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Dieudonné, roi du rire libérateur

Yves Argoaz 

Après le coup du parrainage de sa fille par Jean-Marie Le Pen, l’invitation de Robert Faurisson au Zénith bondé (près de 6000 places) et exultant pour lui décerner le prix de l’infréquentabilité et de l’insolence, il fallait le faire ! (http://www.youtube.com/watch?v=4z8AkcdnDIo)

Le révisionniste Faurisson, que le journal Le monde décrit comme un « gangster de l’histoire » et « comme chacun sait Le Monde a toujours raison » lui a dit : « là tu as vraiment fait le con ! » (rires, applaudissements). Puis il y eut cette scène du technicien Jacky, tout maigrichon, en pyjama carrelé ( à défaut d’être rayé), la poitrine décorée d’une grande étoile jaune, contraint par son chef « parce que c’est la loi » de passer devant la scène en disant « Messieurs dames, n’oubliez pas ! ». (http://www.youtube.com/watch?v=nSOZHRegd0A&feature=related)
        Même Le Pen a jugé le spectacle « étonnant » et « un petit peu choquant » (entretien accordé à France 2, 30/12/08). Peu après dans son théâtre de la Main d’or, Dieudo, revenant sur sa grande soirée exultait « Aaah sur ce coup-là j’étais tout seul, même Jean-Ma n’a pas suivi, tout seul ! » (http://www.dailymotion.com/video/x7w5dp_le-dieudonez-au-mdias_news)

      « Mais je leur ai glissé une quenelle grande comme ça, qu’ils ne sont pas près d’oublier ! ».

        Le coup de pub en tout cas était réussi ! Le Journal du Dimanche du 28 décembre, dont la une montrait une grande photo du début des massacres de Palestiniens à Gaza (déjà plus de 200 morts le deuxième jour, on approche le millier en quinze jours) comportait aussi l’encart « Politique : la dernière provocation de Dieudonné » renvoyant à la page 5 où, sous une grande photo de l’humoriste, il est précisé qu’au milieu de la foule bigarrée et hilare, on trouvait dans les travées du Zénith quelques people dont la famille Le Pen et des proches, divers élus, Julien Lepers, animateur du programme de télévision « Questions pour un champion », l’essayiste Alain de Benoist, la militante pacifiste propalestinienne Ginette Skandrani, le sulfureux dirigeant du Mouvement des Damnés de l’Impérialisme, Kémi Seba et (mais ce n’est pas le JDD, qui l’a relevé) l’ancien ministre socialiste des affaires étrangères, Roland Dumas qui vient d’accuser Nicolas Sarkozy de se faire le complice du sanglant nettoyage ethnique actuellement pratiqué en Palestine par Israël  (http://www.dailymotion.com/video/x7z05t_roland-dumas-sarkozy-est-le-complic_news).

Dieudonné M’bala M’bala était fréquentable et politiquement correct tant qu’il s’opposait aux têtes de Turcs du système, Le Pen, Haider, etc. Il aurait pu être sacré par la gauche respectable s’il avait ajouté Sarkozy à sa ligne de mire. Il avait le génie, avec ses copains de Zebda ou Elie Semoun, de caricaturer les petits malfrats de « Bonlieue » qui se baladent avec des gros calibres et les petites frappes de la police locale qui les affrontent en paroles sans trop oser les approcher sur le terrain (http://www.youtube.com/watch?v=Jv1-IzF4tY8). Mieux que tout autre il portraiture la bigote apeurée ou le raciste morbide en mettant les rieurs de son côté sur leur dos, mais sans jamais prêcher la misérable morale antiraciste, car il le sait, il le dit, le racisme est la plus ordinaire –et inguérissable- des maladies dans les sociétés multiraciales (http://www.youtube.com/watch?v=jkA5FSVu4L0). Dans « la fine équipe du 11 », il se moque allégrement des croyances musulmanes en imitant un mufti en train de motiver les kamikazes à la veille de se jeter avec leurs avions contre les tours du WTC (http://www.youtube.com/watch?v=QucwSU_ArbA). Personne ne trouve à redire, sauf peut-être quelques musulmans le trouvant un peu léger avec l’islam, mais personne ne les entend et c’est de bonne guerre puisqu’il étrille régulièrement les chrétiens.

Oui mais voilà : ce rôle d’amuseur bon enfant ne lui suffisait pas. D’un tempérament combatif comme tous les êtres forts, il lui fallait des adversaires à sa taille : les vrais maîtres à penser d’aujourd’hui, ceux qu’Elisabeth Lévy appelle les maîtres censeurs. Et il les attaque de front :cela commence officiellement sur le plateau de Fogiel un soir de décembre 2003 où, déguisé en colon juif (chapeau auvergnat, tresses et « papillotes ») il recrute pour « l’axe du bien » des « américano-sionistes » en terminant par un discret « Isra-heil ! », le bras levé (http://www.youtube.com/watch?v=1MFllE3d31M). Pas discret pour tout le monde, car de ce jour, ses ennuis commencent : flinguage médiatique, poursuites judiciaires, condamnations, fermeture des salles de théâtre qui s’ouvraient à lui précédemment, et, pour finir, la chape de plomb du grand silence médiatique sur tous ses spectacles. Qu’à cela ne tienne, le guerrier du rire a enfin trouvé un ennemi à la hauteur de son courage, beaucoup plus puissant que les petites pointures de la droite nationale et libérale (exception faite de « Jean-Ma » à qui il voue un respect à la hauteur de l’ostracisme auquel il a su, comme lui, faire face) ou de la gauche locale, version gouvernement (Ségo, Martine, Hamon & co.) ou version contestation gentille (Marie-George, Besancenot, Bové, écolo…), un ennemi incommensurablement plus dangereux que les cailleras et la flicaille des quartiers : le maître absolu de la pensée unique dont le sionisme (sous ses versions juive ou chrétienne d’ailleurs) n’est que la partie émergée.

En creusant un peu on s’aperçoit que le coup d’éclat chez Fogiel était prémédité. Mieux encore, il était réfléchi comme le précise Osée Kamga : « Bien avant ce sketch, Dieudonné s’était déjà commis dans des déclarations fracassantes en avançant, par exemple, que « le racisme a été inventé par Abraham », que le « peuple élu», c'était « le début du racisme ». Ou encore, que « l'idée qu'un Dieu ait confié une mission à un peuple », est « une escroquerie intellectuelle » et qu’il avait « le droit de le penser et de le dire » ( Dieudonné : controversé en France, adulé au Québec http://www.tolerance.ca/Article.aspx?ID=115). On croirait entendre Pierre Gripari ou, avant lui, Voltaire et Rivarol sur l’escroquerie de cette auto-élection par procuration du personnage appelé Dieu, technique reprise à  leur compte par les (judéo-) chrétiens, devenus de ce fait les principaux rivaux des Juifs (et leurs principaux massacreurs), avec les musulmans, pour obtenir les faveurs du Suprême Électeur.

Depuis lors, Dieudonné multiplie les provocations intelligentes. Si on le conspue à Paris (dans les médias et chez les partis de la pensée unique, pas dans son public populaire, plus nombreux qu’on ne veut l’admettre), il va se faire applaudir au Québec dans des salles bondées, avec des spectacles très osés comme ces « excuses au peuple élu » s’achevant sur un bras d’honneur qui réchauffe le cœur des courageux (http://www.youtube.com/watch?v=q0DXBJjG0y8), sa dissertation sur la contagion de l’antisémitisme (http://www.dailymotion.com/video/xcyna_dieudonne-lantisemitisme-4_events)  ou encore les excuses « carte sur table » qui met en scène un débat croustillant entre un modérateur ignoble et deux  professeurs, l’un juif, l’autre musulman  sur la question de savoir jusqu’où peut aller la tolérance des opinions et si l’on peut rire de tout… (http://www.youtube.com/watch?v=4E1FB96cIxM) et pour la seconde partie : (http://www.youtube.com/watch?v=mhCYhzr_S5I).

Dans les excuses au peuple élu, Dieudo fait semblant de croire qu’il pourrait s’assagir parce qu’il a des gosses à nourrir, qu’il va désormais amuser la galerie comme tout le monde avec des gags et du zouk, qu’il pense à sa retraite, « A moi les Molières, à moi les Sept d’or et la légion d’honneur à 80 ans, comme Henri Salvador […] Ah non les gars, ça suffit ! Je pourrais donner dans le larmoyant – 4000 ans de persécutions, on ne plaisante pas avec ça ! Non, rigolez pas… Une belle carrière de faux-cul m’attend… » Bien entendu, personne n’en croit rien. Dieudo sans la provoc n’est plus Dieudo. Et il est fier d’être vraiment tout seul, d’être le premier sur ce créneau. Jamel, Sémoun et autres amuseurs de galeries apolitiques se sont dégonflés. A côté de lui les autres, même ceux qui ont une petite verve caustique, Alévêque, Bigard, Dupontel… ne nous servent que de l’eau de rose pour midinettes. S’il est un nègre vraiment libéré de tous les esclavages –et surtout de la servitude idéologique- , un mec qui en a dans la tête et dans le froc, c’est bien lui. Contrairement au « nègre ligoté » qu’est Barack Obama, comme l’appelle notre ami Michel L’homme dans son article (ici) qui, avant même d’entamer son mandat -et sans aucun doute pour être sûr de l’obtenir- a pris soin de s’incliner devant tous les pouvoirs qui régissent les États-Unis et l’Occident, de Wall Street au lobby pro-israélien.

Dieudonné, lui, n’a pas besoin de lécher les bottes. Il est à la fois l’empereur du rire insolent et l’honneur de la vraie liberté de penser : le maître de l’impertinence face aux diktats des cagots du prêt-à-penser, digne  héritier de Rabelais, Molière et Céline.

Comme l’indique son nom : un don divin.

Qui plus est au moment où les victimes-plus-victimes-que-les-autres balancent des tonnes de bombes et d’obus au phosphore et à l’uranium appauvri sur des populations comparativement désarmées, le dynamitage systématique de la légitimité victimaire derrière laquelle se retranchent les bourreaux d’aujourd’hui n’est pas le moindre service rendu aux vraies victimes.

Le rire bien envoyé, ne l’oublions pas, est une redoutable arme subversive. Le tyran le sait. Il a déjà condamné Dieudonné et son ami Alain Soral a de lourdes amendes.

Y.A.

12/01/09


 

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