil de fer, en s’ouvrant les veines, pour ne pas parler. Question : qui, aujourd’hui, pousserait à ce stade l ‘amour de son pays, et le sens de l’honneur : ne pas livrer ses camarades, sans disposer d’un poison simple, en étant obligé de se donner la mort à petit feu, dans d’atroces souffrances ? Avec son propre sang, il avait écrit sur les murs de sa cellule : « Vive la France, vive de Gaulle ». Seigneur, quelle hauteur de vie et de vue vertigineuse. En sommes-nous dignes ? Voilà en tout cas comment se payait l’immense dignité d’aimer son pays jusqu’au bout.---------------
26 avril 2009. Calvin. « Plus encore que pour Luther, chez Calvin, l’Ancien (ou premier) testament et le nouveau (ou second) ne font qu’un. Sans être la seule, l’oeuvre de Calvin et le développement de sa pensée vont contribuer à la modernité : la dimension de la conscience, l’idée de responsabilité civile, l’importance de l’engagement civique au quotidien, ou encore l’importance de la raison – sans que celle-ci ne s’oppose d’ailleurs à une certaine mystique… » dit le Pasteur Gil Daudé, de Paris. Ce que j’entends, c’est que le calvinisme a contribué à mettre sur pied l’individualisme, à développer l’idée de responsabilité strictement individuelle, à dissocier l’engagement social de la solidarité communautaire, à séparer la raison du cœur en niant qu’on ne comprend bien qu’avec le coeur. Accessoirement si, contre l’évidence du récit, l’Ancien Testament et le Nouveau ne font qu’un, ce ne peut être que parce que le Nouveau n’est interprété que sous l’angle de vision de l’Ancien.
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15 février 2009. Le photographe Brassaï fut « la sentinelle frémissante de la réalité » disait Henry Miller qui l’appelait l’œil de Paris. « Cet homme a plus que deux yeux » écrivait Jean Paulhan.
Brassaï (1899-1984) était né à Brasov – d’où son pseudonyme - , ville de Transylvanie austro-hongroise avant 1918, puis roumaine. Ses photographies de Paris restent les plus admirables, les plus profondément parisiennes qui soient et échappent au « pittoresque », une ignoble invention moderne. Brassaï disait : « Comme le poète ressuscite les mots usés, le créateur d’images s’attaque lui aussi à tout ce qui est devenu habituel… Surprendre avec ce que nous avons tous les jours à satiété devant les yeux…» (Jean-Claude Gautrand, Brassaï, Paris, Taschen, 2008).
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15 février 2009. L’écrivain américain Henry Miller (1891-1980) écrivait : « C'est parfois l'échec qui est le meilleur gage de succès et souvent un retard s'avère plus utile qu'un progrès. Nous sommes rarement en mesure de nous rendre compte à quel point le négatif sert à produire le positif, à quel point le mal engendre le bien. « (Peindre c'est aimer à nouveau, Livre de Poche, trad. Georges Belmont). « Etre soi-même, rien que soi-même, c'est inouï. Mais comment y arriver, comment y parvenir? Ah! c'est ça l'astuce, ça le plus difficile de tout. Le scabreux, c'est justement que cela ne demande pas d'effort. Le tout, c'est de ne pas vouloir être ceci ou cela, ni grand ni petit, ni habile ni maladroit...tu me suis? Tu agis selon ce qui se présente. Mais de bonne grâce, bien entendu. Parce qu'il n'y a pas une chose qui n'ait son importance. Pas une. » (Le sourire au pied de l'échelle, Livre de Poche, trad. G. Belmont).
27 janvier 2009
Tant qu’on n’aura pas compris que les droits de l’homme ne peuvent être qu’une conséquence des droits des peuples, droits des peuples à exister, à perdurer, à avoir leur terre, leur langue, leur autonomie, leur identité, leurs mœurs, leur façon d’écrire leur histoire et ainsi tout simplement leur avenir, on ne fera jamais avancer les droits de l’homme concret. Car l’homme concret appartient à un peuple. C’est par la mise en œuvre des droits des peuples – droit notamment de contrôler leurs ressources -, de s’émanciper de la dictature mondiale des marchés - que les droits humains peuvent être pris en compte. L’homme est d’abord un être social, un être en communauté, et une communauté complète est une communauté politique.
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Une adversaire sans doute mais un type
humain sympathique
Houria
Bouteldja a cofondé en 2003 le collectif féministe les Blédardes, et est
devenue porte-parole du « Mouvement des Indigènes de la République ». Elle défend un féminisme musulman dont la
thèse est : « Ce n’est pas l’islam qui opprime les femmes, c’est la
lecture machiste qui en est faite. ». Son collectif se distingue
radicalement des Ni putes ni soumises, si
facilement récupérées comme on l’a vu.
Il n’est pas du tout certain
que les idées de Houria Bouteldja soient compatibles avec le maintien d’une
identité française et européenne forte et fière, ne serait-ce que par sa
prétention à nous imposer la repentance, mais il faut savoir que ce ne sont pas
les musulmans qui, jamais, ont imposé la repentance comme idéologie dominante,
ce sont les lobbies culpabilisateurs et immigrationnistes qui finissent par
être victimes d’un retour de bâton. Ils ont levé des forces qu’ils ne
contrôlent plus.
9 Janvier 2009
Création d’un « front de libération de la ligne 13 » du métro parisien. Au-delà de l’humour, c’est un signe. Bien sûr, comparé aux massacres de la population civile de Palestine par l’armée israélienne à Gaza, l’affaire parait mineure. Elle l’est et ne l’est pas. Au vrai, les conditions d’entassement de nombre d’habitants de la région Ile de France dans les transports sont odieuses et constituent une atteinte à la dignité humaine. Les hommes sont traités en troupeaux. Ils sont réduits à du bétail au moment où les animaux eux-mêmes sont réduits à de la viande. Il y a là un enchainement. Une deshumanisation totale de la société aboutit à considérer que les flux de transports doivent être accélérés à n’importe quel prix et que les résistances nationales doivent aussi être brisées à n’importe quel prix : à Guantanamo ou à Gaza.
4 novembre 2008
Les banlieues des années 60
furent une utopie brutale. Leur destruction ajoute à la violence du projet
puisqu’elle invalide tout ce qui était une utopie de cité idéale, l’utopie d’un
accès au bon air, à la verdure, et aux attributs du logement modernes (vide
ordure, balcons, machine à laver, parking pour la voiture…). Il est vrai
qu’entre le moment de la construction des grands ensembles et les destructions
des années 2000, ce n’est pour l’essentiel plus la même population qui les
habite, les enfants à la Doisneau et les populations qu’évoquent Marc Bernard
dans Sarcellopolis (1964) ont cédé la
place à des populations très largement non françaises d’origine. Les lieux de
l’utopie – qui était une utopie « moderne » mais, aussi contestable
soit-elle, était donc une utopie française et européenne - sont devenus des
lieux de ghetto. Les photographies de Mathieu Pernot acquises par le Fonds
municipal d’art contemporain de la Ville de Paris ou regroupées dans son ouvrage
sur Le grand ensemble aident à
comprendre cela. Le professeur Michel Poivert écrit très justement : « Mathieu
Pernot associe plusieurs éléments pour former un univers à la fois analytique
et expressif: la reproduction de cartes postales de grands ensembles des
banlieues françaises, des vues d’implosions d’immeubles anéantis par les plans
de réaménagements urbains, des détails des cartes postales montrant des figures
humaines et enfin les retranscriptions des messages inscrits au revers des
cartes postales. Ces documents d’une imagerie vernaculaire troublent d’abord
par leur facture, les cartes postales sont des photographies grossièrement
colorisées et possèdent cette beauté de l’union improbable de l’archive et de
son esthétisation par la peinture contemporaine (de Gerhard Richter à Yves
Bélorgey). Mais plus profondément, leur éclat de chromo traduit aujourd’hui
l’utopie dont était jadis porteuse l’architecture des grands ensembles. Ces
images de citées idéales recèlent les rêves anciens de la Reconstruction. La
brutalité de l’association de ces images aux vues d’implosions en noir et blanc
est apparue nécessaire à l’artiste pour traduire l’ampleur du choix politique:
la destruction des utopies. Reste les hommes, où se cachent-ils ? En
grossissant la reproduction des cartes postales jusqu’à entrer dans la trame
d’impression, des figures ressurgissent, des hommes en marche, des enfants, des
femmes, tous pris en image lorsque l’opérateur dans un plan large cherchait à
rendre l’immensité des architectures à peine sorties de terre. Fantômes
ressurgis du passé, ces habitants de l’utopie ne nous sont pas indifférents: la
plupart nous regardent. Étaient-ils conscients alors de la présence de
l’opérateur? Simple hasard d’une composition qui englobe à l’échelle de
l’immensité de minuscules existences? Peu importe, en revanche, ce qu’en fait
Mathieu Pernot est là: le peuple des grands ensembles a un visage, et avant
qu’il ne soit celui des réprouvés de l’ordre social, il avait les traits des
bambins de Doisneau. » (Mathieu Pernot, Le
Grand Ensemble, éd. Le Point du Jour Éditeur, 2007).
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Alain Finkielkraut fait l’objet de nombre de mauvais procès. Je le dis d’autant plus volontiers que je ne partage pas tous ses points de vue. Il écrit à très juste titre : « La mémoire, c’est d’abord la distance. Les héritiers des victimes ne sont pas des victimes. La première chose que nous devons à ceux qui sont morts, c’est de ne pas nous prendre pour eux. Toute ma famille a été déportée, mais pas moi ! Ce serait pour moi un sacrilège que de m’épingler une étoile jaune en manifestant contre l’antisémitisme. »
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20 octobre 2008 John Dewey (1859-1952) notait : « [La démocratie] est l'idée de la communauté elle-même. Elle est un idéal au seul sens intelligible du terme ; à savoir, la tendance et le mouvement d'une chose existante menée jusqu'à sa limite finale, considérée comme rendue complète, parfaite. (…) Lorsque les conséquences d'une activité conjointe sont jugées bonnes par toutes les personnes singulières qui y prennent part, et lorsque la réalisation du bien est telle qu'elle provoque un désir et un effort énergiques pour le conserver uniquement parce qu'il s'agit d'un bien partagé par tous, alors il y a une communauté. La conscience claire de la vie commune, dans toutes ses implications, constitue l'idée de la démocratie. » (Œuvres philosophiques 2, Le public et ses problèmes, Editions Farrago/Léo Scheer, Université de Pau, 2003). La conception de John Dewey est proche sur ce point de celle de George Orwell qui met la common decency à la base du lien social et de toute démocratie possible. C’est pourquoi il ne peut y avoir de démocratie dans une société d’immigration de masse.
11 octobre 2008 Georges
Marbeck fut membre du groupe Vive La
Révolution, mouvement maoïste atypique post-68. Il a écrit L’Orgie, voie du sacré, fait du prince,
instinct de fête (Robert Laffont, 1993). Il répond à une question de
Fréderic Joignot (Le Monde 2, hors
série, mars-avril 2008) dans le cadre d’un dossier sur mai 68 :
« - Il
est fréquent d’entendre des voix sentencieuses dénoncer l’influence néfaste de
la ’’révolution des mœurs’’. Qu’en pensez-vous ?
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23 septembre 2008,
Martine Aubry rappelle deux évidences qui ont malheureusement cessé d’en être
depuis prés de 20 ans. Elle a « deux
ambitions ». La première est le retour au politique contre le
mystico-people. « Réaffirmer la nécessité du retour de la politique, et la
politique, dit-elle, ce n'est pas tout de dire nous allons faire ce que vous
voulez
», ce qui nous éloigne de la démocratie dite
participative de
Ségolène Royal qui n’est autre qu’une
« démocratie » d’opinion. Martine
Aubry affirme aussi : « Les Français nous le
demandent, ils ne veulent pas
d'une gauche étroite, ils ne veulent pas d'une gauche qui
épie les réactions de
l'opinion pour mieux la chevaucher. » Martine Aubry est
social-démocrate
mais du moins l’est-elle avec sérieux.
Une certaine gauche se dresse depuis plus de 20 ans contre la nation.
Le communautarisme est son arme. Julien Landfried, auteur de Contre le
communautarisme (Armand Colin, 2007) remarque ainsi : « Si on analyse
le rôle des médias, il faut voir comment une certaine presse de gauche, à
partir des années 1970-
Le philosophe Philippe Forget note avec justesse : « Quand
l’appareil d’État autorise des associations prébendées, à représenter des
communautés hantées par leur peau, leurs mœurs et leurs superstitions, enfin
toutes animées d’un ressentiment mémoriel, il rompt le pacte républicain car le
peuple souverain ne se reconnaît pas de sections. S’il se sectionnait en
ethnies, sexes ou églises, émergeraient bientôt des législations spéciales et
des justices particulières. L’inflation des postures ‘’victimaires’’ sert à
évacuer l’unité de
Philippe Forget note encore : « Aussi, face au désastre de
Bien entendu. Toutefois, qui parle de réconciliation
entre Français de souche et immigrés ? Ceux qui se préoccupent de ces
questions parlent plutôt d’égalité – il s’agit d’une égalité de destin
potentiel – et la réconciliation nécessaire concerne la droite sociale et la
gauche nationale qui doivent converger et conjuguer leurs efforts puisque le
social et le national nécessitent d’entreprendre les mêmes combats pour la
souveraineté du peuple.
Philippe Forget écrit encore : « Le Peuple est en amont de toute sociologie des populations, sachant cependant qu’un excès de bouleversement démographique risque de se transformer en changement qualitatif du paysage commun, au point que la reconnaissance historique et culturelle de soi devienne impossible. Toute forme d’existence nécessite un équilibre interne pour assurer sa transmission ou son renouveau, à peine de sombrer dans l’épars du non-sens. Il n’est pas ici question de la fixité d’une essence à préserver, mais d’un lien fédérateur qui noue et renoue un sens commun, au travers des époques et de leurs métamorphoses ».
Immigration zéro ? Inversion des flux
migratoires ? Si on est inflexible sur la souveraineté du peuple, sur
seulement d’illustrer
bien sûr. Mais de saisir le monde par soi, et, dans le cas de Pajak, de
faire parler les morts : Nietzsche, Pavese, Paul Rée, … " Le coupable, nous le connaissons tous, ce n’est pas l’Islam, ce n’est pas l’immigré, c’est le libéralisme économique "
Thomas Demada écrit, dans le bulletin électronique Voxnr (4 octobre 2007) ces lignes qui devraient faire réfléchir sur ce qui menace vraiment les identités : « A Téhéran, la Perse bobo rêve de donner des cours d’aérobic. A Alger sévit une scène ’’black metal’’, l’Internet a suffit, pas besoin d’immigration nordique pour importer la misère culturelle de l’Occident. ’’Gothiques’’ de la Casbah, décérébrés par MTV, ils ignorent la lutte d’émancipation de leurs parents. Parlons du Japon, modèle absolu de Guillaume Faye : l’immigration n’y sévit pas vraiment, pourtant la jeunesse y est plus cosmopolite, plus débile, plus insignifiante que partout ailleurs. Comment hisser sur le pavois un pays où les mangas et les animés ne représentent que des traits européens, une vraie négation de soi… Les identités ne se menacent pas, ne se menacent plus entre elles. Elles sont collectivement en danger, de l’intérieur. Le branleur des halls d’immeuble qui ne rêve que d’un 4x4 Cayenne et d’une boulette n’est pas un musulman puissant, c’est un Américain en puissance …
2007
Novembre 2007. Marcel Sembat
(1862-1922) fut un des principaux dirigeants du Parti socialiste de la fin du
XIXe siècle aux années 20. Député du 18e arrondissement de Paris à
partir de 1893, ministre en 1914, il fut aussi critique d’art, ami de nombreux
peintres, et marié lui-même à la remarquable peintre et sculpteur (auteur
notamment d’un buste de Jules Guesde)
Georgette Agutte, ancienne élève de Gustave Moreau.
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6 octobre 2007. Thomas
Demada écrit, dans le bulletin électronique Voxnr (4 octobre 2007) ces
lignes qui devraient faire réfléchir sur ce qui menace vraiment les
identités : « A Téhéran, la Perse bobo rêve de donner des cours d’aérobic.
A Alger sévit une scène ‘’black metal’’, l’Internet a suffit, pas besoin
d’immigration nordique pour importer la misère culturelle de l’Occident.
‘’Gothiques’’ de la Casbah, décérébrés par MTV, ils ignorent la lutte
d’émancipation de leurs parents. Parlons du Japon, modèle absolu de Guillaume
Faye : l’immigration n’y sévit pas vraiment, pourtant la jeunesse y est plus
cosmopolite, plus débile, plus insignifiante que partout ailleurs. Comment
hisser sur le pavois un pays où les mangas et les animés ne représentent que
des traits européens, une vraie négation de soi… Les identités ne se menacent
pas, ne se menacent plus, entre elles. Elles sont collectivement en danger, de
l’intérieur. Le "branleur" des halls d’immeuble qui ne rêve que d’un 4x4 Cayenne
et d’une boulette n’est pas un musulman puissant, c’est un américain en
puissance…
Les responsables de toute cette misère sont à chercher du
côté du CAC 40 pas de
Khartoum… A qui profite l’immigration ? Certainement pas
au clandé’, qui a
surtout colonisé les petits ateliers pour finir calciné
dans le gourbis infâme
d’un trafiquant de sommeil. Le coupable nous le connaissons tous,
ce n’est pas
l’Islam, ce n’est pas l’immigré, c’est
le libéralisme économique (…) ».
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Le paysagiste Gilles
Clément observe : « Le capitalisme financier est fondamentalement destructeur.
Et il n’a même pas besoin de la démocratie pour exister, la Chine en fait la
preuve ! ». Mais la politique française est sous la coupe des lobbies
que ce soit dans le domaine de la grande distribution ou dans celui des
pseudo-« écocarburants » qui sont une véritable imposture :
chers, anti-écologiques, alibis pour continuer à soutenir le lobby automobile.
Il faut repenser notre rapport au monde dans le sens du respect, des limites,
de la mesure, d’une économie recentrée sur le local. Gilles Clément précise
encore : « Il est illusoire de penser qu’on va résoudre la crise
écologique sans changer de système économique » (cf. Louisa Jones et
Gilles Clément, Une écologie humaniste, Aubanel, 2006).
Un signe des temps : la
susceptibilité maladive des politiques
7 septembre 2007. Eloge du trop. Il
n'y a pas d'écriture personnelle sans quelque manifestation de l'excès qui est
un des principes de vie sans lequel le monde ne serait pas tel qu’il est.
L'inconvénient est que beaucoup confondent méchanceté et excès. La méchanceté
n’est pas la férocité, ce n’est pas la fureur, ce n’est pas l’éructation
indignée, ce n’est pas le soulèvement dont manque notre temps. Les petites
méchancetés mondaines sont le contraire de l’excès, du trop.
Contrairement au trop, elles n’aident pas à comprendre, elles rabaissent
les enjeux au lieu de les hausser. Quand aux méchancetés brutales mais bien
policées, elles sont légion dans notre monde politiquement correct mais
moralement fourbe. Il faut essayer d’y prêter le moins d’attention possible.
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5 septembre 2007. Il y a deux types de lumières. L’une
éblouit et aveugle plus qu’elle n’éclaire. L’autre éclaire vraiment, mais elle
n’éclaire jamais tout, elle laisse des choses dans l’ombre. C’est le prix à
payer pour voir ce que l’on met en lumière, ce que l’on cherche à donner à voir
dans sa clarté. Reste à choisir ce qu’il convient de laisser dans l’ombre.
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5 septembre 2007. Il y a deux types d’écrivains. Les uns sont dans la retenue et la maîtrise des émotions. Cela peut être très beau, pour autant que la langue soit belle (Chardonne, Proust …). Les autres sont dans l’exposition d’une certaine dimension de l’intime (qui n’est pas l’exhibitionnisme). Ils écrivent comme ils vivent, c’est-à-dire qu’ils ne cachent pas toujours leur tristesse, leur jubilation, leur rage (un vrai vivant est de temps en temps furieux), leur envie d’aimer ; c’est Drieu dans ses articles de critique littéraire, c’est Céline, à la fois pudique et impudique, ou si l’on préfère pornographique mais jamais obscène. Et bien d’autres encore. Ce sont là deux styles. Peut on choisir entre eux ? Je n’en suis pas sûr. On est choisi.
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Éloge de l’échancrure
Août 2007. Voltaire : « Le secret d’ennuyer est
celui de tout dire ». Déjà, il convenait éviter les ennuis de la
transparence. Sans parler de sa vulgarité.
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« Je ne fais rien sans joie » disait Montaigne.
Ce qui est sûr, c’est qu’on ne fait rien de bien sans joie.
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30 août 2007. Il y a des gens qui liment les griffes de
leur chat. Idée extravagante et de mauvais goût. Oui, les chats griffent à
l’occasion. Et alors ? Où est le problème ?
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Jorge Luis Borgès disait : « La vie donne tout
à tous, mais encore faut-il pouvoir le voir ».
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Léonardo Sciascia écrivit à propos de Pier Paolo
Pasolini : « J’étais – et je le dis sans vantardise, douloureusement – la seule
personne en Italie avec laquelle il pouvait vraiment parler. Ces dernières
années, nous avons pensé les mêmes choses, dit les mêmes choses, souffert et
payé pour les mêmes choses. Et pourtant nous n’avons pas réussi à nous parler,
à dialoguer. Je ne peux que mettre le tort de mon coté, la raison du
sien » (in James Dauphiné, Léonardo Sciascia, Qui suis-je, La
Manufacture, 1990, p. 76). Mystère des proximités sans pouvoir (se) le dire.
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Paysages urbains. Echancrures. L’essayiste et reporter
Jean Rolin (Journal de Gand aux Aléoutiennes, La clôture, …) dit : « Dans une société où tout
est voué à servir et à produire le plus possible, dans un tissu urbain de plus
en plus dense où tout doit avoir une utilité, le fait qu’il existe des
échancrures qui ne servent à rien, des lieux qui ne sont pas rentables, c’est
extrêmement réjouissant ».
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« Trouver n’est rien. Le difficile est de s’ajouter
ce qu’on trouve » écrit Paul Valéry (Monsieur Teste). Il faut
s’accroître de ce à quoi on a été confronté. Le même : « Je suis
rapide ou rien », signe des intelligences aphoristiques. « Je rature
le vif », signe de ceux qui écrivent avec leur sang.
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30 août 2007. Jules Renard tenait ce propos plus exact
que jamais : « Le métier des lettres est quand même le seul où on
puisse sans ridicule ne pas gagner d’argent ».
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31 août 2007. Paris perdu, quarante ans de
bouleversements de la ville, ouvrage
collectif dirigé par l’urbaniste Claude Eveno (Carré, 1991 et Gingko,
2005) est un vrai chef d’œuvre d’intelligence critique et de finesse du regard.
Attentif, nuancé : il n’y a pas une de ses critiques qui ne soit stimulante
pour les amoureux non point tant de Paris – ville qui a cessé d’être aimable à
beaucoup d’égards – que du mystère même
des changements des villes.
Marcel
Aymé, homme libre s’il en fut, dit d’un de ses personnages :
« C’était un homme, il jugeait les hommes selon leurs qualités, et non
selon les catégories ».
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Serge
Audier, qui enseigne la philosophie à Paris Sorbonne remarque que François
Furet ne retient du libéralisme auquel il a accordé ses préférences ni
l’associationnisme de Tocqueville ni les vues de Raymond Aron sur la légitimité
des conflits en démocratie. De même, le libéralisme social, celui de John
Stuart Mill, qui considère que la répartition des richesses ne relève d’aucune
science mais de choix politiques et sociaux ne l’intéresse pas. « La
société juste qu’il projetait [J-S Mill], libérée du désir obsessionnel de
s’enrichir, était incomparablement plus égalitaire que nos démocraties
libérales » (« De Marx à
Tocqueville, un libéralisme paradoxal », Le Monde, 6 avril 2007, p. 12). Cela n’enlève rien au fait que
François Furet restera un historien majeur, novateur, à la clarté d’écriture et
d’exposition des faits et des idées tout à fait admirable.
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Alain
Garrigou, professeur de sciences politiques et auteur de L’ivresse
des sondages
(La Découverte, 2006) dit : « Le sondage
favorise
les ’’réponses légitimistes’’. Le
vote Front national étant mal perçu, le sondé
va donc le cacher, tout comme la non-inscription sur les listes
électorales. » Il poursuit par cette remarque
très juste : « Le
sondage par questionnaire à choix multiples est une machine de
censure de la
souffrance et de la violence. On ne dit pas à un sondeur
qu’on a envie de tout
faire péter ! » (20 minutes, 2
avril 2007).
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La
différence entre les artistes et les architectes, c'est que ces derniers
produisent de l'art comme les artistes, mais aussi de l'usage.
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Avril
2007. Les hommes politiques ne répondent plus aux questions des journalistes
mais à celles de citoyens pris dans leur diversité. Cela pourrait être un
progrès. L'inconvénient est qu'un « tas de gens » ne fait pas
« le tout du peuple ». Un peuple n’est pas une addition d’individus
venant chacun avec leur problème demander une solution pour eux comme on
demande une place de crèche pour son petit dernier.
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Avril
2007. Grande page d'un magazine : publicité pour un quelconque groupe de
pression ou d'influence avec une photo de l'apnéiste Loïc Leferme (171 mètres
en plongée). Bel athlète. Image de la force et de la sérénité. L'ennui, c'est
qu'au moment de la mise en page, deux ou trois jours avant, le 11 avril, il est
mort lors d'un entraînement. Il n’y a pas de force sans fragilité. Pas de
grandeur ni de beauté sans tragique.
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Je plaide
pour la communauté du peuple et pour la communauté des peuples.
Mais il n’y a d’amitié entre les peuples possible que si chaque peuple se
respecte lui-même et se fait respecter. C’est pour cela que je suis dans une
voie tierce qui n’est ni le mondialisme niveleur ni le nationalisme étroit,
mais qui est le fédéralisme et la subsidiarité.
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Lecture
de Dernière année d’Alain de Benoist, 5 ans ou plus après leur parution
(début 2000). Je ne l’avais pas lu, je ne peux donc affirmer qu’il s’est
bonifié avec le temps. C’est pourtant probable. L’ouvrage ne se lit pas comme
un roman. D’une part parce que beaucoup de romans ne se lisent pas avec plaisir
ni intérêt (à supposer que ce ne soit pas la même chose) d’autre part parce que
Dernière année se lit crayon en main (c’est aussi le cas de quelques
très bons romans, et on appelle cela de la littérature). 20 ou 30 notes ne sont
pas de mon goût, ce qui, sur 300 pages et quelques 2000 notes, est peu. L’avantage des « carnets » c’est
qu’on peut y mêler de mini articles et des citations et aphorismes, – les siens
ou ceux que l’on a fait siens. On pourrait croire que c’est un exercice facile
qui consiste à rester à la surface des choses. Le risque existe. Mais,
s’agissant du genre des carnets, genre qui comporte inévitablement une
dimension personnelle – ce qui ne veut pas dire exhibitionniste – être
superficiel est-il tenable ? Peut-on rester longtemps en compagnie de
soi-même si la face de soi que l’on présente est médiocre ? Il y a de la
profondeur dans l’ellipse, dans l’elliptique, dans le bref, dans le nerveux,
dans le sanguin. Il y a de la subtilité, et de l’ambivalence, mais aussi, et
pour cela même, de la sincérité. D’où la difficulté, et le risque de
l’exercice, comme s’en explique Alain de Benoist dans son avant propos. D’où
aussi le sentiment d’être touché en profondeur quand ces carnets sont réussis –
ce qui est le cas.

2006
20 septembre 2006. Tribunal correctionnel de
Marseille. Bruno et Catherine Mégret sont condamnés dans une affaire de
financement politique délictueux d’une campagne électorale – l’affaire des
timbres-poste – par la mairie de Vitrolles (sans enrichissement personnel). Le procureur s’écrie : « Vous
manquez de courage et d'honneur, M. Mégret ! Un chef assume, vous n'assumez
pas, et votre lâcheté rejaillit sur les autres ». Une radio nous apprend qu’il aurait qualifié les Mégret de
« tontons flingueurs » de la politique – traits d’humour plein de
finesse (sic) et, là encore, d’audace. Des propos
virils et altiers quand on sait le pouvoir de certains hauts politiques sur les
carrières des magistrats. Des propos sans concession face au « puissant »
Bruno Mégret et à la « très influente » Mme Mégret. N’en doutons
pas : de tels propos flétrirons demain d’encore plus puissants que Bruno
et Catherine Mégret, et a fortiori quand il sera question d’enrichissement
personnel, ou d’emplois fictifs, ou de faux électeurs, ou de frais de bouche de
plusieurs millions de francs. Le
magistrat est revenu sur la répartition du pouvoir à la mairie de Vitrolles, « Catherine Mégret est devenue maire de
Vitrolles car elle y a vu de la lumière ! » a ironisé le magistrat (Libération,
article de Michel Henry, 19 septembre 2006 qui nous apprend que les
détournements du temps de la gestion Mégret auraient été remboursés, et Le
Monde,
19 septembre 2006). Assez curieusement, personne ne relève ce
que
ces propos ont de méprisants pour les électeurs
s’agissant d’une personne qui,
sauf erreur n’est pas devenue maire de Vitrolles à la
suite d’un putsch mais a
été élue même s’il est bien
évident que c’était en tant qu’épouse
de M. Mégret.
Pour être tout sauf sympathisant de M. Mégret je trouve
l’acharnement de la
justice face à ceux qui n’ont aucun pouvoir assez effarant.
Samedi 26 avril 1986. Le réacteur de
Tchernobyl projette son couvercle dans les airs. Une radioactivité plus de 50
fois supérieure au tolérable se répand, et tout d’abord sur les pompiers et
soldats venu lâcher en hélicoptère des sacs de sable pour tenter d’éteindre
l’incendie. Si le magma en fusion touche l’eau déversée par les pompiers, ou
bien la nappe phréatique qui alimente une région immense, une explosion
infiniment plus catastrophique que ce qui vient d’arriver déjà se produira sans
doute. Pour cela des mineurs vont creuser un tunnel de
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Christian de La Mazière , Le rêveur casqué, éd. de Fallois, 2003. L 'auteur, né en 1922, décédé le 15 février 2006, avait beaucoup appris de la vie, et de la guerre sans doute, et des femmes certainement. Son sens de la fidélité, « qui est la plus belle des vertus », était grand. Fidélité non point tant à des idées qu'à des choix faits en des circonstances bien précises. Fidélité à un chemin et à ceux rencontrés sur ce chemin. La fidélité ne se divise pas. Si Christian de la Mazière pouvait être fidèle au souvenir de la jeune juive rencontrée peu de temps après sa sortie de Clairvaux c’est aussi parce qu’il était capable d’être fidèle au souvenir de ses camarades de la Division Charlemagne. C’est une vérité paradoxale pour les cerveaux de buffle des temps actuels. Christian de la Mazière disait encore : « Tout ce qui nous importe vraiment, tout ce qui compte et fait le vrai prix de la vie, relève du don pur et simple ».

2005
Il y a deux types d'action. L'une est celle qui se
manifeste en oeuvre - ou plus précisément est à l'origine de l'oeuvre -
c'est-à-dire une production qui existe après sa réalisation extérieurement à
son auteur mais qui en reste le fruit. L'autre est le travail, au sens moderne
du travail salarié, c'est-à-dire une activité abstraite qui n'a de sens que
pour un autre que son auteur, celui-ci ne maîtrisant pas la visibilité de son
activité, ni sa destination, ni ses conditions de production. (On doit à Hannah
Arendt la redéfinition de cette antique distinction entre travail et œuvre).
Cette activité - cette action sans maîtrise d’elle-même - peut aussi prendre le
nom de travail aliéné. Ou encore de salariat. Or, c’est seulement l’œuvre, en
tant qu’elle est extérieure à soi, et non à
même soi, qui permet à l’homme de se réaliser. C’est en tant qu’elle rend
manifeste l’écart entre l’homme tel qu’il est et l’homme tel qu’il produit,
fabrique, construit des choses (c’est-à-dire
tel qu’il produit des œuvres), que l’œuvre, justement, rend possible le
séjour de l’homme sur terre. Que le travail tende toujours à être une oeuvre,
c’est-à-dire, au-delà de la dépense
de fatigue, tende à se matérialiser,
à se cristalliser, à s’incarner dans une œuvre identifiable, voilà qui reste un
enjeu de civilisation décisif, bien plus que d’entrer dans la prétendue
civilisation des loisirs. L’œuvre n’est pas une donnée naturelle de l’activité
de l’homme mais elle est un appel pour l’homme à construire sa propre humanité.
En fonction de la distinction d’Arendt, ce n’est pas le travail qu’il faut
réhabiliter, c’est l’œuvre, c’est l’effort vers une œuvre, la production d’une
oeuvre.
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Octobre 2005. L’impôt sur le revenu a le mérite
essentiel d’être juste, et il subsiste après impôt, en France, un écart de
revenu bien au delà du raisonnable. Sous couvert de « simplification », le
gouvernement Villepin va en fait
scandaleusement exonérer plus encore de leur contribution aux charges
communes les couches qui ont bénéficié des largesses du gouvernement - médecins
spécialistes notamment, aux honoraires augmentés aux frais de
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Dans l’excellent dossier du Magazine littéraire sur Hannah Arendt (septembre 2005), coordonné
assez judicieusement par Perrine Simon-Nahum, il y a, à mon sens, quelque chose
qui détonne et agace : c’est l’entretien avec Laure Adler mené par Catherine
Clément. A cette occasion, Hannah
Arendt, de sujet d’un dossier, devient le prétexte à parler du récit
inclassable, sauf peut-être dans la catégorie auto-fiction transposée et
narcissique, du texte de Mme Adler (Dans
les pas de Hannah Arendt). Laure Adler écrit en substance que quand
Heidegger écrit à Hannah Arendt : «
Comment pouvez-vous penser que je puis être antisémite puisque je vous ai aimé
? » (Magazine littéraire, p.48), cela
prouve que Heidegger est antisémite (« c’est un aveu supplémentaire
d’antisémitisme »). Un tel « raisonnement »
laisse perplexe. Il permet évidemment de « prouver » tout et son
contraire. Laure Adler dit aussi, et c’est certes son droit de penser ainsi
(mais est-on encore dans le registre de la pensée sereine, ou dans celui de la
pensée inquisitoriale, soupçonnante, symptômale et au fond stérile ?) : « … les
camps de concentration obsèdent son esprit (à H. Arendt), mais elle pense,
comme Heidegger, que les génocides ont toujours existé. Elle ne voit pas que
c’est le point de rupture décisif de l’histoire de l’humanité. Elle ne le
comprend pas. Je crois qu’en profondeur, comme beaucoup d’intellectuels juifs,
elle souffre de ce que Lessing appelle la haine de soi » (Magazine littéraire, op. cit., p. 49). C’est dire si Mme Adler est
pour le moins une journaliste approximative et certainement pas une philosophe
sérieuse. C’est pourquoi les propos de Catherine Portevin tombent juste (Télérama, 22-28 octobre 2005, pp. 44-49)
: « En ‘’mettant ses pas’’ dans ceux de Hannah Arendt, elle (L. Adler)
nous inflige aussi les poncifs des femmes qui comprennent les femmes, si
sensibles, si amoureuses, si courageuses, si bouillonnantes, si proches de la
vie concrète, etc ». (…) « Pour autant accuser de ‘’haine de soi’’ - alors et aujourd’hui encore - celle qui dés
le début avait vu l’antisémitisme au fondement du nazisme (et du totalitarisme
en général), celle qui, en 1942, s’époumonait en vain aux Etats-Unis contre le silence entretenu sur le sort
réservé aux Juifs en Europe, est tout autant irrecevable ». (Notons que C.
Portevin n’est pas critique sur tous les aspects du livre de Laure Adler). Une
consolation : si le livre de Laure Adler aura au moins servi à amener un seul
nouveau lecteur à lire Hannah Arendt, il n’aura pas été tout à fait inutile.
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La mondialisation comme intoxication. C’est
l’hypothèse qu’aborde Rüdiger Safranski dans Quelle dose de mondialisation l’homme peut-il supporter ?, (Actes Sud), 2005. L’homme, remarque
Safranski, a toujours été agi par la volonté de savoir. Mais il est question
maintenant de l’extension sans fin du champ des « savoirs-faire », c’est-à-dire
des techniques. L’homme peut maintenant se fixer des objectifs à l’échelle de
la terre. Mais ces objectifs ne sont pas œcuméniques. Le thumos, l’ardent désir de différence qu’évoquait Platon nourrit les
singularisations inter-humaines. Et celles-ci s’opposent à la mondialisation
comme uniformisation. Le plurivers
s’oppose à l’univers. Le concept abstrait d’humanité ne répond pas au désir
humain de concrétude, d’identité et de limite. « L’homme a besoin au bout du
compte de se délimiter » disait Hegel. De son coté, Napoléon affirmait : « La
politique c’est le destin ». C’était avant 1815, avant la « naissance de la
modernité » (François Fourquet). La prédominance des facteurs économiques a
changé cela ; l’argent est devenu l’équivalent universel de toutes les valeurs
; il amène à penser global mais aussi à agir mondial. Et la logique du global
se traduit dans la logique du capital mondialisé, qui ne connaît ni préférences
territoriales, ni culturelles, et développe les techniques les plus rentables
pour l’extension de l’économie marchande et de la profitabilité, et non les
techniques les mieux adaptées à telles aires culturelles. D’où la mise en
danger des singularités humaines.
Goethe posait, notamment dans Les années d’apprentissage de Wilhelm Meister, la question de la
cohérence entre le cercle des sens et le
cercle de l’action. Ce que nous percevons, ce qui nous sollicite, ce qui nous
attire doit être peu ou prou réalisable. Les émotions doivent pouvoir être
évacuées par l’action. Sans quoi il y a frustration et éparpillement.
L’infinité des sollicitations a un effet nocif de par leur possibilité même
liée à leur caractère vain. Tout le monde peut aller au bout du monde mais
maintenant presque tous les « bouts du monde » se ressemblent et du reste le
monde n’a pas de bouts. L’abolition des distances permet des expéditions sans
acheminement et sans expérience. C’est la fin des médiations, et c’est aussi la
fin des médiateurs : les prêtres, les rois, les sorciers, et jusqu’au milieu du
XXè siècle les idéologues qui leur avaient succédé.
Extrait de l’écrivain Rosamond Lehmann : « Elle
était un être dont le passé tout entier formait un grand cercle, fermé à
présent, et bon à être abandonné. Bientôt elle serait capable de commencer à
penser : "Ensuite ?" Mais pas encore » (Poussière, 1927, éd. 10/18). Une sûreté d’expression que l’on
trouve aussi chez le grand créateur d’atmosphère qu’était Sébastien Japrisot
(1931-2003). « Si j’aborde dans mes livres certaines choses que je pense sur la
société, cela me vient vraiment des personnages. Tout ce qui m’intéresse, c’est
humain, ce n’est jamais idéologique. C’est pourquoi après Compartiment tueurs, mes romans s’écartaient de plus en plus du
policier pour aller vers le roman psychologique où il n’y a plus vraiment
d’intrigue policière. Je pouvais dire des choses à travers des personnages qui
sont confrontés à une aventure qui les dépasse. Plutôt que de prendre des
policiers qui voient des meurtres tous les jours, autant prendre un personnage
comme vous et moi qui est confronté à un meurtre ou à une histoire dans
laquelle il ne devait pas être. J’aime les personnages qui sont dépassés par
les événements et qui, finalement, gagnent sur les événements. C’est d’autant
plus intéressant quand c’est une héroïne, qu’on croit plus vulnérable, en tout
cas plus fragile physiquement que les hommes, et qui est protégée par le
lecteur qui a peur pour elle plus que pour un héros masculin. » (S. Japrisot,
cité in Le Devoir, 22/11/1986). Il
disait encore : « Le roman policier n’est pas un genre mineur. Balzac et Graham
Greene ont écrit des policiers. Vous pensez que j’exagère de me comparer à
Balzac et Graham Greene ? Il faut être ainsi à notre époque. Je ne dois pas
pêcher par facilité [...] Si j’ai choisi d’écrire des histoires policières, c’est
parce qu’elles sont un alibi commode pour dire ce dont, par nature, je ne
voudrais parler qu’à voix basse. Les événements y font un tel vacarme qu’on
peut crier et chanter à tue-tête. Seuls, les plus près de vous entendent. » (S.
Japrisot, préface à La Course du lièvre à
travers les champs, Denoël, 1972).
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Le luxe, dans la vie, c’est ce que l’on peut
donner.
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Anne Gorouben. Artiste, plasticienne, « figurative
non réaliste » comme elle se définit elle-même. Elle aussi, comme l’artiste
suisse Christine Seiterlé, travaille sur les gens comme ils sont, c’est-à-dire
non pas comme ils sont reconnaissables, mais comme ils sont mystérieux. « Les
gens gagnent à être connus, disait Paulhan. Ils gagnent surtout en mystère ».
Anne Gobouren parle ainsi de son art : « Le dessin est pour moi une pratique
quotidienne. (…) Le dessin vient d’une disposition à être réceptive à ce que la
réalité m’offre ». (…) « Je suis davantage une guetteuse qu’une observatrice
dans le sens où le dessin est quelque chose qui m’advient et que j’éprouve,
fruit d’une expérience, d’un moment vécu, comme une sorte de moment premier.
J’attends que le réel me saisisse, je guette quelque chose qui, dans le
familier d’une situation, puisse m’apparaître comme unique, essentiel et
nécessaire ». (propos recueillis par Bernard Bretonnière, Le Journal de la médiathèque de Saint-Herblain, Loire-Atlantique,
2000).
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Franz Liszt écrivait en substance: « Il y a de plus
en plus d’artisans, et de moins en moins d’artistes». Maintenant, c’est pire.
Il y a de plus en plus de gens qui se déclarent « artiste » et de moins en
moins de bons artisans.
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Contre le bougisme. « C'est
ainsi qu'un type humain
a été sélectionné et fabriqué en
Occident, puis universalisé : l'individu
adaptable, l'homme n'ayant pas d'autre horizon que de suivre le
mouvement, ce
type amenuisé et passablement ridicule que Nietzsche, en 1886,
caractérisait
sans aménité : ‘’Un animal grégaire,
un être docile, maladif, médiocre, l'Européen
d'aujourd'hui !‘’ Un nouveau type humain défini par
le croisement de l'esprit
de conciliation et du goût de la résignation. Cette
soumission à un ersatz de
destin et cet arrogant oubli de la volonté accomplissent et
illustrent la
trahison du message le plus profond des Lumières : l'homme se
fait en faisant
son histoire, et il doit la faire selon des fins qu'il a lui-même
fixées, en
référence à des principes universels. C'est en
quoi l'imaginaire politique
contemporain, étant post-illuministe, est post-moderne : il se
présente comme
un mixte de relativisme et d'involontarisme. Il ne reste qu'un discours
normatif et prescriptif minimaliste, conceptuellement ultra-pauvre : le
discours de l'adaptation au mouvement supposé du monde comme il
va. En quoi les
"mouvementistes" sont aussi des hyper-modernes. Bouger avec ce qui
bouge, tel est l'idéal. L'idéal néo-moderniste
» écrit Pierre-André Taguieff
dans Résister au bougisme (Mille et
une nuits, 2001). Des propos qui n’ont pas de quoi dépayser une certaine droite
conservatrice-révolutionnaire ni une gauche anti-progressiste.
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Quand l’air ne porte pas, il est inutile de s’acharner à
battre des ailes. Il faut trouver une autre atmosphère.
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Printemps 2005. A propos de l’adoption
d’enfant par les couples homosexuels, M. Dominique Strauss-Kahn dit : « Pour
moi, l'adoption doit être regardée du point de vue de l'enfant plus que du
point de vue des parents. Certains pensent que, par nature, il est dommageable
pour un enfant d’être élevé par un couple homosexuel. Je considère que penser
cela est une faute morale et, sauf à ce qu’on me démontre le contraire, un
non-sens scientifique (entretien accordé à Libération,
11 mai 2004). C’est à cela que l’on reconnaît une certaine gauche (et même une
certaine droite) qui est généralement aussi immorale qu’elle est
moralisatrice ; on la reconnaît à
l’usage des grands mots : « faute morale ». Penser juste nécessite une rupture
radicale avec le langage et la pensée de la « faute ».
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Jean-Marie Le Pen au 1er mai 2005 : «
Ils vous disent "unissons nos faiblesses, nous ferons une force, unissons
nos vices, nous forgerons la vertu " et, air connu, "avec votre
vieille ferraille, nous forgerons l'acier victorieux" ». Qu’on s’en
réjouisse ou non, il n’y a guère de gens en France pour être aussi joyeusement
polémique, et savoir manier si heureusement les références historiques, qui, au
demeurant, sont comprises par de moins en moins de gens.
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Le sens du mythe. Le mythe, ce n’est
pas une sortie du réel mais un pont entre deux réels, une façon d’accéder aux
deux faces, ou aux multiples faces du réel. Ainsi, Le livre Dr Jekyll et Mr
Hyde, de Robert-Louis Stevenson, et le roman de Valérie Martin, Mary Reilly (1990) aident à comprendre
cela.. Francis Bordat écrit : « Comme le texte de Stevenson, le décor de Mary
Reilly – le film de Stephen Frears (1995) – rappelle que la géographie profonde
du mythe n’est pas celle des contraires, mais celle des passages, et des
correspondances » (« Hollywood au travail, Dr Jekyll et Mr Hyde », Autrement, figures mythiques, 1997, p.
141).
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Référendum de mai
2005 en France sur le
Traité constitutionnel européen. Jean-Pierre
Chevènement dit (11 mai 2005) : «
D’un coté vous avez 100 % des élites
installées, les grandes signatures, les
grands noms, et de l’autre coté, vous avez 50 % du peuple
et peut-être même, je
l’espère, un peu plus ». Conclusion de
l’ancien ministre : « Beaucoup de gens
se rendent compte que voter non est le seul message que l’on peut
envoyer à des
élites sourdes et aveugles ». De son coté, le
politologue Marc Crapez note avec
justesse à propos de certains partisans du Oui : « Les
ténors du oui au traité
constitutionnel traitent leurs adversaires d’attardés,
d’étroits, de frileux,
de myopes, de repliés, voire fulminent des invectives telles que
: ‘’comique
troupier’’ (Giscard d’Estaing),
‘’vérole antidémocratique’’
(Alain Minc),
‘’chaumière claquemurée’’ (Michel
Maffesoli). Ce langage illustre le mépris d’élites
sans attaches qui estiment que le peuple a besoin de tuteurs.
C’est à peine un
lapsus s’ils parlent sans cesse de pédagogie,
méthode d’apprentissage destinée
aux enfants. C’est pourquoi ils sacralisent une cour de justice
européenne qui
échappe au contrôle démocratique et bafoue le
principe républicain de la
séparation des pouvoirs. Ils se croient chargés
d’arracher les peuples à leurs
mauvais penchants populaires. On pourrait rétorquer à ces
gens-là que le
général de Gaulle critiquait leur tendance
’’technocratique, apatride et
irresponsable’’ (conférence de presse du 9 novembre
1965) » (Marc Crapez in Métro,
18 mai 2005, p. 10).
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La question de la société allemande
pendant le national-socialisme a fait l’objet de nombreux travaux
contradictoires. Si l’interprétation de Daniel Guérin ramène cette évolution à
un stade autoritaire et totalitaire du capitalisme et insiste sur la
persistance de fortes inégalités, beaucoup d’autres travaux mettent en lumière
une forte mobilité sociale et, en un sens, une circulation des
« élites ». Une circulation des élites, mais quelles élites ? Il
est bien entendu que ceux qui dirigent ne sont les meilleurs qu’en fonction de
critères de valeur toujours contestables. En tout cas, l’existence d’une
circulation de certaines « élites » a été démontrée par David
Schoenbaum (La Révolution brune. La
société allemande sous le IIIe Reich, Laffont, 1979, et Tel Gallimard,
2000), et par l’historien Götz Aly, malgré le caractère très criticable de
certaines de ses thèses.
Cette circulation s’est faite à un
niveau jamais vu et a consisté en une certaine maîtrise des inégalités – à
quelques exceptions caricaturales près comme l’immense fortune de Goering (cf.
« Débat. Le nazisme et l’Etat social », Courrier
International, 757, 4 au 11 mai 2005). La limitation des inégalités entre
Allemands était en tout cas un fait – ne changeant rien à la réalité des
considérables spoliations opérées par ailleurs. Exemple : la cinéaste Leni
Riefenstahl percevait en droits d’auteur pour son film Les dieux du stade environ 100 fois le salaire annuel d’un ouvrier,
pour un film qui lui demandait plus d’un an de travail. Alors que, de nos jours
et en France, l’indemnité de départ du PDG de Carrefour Daniel Bernard
correspond à 2500 ans de salaire d’un smicard. Ce qui correspond à une
inégalité nettement supérieure.
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Plus on commémore, plus on rend hypothétique le
souvenir de ce qui s’est réellement passé. Jean Baudrillard écrit : « La commémoration s’oppose à la mémoire
: elle se fait en temps réel et, du coup, l’événement devient de moins en moins
réel et historique, de plus en plus irréel et mythique … » (Libération, 17 février
2005).
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Les photographies de
Jean-Luc Moulène, musée du Jeu de Paume, mai 2005. Femmes prostituées de
Hollande photographiées nues et de face, les yeux grands ouverts. Moulène
reprend à son compte un propos du chorégraphe Steve Paxton (un des créateurs de
l’improvisation contact) : « Rien ne
vaut le réel, quelle que soit la version du réel qui sert de point de départ ».
S’agit-il encore d’obscène : certainement pas puisque c’est toute la présence
corporelle qui est convoquée et puisque le regardant se sent regardé.
Impression d’être dans un atelier de dessin de modèle vivant. Erotique, très
érotique au demeurant, et simultanément dépourvu de toute vulgarité. L’érotisme n’a de sens que s’il est une
post-pornographie, une pornographie qui redevient érotique, et non pas quelque
chose à mi-chemin entre le rien et la pornographie. Un peu de pornographie
éloigne de l’érotisme, beaucoup y amène (bien entendu, en toute rigueur, il
faudrait dire beaucoup peut y ramener car il n’y a là rien d’automatique).
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En matière de dessin de
femmes nues, l’essentiel c’est de ne pas tricher avec l’axe du monde. Ou
l’Origine du monde que peint Courbet. La vallée des merveilles.
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Il faut être fidèle à ce à
quoi l’on croit, et plus encore, fidèle à ce que l’on cherche.
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Printemps 2005. Le
politicien français Nicolas Sarkozy dit : « il faut faire l'Europe pour faire
des réformes en France ». En d’autres termes, il faut contourner la démocratie
pour imposer via la technocratie de nouvelles « réformes » c’est-à-dire encore
des reculs sociaux majeurs. De son coté, Laurent Fabius remarque : « Or la
constitution ne permettra pas à l’Europe de mener une politique budgétaire
suffisante : l’unanimité est requise et l’emprunt est interdit. Dans le même
temps, le pacte de stabilité gravé dans le marbre constitutionnel risque
d’empêcher les États membres de mener une politique de croissance. Autrement
dit, ce que l’on ne pourra pas faire au niveau européen, on ne pourra plus le
faire au niveau national. Dans une telle Europe, une politique de gauche en
faveur de l’emploi et du progrès social serait très difficile. Les libéraux,
comme Nicolas Sarkozy, commencent d’ailleurs à sortir du bois et à reconnaître
publiquement que c’est la véritable raison de leur soutien à cette constitution
» (entretien, l’Humanité, 17 mai 2005).
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2005. Le traité
constitutionnel n’a pas le tort d’être
fédéraliste. Il ne l’est guère. Il
présente l’inconvénient d’être
libre-échangiste ou encore mondialiste.
C’est-à-dire qu’il part du principe que
ce qui est bon pour l’économie est bon pour la
société et que ce qui est bon
pour l’économie c’est son développement
quantitatif en terme de production et
d’échange. C’est pourquoi le traité innove si
peu et est si libéral. C’est
pourquoi, non sans quelques bonnes raisons, Philippe de Villiers peut
annoncer
en cas de victoire du oui ce que sera un plan D : « délocalisations, déréglementations, déferlante
migratoire» (AFP et Le Figaro, 22 mai
2005).
De son coté, Maurice Allais a montré parfaitement les
conséquences désastreuses en terme d’emploi du libre-échangisme mondial. C’est
pourquoi il propose un néo-protectionnisme qui pourrait se résumer dans
l’article suivant : « Pour préserver le développement harmonieux du commerce
mondial, une protection communautaire raisonnable doit être assurée à
l’encontre des importations des pays tiers dont les niveaux des salaires au cours des changes s’établissent à des
niveaux incompatibles avec une suppression de toute protection douanière ». («
Aveuglement », Le Monde, 15-16 mai
2005). Ce point de vue est partagé pour l’essentiel par l’économiste non
libéral (écosystèmique devrait-on dire) René Passet (« TCE : Constitution sociale et
libérale à la fois ? Faux », Libération,
19 mai 2005). « Ce n'est plus de l'Europe qu'il s'agit, écrit René Passet, mais
de sa dilution dans l'espace mondial du ‘’laisser-fairisme’’ dénoncé par le
libéral Maurice Allais ».
De son
coté, le professeur agrégé de droit François Gaudu relève (entretien au Figaro,
19 mai 2005), trois risques majeurs dans la Constitution et le logique qu’elle
institue : 1) la non-démocratie installée durablement car le Parlement européen
n’aura guère de légitimité et sera surtout une chambre d’enregistrement, 2) la
stagnation économique par l’Euro fort et la crispation sur le seul danger
inflationniste ainsi que par le choix extrêmement net pour le libre-échangisme
mondial, et non seulement à l’intérieur des frontières de l’Europe. François
Gaudu affirme : « La Constitution consacre l'ouverture de l'Europe au marché
mondial. La stabilité monétaire est le but quasi exclusif de la Banque
centrale. Avec l'Euro fort, des pans entiers de notre industrie vont
s'effondrer. Bronislaw Geremek explique que les choses s'arrangeront à la
longue. Les Etats de l'Est rattraperont ... Il faudrait accepter un tassement
provisoire du niveau de vie à l'Ouest. Mais les emplois perdus par la France et
ses voisins risquent de se délocaliser, non pas à l'Est, mais au Sud. C'est
l'hypothèse loose-loose, celle de la « latinaméricanisation » de l'Europe : la
remise en cause du modèle social de l'Europe de l'Ouest aggrave les effets de
la mondialisation. La baisse du niveau de vie [à l’ouest], que ne compense pas
une croissance accrue à l'Est, engendre la baisse du niveau de vie [de tous]».
3) le risque de l’impuissance politique à 25. J’ajoute (PLV) que l’impuissance
des Etats et la destitution des souveraineté nationale et populaire est
organisée sciemment par ceux qui ont toujours cru à l’auto-suffisance du marché
comme principe organisateur de la vie sociale et même politique, avec une offre
UMP-PS qui fait penser aux variantes de coloris disponibles pour les mêmes
polo.
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Rainer Werner Fassbinder
disait : « Je pense qu’aucun mode de vie existant dans ce monde, quels que
soient le système, la forme de société ou l’idéologie, ne permet de véritable
liberté. Je considère donc qu’une certaine folie, si elle est possible, est un
chemin que l’on peut emprunter, pour autant qu’on le choisisse volontairement
». En d’autres termes une certaine ivresse maîtrisée, une certaine jubilation,
une certaine déraison sont nécessaires aux temps modernes.
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Février 2005. Nous sommes soixante ans après le
bombardement de Dresde. Les estimations varient de 35.000 morts, dont 25.000
identifiés, à 250.000 morts voire 300.000. Le simple bon sens indique qu’il
paraît normal que le nombre des morts réels soit de plusieurs multiples du
nombre de morts identifiés, compte tenu des circonstances. En effet, la cible
était : un million d’habitants dont une majorité de réfugiés. Les moyens
étaient : le largage de 460.000 bombes à fragmentation puis, quelques heures plus
tard, de plus de 180.000 bombes incendiaires au phosphore, - des estimations
d’un total d’au moins 3.500 tonnes de bombes -, et ce pour les deux premières
vagues, suivies par une troisième. Un « génocide » ? L’expression n’aide en
rien à la compréhension d’un drame
relevant de la « guerre totale » (Totaler
Krieg) que Goebbels appelait lui-même de ses vœux dans son célèbre discours
du Palais des Sports de Berlin le 18 février 1943, et qui n’a pas manqué de
frapper notamment l’Allemagne et les Allemands . En tout cas c’est un «
innocenticide ». Je pense au beau film australien de Vincent Ward Cœur de métisse (1992) qui met en scène
le choc de civilisations entre un homme du Grand Nord canadien et le monde
moderne, montrant cet homme pré-moderne de la terre et des eaux amené à entrer
dans
PLV

2002
Lu dans un vieux numéro du Magazine littéraire (116, 1976) sur
Céline, il y a 25 ans. Jean-Louis Bory explique que pour Céline la réalité de
la vie c'est la mort - ce qui est exactement, mot pour mot, le point de vue de
Clément Rosset. Et Bory d'expliquer que la vie reprend toujours le dessus
« même si les Chinois étaient à Cognac ». Pourtant c'est Jean-Louis
Bory qui s'est suicidé. Pas Céline. Comme quoi l’aménagement du
pessimisme (que pratiqua Céline) peut permettre de faire de vieux os.
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Matzneff, - que j'aime
beaucoup -, a un travers moderne : l'obsession de l'effectivité. Dans son cas,
tout ce qui est baisable doit être baisé. Question de tempérament sans doute.
On peut avoir un autre principe : il y a du plaisir à ne pas prendre ce qui est
prenable. C'est d'ailleurs ce que dit Montherlant, pourtant vrai chasseur (de
cul), mais ici très supérieur à Matzneff.
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Le tango épuise le fond même
de la mélancolie et de tout romantisme morbide. Il ouvre ainsi à une musique
au-delà de tout pathos (domination
des passions).
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Choses vues. Un vieil homme
(blanc) tombe dans le métro. Deux ravissantes noires - africaines plutôt
qu'antillaises me semble-t-il - l'aident à se relever et à marcher. Vous vous
imaginez ayant vu cela et criant le lendemain dans une manifestation :
« immigrés dehors ? »
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Scène de socialité primaire -
au sens de Bourdieu qui distingue la socialité de la sociétabilité. Je rentre à
minuit. J'achète une soupe (aux légumes ; l'influence de la diététique de
Matzneff ? ) et un Orangina pamplemousse. Je n'ai pas assez de liquide sur moi.
L'épicier arabe me dit : "donnez ce que vous avez, cela ira ; il faut bien
que vous mangiez". Et après cela ... voir remarque précédente.
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Tango encore. Rarement danse
exalte autant la féminité. Rarement danse pousse-t-elle les femmes à être ce
qu'elles sont au fond, à savoir profondément bonnes : attentives, humaines,
fraternelles. Attention aux nuances : dans le tango, les femmes sont libres - mais
non pas « libérées ».
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Dans le tango, l'homme doit
toujours avancer. Il dessine ainsi un topos tel celui d'Apollon dont la flèche
s'enfiche en terre, et toujours plus loin marque l'avancée à faire (cf.
Philippe Forget, L'Art du comprendre,
juin 2001).
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L'Histoire de France de Marc
Ferro (Odile Jacob, 2001). Enfin une histoire qui présente les virtualités, qui
explique les conséquences des vues du monde des acteurs. Non point une histoire
sans pesanteurs historiques (la démographie pèse, la géographie importe, etc),
mais une histoire dans laquelle les déterminations ne sont pas présentées comme
inéluctables. Un exemple : les atouts qu'avait encore Napoléon en 1812, qu'il
avait encore en 1813, et qu'il n'a pas su ni voulu voir. L'histoire ne manque
pas de carrefours, d'endroits d'où l'on peut bifurquer. Encore faut-il les voir.
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"Le goût du courage est
très répandu connu surtout sous le nom de goût du risque. En subtilisant
beaucoup on trouverait peut-être qu'il est un signe de sous-vitalité : on
risque pour donner du ton à sa vie". Nietzsche ? Non. Montherlant. Je
pense parfois qu'effectivement, d'une certaine façon, "on ne meure pas
puisqu'il y a les autres" (Aragon) ; du moins il y a certains autres, qui ne pensent pas comme vous mais à partir du
même lieu que vous, et d'où on a, pour qui sait voir, exactement le même point de vue.
Considération accessoire : la
pensée n’est rien (et la "personnalité" de celui qui pense : moins
que rien), la topographie est tout. "D'où parlez-vous ?". C'est
effectivement la question essentielle. Nietzsche appelait cela : écrire avec
son sang (nous savons, Friedrich, que c'est ce que tu faisais).
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La paranoïa : elle ne met pas
en cause l'unité de l'expérience vécue. Rien ne "dépayse" vraiment le
paranoïaque, rien ne le déstabilise : il transporte avec lui son monde, pour
lui bien plus réel que tout autre (lire à ce sujet Lily de Vooght dans L'art du comprendre n°10, juin 2001).
C'est sa force. C'est aussi sa limite : l'autisme.
_______
Étonnant style de Philippe
Forget : à la fois sec, court, aphoristique et ... baroque. Qu'il puisse y
avoir une austérité du baroque, un jansénisme du baroque n'est pas le moindre
des paradoxes.
______
Christophe Donner
("L'empire de la morale" dans Le
Figaro, 20 août 2001) : contre la folie d'unir, au sens d'unifier et de
tout uniformiser. Contre le communisme. Contre l'assimilation.
"L'assimilation devient un fantasme aussi barbare que l'élimination.
L'idée qu'à la faveur du grand métissage tous les problèmes de races auront
disparu, c'est un délire qui ne signale aucune bonté mais une paresse
intellectuelle très dangereuse. Le "grand métissage" fera au
contraire de chaque être humain le prototype d'une race à part, multipliant les
"problèmes de races" par cent millions. L'identité de chacun ne se
fera qu'au détriment de l'identification de tous, ce qui exigera de l'espèce
humaine un travail religieux mille fois plus intense". Lucide. Evidemment,
ce n’est pas dans l'esprit du temps.
______
Dimanche 22 septembre 2001.
Henri Alleg sur France Inter. Je n'ai pas une sympathie particulière pour les
compagnons de route du FLN, parti globalement inepte, inapte et raciste
anti-français qui a précipité l'Algérie non seulement dans une catastrophe
économique, mais surtout politique et morale qui fait peine à voir. En outre,
il est bien certain qu'avec 1000 fois moins de violence et un peu plus de sens
politique - comme les indépendantistes indiens - l'Algérie serait aussi devenue
indépendante, avec 4 ans de retard tout au plus. Mais écouter Alleg n'évoque
pas seulement cela. C'était tout de même quelque chose que d'être communiste,
et, à l’occasion, que de se faire torturer pour ses idées. Chapeau bas. Quand
on voit à quoi sert maintenant le beau bâtiment du siège du Parti communiste,
place du Colonel Fabien : à des défilés de mode, à des concerts de rap,
hip-hop, pourquoi pas à des défilés de pingouins, on se dit qu'un communiste
normalement constitué devrait, en pensant à ce qu'a fait Robert Hue du PCF,
"avoir la haine".
________
"Il me semble
reconnaître chez les hommes les plus forts, un point vulnérable qui les
raccorde à l'enfance, à une sorte d'originelle pureté. Chez les femmes, ce même
point les relie toujours à l'avenir, c'est-à-dire à la nécessité, à l'utilité,
et je préfère le premier secret au second", écrit Odette Joyeux (La Parisienne, n°1, janvier 1953). Bien
vu. Cela ne serait pas une mauvaise idée si, aujourd'hui, les femmes
s'intéressaient un peu à ce que sont vraiment les hommes avec qui elles
couchent ; il est vrai que cela demanderait du travail, et que l'amour est un
travail. Et ce à une époque où ce qui est in,
ce sont les loisirs.
________
Michel Houellebecq n'a pas
"toujours raison" (contrairement à qu'un slogan disait de Mussolini),
mais il dit toujours vrai, ce qui
est beaucoup mieux. "Au fond, se demandait Michel, en observant les
mouvements du soleil sur les rideaux, à quoi servaient les hommes ? Il est
possible qu'à des époques antérieures, où les ours étaient nombreux, la
virilité ait pu jouer un rôle spécifique et irremplaçable ; mais depuis
quelques siècles, les hommes ne servaient visiblement à peu près plus à rien.
Ils trompaient parfois leur ennui en faisant des parties de tennis, ce qui
était un moindre mal ; mais parfois aussi ils estimaient utile de faire avancer l'histoire, c'est-à-dire
essentiellement de provoquer des révolutions et des guerres" (Les particules élémentaires). On notera que Houellebecq ne joue pas de
l'humour, dont il explique ailleurs qu'il ne sert à rien. L'effet d'humour
vient du strict énoncé de la réalité. C'est vraiment, au sens littéral, la
politesse du désespoir (Accessoirement, cet extrait montre que, contrairement à
ce que disait un écrivain [Paul Léautaud ?], on peut faire un très bon usage du
point virgule).
______
"Il est des moments
ultimes que la conscience dilate, comme une arche, pour accueillir tous les
êtres que le coeur a nourris et qui, par une violence venue du dehors, vont
périr". ? ? Extrait de Jean-Christophe Rufin, Rouge Brésil, Gallimard, Prix Goncourt 2001. Une phrase
tarabiscotée, bancale, ridicule. Monsieur Rufin, vous n'avez pas le droit
d'aimer la littérature à ce point-là.
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Sensualité, grâce, assurance
autant qu'infinie douceur dans cette phrase : "Nous pensons aujourd'hui
que Michel Djerzinski est entré dans la mer" (Houellebecq). Savoir que :
"nous pensons maintenant ..." aurait été une phrase manquée.
_______
"Il faut se souvenir de
la place centrale qu'occupaient, pour les humains de l'âge matérialiste
(c'est-à-dire pendant les quelques siècles qui séparèrent la disparition du
christianisme médiéval de la publication des travaux de Djerzinski) les
concepts de liberté individuelle, de dignité humaine et de progrès. Le caractère confus et
arbitraire de ces notions devait naturellement les empêcher d'avoir la moindre
efficacité sociale réelle - c'est ainsi que l'histoire humaine, du XVè au XXè
siècle de notre ère, peut essentiellement se caractériser comme étant celle
d'une dissolution et d'une désagrégation progressives" (Houellebecq, Les particules élémentaires). (En somme,
un résumé de Pierre-André Taguieff, Du
progrès. Essai, Librio, 2001).
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Dans La Conscience, de Natalie Depraz (Armand Colin, 2001), un commentaire
sur la psychiatrie existentielle, qui est plutôt une anthropologie des troubles
de la psyché. Au sein de ce courant important : Wolfgang Blankenburg. Et la
réflexion - à visée très pratique, opératoire dirait-on aujourd'hui,
puisqu'elle vise à soigner - sur les
formes atténuées, "pauvres" de la schizophrénie, qui, par leur
proximité avec la normalité permettent de penser le passage de l'un à l'autre
état. L'idée principale, développée ensuite par Arthur Tatossian, est que le
soin de la schizophrénie passe par l'empathie, par une relation de confiance et
presque d'amitié entre le soignant et
le malade qui évite à ce dernier de "partir", c'est-à-dire de quitter
le sol de la compréhension commune de soi et des autres, qu'on appellera plus
brièvement "le sol familier du monde". Comme toujours : pour
comprendre est nécessaire le recours à l'intelligence, pour agir est nécessaire
le recours au coeur.
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Un cadeau de dernière minute
à faire. Idée : un Marc-Aurèle de ma bibliothèque. Le plaisir est double :
offrir et me donner l'occasion de racheter Marc-Aurèle.
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Houellebecq soulignant que si
l'écriture n'est pas en soi un plaisir, il y a plaisir à relire certaines
phrases par soi écrites. Et de citer (émission TV) une phrase de Plateforme : "Valérie me
manque". Phrase d'une totale banalité mais qui, pour de mystérieuses
raisons, est, de fait, dotée d'un grand pouvoir d'empreinte. Et ce par sa
sobriété même jointe à l'extrême précision de ce qu'elle dit : la séparation
(mort ou rupture) est atteinte à la rondeur du monde, dérobade du sol même du
monde. Il y a l'empreinte des odeurs, l'empreinte des corps, mais aussi
l'empreinte de certains mots. Lire ou relire là-dessus Boris Cyrulnik.
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Lu quelque part qu'Alain de
Benoist avait une conception « molaire » du monde (le commentateur
était-il un dentiste ?). Phrase un peu énigmatique. Voici me semble-t-il
une assez bonne définition d'un monde molaire : "Le monde que nous
connaissons, le monde que nous créons, le monde humain est rond, lisse,
homogène et chaud comme un sein de femme" (un personnage des Particules élémentaires de
Houellebecq).
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Guy Debord et la société du
spectacle. Thème très à la mode. Pas sûr toutefois que la société n'ait pas
changé de nature. Ne sommes-nous pas dans une société de l'inter-communication,
où la distinction entre spectateurs et metteurs en scène est en voie de
disparition (ce dont un Michel Serres se réjouit sans apporter quelque argument
convaincant en faveur de ce phénomène).
On croit aller voir les animaux du zoo, mais le spectacle, ce sont les
visiteurs.
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A propos de Ben Laden. Ce
garçon un peu nerveux (à l’air doux comme les faux calmes) est régulièrement
présenté comme "le milliardaire Ben Laden". Franchement, avec les moyens
qui étaient les siens, s'il avait voulu choisir l'option "piscine privée,
whisky et petites pépées" cela aurait été plus confortable pour lui (pour
d'autres aussi d'ailleurs) que de choisir le transit de grotte en grotte, les
promenades sur un cheval que l'on dit ... blanc (il a trop lu Saint-Loup, nous
expliqueront les spécialistes de la Nouvelle droite), le risque et la mort sans
doute au bout (pour nous aussi d'ailleurs). On peut reprocher à M. Ben
Laden beaucoup de choses – et notamment
d’avoir mal choisi son premier employeur – mais certainement pas d'être
matérialiste.
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Fin décembre 2001. Mort de
Léopold Sédar Senghor, père du Sénégal indépendant, admirable poète de langue
française, ami de la France. A son enterrement, ni le Président de la
République (française), ni le Premier Ministre.
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La place du père dans le
christianisme. "Notre père ..." Au fond, le postulat de base du
christianisme c'est que la famille est forcément
un échec et qu'il faut donc se trouver un père de substitution. "Notre
père" c'est l'autre père, plus fiable que le père biologique.
N'autre père, diront les lacaniens.
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Lu des annonces dans la
rubrique rencontres (appelée friendship) de FUSAC. Toujours significatif des
valeurs dominantes : recherche "créatif", "positif" (séro
?), "naturel". Suis "épanouie" (c'est fou le nombre de gens
épanouis qui sont seuls), good-looking, bien dans sa peau et dans sa tête,
... Il y a même un sud-africain qui
joue de la flûte (est-ce bien raisonnable ?), un high-profile executive, ... et
une "JF 26 ans, américaine, grassouillette mais mignonne et enthousiaste,
(qui) cherche JH 25-40, français, patient, adroit, pour m'apprendre
sexuellement". (M’apprendre quoi ? Me prendre ?). Sympa en tout
cas.
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Faut-il dire que les animaux
ont des droits ? Méfiance. On commence par dire qu'ils ont des droits, on
finira par dire qu'ils ont des devoirs, qu'il s'agit d'être animalement
correct, de ne pas manger les petites souris, ou, pire, de ne pas les tuer si
on n'a pas l'excuse de vouloir les manger, etc. Par contre, une chose est sûre,
nous avons des devoirs vis-à-vis des animaux.
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"La terre intensément
nous exauce, appesantit sur
nous son étreinte,
Brûle, alimente un
ferment. Des dieux, rocheux,
ligneux, rugeux,
Affermissent notre
alliance. Ils gardaient,
inspectaient des îles
mobiles.
Ils m'enjoignent d'être
fidèle"
Pierre Oster, Paysage du tout, Gallimard, 2000.
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Le cinéaste britannique Ken
Loach qui critique la déqualification et l'éclatement des professions du rail.
A propos des travailleurs concernés : "C'est plus grave qu'une question
d'argent. Ils ont perdu bien plus que de l'argent : toute une manière de vivre,
tout ce qui faisait la joie d'être ensemble et donnait une raison de se lever
le matin. On voit l'esprit d'équipe se perdre au profit du "chacun pour
soi". C'est tout le tissu social qui est affecté, pas seulement la qualité
du travail. Les relations humaines se dégradent, la chaleur, l'humour, la solidarité.
Il faut parler d'une sorte de vandalisme" (Le Figaro, 2 janvier 2002). Les sauvageons ne sont pas tous dans
les banlieues, ils sont aussi dans les institutions patronales.
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La souffrance de l'immigrant
est d'abord la souffrance de l'émigré. Celui-ci, par honte, minore l'expression
de ses difficultés dans le pays d'arrivée auprès de sa famille d'origine et
encourage ainsi à la poursuite de l'immigration. C'est ce que montre
formidablement bien Abdelmalek Sayad (1933-1998), disparu peu de temps avant
son ami Pierre Bourdieu, dans La double
absence. Des illusions de l'émigré aux souffrances de l'immigré, Seuil,
1999 (préface de P. Bourdieu). L'Eglise, qui en connaît un bout sur les hommes,
comprend souvent bien cette souffrance. En témoigne le fait qu'elle organise
dans les quartiers cosmopolites des "fêtes des nations" et des
"messes des nations", et non des "fêtes de
l'intégration".
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A propos des rapports entre
marché et capitalisme. Jean-Pierre Lemaire fait justement remarquer sur le site
internet du mouvement Alternative
rouge
et verte (AREV) : "C'est cette liaison intime (entre marché et
capitalisme) qui rend inacceptable la formule de Jospin “Oui
à l'économie de
marché, non à la société de
marché”. Il est d'ailleurs très éclairant
à ce
sujet d'évoquer l'opération qui a consisté sans
les années 80 à “réhabiliter”
l'entreprise et à préférer au terme capitalisme
trop négativement connoté celui
d'économie de marché bien plus souriant et destiné
comme d'habitude à présenter
les rapports sociaux comme des faits naturels incontournables. Au final
et
quelles que soient les précautions de langage, il s'agit bien de
la même
chose."
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Entretien avec Jacques
Siclier sur le cinéma français pendant l'Occupation (Télérama, 9 janvier 2002). Jacques Siclier défend justement
Henri-Georges Clouzot dont le film Le
Corbeau, sur la nausée des dénonciations anonymes, s'est vu refuser
l'autorisation de diffusion en Allemagne pendant la guerre.
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"Ce qui compte dans la
vie et surtout dans la mort, c'est ce qui n'arrive pas" écrit Patrick
Besson. C'est-à-dire que, ce qui compte vraiment, c'est ce dont on manque ?
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31 janvier 2002. Radio Aligre. Vigoureux démontage du système pseudo-littéraire
actuel, de sa médiocrité et de son fonctionnement en circuit fermé sur le mode
quasi-exclusif du renvoi d'ascenseur par Pierre Jourde, auteur de La littérature sans estomac (L'esprit
des Péninsules, 2002). Pierre Jourde n'aime guère Michel Houellebecq, ce qui
est son droit, mais semble surtout peu convaincu que tout soit permis dans le
cadre d'un roman, y compris la mise en scène de personnages tenant des propos
condamnés par la loi. Il faut bien sûr défendre sans restriction aucune le
droit au blasphème. Ensuite, libre à chacun de s'exprimer sur ses préférences.
Plus intéressant que cette incidente, Jourde note que Houellebecq ne croit pas
au moi intérieur. Et en cela se rattache aux grands écrivains. En effet, tous
les véritables écrivains "ne créent la différence individuelle que pour la
mettre en question". Houellebecq met de fait en question l'illusion du
moi. Pour lui, l'individu est sa mort : à savoir que c'est sa souffrance
comme préparation à sa mort qui, seule, lui appartient en propre.
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Savoir que Houellebecq se
rattache, comme Proust, à l'héritage de Schopenhauer, pour la vision de la
banalité du monde commun : une banalité sans dévalorisation. Mais c'est un
monde commun hanté par un manque. Alain Besançon montre bien que la place que tient
Auguste Comte chez Houellebecq tient à ce qu'il a posé le problème de la
survivance d'une société sans autorité spirituelle (Commentaire, 96, hiver 2001-2002).
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Février 2002. Robert Hue n'en
finit plus de courir après les paillettes. Tout ce qui "bouge" et
parait "branché" le fascine. Il semble vouloir s'adjoindre pour sa
campagne présidentielle les services de Fréderic Beigbeder qui lui aurait
beaucoup appris sur le capitalisme. Dans Vacances
dans le coma, Beigbeder écrit : "Le fric permet la fête qui permet le
sexe." Le désenchantement du monde a de beaux jours devant lui.
La sidérante capacité des hommes à traiter de salopes – hors
la dimension de jeu – les femmes qui s'offrent à d'autres qu'eux (ce qui
pourrait amener un jeu de mot facile). Volonté de détruire de qu'on ne peut
obtenir ? Les psychanalystes pourront en disserter longtemps. Pas étonnant en
tout cas que certaines femmes - souvent belles femmes - préfèrent la compagnie
des homosexuels à celle d'hétérosexuels à la bêtise bovine de certains hommes. Surtout dans la mesure où les femmes
font rarement de la sexualité un but en soi : elles sont prêtes à faire l'amour
par goût de l'amour tandis que les hommes sont (au mieux) prêts à aimer par
goût de faire l'amour.
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Conversation entre Daniel Karlin et Catherine Millet dans Télérama (20-26 avril 2002). Pour
Catherine Millet, la sexualité, et le plaisir, sont dissociables de l'amour.
Pour Daniel Karlin "cette
dichotomie n'a aucun sens". Selon lui, dés qu'il y a sexualité il y a de
l'amour. La vérité est sans doute plus complexe : il y a une psychopathologie
de la sexualité, des rapports aux autres suffisamment distors pour que les
rapports sexuels le soient aussi. A l'inverse, pour certains êtres, tout est
grâce. Y compris bien sûr pour des partouzeuses ou des putes. En tout état de
cause, la finalité de la sexualité n'est pas forcément de trouver l'orgasme,
comme le remarque justement Catherine Millet notant : "en écrivant, j'ai
réalisé par exemple que je m'étais dégagée de l'obsession de devoir trouver le
plaisir". La finalité de la sexualité est d'établir des rapports humains.
Allons plus loin : c'est avant tout une forme privilégiée - et particulièrement
forte - du lien social.
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21 avril 2002. Le Pen au second tour des présidentielles.
Journalistes et hommes politiques des partis éliminés du second tour ne cessent
de discourir, en toute complicité, sur les "responsabilités" de
chacun face à cette "tragédie". Belle illustration de l'existence
d'une classe politico-médiatique qui confisque le débat, le pouvoir, qui dit
quelles sont les opinions légitimes et quelles sont celles à délégitimer, à
ridiculiser, à criminaliser. On aura constaté ainsi que le patronat a demandé
à rencontrer tous les candidats de Madelin à Hue, mais pas Le Pen qui a fait un
score 4 ou 5 fois supérieur. Il faut d'ailleurs constater aussi que cet
ostracisme renforce J-M Le Pen : beaucoup de gens, sans être convaincu de la
pertinence des solutions qu'il propose ne supportent pas cette exclusion au nom
de "la lutte contre l'exclusion", ce racisme antilepeniste haineux
qui n'est pas d'une nature très différente de la haine antijuive de certains
nazis des années trente. A t-on bien compris aussi le rôle des propositions
lepenistes d'une véritable République référendaire ? A t-on vu aussi que la
droite avait tenté de créer un Parti Unique avec "l'Union en
mouvement" (sic) tandis qu'à gauche le P.S est devenu aussi un parti
unique - le P.U de la gauche (depuis la liquidation du P.C par Robert Hue).
Quant au fond, il est bien certain que le nombre des électeurs dont le candidat
ne sera pas au second tour n'a cessé de croître : 56 % en 1995, 63 % en 2002.
Il faut certainement, entre autres réformes, envisager, pour que les élections
présidentielles ne connaissent pas une abstention croissante, de permettre,
ainsi, le maintien au second tour, non pas seulement des deux premiers
candidats arrivés en tête, mais de trois ou de quatre, celui obtenant le plus
de suffrages devenant président. Cette fin du bipolarisme limiterait le
mimétisme affadissant actuel et favoriserait un vrai débat entre projets.
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28 avril 2002. Maurice Lévy, Président de Publicis. "Il faut laisser la
communication à sa place ; Lionel Jospin aurait certainement fait un meilleur
résultat en étant lui-même avec ses qualités et ses défauts plutôt qu'en
écoutant ses conseillers en communication".
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Vieillir, c'est restreindre, et s'est se restreindre. C'est
restreindre le champ de ce à quoi on tient. Ce n'est pas rétrécir l'espace de
la vie - qui au demeurant se rétrécit suffisamment par elle-même, c'est choisir
ce qui compte vraiment. C'est ensuite
tenir plus serré cela qui importe.
C'est faire mourir à l'avance ce qui gagne à mourir à temps sans quoi
l'élégance y perdrait.
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La mère de Brasillach aimait à dire : "Le dernier mot
de la morale reste l'allure". La mère d'un ami, chrétienne, ne demandait à
Dieu qu'une chose : "Seigneur, donnez-moi la force de faire ce que je
dois".
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A l'ère du machinal et du mondialisé, le politique, en
Occident (l'Occident c'est l'Europe en tant qu'elle se meurt), régule les
affects collectifs et co-produit de contre-affects afin d'éviter le
surgissement des conflits. C'est en ce sens que le politique prend
inévitablement la forme du système politico-médiatique (lire Alain Gauthier, Désastre politique, éd. Léo Scheer,
2002).
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"Tout est truqué dans le monde contemporain, et
cependant on s'y blesse"
(Montherlant, Le treizième César).
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Cet homme qui revient à ses heures, et dont la présence ne
cesse de gagner en puissance d'évocation, qui dit le tout de la lumière, et le
tout de la misère, et en cette clarté d'abîme, qui dit du monde l'extrême
tranchant, et l'extrême coupure, et la blessure même. Cet homme : Léo Ferré,
qui ne cessera de nous être fidèle.
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"Tenir un journal relève d'une activité de basse police
et d'indicateur" écrivait Jacques Perret. C'est malheureusement vrai pour
une grande partie des actifs en ce domaine.
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"Il faut savoir regarder le néant" écrit Aragon.
Plus dur : se laisser regarder par le néant.
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"Il faut sortir de la gueule du loup par la gorge du
loup" écrivit un jour Yves Navarre.
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"La vie est un drame, c'est sa seule noblesse",
écrit Xavier Patier (Le démon de l'acédie,
roman, La Table Ronde, 2001. L'acédie a
été décrite par Evagre le Pontique qui la considérait comme "la dernière
bataille", c'est-à-dire l'ultime. Mais la lutte contre l'acédie commence
par le refus de sa sur-évaluation. En d'autres termes, pas de pathos : décrire
des symptômes, c'est déjà presque s'en délivrer. Car toute description est un
travail, et tout travail est anti-acédique.
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Qui donc disait : "la vie, ce n'est pas si grave"
? Cela ne veut évidemment pas dire qu’elle n’est pas tragique.
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Dans le système tel qu'il est, la lutte contre les
exclusions (les exclus du logement, les sans-papiers, etc) est une voie
réformiste. La voie révolutionnaire c'est poser la question de ce qui manque
vraiment : la place de chacun dans la société, un lien social basé sur autre
chose que l'avoir.
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La revue Prosper
(Les Salles, 30570 Valleraugues, prosper.dis@wanadoo.fr), revue écologiste et
distributiste, pose la question, non pas du "développement durable"
(tarte à la crème du productivisme relooké)
mais de la décroissance soutenable (n°7, chrysanthèmes 2001).
Développant des thèses inspirées du Crédit social canadien (créditisme), de
Georges Valois à l'époque du Nouvel Age
et de Jacques Duboin, mais aussi de René Dumont, les rédacteurs de Prosper s'attachent à démontrer qu'il
n'y a pas de croissance indéfinie possible dans un monde fini, et que la
question clé est celle des usages. Rappelons que les Américains représentant 5%
de la population mondiale consomment prés de 50 % des richesses. Le modèle américain n'est donc par
définition pas transposable. Or, il sert de référence. C’est là le problème.
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Quand il y a du sexe entre un homme et une femme, il n'y a
jamais que du sexe. Mais quand il n'y a pas de sexe entre un homme et une
femme, il n'y a souvent rien du tout.
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"Plus sa vie est infâme, plus l'homme y tient : elle
est alors une protestation, une vengeance de tous les instants" (Balzac).
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15 août 2002. Arte. Thema. Leni
Riefenstahl. Ce qui se
dégage de cette femme - encore belle : l'impression forte de dignité, de
souffrance surmontée, de lucidité (toujours cruelle) sur elle-même, de goût
jamais inassouvi pour la hauteur. "La démesure qui m'habite ..."
dit-elle. Ne nous y trompons pas : la mesure (grecque) ce n'est pas le contraire
de la démesure, c'est prendre la mesure de tout, y compris du vertige. Mais
encore, Leni Riefenstahl c'est aussi , et surtout, la bonté de son regard sur
les êtres, et sur le vivant en général. Un regard à la François d'Assise.
Hantée par la question de la guerre des sexes, Leni Riefenstahl est
Penthésilée, fille du dieu de la guerre Arès, reine des Amazones, tuée
par Achille qui devient amoureux d'elle quand il est trop tard.
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18 août 2002. Jeune femme dans un transport en commun. Type italien.
Si belle qu'au delà de toute vérification de l'efficacité de sa séduction. Dans
l'immanence même de l'évidence naturelle de sa beauté. Et d'ailleurs peu
regardée car à peine visible. Notre temps aime moins la vraie beauté que le jeu
- dérisoire - des séductions croisées. Contrepartie positive : la vraie beauté
n'est même plus localisable par la vulgarité ambiante. Elle échappe aux temps
modernes. C'est la figure invisible du rebelle.
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1810. Napoléon 1er à Pauline Bonaparte : "J'ai besoin
de douceur et de bonne humeur". Le même, lucide sur les (ses) amours :
"Il me semble que l'on aime tranquillement, c'est de la petite
amitié". Quel psychologue ! Vive l'Empereur !
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"Rien ne pense plus que le dessin" disait Paul
Valery. C'est-à-dire que rien n'est plus proche de la pensée que l'acte de mise
en forme en quoi consiste le dessin.
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Journal quotidien "20 minutes". 6 septembre 2002.
Quelques jours après Le Parisien,
enquête sur "Faut-il une réforme des modes de scrutins ?". Deux types
de réponses : oui ... et non. Mais ce qui est intéressant, ce sont les
explications des enquêtés : oui, parce qu'il faut que toutes les sensibilités
soient représentées et qu'ainsi, le citoyen s'intéresse à nouveau à la chose
publique. Non, parce que la réforme éloignerait encore plus la représentation
de la réalité. A l'évidence, fort peu de gens sont convaincus de la nécessité
de ce système fondé sur un condominium de deux grands partis se partageant le
pouvoir - et se ressemblant, ce qu'anticipait dés 1969 le second tour de la
présidentielle Pompidou / Poher.
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Le Monde. Vendredi 13 septembre 2002.
Visiblement, le courant abolitionniste en matière de prostitution progresse.
Des clients ont été condamnés en vertu d'un article quasi-inusité en ces
circonstances du Code pénal condamnant l'exhibition sexuelle. Bien sûr les
"professionnelles " concernées ont été condamnées aussi. Un député de
Paris - Vert - va déposer une proposition de loi permettant la condamnation des
clients en tant que tels. Alors que nombre de prostituées affirment très
clairement avoir choisi cette activité, leur parole est niée - tout autant que
la parole des anciennes prostituées qui affirment qu'elles n'étaient pas
"victimes". De même, les associations qui travaillent avec les
prostitués - hommes et femmes -, notamment dans la prévention du Sida mais
aussi des violences sont généralement tout à fait hostiles à la pénalisation
tant des professionnel-les que des clients. C'est en provenance des politiques
que surgit une formidable irruption de moraline.
Assez curieusement, dans une société où nombre de rapports humains, et
notamment entre hommes et femmes sont marchands d'une manière plus subtile que
les rapports prostitutionnels, seuls ceux-ci sont incriminés. Et si l'activité
des "professionnelles du sexe" était basée au fond sur une certaine
capacité de don, et sur un savoir-faire plus relationnel et humain que sexuel ?
Et si l'idée que les rapports entre prostituées et clients sont faite de mépris
réciproque était tout simplement fausse ? Ces idées simples dérangent. C'est le
phénomène des yeux de boue. Les cochonneries que dénoncent les abolitionnistes
ne sont pas devant leurs yeux mais d'abord derrière. Celui qui voit de la
médiocrité et de la laideur partout est souvent tout simplement un médiocre et
un laid.
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Heidegger a donné aux architectes et urbanistes un cadre de
réflexion que beaucoup ont enrichi, remodelé, et ils ont eu raison, mais dont
ils sont tributaires. Ainsi, Benoît Goetz écrit : "Il y a une éthique de
l'architecture parce que l'architecture est ce qui espace l'espace, précise,
tranche, partage l'espace, de sorte qu'il n'y a jamais l'espace, mais des
espaces. L'espace, c'est les espaces, c'est l'espacement. Cette disjonction,
cette dislocation, est la condition même de l'éthique qui suppose qu'il y ait
toujours une pluralité de séjours et qu'aucun lieu ne soit absolument,
définitivement convenable. L'être-le-là est disloqué parce qu'il vacille
toujours au bord du lieu où il se tient" (La dislocation. Architecture et philosophie, ed. de la Passion,
2002).
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L'homme et ses petites gesticulations baroques qui, comme
tout le baroque, ne sont jamais très loin du mauvais goût.
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Le goût des hommes pour raconter leurs histoires de cul
alors que, si ce sont vraiment des histoires, elles sont précisément
incommunicables.
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A propos de Maurras, qui était quasi-sourd : "Il
entendait par le front". Ce qui ne manque pas d'allure.
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Les Portugais disent "espérer" pour
"attendre".
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Magazine Elle, du
8 au 14 juillet 2002 : "Faire l'amour : le retour du sentiment". Un
bon dossier, des témoignages qui sonnent juste. Nombre de sociologues
auto-proclamés spécialistes de la "vitalité du social", des "comportements
nouveaux" n'ont pas le quart de la curiosité et du sens de l'enquête des
journalistes de la presse féminine, à
l'exception de quelques universitaires comme Patrick Baudry. Qu'ils aient été
marxistes hier, et maintenant post-modernes anti-marxistes, nombre
d'universitaires ne parlent pas du réel. Ils parlent de ce qui leur fait
plaisir. A croire que les institutions de l'université, sans parler du CNRS en
sciences humaines, sont des entraves à une pensée juste, libre et féconde. Par
excès de formalisation de "programmes de recherche", par
compartimentation de la pensée, par bureaucratisation de la production
d'écrits, l'université tue la pensée - ou du moins s'y essaie. A l'encontre de
cette évidence : il faut affirmer que « ce qui est juste est toujours
beau » et on ne trouve quoi que ce soit que dans le mouvement d'une
certaine alacrité libertaire.
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"Celui qui ne préfère pas la forme aux couleurs est un
lâche" William Blake. Mot très juste, et très dur. Ce qui est juste est
toujours dur. Mais la réciproque n'est
pas exacte.
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"L'ennui commence par la vie trop sédentaire ; quand on
va beaucoup, on s'ennuie peu." (Jean-Jacques Rousseau, Emile ou de l'éducation, livre IV).
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Napoléon à propos de Talleyrand : "ça ne m'étonne pas
qu'il soit riche, il a vendu tous ceux qui l’avaient acheté". Mais est-on
certain que Napoléon avait vraiment cet humour à la Sacha Guitry ?
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Lucidité. "... l'ombre que porte sur moi ce que je n'ai
pas fait, ombre qui s'allonge avec mon soir" (Montherlant, Le treizième César).
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"Pour décrire l'infini, il faut commencer par le
fini" dit Goethe. C'est en commençant à décrire ce qui parait exprimable
que l'on se heurte à l'inexprimable, mais aussi que l'on mesure la hauteur
de l'inexprimable.
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19 novembre 2002. Le Quatuor Caliente au Triton, dans la
ville des Lilas. Un tango - de Piazzolla - joué avec une détermination et une
tension peu commune. Rien de facétieux, de maniéré. Une intensité assumée
jusqu'au bout, jusqu'au fracassement de la boule de nuit du monde. Le tango est
une affaire sérieuse, à l'opposé du dévergondage d'un Mozart - l'homme
"qui est mort trop tard" comme disait Glen Gould.
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Novembre 2002. "L'absence n'est pas le néant", dit
Jean-Marie Turpin. Nous vivons à l'ombre de la présence de toutes ces absences.
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"Je ne crois pas que la vie serve à grand chose, la vie
des uns sert à
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La célèbre phrase de Maurice Merleau-Ponty : "L'homme
est la somme de ses actes". Fausse et vraie à la fois. Fausse en ce sens
que, aucun homme ne se résume à la course automobile qu'il a ou n'a pas gagné,
au statut social qu'il a ou n'a pas acquis (ou conservé), aux expériences sexuelles
qu'il a ou n'a pas eu, etc. Il n'empêche - et c'est en quoi Merleau-Ponty dit
vrai : dans la vie, il n'y a pas ou peu
de hasard. L'intelligence, c'est d'être heureux. Les gens malheureux sont, à
leur façon, inintelligents. Ou ils n'ont pas une intelligence pratique de la
vie, ce qui est la même chose. Réussir, c'est être en phase avec le monde. On
peut critiquer ce monde mais c'est le seul réel. La "somme de ses
actes", ce n'est pas la somme de "faits" bruts, c'est la somme
des intentionnalités en accord avec le monde. L'homme est bien la somme de
ses actes, dans la mesure, et strictement dans la mesure où ses actes sont la
somme de ses pensées.
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