1 - On n'avait jamais vu …
Jamais encore, dans la longue et cruelle histoire de l'humanité, une
ville d'un million et demi d'habitants n'avait été soumise à un blocus
aux fins d'affamer la population et de provoquer la lente et sournoise
extermination des bien-portants et des malades confondus dans un
inextricable emmêlement; jamais encore tous les gouvernements de la
terre n'avaient affiché leur soutien actif ou leur approbation tacite
de cette barbarie; jamais encore la patrie des droits de l'homme ne
s'était associée à l'ignominie de l'Etat le plus puissant du moment
pour construire à ses côtés un mur d'acier autour de la ville-martyre.
Jamais on n'avait vu une démocratie envoyer ses troupes de choc et sa
marine de guerre arraisonner des secouristes en haute mer ; jamais on
n'avait vu des guerriers armés jusqu'aux dents prendre d'assaut un
convoi d'infirmiers et y faire un carnage. Jamais la terre entière
n'avait assisté au spectacle d'un Président des Etats-Unis livré pieds
et poings liés à la toute-puissance d'Israël sur le territoire même de
son propre pays; jamais on n'avait vu un Congrès américain hissé sur le
Mont Sinaï condamner les libérateurs et légitimer les agresseurs d'un
convoi de la charité démocratique en échange d'un chèque des donateurs
juifs qui allaient livrer à la Maison Blanche les sacs d'écus qui seuls
pouvaient permettre à M. Obama de gagner les élections législatives
partielles de novembre 2010.
Mais jamais non
plus on n'avait vu une élite mondiale de la politique armer neuf
navires chargés de vivres, de médicaments, de livres scolaires, de
ciment, de maisons préfabriquées, de cannes et de chaises roulantes;
jamais non plus on n'avait vu une kyrielle d'Etats soumis à la loi de
fer d'un oppresseur microscopique changer tout subitement leur fusil
d'épaule sous le seul poids international de la droiture de tous les
peuples de la terre; jamais non plus on n'avait vu des pénitents de la
dernière heure protester soudainement, la main sur le cœur et jurer
leurs grands dieux qu'ils n'avaient jamais collaboré avec l'assaillant
et ne s'étaient mis docilement à son service, jamais non plus on
n'avait vu l'Assemblée Nationale de la France républicaine, tous partis
confondus, tenter désespérément et in extremis de sauver la face d'un
gouvernement français immoral; jamais non plus la guerre entre
l'éthique naturelle des humains et celle de leurs élus censés
représenter les idéaux de la démocratie mondiale n'avait permis de
raconter Canossa de la sorte.
2 - Tartuffe n'est plus à la fête
Mais la livraison au vainqueur de 1945 de la monnaie sonnante et
trébuchante de la corruption posait à la France rien de moins que la
question de la survie de la Ve République. Que faire quand l'Elysée
souffre d'une vue tellement affaiblie qu'il ne voit jamais à plus de
quinze jours de distance le tour que les évènements prendront
nécessairement, tant sur le moyen que sur le long terme en raison de la
logique interne et connue depuis des siècles qui commande la fatalité
historique? Comment seule la France échapperait-elle à l'hypocrisie
universelle et à l'immoralité des démocraties qui font soudain
proclamer à M. Ban-Ki-Moon que le blocus de Gaza est "contre-productif,
intenable et immoral", qu'il "punit des civils innocents", qu'il "doit
être levé immédiatement" , que "tout doit être fait pour éviter un
autre incident de ce type", que "toutes les parties concernées doivent
agir avec responsabilité et en conformité avec le droit international",
que les autorités israéliennes doivent fournir "un compte-rendu complet
et détaillé" de l'opération menée par les commandos et qu'"une enquête
impartiale, crédible, transparente et conforme aux critères
internationaux" doit être menée? Décidément, trahir la vraie France
vous entraîne dans un traquenard. Car voici que les Etats-Unis et
Israël "estiment que l'Etat hébreu peut parfaitement s'acquitter d'une
telle enquête" tandis que "les autres Etats, notamment les pays arabes,
estiment qu'Israël ne peut se montrer impartial à enquêter sur ses
propres agissements".
Ah ! Tartuffe n'est
plus à la fête dans la Maison d'Orgon de la démocratie mondiale. Voici
la France piégée par la cécité de M. Nicolas Sarkozy sur la scène
internationale - piège que j'avais souligné sur ce site en ces termes :
"Alors que M. Kouchner se montre tout effaré de n'avoir pas cautionné
davantage un Etat génocidaire, se rendra-t-il à petits pas et l'échine
basse à la frontière de Gaza, agitera-t-il le drapeau aux trois
couleurs sur les remparts de la forteresse qui enferme un gigantesque
peuple de la mort ? (…) M. Kouchner va-t-il, au nom de la France de
1789, partager les chapons d'Orgon sous les murs de Gaza? Notre
République peut-elle assister les bras croisés, donc en complice
silencieuse à la construction d'un camp de la mort de cette taille ? A
quel moment l'odeur des charniers tue-t-elle le parfum des démocraties?"