Quand on parle de papillomavirus humain (HPV), on pense d'abord au col de l'utérus. Pourtant, ce virus peut aussi s'installer sur la lèvre ou dans la bouche. Contrairement à une idée reçue, une infection buccale ne provoque pas toujours des symptômes visibles. Dans la majorité des cas, le système immunitaire élimine le virus en quelques mois, sans que la personne ne s'en aperçoive. Le problème survient quand l'infection persiste et que des lésions se développent, parfois des années après la contamination.
Comment le virus arrive-t-il sur la lèvre ?
La transmission du HPV sur la lèvre ou dans la gorge se fait par contact direct entre les muqueuses. Les rapports sexuels oraux, comme la fellation, le cunnilingus ou l'anulingus, sont la voie de contamination la plus fréquente. Le virus ne traverse pas la peau saine : il a besoin d'une muqueuse ou d'une micro-lésion pour pénétrer. Une simple bise ne suffit pas à transmettre le HPV, contrairement à l'herpès labial. En revanche, un contact bucco-génital sans protection expose au risque, même en l'absence de symptômes chez le partenaire.

Une fois le virus installé, deux scénarios sont possibles. Soit l'infection reste transitoire et silencieuse, soit elle persiste et peut entraîner des lésions précancéreuses. Les souches à haut risque, notamment les HPV 16 et 18, sont responsables de la majorité des cancers de la sphère ORL liés au papillomavirus. Chaque année en France, environ 1 300 hommes et 400 femmes développent un cancer ORL d'origine HPV, selon les données du centre Léon Bérard.
Reconnaître les signes d'une infection persistante
Contrairement aux verrues génitales causées par les HPV à bas risque (types 6 et 11), une infection buccale à HPV à haut risque ne donne pas de lésions visibles à l'œil nu dans ses premiers stades. Il n'existe pas de bouton, de plaque blanche ou de rougeur typique sur la lèvre qui permettrait un autodiagnostic fiable. Les symptômes n'apparaissent que lorsque l'infection a déjà provoqué des lésions plus graves.
- Saignements inexpliqués au niveau des amygdales ou de la gorge
- Difficulté à avaler persistante, sensation de gêne ou de corps étranger
- Goût métallique en bouche ou modification du goût
- Douleur à la déglutition qui ne passe pas avec les traitements habituels
- Apparition d'une masse ou d'un ganglion dans le cou
Ces signes ne sont pas spécifiques au HPV. Une simple angine ou un reflux gastrique peuvent provoquer des symptômes similaires. Mais s'ils durent plus de trois semaines, une consultation chez un ORL ou un dentiste s'impose. Le médecin peut pratiquer un examen clinique de la cavité buccale et, si nécessaire, réaliser un prélèvement avec un écouvillon pour un test PCR.

Pourquoi le dépistage buccal n'est pas systématique
Contrairement au col de l'utérus, il n'existe pas de dépistage organisé pour le HPV dans la bouche ou sur la lèvre. La raison est simple : la plupart des infections buccales disparaissent d'elles-mêmes, sans laisser de trace. Un test PCR positif ne permettrait pas de distinguer une infection passagère d'une infection à risque. Selon la Dre Christine Rousset-Jablonski, gynécologue au centre Léon Bérard, « ce n'est qu'en cas d'HPV persistant et entraînant des lésions que peuvent apparaître des symptômes ». Autrement dit, un dépistage massif ferait plus de mal que de bien, en inquiétant des personnes porteuses d'un virus bénin.
Le seul moyen fiable de détecter un cancer ORL lié au HPV reste l'examen clinique par un spécialiste, associé à une biopsie en cas de doute. Les personnes les plus à risque sont celles qui ont eu de multiples partenaires sexuels, qui pratiquent régulièrement le sexe oral sans protection, ou dont le système immunitaire est affaibli.
La vaccination, le meilleur bouclier
Le vaccin contre le papillomavirus est le seul moyen de prévention vraiment efficace. Il protège contre les souches les plus dangereuses, notamment les HPV 16 et 18 responsables de 80 à 90 % des cancers de la tête et du cou liés au virus, selon l'organisation Makesens. Depuis décembre 2025, le rattrapage vaccinal est possible jusqu'à 26 ans pour toutes les personnes non vaccinées, filles et garçons. La vaccination est recommandée dès 11 ans, idéalement avant le début de la vie sexuelle.
| Âge | Nombre de doses | Intervalle |
|---|---|---|
| 11 à 14 ans | 2 doses | 5 à 6 mois |
| 15 à 26 ans (rattrapage) | 3 doses | 0, 2 et 6 mois |
En France, la couverture vaccinale reste insuffisante. En 2024, seulement 48 % des jeunes filles et 24,5 % des garçons avaient reçu un schéma complet. Ces chiffres sont en progrès, mais encore loin des objectifs de santé publique. Le vaccin est pris en charge par la Sécurité sociale et peut être administré en même temps que le rappel DTPCoq prévu entre 11 et 13 ans.



