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otan ou europe     QUELLE EUROPE VOULONS - NOUS ?     

Cette question se pose à partir de plusieurs perspectives.

Partons d'abord de l'Europe que nous avons, celle que nous vivons au jour le jour d'aujourd'hui. Elle va mal, c'est le moins qu'on puisse dire. Elle est en panne. En panne d'institutions (depuis le 29 mai 2005, mais déjà bien avant cette date) qui lui permettraient de faire les choix décisifs conduisant aux décisions qui lui donneraient toute sa place, sa force, son mérite sur la scène internationale. Cette Europe sans tête, sans union véritable, tirée à hue et à dia par les intérêts particuliers des uns et des autres, des uns contre les autres, se met naturellement, bon gré, mal gré, à la remorque d'une Amérique qui, malgré tous ses défauts et faiblesses, possède tout ce qui nous manque : l'union, la force, la bonne conscience d'une civilisation conquérante, la volonté de ne pas se laisser dicter par des tiers, fût-ce par pression économique ou politique, ses choix en matière de défense, de politique étrangère et de relations commerciales et politiques. La perspective d'avenir enfin, la promotion de son modèle culturel, linguistique et économique, la défense victorieuse de ses intérêts de par le monde.

Plus grave encore que cette Europe du vide politique et économique, sans cesse à la traîne de l'hyper-puissance américaine dont elle ramasse, quand elle le peut, les miettes et à laquelle elle fournit ses jeunes cerveaux et ses technologies, au service de politiques guerrières qui lui aliènent le reste du monde et menacent ses propres intérêts, l'Europe d'aujourd'hui est celle du vide des peuples qui ne se reproduisent plus, s'avancent à grand pas vers une décrépitude généralisée. Malgré les propos lénifiants de ceux qui voudraient nous rassurer, la croissance démographique de l'ensemble des pays d'Europe est bien en-dessous du taux de remplacement. Ce qui, au-delà de la question des retraites en voie de disparition, veut dire que nous sommes condamnés à devenir un continent de vieillards à la recherche de tranquillité, incapables d'affronter les défis socio-économiques, politiques et spirituels auxquels nous faisons face. Ce qui veut dire que nous restons impuissants à nous opposer efficacement aux dangereuses solutions de facilité concoctées pour nous par la gouvernance mondialiste. Ainsi, pendant que tel ou tel candidat à tel ou tel poste dans l'un de nos tristes et vieux pays nous promet avec véhémence de combattre l'immigration clandestine (pour laquelle on prend bien soin de ne pas préciser l'origine européenne ou non-européenne), un État annonce qu'il régularise  700 ou 800 000 immigrés illégaux  sans aucune consultation avec ses partenaires. Un autre (faiblement peuplé) accorde la nationalité à 250 000 non citoyens, et ainsi de suite... Ce qui donne à penser que la rhétorique anti-immigration, anti-islamisme et anti-terroriste qui fait désormais partie du prêchi-prêcha idéologique dans l'air (électoraliste), et le laisser aller d'une Europe sans frontières ni valeurs définies vont de pair. Dormez sur vos deux oreilles, braves gens, semble-t-on dire. On vous distrait avec quelques charters, en bottant les fesses à quelques imams bruyants, en interdisant quelques voiles ou quelques turbans, mais sur le fond les problèmes demeurent, notamment ceux d'une Europe en pleine crise d'identité, incapable de se reproduire, d'affirmer haut et fort ses propres valeurs, de garder ses frontières, de remettre à l'ouvrage une véritable politique de la famille, de proposer une éducation fondée sur une histoire partagée (qu'il convient désormais d'étendre aux racines de l'Europe gréco-romaine et germanique).   

À l'intérieur, comme à l'extérieur, le ver est dans le fruit, celui des politiques non-européennes, voire anti-européennes qui nous préparent un avenir de plus en plus sombre que nos peuples maîtriserons de moins en moins faute de reprendre en mais leur propre destin.

L'Europe que veulent les Européens n'est certainement pas celle qui est dans les cartes de nos dirigeants. Certains l'ont montré en votant massivement non aux référendums par lesquels les élites qui nous ont conduits dans le marasme où nous sommes, tentaient d'obtenir un satisfecit. D'autres, en descendant par millions dans les rues de nos capitales ont rejeté l'euro-atlantisme qui nous donne le rôle de sempiternels valets de Washington dans les guerres d'agression entreprises sous le prétexte d'éradiquer tout ce qui menace la paix du monde, mais en réalité pour éliminer tout ce qui résiste à l'Amérique impérialiste et reconfigurer le monde à sa mesure. 

Parallèlement aux équivoques de la Constitution Giscard sur la volonté de dégager l'Europe de la tutelle américaine, la nomination de Javier Solana, qui fut " Monsieur OTAN " au moment où une alliance américano-européenne pilonnait la Serbie, au poste de " Monsieur Europe ", responsable de la politique étrangère et de sécurité était un signe de plus de notre allégeance à Washington. Ne serait-il pas temps de commencer, à partir du noyau fondateur qu'est le couple franco-allemand agrégé à ses alliés du Benelux, d'envoyer d'autres signaux aux Européens et au monde ?   

Comme on a pu le constater récemment, une opinion publique européenne est en train de s'affirmer. Principalement par la négative. Elle ne veut plus d'appui automatique aux États-Unis, elle préfère associer les Turcs à l'Europe plutôt que les intégrer. Elle se sent saturée par le flot continu d'immigrations non-européennes sur nos vieux terroirs. Elle voudrait que l'on mette enfin au pas les gros pollueurs multinationaux qui corrompent nos corps, et nos paysages mais aussi nos esprits (par l'invasion publicitaire et les intoxications médiatiques). Elle souhaite enfin que sur tous les plans, politique, socio-économique, culturel... on ait enfin le courage d'affirmer sans aucune honte une préférence européenne qui ne soit pas la négation ni le rejet des autres, mais la véritable reconnaissance de ce que nous sommes ensemble malgré (et en vertu de) notre diversité et, par conséquent, de ce que sont les autres dans leurs différences entre eux et avec nous. 

Il va sans dire que l'Europe que nous voulons est aux antipodes de l'Europe que nos peuples rejettent. À L'Esprit Européen nous la déclinons tout au long de nos pages. Cette Europe-là, contre celle-ci, reprend conscience d'elle-même et confiance en elle-même. Elle assume son héritage, se libère des servitudes héritées de ses longues guerres civiles, donne voix au chapitre  à tous ses peuples, y compris nos minorités linguistiques et culturelles, cesse de se confondre avec le projet mondialisateur dicté par un libéralisme dévoyé (cf.  Maurice Allais) et se dote d'une souveraineté véritable avec ses attributs  régaliens : une politique étrangère et un dispositif de défense propre, " découplé " de l'OTAN, capable de faire respecter son point de vue sur les affaires de la planète.  Cette Europe-là encourage la reconstitution de communautés organiques en son sein, à partir des cellules familiales reconstituées, des villages (plutôt que des " zones ") et des pays qui renouent avec des traditions locales, des musiques indigènes, des savoirs populaires...  L'enracinement dans un paysage culturel et spirituel identifiable inspire sa " grande politique ", nourrit sa quête d'un sens à la vie collective.

Bien entendu, la réalisation de ce " rêve européen " suppose une rupture avec l'esprit individualiste qui imprègne les mentalités contemporaines. Elle exige l'apparition de comportements inédits (depuis au moins cinquante ans) qui favorisent la qualité de vie, au sens large, sur la quantité des objets de consommation, la volonté politique sur la puissance financière, le souci de l'être sur l'arrogance de l'avoir et l'étalage du pouvoir. Elle n'adviendra pas sans une mutation des esprits. Nous souhaitons contribuer à son apparition à la modeste place qui est la nôtre en accueillant  toutes les bonnes volontés à nos côtés.

Les graves crises qui s'annoncent confèrent une urgence particulière à notre initiative.

L'utopie d'un monde sans frontières, sans histoire et sans Europe a fait son temps.

Nous en sommes-nous seulement rendus compte ?

 

Yves Argoaz

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Capturé par MemoWeb à partir de http://esprit-europeen.fr/quelle_europe_voulons.html le 16/11/2005