La vie, l'œuvre et les amours extraordinaires d'Ippolito Nievo*
Yves Branca
| * La traduction des Confessions d' un italien parue chez Klincksieck n' avait pas suffi à faire connaître Ippolito Nievo. Une nouvelle traduction par Michel Orcel ( Fayard ed.), beaucoup plus vivante, existe heureusement depuis 2006. Celle de l' Anti-aphrodisiaque de l’amour platonique par Muriel Gallot est admirable, mais cette œuvre n' est qu' une prémice. J’avais conçu pour Un ange de bonté une introduction en forme de notice biographique un peu étoffée, où Nievo apparaît par touches successives, en m' arrêtant aux traits les plus remarquables et à ceux qui éclairent ce roman. Mais celui-ci est très clair, et je l' ai commenté par de nombreuses notes, où j' en précise les clefs historiques. Toutes les citations sont ici traduites par moi-même ; celles qui font corps avec un paragraphe ne s'en distinguent pas typographiquement, mais les plus significatives sont en italique. Les autres notes de cette introduction sont à la fin. |


Ippolito rencontre souvent Bice à Milan et dans sa villa de Bellagio;
leur correspondance est presque quotidienne; ils ne peuvent rester
longtemps séparés; mais non plus que Morosina et Celio Terni d’ Un ange…,
ils ne commettront jamais l'adultère. Nievo aura des amourettes de
diversion jusqu’ aux temps désespérés de sa dernière expédition ;
dans certaines lettres de Sicile, il notera que « les dames d’ ici
sont inabordables ».
origines, son propre lien avec le passé. Elle affirma, elle nia. (…) Ce
furent des ruines infinies. Mais du milieu de ces ruines, entre toutes
ces négations, une immense affirmation surgissait : la créature de
Dieu, prête à opérer, rayonnante de puissance et de volonté : l’
‘ecce homo’ répété après dix-huit siècles de souffrances et de luttes,
non de la voix du martyr, mais sur l’ autel élevé à la victoire par la
révolution : -- le Droit, foi individuelle, enracinée à jamais
dans le monde.
s
une triste conspiration pour y chercher la mort. En avril, il
salue le départ de ses frères qui s' en vont rejoindre l'armée
piémontaise. Quant à lui, le 4 mai, par Lugano pour se dérober aux
Autrichiens, il part s'enrôler à Turin dans les Chasseurs à
cheval de Garibaldi, avec lequel il combat à Varese, à San Fermo, à
Villefranche, et au col du Stelvio. Il s'y révèle d'une
valeur militaire de premier ordre. Tout sévère qu'il est pour l'
écrivain, personne n'a mieux parlé de cela que Benedetto Croce, dans l'
essai déjà cité (45) où il rend hommage aussi au « beau livre de
Mantovani » :
« Cette
expédition - écrit-il - fut sa descente aux enfers (...), mais, à la
bien considérer, son histoire est celle d'Orphée inversée: tandis qu'
Orphée avait prédit le triomphe de son entreprise, Nievo était parti
avec la conviction que la sienne était désespérée (...) ; Orphée avait
épousé Eurydice, lui, non; aux enfers, il descendait non pour la
chercher, mais pour s' en éloigner; puis il avait tenté de remonter des
enfers pour revenir à son Eurydice, qui était au dehors. Au lieu de
regarder en arrière, il regarda en avant, selon son habitude, et
il se perdit. » (58)