Le Beaujolais, ce n’est pas seulement le primeur qui fait couler autant d’encre que de vin. Entre Lyon et le Mâconnais, les collines viticoles cachent des villages d’une vraie beauté, avec des pierres qui chauffent au soleil et des places où l’on s’attarde sans se poser de questions. Oubliez les clichés sur le Beaujolais Nouveau : la région a du relief, du caractère et des coins qui méritent qu’on s’y arrête au moins un week-end. Voici cinq villages qui justifient le détour, chacun avec son ambiance et ses raisons de vous retenir.
Oingt : le village des pierres dorées qui domine la vallée
Perché au-dessus de la vallée d’Azergues, Oingt fait partie des Plus Beaux Villages de France. Sa particularité ? La pierre calcaire mêlée d’oxyde de fer qui donne aux façades cette teinte dorée si caractéristique du secteur. En arrivant, on passe sous la porte de Vizy, vestige des fortifications médiévales, puis on grimpe jusqu’au donjon. La vue sur les vignobles et les collines alentour justifie à elle seule l’escalade.

Le village a conservé son plan ancien, avec des ruelles étroites et des maisons qui datent pour certaines du XVe siècle. Ne cherchez pas d’attraction tape-à-l’œil : ici, le patrimoine se vit en se promenant. La motte féodale du Chautard rappelle que le lieu servait à surveiller l’ancienne voie entre Saône et Loire, à la frontière des terres du Beaujolais et du Lyonnais. Comptez une petite heure pour faire le tour, plus si vous flânez dans les boutiques d’artisanat local.
Beaujeu : capitale historique du Beaujolais
Beaujeu n’est pas le village le plus photographié, mais c’est le berceau de la région. Ancienne capitale du Beaujolais, la commune conserve une place centrale où se mêlent mairie, église Saint-Nicolas (Moyen Âge) et Maison du Terroir. C’est sur cette place que se déroulent les festivités du Beaujoulais Nouveau, organisées chaque année par l’association Les Sarmentelles. Si vous passez en novembre, vous tombez en plein dedans.
Le reste de l’année, la place vit au rythme des marchés et des animations locales. À deux pas, le caveau du Comptoir Beaujolais permet de déguster les crus sans prise de tête. Beaujeu sert aussi de point de départ pour randonner dans le Haut Beaujolais, plus frais et boisé que le sud de la région. Un bon compromis entre culture viticole et balade nature.
Le charme singulier de Vaux-en-Beaujolais, alias Clochemerle
Vaux-en-Beaujolais doit sa notoriété à un roman. Gabriel Chevalier a imaginé le village de Clochemerle en s’inspirant de la vie locale, et la commune a joué le jeu : une fresque, un musée et des installations disséminées racontent les querelles de clocher et les commérages du livre. La place principale, perchée sur sa colline, accueille régulièrement des concerts et des animations. La Cave de Clochemerle, avec sa déco folklorique, est un passage obligé pour une dégustation un peu décalée.
Ce qui frappe à Vaux, c’est l’atmosphère. On ne vient pas pour un monument précis, mais pour l’ambiance de village où tout le monde se connaît. Les bancs publics, la fontaine, les ruelles pentues : c’est le genre d’endroit où l’on pose ses sacs et où l’on traîne plus que prévu. Si vous aimez les lieux qui racontent une histoire, vous serez servi.
Fleurie et la chapelle de la Madone : panorama sur les vignes
Fleurie est d’abord un nom de vin, un cru réputé pour ses arômes de fruits rouges. Mais le village lui-même a de l’allure. Son église au clocher trapu sert de repère dans le paysage. Depuis le village, un sentier mène à la chapelle de la Madone, perchée sur une colline. La vue embrasse les rangées de vignes à perte de vue, avec les monts du Beaujolais en fond.

Les domaines viticoles ouvrent leurs portes pour des dégustations, sans chichis. Fleurie est aussi un bon point de chute pour rayonner vers les villages voisins comme Chiroubles ou Villié-Morgon. Le secteur est idéal pour une journée à vélo ou à pied, en suivant la Route des vins du Beaujolais. Prévoyez un pique-nique : les points de vue ne manquent pas pour poser la nappe.
Juliénas : deux églises sur la même place
Juliénas surprend par son originalité : sur la place principale, deux églises se font face. La première, Notre-Dame de l’Assomption, est l’église paroissiale toujours en activité. L’autre, le Cellier de la Vieille Église, a été désacralisée en 1868. Depuis les années 1950, elle est tenue par l’association des producteurs du cru Juliénas, qui en a fait un lieu de dégustation et d’expositions temporaires.
Le village est perché sur les hauteurs du Beaujolais, avec des ruelles qui dévalent les pentes. L’ambiance est calme, presque confidentielle. On y vient pour le vin, certes, mais aussi pour le cadre : les pierres dorées, les volets anciens, les marches qui mènent à la place. Les amateurs de photo apprécieront le jeu de lumières sur les façades en fin d’après-midi.
| Village | Point fort principal | Durée de visite conseillée |
|---|---|---|
| Oingt | Panorama depuis le donjon, pierres dorées | 1 h à 1 h 30 |
| Beaujeu | Capitale historique, animations toute l’année | 1 h à 2 h |
| Vaux-en-Beaujolais | Ambiance Clochemerle, cave folklorique | 1 h à 2 h |
| Fleurie | Chapelle de la Madone, vue sur vignobles | 1 h 30 à 2 h |
| Juliénas | Deux églises, dégustation dans l’ancienne église | 1 h à 1 h 30 |
Organiser son circuit entre ces villages
Les cinq villages se situent dans un rayon d’environ 30 kilomètres. En voiture, comptez 15 à 20 minutes entre chaque. Le mieux est de baser votre séjour à Villefranche-sur-Saône ou dans un hébergement de charme au cœur des Pierres Dorées. Si vous venez de Lyon, le trajet dure 45 minutes. En train, descendez à Villefranche-sur-Saône, puis louez une voiture pour explorer les environs.
Pour ne pas courir, prévoyez deux jours : un pour le nord (Beaujeu, Fleurie, Juliénas) et un pour le sud (Oingt, Vaux-en-Beaujolais). Les villages sont petits, mais on perd vite du temps à flâner et à s’arrêter dans les caves. Si vous n’avez qu’une journée, choisissez Oingt et Fleurie : ils offrent le meilleur compromis entre patrimoine et paysages.
Ce que vous risquez de regretter si vous zappez ces villages
Passer à côté d’Oingt, c’est rater l’un des plus beaux points de vue du Beaujolais. Ignorer Beaujeu, c’est ne pas comprendre d’où vient l’histoire du vignoble. Et négliger Vaux-en-Beaujolais, c’est se priver d’une plongée dans la littérature populaire et la vie de village. Le Beaujolais ne se résume pas à ses bouteilles : il se vit sur place, en prenant le temps de marcher, de s’asseoir sur un banc et de discuter avec les vignerons. Les cinq villages listés ici sont une porte d’entrée solide pour une région qui mérite qu’on s’y attarde.



