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La nuit qui a changé la face du monde


Manuel de Diéguez
6 juin 2010



    1 - On n'avait jamais vu …  

    Jamais encore, dans la longue et cruelle histoire de l'humanité, une ville d'un million et demi d'habitants n'avait été soumise à un blocus aux fins d'affamer la population et de provoquer la lente et sournoise extermination des bien-portants et des malades confondus dans un inextricable emmêlement; jamais encore tous les gouvernements de la terre n'avaient affiché leur soutien actif ou leur approbation tacite de cette barbarie; jamais encore la patrie des droits de l'homme ne s'était associée à l'ignominie de l'Etat le plus puissant du moment pour construire à ses côtés un mur d'acier autour de la ville-martyre. Jamais on n'avait vu une démocratie envoyer ses troupes de choc et sa marine de guerre arraisonner des secouristes en haute mer ; jamais on n'avait vu des guerriers armés jusqu'aux dents prendre d'assaut un convoi d'infirmiers et y faire un carnage. Jamais la terre entière n'avait assisté au spectacle d'un Président des Etats-Unis livré pieds et poings liés à la toute-puissance d'Israël sur le territoire même de son propre pays; jamais on n'avait vu un Congrès américain hissé sur le Mont Sinaï condamner les libérateurs et légitimer les agresseurs d'un convoi de la charité démocratique en échange d'un chèque des donateurs juifs qui allaient livrer à la Maison Blanche les sacs d'écus qui seuls pouvaient permettre à M. Obama de gagner les élections législatives partielles de novembre 2010.

    Mais jamais non plus on n'avait vu une élite mondiale de la politique armer neuf navires chargés de vivres, de médicaments, de livres scolaires, de ciment, de maisons préfabriquées, de cannes et de chaises roulantes; jamais non plus on n'avait vu une kyrielle d'Etats soumis à la loi de fer d'un oppresseur microscopique changer tout subitement leur fusil d'épaule sous le seul poids international de la droiture de tous les peuples de la terre; jamais non plus on n'avait vu des pénitents de la dernière heure protester soudainement, la main sur le cœur et jurer leurs grands dieux qu'ils n'avaient jamais collaboré avec l'assaillant et ne s'étaient mis docilement à son service, jamais non plus on n'avait vu l'Assemblée Nationale de la France républicaine, tous partis confondus, tenter désespérément et in extremis de sauver la face d'un gouvernement français immoral; jamais non plus la guerre entre l'éthique naturelle des humains et celle de leurs élus censés représenter les idéaux de la démocratie mondiale n'avait permis de raconter Canossa de la sorte.

    2 - Tartuffe n'est plus à la fête

    Mais la livraison au vainqueur de 1945 de la monnaie sonnante et trébuchante de la corruption posait à la France rien de moins que la question de la survie de la Ve République. Que faire quand l'Elysée souffre d'une vue tellement affaiblie qu'il ne voit jamais à plus de quinze jours de distance le tour que les évènements prendront nécessairement, tant sur le moyen que sur le long terme en raison de la logique interne et connue depuis des siècles qui commande la fatalité historique? Comment seule la France échapperait-elle à l'hypocrisie universelle et à l'immoralité des démocraties qui font soudain proclamer à M. Ban-Ki-Moon que le blocus de Gaza est "contre-productif, intenable et immoral", qu'il "punit des civils innocents", qu'il "doit être levé immédiatement" , que "tout doit être fait pour éviter un autre incident de ce type", que "toutes les parties concernées doivent agir avec responsabilité et en conformité avec le droit international", que les autorités israéliennes doivent fournir "un compte-rendu complet et détaillé" de l'opération menée par les commandos et qu'"une enquête impartiale, crédible, transparente et conforme aux critères internationaux" doit être menée? Décidément, trahir la vraie France vous entraîne dans un traquenard. Car voici que les Etats-Unis et Israël "estiment que l'Etat hébreu peut parfaitement s'acquitter d'une telle enquête" tandis que "les autres Etats, notamment les pays arabes, estiment qu'Israël ne peut se montrer impartial à enquêter sur ses propres agissements".

    Ah ! Tartuffe n'est plus à la fête dans la Maison d'Orgon de la démocratie mondiale. Voici la France piégée par la cécité de M. Nicolas Sarkozy sur la scène internationale - piège que j'avais souligné sur ce site en ces termes : "Alors que M. Kouchner se montre tout effaré de n'avoir pas cautionné davantage un Etat génocidaire, se rendra-t-il à petits pas et l'échine basse à la frontière de Gaza, agitera-t-il le drapeau aux trois couleurs sur les remparts de la forteresse qui enferme un gigantesque peuple de la mort ? (…) M. Kouchner va-t-il, au nom de la France de 1789, partager les chapons d'Orgon sous les murs de Gaza? Notre République peut-elle assister les bras croisés, donc en complice silencieuse à la construction d'un camp de la mort de cette taille ? A quel moment l'odeur des charniers tue-t-elle le parfum des démocraties?"




 


  

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