Vous venez de créer votre micro-entreprise et le moment de la première déclaration approche. Entre les dates d’échéance, le montant exact à reporter et les risques d’erreur, la procédure peut sembler piégeuse. Pourtant, une fois qu’on a compris le mécanisme, la déclaration de chiffre d’affaires (CA) à l’Urssaf tient en quelques minutes. L’essentiel est de savoir quoi déclarer, quand et comment rectifier si l’on se trompe.
Quel montant déclarer exactement ?
La règle est simple : vous déclarez votre chiffre d’affaires brut encaissé, hors taxes. Cela signifie que vous ne déduisez aucune charge, aucun frais de matériel, aucune commission de plateforme. Le montant que vous inscrivez correspond à ce que le client vous a versé, point final. L’Urssaf applique ensuite un abattement forfaitaire (71 %, 50 % ou 34 % selon votre activité) pour estimer votre bénéfice et calculer vos cotisations sociales. Inclure les pourboires reçus, les dons perçus via un financement participatif ou les frais que vous avez facturés au client. En revanche, les débours (dépenses payées pour le compte du client) et les rétrocessions d’honoraires sont déductibles. Si vous facturez 100 € à un client et que vous avez avancé 20 € de fournitures pour lui, vous ne déclarez que 80 €, à condition que ces 20 € apparaissent distinctement sur la facture.

Le formulaire de déclaration en ligne comporte trois lignes :
- Ventes de marchandises (BIC) : achat-revente, création artisanale, restauration.
- Prestations de services commerciales ou artisanales (BIC) : BTP, coiffure, VTC, livraison.
- Autres prestations de services et professions libérales (BNC) : conseil, formation, médecine douce, agent commercial.
Si vous exercez plusieurs activités, vous devez remplir chaque ligne correspondante. Un mauvais choix de case peut fausser le calcul de vos cotisations et de votre abattement fiscal.
Mensuel ou trimestriel : comment choisir et quand changer ?
Vous optez pour la déclaration mensuelle ou trimestrielle au moment de votre inscription. La mensualité lisse vos cotisations et évite un gros paiement tous les trois mois. Le trimestriel allège la fréquence de connexion, mais exige de mettre de côté une somme plus importante à chaque échéance.
Vous pouvez changer de rythme une fois par an, avant le 1er février. Si vous voulez passer en mensuel pour l’année en cours, la demande doit être faite avant cette date. Passé ce délai, vous restez sur votre périodicité jusqu’à l’année suivante.
| Périodicité | Date limite de déclaration | Exemple concret |
|---|---|---|
| Mensuelle | Dernier jour du mois suivant | CA de janvier à déclarer avant le 28 février |
| Trimestrielle | Dernier jour du mois suivant le trimestre | CA du 1er trimestre (janv-mars) à déclarer avant le 30 avril |
Si la date d’exigibilité tombe un samedi, un dimanche ou un jour férié, elle est reportée au jour ouvré suivant. Par exemple, le 31 août 2025 étant un dimanche, la déclaration du mois d’août est due le lundi 1er septembre.
La première déclaration : un délai de 90 jours à connaître
Après votre affiliation, vous recevez une notification d’ouverture de votre espace en ligne. Vous pouvez y accéder immédiatement et commencer à déclarer. Mais attention : un délai de 90 jours doit s’écouler entre votre date de début d’activité et la validation définitive de votre première déclaration. Pendant cette période, vos déclarations sont modifiables (sauf si vous avez payé par carte bancaire). Elles ne sont définitivement prises en compte qu’à l’issue de ce délai.
Le tableau ci-dessous résume la date d’exigibilité de la première déclaration mensuelle selon votre mois de début d’activité :

| Début d’activité | Ouverture de l’échéance | Date d’exigibilité |
|---|---|---|
| Du 1er au 31 janvier | Début février | 31 mai |
| Du 1er au 28 février | Début mars | 30 juin |
| Du 1er au 31 mars | Début avril | 31 juillet |
| Du 1er au 30 avril | Début mai | 31 août |
| Du 1er au 31 mai | Début juin | 30 septembre |
| Du 1er au 30 juin | Début juillet | 31 octobre |
| Du 1er au 31 juillet | Début août | 30 novembre |
| Du 1er au 31 août | Début septembre | 31 décembre |
| Du 1er au 30 septembre | Début octobre | 31 janvier (année suivante) |
| Du 1er au 31 octobre | Début novembre | 28 février (année suivante) |
| Du 1er au 30 novembre | Début décembre | 31 mars (année suivante) |
| Du 1er au 31 décembre | Début janvier (année suivante) | 30 avril (année suivante) |
« Un délai minimum de 90 jours doit s’écouler entre la date de début d’activité et la première déclaration. » — Urssaf
Que faire en cas d’erreur ou d’oubli ?
Vous avez déclaré un montant trop élevé ou oublié de déclarer un mois ? Pas de panique, plusieurs options existent selon le délai écoulé.
Avant la fin de l’échéance : connectez-vous à votre espace personnel sur autoentrepreneur.urssaf.fr ou via l’application mobile Autoentrepreneur Urssaf. Vous pouvez modifier votre déclaration tant que la date d’exigibilité n’est pas passée.
Jusqu’à un an après : si vous avez oublié de déclarer une période, vous pouvez encore le faire en ligne. La déclaration sera acceptée sans pénalité supplémentaire si elle est effectuée dans ce délai.
Au-delà d’un an : vous devez envoyer un message via la messagerie sécurisée de votre espace Urssaf. Expliquez votre situation et joignez les justificatifs nécessaires. L’Urssaf traite la demande et vous indique la marche à suivre.
Un conseil : téléchargez le justificatif PDF après chaque déclaration. Ce document vous sert pour l’actualisation de votre situation auprès de France Travail et pour prouver votre activité en cas de contrôle.
Les pièges à éviter absolument
Voici les erreurs les plus fréquentes qui peuvent vous coûter du temps et de l’argent :
- Déclarer un montant TTC au lieu de HT : vous payez des cotisations sur un montant gonflé. Le CA à déclarer est toujours hors taxes.
- Déduire des charges : commissions de plateforme, frais de matériel, abonnements logiciels… rien de tout cela ne se soustrait du CA.
- Confondre la ligne de déclaration : une activité de conseil déclarée en « ventes de marchandises » applique un abattement de 71 % au lieu de 34 %, ce qui fausse le calcul de vos cotisations et de votre impôt.
- Oublier de déclarer un mois à zéro : même si vous n’avez pas encaissé un euro, vous devez déclarer 0 €. L’absence de déclaration est considérée comme un oubli et peut entraîner une relance.
- Ne pas vérifier la date d’exigibilité : un week-end ou un jour férié repousse la date, mais ne pas déclarer à temps expose à une majoration de 5 % des cotisations dues.
Garder le réflexe de la déclaration à zéro
Un mois sans chiffre d’affaires ne vous dispense pas de vous connecter. La déclaration à zéro est obligatoire. Elle évite les relances et les pénalités. Si vous prévoyez plusieurs mois sans activité, vous pouvez demander une radiation temporaire, mais cela a des conséquences sur votre protection sociale. À moins d’un arrêt total, mieux vaut maintenir une déclaration mensuelle même à zéro.
La déclaration Urssaf est un geste simple une fois qu’on a intégré les règles de base : montant brut, périodicité choisie, date d’échéance respectée. Le vrai piège est de croire qu’on peut laisser passer un mois sans conséquence. Chaque déclaration manquée ou erronée se rattrape, mais dans un délai limité. Le meilleur réflexe est de déclarer dès que le mois est terminé, sans attendre la date butoir. Un justificatif téléchargé, c’est une tranquillité d’esprit pour l’année.



