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Perspectives
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Que se passe-t-il au Liban ?
Christian Bouchet
voxnr.com, éditorial, 2 juin 2007
Le 20 mai, une confrontation sans précédent se
déchaîne dans le nord du Liban entre l'armée libanaise et un groupe
armé nommé Fatah al-Islam – immédiatement désigné au monde comme
l’antenne locale d’al-Qaïda – qui est retranché dans le camp de
réfugiés palestinien de Nahr al-Bared. Le même jour, une bombe explose
dans un quartier chrétien de Beyrouth. Le 21 mai, une explosion se
produit dans un quartier à majorité musulmane de la capitale.
Près
de deux semaines plus tard, après un important battage médiatique,
l’opinion publique est quasiment convaincue dans son entier qu’il y a
des liens entre al-Qaïda et la Syrie et, tout naturellement,
l’institution d’un Tribunal pénal international pour juger les
assassins du Premier ministre Rafik Hariri – comprendre les officiel
Syriens – a été adoptée à l’ONU, tandis que le gouvernement Siniora,
très contesté par la rue libanaise, a bénéficié d’un très vaste soutien
international.
Une fois de plus, les médias français, par leur
silence, se sont fait dans leur quasi-totalité les complices d’une
manœuvre d’intoxication servant le grand jeu américain au Proche-Orient.
Que nous a-t-on caché ?
Ce que l’on peut lire dans la presse libanaise
et anglo-saxonne ou entendre sur certaines chaînes de TV
internationale…
Par
exemple, que Bahiya Hariri ( la sœur de feu Rafik Hariri) avait il y a
quelques mois fait d’importants dons à un groupe islamiste, le Jund
al-Sham (1), dont les membres ont ensuite rejoint le Fatah al-Islam…
Que
les groupes jihadistes radicaux étaient jusqu’alors tolérés au Liban
par le gouvernement Siniora, parce qu’ils étaient considérés comme une
protection contre le Hezbollah (2).
Que l’implantation de
Fatah al-Islam dans les camps palestiniens, était favorisée pour faire
concurrence au Hamas et au Jihad islamique, et d'autre part pour rompre
l’alliance Palestiniens et Hezbollah, et faire éclater une guerre
fratricide sunnite-shiite.
Dès février dernier, tout ceci avait
fait l’objet d’une longue enquête publiée dans le New Yorker, par le
célèbre journaliste d’investigations américain, Seymour Hersh (3). Citant
des sources du renseignement américain et des personnalités arabes, il
accusait nommément l’ambassadeur d’Arabie Saoudite à Washington, Bandar
ben Sultan ben Abdel Aziz, d’être l’homme des Américains qui permettait
la mise en place d’une nouvelle stratégie yankee visant à utiliser les
fondamentalistes sunnites pour combattre les chiites en Irak, au Liban
(le Hezbollah) et ailleurs.
Là est le nœud du problème et il porte un nom : le « chaos constructif ».
A
défaut de pouvoir anéantir ses adversaire, et ceux de l’entité
sioniste, Washington sème le « chaos constructif » dans la région,
dressant les uns contre les autres des régimes, des groupes et des
ethnies concurrents.
Après l’Irak où une guerre de religion
inter-musulmane a finir par compromettre toute victoire éventuelle de
la résistance, le sort fait aux territoires palestiniens occupés a eu
pour conséquence que se disputent entre-elles les milices locales,
prémisses prévisibles d’une guerre civile inter-palestinienne. Le Liban
est maintenant le suivant sur la liste. Par ricochet la Syrie et
l’Iran, alliés de certains des protagonistes, sont un peu plus au banc
des accusés ce qui est tout bénéfice pour Washington.
Comme on
pouvait s’y attendre, la France, renonçant à sa politique étrangère
habituelle, glisse de plus en plus du mauvais côté et Nicolas Sarkozy
s’est ainsi aligné depuis le début de la crise sur la politique des USA.
Une position logique pour le caniche de Bush et le candidat d’Israël.
Notes
1
- Le Jund al-Sham, «L'armée du Levant», dont le nom est une référence à
la grande région qui a donné son nom à Damas (Sham en arabe) est
l'auteur de l'attaque de septembre 2006 contre l'ambassade américaine à
Damas, que les services syriens ont empêché suite à des combats très
violents. La répression syrienne contre ce groupe, en 2005, fut si
violente qu'Amnesty International s'en est ému. Il serait responsable
d'un attentant en 2004 à Beyrouth qui a tué un responsable du
Hezbollah. Bref, ce groupe semble difficilement à placer du côté des
«pro-syriens»... Accessoirement, le Jund al-Sham est sur la liste des
organisations terroristes émise par la Russie. Il n'est pas sur la
liste des organisations terroristes étrangères du Département d'État
étatsunien d'octobre 2005.
2 – C’est ce que le général Aoun,
principal dirigeant chrétien libanais, a résumé en posant quelques
questions dérangeantes : « D’où est venue l’organisation Fatah al-Islam
? A-t-elle été parachutée ? Les membres de Fatah al-Islam sont rentrés
au Liban illégalement. Les services de sécurité étaient au courant mais
ils n’ont rien fait pour les poursuivre et les arrêter lorsqu’ils ont
franchi les frontières. Les miliciens du groupuscule terroriste ont
acquis des habitations, ils se sont armés et de ce fait, ils étaient
passibles de poursuites et devaient être appréhendés, mais les services
de sécurité sont restés passifs. Quant au pouvoir politique, non
seulement il ne s’est pas opposé à ces agissements, mais certains de
ses pôles ont été jusqu’à prendre la défense de ces hors-la-loi et à
réclamer leur libération. Les éléments de Fatah al-Islam ont poursuivi
leur action au Liban, ils ont loué des appartements et ont poursuivi
leur expansion dans certaines régions, de même qu’ils ont établi une
coopération illégale avec certaines forces locales. »
3-- Seymour Hersh : l'administration Bush avait appuyé les militants qui ont attaqué le Liban
Article de David Edwards et de Muriel Kane, mardi 22 mai 2007
VOIR LA VIDÉO EN ANGLAIS [IMAGES DE L'ENTRAÎNEMENT]:
http://rawstory.com:80/news/2007/Hersh_Bush_arranged_support_for_militants_0522.html <http://rawstory.com:80/news/2007/Hersh_Bush_arranged_support_for_militants_0522.html>
Traduction : Collectif de traduction de Montréal - collectif_de_traduction@yahoo.ca <http://fr.f254.mail.yahoo.com/ym/Compose?To=collectif_de_traduction@yahoo.ca> - translation_collective@yahoo.ca <http://fr.f254.mail.yahoo.com/ym/Compose?To=translation_collective@yahoo.ca> -
Dans une interview à Your World Today, émission de CNN International, le vétéran journaliste Seymour Hersh a expliqué que la
vague de violence qui secoue actuellement le Liban est la conséquence
de la tentative d'une tentative faite par le gouvernement libanais de
réprimer le groupe militant sunnite Fatah al-Islam, qu'il avait
antérieurement appuyé.
En
mars, Hersh avait rapporté que les États-Unis avaient changé de
politique au Moyen-Orient et qu'ils combattait l'Iran, la Syrie et
leurs alliés shiites à tout prix, y compris en fournissant de l'appui
aux jihadistes sunnites les plus radicaux.
Un
élément crucial de ce changement de politique a été l'accord établi
entre le vice-président Dick Cheney, le conseiller à la sécurité
nationale Elliot Abrams et le prince Bandar bin Sultan, conseiller à la
sécurité nationale d'Arabie saoudite, selon leque l'Arabie saoudite
financeraient clandestinement le groupe sunnite Fatah al-Islam au
Liban, comme contrepoids au mouvement shiite Hezbollah.
Hersh
souligne que la situation actuelle ressemble beaucoup à celle survenue
durant le conflit d'Afghanistan des années 1980, qui a donné naissance
à l'organisation al Qaeda. L'accord actuel est établi entre des
personnes exerçant les mêmes fonctions aux États-Unis et en Arabie
saoudite et adopte la "même méthode" : les États-Unis se servent de
jihadistes et l'Arabie saoudite les assure qu'elle pourra contrôler ces
derniers.
Interrogé
sur les raisons pour lesquelles l'administration Bush a agi de cette
façon, qui semble s'opposer aux intérêts des États-Unis, Hersh a dit
que depuis que l'armée israélienne a perdu la bataille l'été dernier,
«la peur du Hezbollah à Washington, particulièrement à la Maison
Blanche, est profonde».
Hersh
croit qu'en raison de cela, l'administration Bush n'agit plus
rationnellement lorsqu'elle adopte des politiques. «Nous (les
États-Unis) nous sommes donnés comme boulot d'appuyer les sunnites
contre les shiites en toutes les occasions. [...] Notre boulot
consiste à susciter [...] de la violence sectaire.» Et Hersh décrit
ainsi le plan de fonder le groupe Fatah al-Islam : c'était «un
programme clandestin auquel nous avons adhéré avec l'Arabie saoudite
dans le contexte d'un programme plus grand et plus vaste qui consiste à
faire tout ce que nous pouvons pour empêcher le développement des
shiites dans le monde», qui a tout simplement dérapé et nous a atteint
dans le dos.
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