Immigration, lutte et racisme,
un point de vue européen
Claude Bourrinet
La crise identitaire de l’Europe occidentale est
devenue visible en proportion de la visibilité des populations
allogènes, particulièrement originaires d’Afrique maghrébine ou noire.
La densité de l’implantation de ces immigrés dans certains territoires,
notamment les banlieues des grandes villes, donne l’impression d’une
invasion, d’autant plus que ce flux démographique s’est produit
brutalement, en quelques dizaines d’années, en même temps que
l’effondrement de la natalité des habitants de souche. Cette
ghettoïsation accélérée a été facilitée par les difficultés de ces
migrants à s’intégrer à une culture très différente de celles qu’ils
connaissaient, par l’affichage, pour certains, d’une identité
propre, religieuse ou politique, chargée d’une mémoire hostile à
la civilisation d’accueil, et par des structures familiales inadaptées
à une économie moderne caractérisée par l’individualisme et la
responsabilisation personnelle. Sans doute aussi faut-il faire la part
du cynisme, ou de la naïveté, chez les cadres de la Nation qui,
mélangeant fraternité, humanitarisme, antiracisme militant,
utilitarisme, économisme à court terme, et, somme toute, une certaine
lâcheté vis-à-vis de leurs responsabilités politiques, ont abandonné
les populations de souche pour les laisser, sans défense, face à tous
les dégâts collatéraux entraînés par ce pivotement historique. Car nous
assistons à un changement démographique extrêmement important, tel que
l’Europe n’en avait pas connu depuis les invasions barbares du
bas-empire romain. Encore faudrait-il rectifier cette comparaison par
le rappel que les Germains étaient d’origine européenne, et même
cousins des Latins et des Celtes, et qu’ils ne constituaient, en gros,
que cinq à dix pour cent de la population globale des régions envahies.
Il serait stupide, dans le cadre d’études
scientifique, sociologiques, démographiques, culturelles, de nier ce
phénomène, et surtout d’en atténuer la gravité, sous prétexte que
l’Europe a toujours vécu des flux migratoires. Il est assez vain de
comparer l’arrivée sur le sol français d’Italiens, de Polonais,
d’Espagnols, de Portugais, tous peuples cousins du nôtre, avec l’afflux
de peuples africains. Et il serait désastreux aussi de s’en laver les
mains, en arguant que la France digèrera ce problème, comme bien
d’autres. La moraline et l’intoxication idéologique ont bien pu rendre
aveugles et sourds ceux qui le voulaient bien, malgré les cris d’alarme
d’un Jean-Marie Le Pen, mais, à prendre la mesure de l’évolution
catastrophique des choses depuis trente ans, force est de cultiver un
sérieux pessimisme en ce qui concerne l’avenir plus ou moins immédiat.
En matière politique, nier la réalité revient à un retour violent de
celle-ci, comme un boomerang. Lorsque notre « élite », si
acculturée, aura compris que notre nature, notre histoire, notre
mentalité, tout notre être, sont complètement étrangers à ceux des
Américains, et qu’à implanter ici ce qui est le propre de là-bas, à
savoir une société multi culturelle (qui ne marche d’ailleurs pas),
peut-être certains de ses membres, les moins corrompus, les moins
pollués, reviendront-il à la raison, au bon sens. En attendant, nous
sommes sur un navire sans voiles, sans gouvernail, avec un pilote qui
regarde le grand large du mondialisme sans faire attention aux écueils
qui vont nous envoyer par le fond.
Le populisme est la traduction politique et
électorale de cette crise de confiance entre un peuple et
« son » élite. Un fossé s’est creusé entre ceux d’en bas et
ceux d’en haut. Ce constat est devenu un truisme. Les réaction
deviennent violentes, et se manifesteront de plus en plus hors du cadre
strictement politicien. Les abstentionnistes sont peut-être, du moins
certains d’entre eux, plus radicaux que ceux qui votent pour la droite
de la droite ou la gauche de la gauche. Nos gouvernants, selon le
modèle d’irresponsabilité devant l’électeur qu’a encouragée la création
de la commission européenne, laquelle n’a aucun compte à rendre au
peuple européen, ont pris l’habitude d’agir comme bon leur semble,
convaincus qu’ils sont de leur intelligence face à la stupidité
populaire. En ceci, ils ressemblent bien aux philosophes des Lumières,
dont ils tirent leur génome intellectuel. Le cynisme avec Lequel
Sarkozy, par exemple, a balayé la décision référendaire de rejeter le
projet de constitution européenne, en est une manifestation probante. A
ce jeu, quoiqu’une longue période pacifique en Europe ait pu faire
oublier la dangerosité des peuples, notre caste dirigeante manie un
explosif qui risque d’exploser. Jupiter rend fous ceux qu’il veut
perdre.
Dès lors donc que le statu quo devient impossible,
et que les statistiques sont claires et laissent présager une
aggravation de la situation, il est plus que probable que des
évènements tragiques vont advenir. On peut mettre sur le compte de la
perspicacité de notre hyper classe atlantiste d’avoir au moins prévu le
pire. Le contrôle digne d’un Big Brother qui se met en place, la
transformation de l’armée et de la police en force spéciale ayant
vocation à mener une guerre urbaine, la censure qui s’étend jusqu’à la
toile, montrent qu’on se prépare déjà à l’affrontement. Ce dernier sera
l’occasion historique rêvée de faire basculer le monde des nations et
des identités en une vaste zone gouvernée ouvertement par un pouvoir
central américanisé.
Un combat sera (est) donc à mener, de résistance et d’existence.
Cependant, cette guérilla protéiforme, sur plusieurs fronts, a le grave
défaut d’être confus. Au fond, on ne sait pas trop pour quoi on se bat,
même si on sait contre quoi. Certains sont partisans d’un nationalisme
affirmé, d’autres préfèrent la forteresse eurasiatique, les uns sont
chrétiens, les autres païens, sans compter les athées ou agnostiques,
les uns rejettent violemment l’islam en bloc, les autres sont plutôt
anti-islamistes, mais acceptent les musulmans, enfin on est raciste, ou
on ne l’est pas.
J’aimerais pour finir m’arrêter sur ce dernier
point, qui me paraît concerner la finalité même du combat identitaire
(cette dernière épithète étant d’ailleurs loin d’être claire). Les
réflexions qui vont suivre ne sont pas une conclusion, mais se veulent
une ouverture, le début d’un questionnement vital.
On peut comprendre, face aux périls, ou dans le feu
du combat politique, qui ne s’embarrasse pas de nuances, que certaines
réactions soient virulentes, et pour tout dire caricaturales. Lorsque
je lis sur certains sites « de souche » des propos agressifs
visant des ethnies non européennes, accompagnés d’insultes méprisantes
et ignobles, je me demande si la lutte menée contre le Nouvel Ordre
mondial ne court pas à la catastrophe.
La célèbre cinéaste allemande Leni Riefenstahl en Afrique avec ses amis les Noubas du sud-Soudan
Je répondrai à ces manifestations stupides par quelques remarques :
—Aucun peuple n’est méprisable. Chacun possède des traits spécifiques
qui ajoutent à la richesse et à la diversité du monde. Il faut se
féliciter que nous soyons dissemblables.
—L’anti-racisme militant ne doit pas conduire
automatiquement, par réflexe pavlovien, à un racisme tout aussi
militant. C’est appartenir à la catégorie de l’ « homme du
ressentiment ».
—Les arguments qui s’appuient sur la
« supériorité » de l’Europe et de l’homme blanc » font
l’économie d’une analyse approfondie (probablement par paresse
intellectuelle) de ce qu’est une civilisation. L’Europe, en optant pour
une technicité sans frein, une productivité ravageuse, un rationalisme
nihiliste, et, last but not least, pour une universalité niveleuse, qui
n’est qu’un occidentalisme virulent et camouflé, n’a pas conforté la
« civilisation », mais l’a détruite. J’appelle
« civilisation » tout système social, politique, religieux,
qui vise à intégrer un groupe à l’Ordre sacral, cosmique. A mesure que
l’Europe s’est éloignée de ses origines, elle a subi des déséquilibres
de plus en plus dangereux pour son intégrité, jusqu’au moment présent
où l’on pressent qu’elle va basculer dans le gouffre (avec le reste du
monde qu’elle a infesté de ses lubies). Il se trouve donc que l’entrée
dans l’Histoire n’a été que le début de cette décadence. A ce titre, et
quand bien même l’Afrique a cessé depuis quelque temps d’être
elle-même, tout en n’étant pas encore l’Occident, elle a beaucoup plus
de leçons à nous donner que ne le pensent les racistes européens, qui
survalorisent leur « peuple ». Ce dernier d’ailleurs n’est
peut-être pas toujours si digne d’admiration : il n’y a qu’à
ouvrir les yeux pour le voir, et la grande Léni Riefenstahl, qui passa
le reste de sa carrière cinématographique en Afrique, par dégoût d’une
Europe corrompue par l’américanisme décadent, ne me contredirait pas.