Angela
Merkel est née en 1954 à Hambourg (Allemagne
fédérale). Peu après sa
naissance, sa famille fait le choix peu commun de passer à
l’Est. Son
père, pasteur d’une Église
luthérienne, fonde bientôt un séminaire
en
République démocratique allemande et dirige un
foyer pour handicapés.
Il s’abstient de toute critique publique du régime
et jouit d’un statut
social privilégié : il dispose de deux voitures
et se déplace
fréquemment à l’Ouest.
Angela
Merkel poursuit de brillantes
études, jusqu’à son doctorat en
physique. Elle épouse un physicien,
Ulrich Merkel, dont elle divorce rapidement. Puis, elle
s’installe avec
le professeur Joachim Sauer, divorcé comme elle, mais
déjà père de deux
enfants. Mme Merkel devient chercheuse en physique quantique
à
l’Académie des sciences.
Simultanément, elle s’engage en
politique au sein des Freie
Deutsche Jugend (Jeunesses libres
allemandes), l’organisation d’encadrement des
jeunes dévouée à
l’État.
Elle y monte en grade au point de devenir secrétaire du
département
agitation et propagande. Elle est alors l’une des principales
expertes
en communication politique de la dictature socialiste. À
titre
professionnel et politique, elle voyage souvent au sein du bloc
soviétique, notamment à Moscou,
d’autant qu’elle parle couramment le
russe.
Bien
qu’elle ait été souhaitée et
préparée depuis
longtemps, la chute du Mur de Berlin, en novembre 1989, surprend toutes
les chancelleries. La CIA tente de constituer elle-même la
relève en
recrutant des responsables de l’ancien régime qui
acceptent de servir
les États-Unis comme ils le firent pour l’URSS.
Un mois
plus
tard, Angela Merkel retourne sa veste sans prévenir et passe
avec
armes et bagages au Demokratischer
Aufbruch (Éveil démocratique), un
nouveau mouvement inspiré de la démocratie
chrétienne ouest-allemande.
Elle y occupe immédiatement les mêmes fonctions
que précédemment, sauf
que le poste est intitulé selon le vocabulaire
ouest-allemand : «
chargée des relations avec la presse ».
Cependant, il
apparaît que le président du Demokratischer Aufbruch,
Wolfgang Schnur
est un ancien collaborateur de la Stasi,
la police politique de la
dictature socialiste. Mme Merkel annonce elle-même
à la presse cette
douloureuse nouvelle qui contraint M. Schnur à
démissionner et lui
permet de prendre sa place à la présidence du
mouvement.
À
l’issue des dernières élections
législatives de RDA, elle entre au
gouvernement de Lothar de Maizière, dont elle devient la
porte-parole,
bien que Demokratischer
Aufbruch n’ait recueilli que 0,9 % des
suffrages. Surtout, dans cette période de transition, elle
participe
activement aux négociations « 2+4 » qui
mettent fin au statut
quatripartite de Berlin et à l’occupation
alliée, ainsi qu’aux
négociations en vue de la réunification
allemande. Pour éviter,
dit-elle, un exode massif de l’Est vers l’Ouest,
elle s’applique à
faire entrer sans délai la RDA dans
l’économie de marché et la zone
Mark.
De son
côté, son concubin, Joachim Sauer, est
engagé
par la firme états-unienne Biosym Technology. Il passe un an
à San
Diego (Californie) au laboratoire de cette compagnie contractante du
Pentagone. Il restera par la suite expert auprès
d’Accelrys, une autre
société de San Diego contactante du Pentagone. De
son côté, Angela
Merkel perfectionne son anglais qu’elle maîtrise
désormais couramment.
Une
fois la RDA dissoute dans la RFA et le Demokratischer Aufbruch dans
la
Christlich
Demokratischen Union (CDU - Union démocrate
chrétienne),
Angela Merkel est élue députée au
Bundestag et entre au gouvernement
d’Helmut Kohl. Bien que ce dernier soit très
à cheval sur les mœurs, il
choisit cette jeune femme venue de l’Est,
divorcée, sans enfants, et
vivant en concubinage, comme ministre de la Famille, de la Jeunesse et
de la Condition féminine.
En 14 mois, la responsable communiste de
la propagande des Jeunesses de RDA est devenue ministre
démocrate
chrétienne de la Jeunesse de RFA. Au demeurant, elle
laissera un maigre
bilan dans son premier ministère.
Poursuivant sa carrière à
l’intérieur de la CDU, Angela Merkel tente
vainement de se faire élire
à la présidence régionale du parti en
Brandebourg. Cependant, Lothar de
Maizière, qui est devenu vice-président national
du parti, est
convaincu de lointains rapports avec la police politique est-allemande
et doit démissionner. Mme Merkel le remplace.
En 1994,
le
ministre de l’Environnement, de la Protection de la nature et
de la
Sécurité nucléaire, Klaus
Töpfer, est nommé à la direction du
Programme
des Nations unies pour l’environnement, à
l’issue d’un long bras de fer
qui l’oppose à la Fédération
des chambres de commerce et d’industrie
(DIHK). Cette dernière lui reproche de sous-estimer les
réalités
économiques. Helmut Kohl nomme alors sa
protégée pour le remplacer
mettant ainsi fin à la crise. Dès son
arrivée au ministère, elle fait
le ménage en limogeant les hauts fonctionnaires
restés fidèles à son
prédécesseur. C’est à cette
période qu’elle se lie
d’amitié avec son
homologue française du moment, Dominique Voynet.
En 1998,
le
chancelier Kohl fait savoir aux États-Unis son opposition
à une
intervention internationale au Kosovo. Tandis que les sociaux
démocrates de Gerhard Schröder et les Verts de
Joschka Fischer
comparent Slobodan Milosevic à Adolf Hitler et appellent
à la guerre
humanitaire.
La presse atlantiste se déchaîne alors contre le
chancelier en lui imputant les difficultés
économiques du pays ayant
fait suite à la réunification. Les
chrétiens démocrates sont balayés
par la vague rouge-verte aux élections de septembre 1998.
Schröder
accède à la Chancellerie et nomme Fischer,
ministre des Affaires
étrangères.
Cependant, il apparaît qu’Helmut Kohl et sa
garde rapprochée ont accepté des financements
occultes de la CDU, mais
ils refusent de révéler les noms des donateurs
par respect de la parole
donnée. Angela Merkel publie alors une courageuse tribune
libre dans le
Frankfürter Allgemeine Zeitung [1] pour se distancier de son
mentor. De
la sorte, elle contraint Helmut Kohl à se retirer du parti,
puis le
président de la CDU, Wolfgang Schäuble,
à démissionner. Au nom de la
morale publique, elle s’empare ainsi de la
présidence du parti. Dans la
foulée, elle se conforme à la morale
démocrate chrétienne en épousant
son concubin.
Désormais Angela Merkel est publiquement soutenue par deux
groupes de presse.
Elle
peut d’abord compter sur Friede Springer,
héritière du groupe Axel
Springer (180 journaux et magazines dont Bild, Die Welt…).
Les
journalistes du groupe sont tenus de signer une clause
éditoriale
spécifiant qu’ils doivent œuvrer au
développement des liens
transatlantiques et à la défense de
l’État d’Israël.
Angela
Merkel
peut également compter sur son amie Liz Mohn, directrice du
groupe
Bertelsmann, n°1 des médias en Europe (groupe RTL,
groupe Prisma,
groupe Random House etc.). Mme Mohn est également
vice-présidente de la
Fondation Bertelsmann, pilier intellectuel de l’atlantisme
européen.
Angela
Merkel s’appuie sur les conseils de Jeffrey Gedmin,
spécialement
dépêché à Berlin pour elle
par le clan Bush. Ce lobbyiste a d’abord
travaillé à l’American
Enterprise Institute
(AEI) [2] sous la direction
de Richard Perle et de Madame Dick Cheney. Il encouragea vivement
à la
création de l’euro à parité
avec le dollar. Au sein de l’AEI, il a
dirigé la Nouvelle initiative atlantique (NAI) qui
réunissait tout ce
qui compte de généraux et de politiciens
américanophiles en Europe.
Puis il a participé au Projet pour un nouveau
siècle américain (PNAC)
et a rédigé le chapitre sur l’Europe
dans le programme des
néo-conservateurs. Il y indique que l’Union
européenne doit rester sous
l’autorité de l’OTAN et que cela ne
saurait se faire qu’en «
décourageant les appels européens à
l’émancipation » [3].
Enfin, il est
administrateur du Conseil de la Communauté des
démocraties (CCD) [4],
qui prône une ONU à deux vitesses, et il a pris la
direction de
l’Institut Aspen de Berlin [5]. Par la suite, il a
décliné l’offre de
son ami John Bolton [6] pour devenir ambassadeur adjoint des
États-Unis
à l’ONU de manière à se
consacrer exclusivement à l’encadrement
d’Angela Merkel.
En 2003, le
département d’État confie à
Jeffrey Gedmin et Craig Kennedy un vaste programme de «
diplomatie
publique », c’est-à-dire de propagande,
incluant le subventionnement
secret de journalistes et relais d’opinion en Europe
occidentale [7].
En
2003, le chancelier Gerhard Schröder s’oppose
à l’opération
anglo-saxonne en Irak. Angela Merkel publie alors une courageuse
tribune dans le Washington Post [8] dans laquelle, elle
réfute la
doctrine Chirac-Schröder d’indépendance
de l’Europe, affirme sa
gratitude et son amitié pour «
l’Amérique », et soutient la guerre.
En
mai 2004, elle brouille les cartes en imposant
l’élection à la
présidence de l’Allemagne
fédérale du banquier Horst Köhler,
principal
rédacteur du Traité de Maastricht et artisan de
l’euro, puis président
de la BERD et directeur du FMI. Puis, elle lance une campagne
«
patriotique » contre l’islamisme radical.
Tout au
long de la
campagne législative de 2005, elle stigmatise la
montée du chômage et
l’incurie des sociaux-démocrates à la
juguler. La CDU est alors
créditée d’une avance de 21 points dans
les sondages. C’est alors que
son conseiller occulte, Jeffrey Gedmin, l’interpelle dans une
lettre
ouverte publiée par Die
Welt. Après avoir critiqué le
modèle économique
allemand, il écrit : « Avant de faire avancer le
pays, vous devez
vaincre intellectuellement ces individus nostalgiques qui
traînent les
pieds. Si Sarkozy succède à Chirac,
peut-être que la France connaîtra
un essor. Il serait regrettable que l’Allemagne continue de
régresser
». Répondant à cette invitation, Angela
Merkel révèle enfin ses
solutions. Elle met en avant l’un de ses conseillers,
l’ex-juge à la
Cour constitutionnelle Paul Kirchhof, et l’équipe
de l’Initiative Neue
Soziale Marktwirtschaft (l’initiative pour la
nouvelle économie sociale
de marché) [9]. Elle annonce la suppression de la
progressivité de
l’impôt sur le revenu : le taux sera le
même pour ceux qui n’ont que le
nécessaire et ceux qui vivent dans le superflu. Le
chancelier sortant,
Gerhard Schröder critique durement ce projet lors
d’un débat
télévisé.
L’avance de la CDU est pulvérisée. En
définitive, la CDU obtient 35 %
des suffrages et le SPD 34 %, le reste se dispersant entre petites
formations. Les Allemands ne veulent plus de Schröder, mais
pas plus de
Merkel. À l’issue de longues et
pénibles tractations, une Grande
coalition est constituée : Angela Merkel est
chancelière, mais elle
doit céder la moitié des ministères
à son opposition.
Elle
impose la participation d’un contingent allemand à
la force
multinationale commandée par les États-Unis en
Afghanistan. Puis, lors
de l’intervention israélienne au Liban, elle
impose un déploiement
naval allemand au sein de la FINUL en déclarant :
« Si la raison d’être
de l’Allemagne est de garantir le droit à
l’existence d’Israël, nous ne
pouvons pas dire, maintenant que cette existence est
menacée, que nous
ne faisons rien ».
Depuis le
1er janvier 2007, Madame Merkel
préside l’Union européenne. Elle ne
fait pas mystère de son intention
de contraindre la France et les Pays-Bas à accepter
l’équivalent du
projet de Traité constitutionnel qu’ils ont
rejeté par référendum ; ni
de son intention de relancer le projet de fusion entre la zone de
libre-échange nord-américaine et la zone de
libre-échange européenne
pour créer un « grand marché
transatlantique », selon l’ancienne
formule de Sir Leon Brittan.
*Journaliste et écrivain, président du
Réseau Voltaire
Enquête réalisée avec l’aide
de la
rédaction d’Horizons
& Débats pour le site du
Réseau
Voltaire..