Le général
Leonid Ivashov (à gauche), lors de la conférence Axis for Peace, le 18
novembre 2005 à Bruxelles, en compagnie de Webster G. Tarpley
Comme le montre la situation mondiale,
le terrorisme apparaît partout où s’exacerbent les contradictions, où
intervient un changement de relations sociales ou de régime, où
apparaît une instabilité politique, économique ou sociale, où se
libèrent des potentialités agressives, où intervient la déchéance
morale, où triomphent le cynisme et le nihilisme, où le vice se
légalise et la criminalité explose.
C’est la globalisation qui crée les conditions pour ces phénomènes
extrêmement dangereux. C’est dans son cadre qu’intervient le nouveau
découpage de la carte géostratégique mondiale, que les ressources
planétaires sont redistribuées, que les frontières des États sont
défaites, que le système de droit international est mis en pièces, que
les particularités culturelles sont effacées, que la vie spirituelle
s’appauvrit…
L’analyse de l’essence du processus de globalisation, ainsi que
des doctrines politiques et militaires des États-Unis et de certains
autres pays, prouve que le terrorisme contribue à la réalisation d’une
domination mondiale et à la soumission des États à une oligarchie
mondialisée. Cela signifie que le terrorisme n’est pas un sujet
indépendant de la politique mondiale mais simplement un instrument, un
moyen d’instaurer un monde unipolaire ayant un seul centre de direction
globale, un expédient pour effacer les frontières nationales des États
et instaurer la domination d’une nouvelle élite mondiale. C’est
justement cette nouvelle élite qui est le sujet clef du terrorisme
international, son idéologue et son « parrain ».
L’objet principal de la nouvelle élite mondiale est la réalité
naturelle, traditionnelle, culturelle et historique, le système
existant des relations entre les États, l’ordre mondial national et
étatique de la civilisation humaine, l’identité nationale.
Le terrorisme international actuel est un phénomène qui combine
l’emploi de la terreur par des structures politiques étatiques et non
étatiques comme moyen d’atteindre ses objectifs politiques par la voie
de l’intimidation, par la déstabilisation sociale et psychologique de
la population, par l’écrasement de la volonté de résister des organes
du pouvoir et la création des conditions propices à la manipulation de
la politique de l’État et de la conduite de ses citoyens.
Le terrorisme est l’instrument d’une guerre d’un nouveau type.
Simultanément, le terrorisme international, en accord avec les médias,
devient le système de gestion des processus globaux.
C’est précisément la symbiose des médias et de la terreur qui crée les
conditions permettant des tournants dans la politique internationale et
des modifications de la réalité existante.
Si l’on analyse dans ce contexte les
événements du 11 septembre 2001 aux États-Unis, on peut en tirer les
conclusions suivantes :
1. Les commanditaires de ces attentats sont les cercles politiques
et les milieux d’affaires qui avaient intérêt à déstabiliser l’ordre
mondial et qui avaient les moyens de financer cette opération. La
conception politique de cet acte a mûri là où sont apparues des
tensions dans la gestion des ressources – financières et autres. Les
raisons de ces attentats doivent être recherchées dans la collision des
intérêts du grand capital au niveau transnational et global, dans les
cercles qui ne sont pas satisfaits par les cadences du processus de
globalisation ou par la direction que ce processus prend.
À la différence des guerres traditionnelles dont la conception
est déterminée par des politiciens et des généraux, les initiateurs en
furent des oligarques et des politiciens qui leur sont soumis.
2. Seuls les services secrets et leurs chefs actuels ou retraités
– mais ayant conservé de l’influence à l’intérieur des structures
étatiques – sont capables de planifier, organiser et gérer une
opération de telle ampleur. D’une manière générale, ce sont les
services secrets qui créent, financent et contrôlent les organisations
extrémistes. Sans leur soutien, de telles structures ne peuvent pas
exister – et encore moins effectuer des actions d’une telle ampleur à
l’intérieur de pays particulièrement bien protégés. Planifier et
réaliser une opération de cette échelle est extrêmement compliqué.
3. Oussama ben Laden et « al Qaïda » ne peuvent être ni les
organisateurs ni les exécutants des attentats du 11 septembre. Ils ne
possèdent ni l’organisation requise pour cela, ni les ressources
intellectuelles, ni les cadres nécessaires. Par conséquent, une équipe
de professionnels a dû être formée et les kamikazes arabes jouent le
rôle de figurants pour masquer l’opération.
L’opération du 11 septembre a changé la marche des événements
dans le monde, dans la direction qu’avaient choisie les oligarques
internationaux et la mafia transnationale, c’est-à-dire ceux qui
aspirent au contrôle des ressources naturelles de la planète, à celui
du réseau d’information globale et des flux financiers. Cette opération
a aussi joué le jeu de l’élite politique et économique des États-Unis
qui aspire également à la domination globale.
Le général Leonid Ivashov en compagnie du journaliste Christopher Bollyn d’« American Free Press »
L’usage du terme « terrorisme international » vise à remplir les objectifs suivants :
la
dissimulation des buts réels des forces réparties
à travers le monde, luttant pour la domination et le
contrôle global ;
le
détournement des revendications des populations dans une lutte aux buts
incertains contre un ennemi invisible ; la destruction des normes
internationales fondamentales, l’altération conceptuelle des termes
tels que : agression, terreur étatique, dictature ou mouvement de
libération nationale ;
la
privation des peuples de leur droit légitime à la résistance armée
contre l’agression et à l’action contre l’activité de sape de services
spéciaux étrangers ;
la
renonciation à la défense prioritaire des intérêts nationaux, la
transformation des objectifs dans le domaine militaire par un
glissement vers la lutte contre le terrorisme, la violation de la
logique des alliances militaires au détriment d’une défense conjointe
et au profit de la coalition antiterroriste ;
la
résolution des problèmes économiques par voie d’une contrainte
militaire forte sous prétexte de la lutte contre le terrorisme.
Pour combattre efficacement le terrorisme international, il faut prendre les mesures suivantes :
confirmer
devant l’assemblée générale de l’ONU les principes de la Charte des
Nations-Unies et du droit international comme devant être respectés par
tous les États ;
former
une union géostratégique de civilisation (peut-être sur la base de
l’Organisation de coopération de Shanghai, qui regroupe la Russie, la
Chine, le Kazakhstan, la Kirghizie, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan.),
avec une autre échelle de valeurs que celle des Atlantistes ; élaborer
une stratégie de développement des États, un système de sécurité
internationale, un autre modèle économico-financier (ce qui
signifierait remettre le monde sur deux pieds) ;
associer
(sous l’égide de l’ONU) les élites scientifiques à l’élaboration et la
promotion des conceptions philosophiques de l’Être humain du 21e siècle
organiser
l’interaction de toutes les confessions religieuses du monde, au nom de
la stabilité du développement de l’humanité, de la sécurité et du
soutien mutuel.