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L'histoire devant les tribunaux

Alain Besançon

 

Sous ce titre et sous la plume de l’historien Alain Besançon, membre de l’Institut, on a pu lire , dans la série du Figaro sur le paysage intellectuel contemporain (3/10/00), une courageuse critique du verrouillage de la recherche et du débat sur l’histoire par le dispositif législatif et judiciaire dont font  les frais certains historiens sérieux et au-delà de tout soupçon (comme Gérard Chauvy ou Thierry Wolton en France). En voici quelques extraits :

Le débat public fait constamment référence à l’histoire. Les hommes de presse, de télévision, les polémistes, les gardiens sévères de la bienséance intellectuelle, et, tout en bas, les policiers de la pensée, cadrent leur propos par rapport à des représentations du passé qui sont fausses. Que les vrais historiens savent fausses.

Le débat public en France navigue en se repérant sur des blocs historiques massivement ignorés ou falsifiés. Les opinions délirantes -il y en a- en se reportant à ces blocs historiques y introduisent toutes sortes de projections, et de passions, jusqu’à déformation complète.

L’opinion passionnée se justifie en invoquant une histoire imaginaire, infectée par l’anachronisme. C’est là que l’historien se fâche, car il ne reconnaît plus la réalité, c’est-à-dire ce qui s’est réellement passé (...)

La  façon courante dont on présente l’Ancien Régime est stupéfiante. Une successsion de tyrans stupides, d’oppression, d’arbitraire infini (...)

Quand on en arrive au XX e siècle, les blocs historiques que sont la colonisation, la guerre, l’Occupation, Vichy, le nazisme, le communisme, sont défendus par de hautes murailles, des portes sacrées qu’il est interdit d’ouvrir et derrière lesquelles se mitonnent d’étranges alchimies (...)

Un pays qui ne connaît plus, qui n’aime plus son histoire. Une histoire qui n’est plus libre, qui doit se méfier des tribunaux. Des historiens qui tournent et retournent précautionneusement la plume dans l’encrier :  eh bien, c’est une situation que justement les historiens connaissent et ont observé dans le passé. Et qui ne leur dit rien de bon."

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