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“ Il ne faut pas croire que c’est en vertu d’une perversion du système européen que nous sommes parvenus à ce stade effrayant où l’Europe se meurt.
Si
l’Europe est malade aujourd’hui
jusqu’à en mourir, c’est parce
qu’elle a toujours parié pour la technocratie,
c’est parce que ses
fondateurs n’ont peut-être jamais voulu autre chose
pour elle que les
chiffres et l’intendance. Dès le début
de l’aventure européenne de ces
trente dernières années, nous avons
vécu ce que l’on peut nommer sans
crainte de l’allégorie :
l’enlèvement d’Europe.
Enlevée,
l’Europe l’a été
d’abord, au sens où son histoire, ses traditions
de
culture, son rayonnement politique et sa diversité, qui
subsistaient contre
toutes les tentations ou les tentatives monolithiques, se sont
trouvés anéantis
par les démons de la guerre, et qu’au
réveil, le fantasme européen capable
de nourrir une espérance n’était plus
que cette triste addition impossible
de produits nationaux bruts, de PNB mis ensemble. Trente ans
après, voici l’Europe
encore une fois enlevée, au sens où elle
n’est plus sur la carte
diplomatique du monde qu’une gigantesque élision,
une béance, ou, pour
reprendre le mot juste de M. Giscard d’Estaing, une vacance.
”
Jean-Marie BENOIST, Pavane pour une Europe défunte (1976)