La couleur du passeport français n’a pas toujours été ce bordeaux que l’on connaît aujourd’hui. Avant les années 1980, la couverture était bleue, un choix alors commun à plusieurs pays européens. Ce n’est qu’avec la construction européenne que la teinte a changé, pour des raisons à la fois pratiques et symboliques. Ce petit livret raconte en fait une partie de l’histoire politique du continent.

Du bleu au bordeaux : les six ans de discussions qui ont tout changé

En 1975, les neuf pays membres de la Communauté économique européenne (CEE) décident d’harmoniser l’apparence de leurs passeports. L’idée est simple : créer un document visuellement identique pour renforcer le sentiment d’appartenance à un espace commun. Mais le choix de la couleur n’a pas été immédiat. Il a fallu près de six ans de débats pour trancher entre le lilas, le marron et finalement le bordeaux, adopté en 1981. Le bleu a donc été abandonné au profit d’une teinte plus sombre, jugée plus solennelle et plus facile à distinguer lors des contrôles aux frontières.

Passeport bordeaux : ce que sa couleur révèle de l'histoire européenne
Passeport bordeaux : ce que sa couleur révèle de l'histoire européenne

Au fil des élargissements de l’Union européenne, les nouveaux pays membres ont repris cette couleur, à une exception près : la Croatie, qui a conservé un passeport bleu foncé. En 2020, après le Brexit, le Royaume-Uni est lui aussi revenu au bleu, rompant avec la norme européenne. Le bordeaux est ainsi devenu un marqueur fort d’appartenance à l’UE. Certains pays candidats, comme la Turquie, ont même modifié la couleur de leur passeport pour se rapprocher visuellement du modèle européen.

Ce que le bordeaux dit de l’identité européenne

La couleur bordeaux n’a pas été choisie au hasard. Elle évoque des valeurs que l’Union européenne souhaitait véhiculer : solidarité, unité et continuité historique. Dans l’imaginaire collectif, le bordeaux renvoie à la noblesse et au pouvoir, une image qui colle à l’ambition politique du projet européen. Mais il y a aussi un aspect pratique : cette teinte sombre se distingue nettement des autres couleurs de passeports dans le monde (bleu, vert, rouge vif, noir), ce qui facilite le travail des agents aux frontières.

À l’échelle mondiale, les passeports se répartissent en quatre grandes catégories de couleurs, avec des significations souvent liées à l’histoire ou à la religion :

Couleur Signification principale Exemples de pays
Bordeaux / rouge Solidarité européenne, héritage communiste France, Espagne, Chine, Russie
Bleu Liberté, Nouveau Monde États-Unis, Royaume-Uni, Brésil
Vert Lien avec l’islam, appartenance régionale Arabie Saoudite, Sénégal, Côte d’Ivoire
Noir Élégance, sobriété Nouvelle-Zélande, Botswana, Angola
« Le bordeaux est devenu un marqueur fort d’appartenance à l’Europe. Des pays candidats ont modifié la couleur de leur passeport pour se rapprocher du modèle européen. »

Les autres couleurs de passeport dans le monde : bleu, vert, noir

Si le bordeaux domine en Europe, le bleu est la couleur la plus répandue à l’échelle mondiale, utilisée par environ 84 pays. Les États-Unis l’ont adoptée en 1976 pour le bicentenaire de leur indépendance, tandis que les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay) l’arborent en signe d’unité régionale. En Afrique, le Soudan du Sud a choisi le bleu pour rappeler sa proximité avec l’océan.

Passeport bordeaux : ce que sa couleur révèle de l'histoire européenne
Passeport bordeaux : ce que sa couleur révèle de l'histoire européenne

Le vert est majoritairement associé aux pays musulmans, car cette couleur est liée à l’islam. On le retrouve en Arabie Saoudite, en Iran, mais aussi dans plusieurs États d’Afrique de l’Ouest comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire, qui l’utilisent en signe d’appartenance à la CEDEAO. Le noir, plus rare, est choisi pour son élégance et sa sobriété : la Nouvelle-Zélande, le Botswana et l’Angola en sont les exemples les plus connus.

Quelques pays sortent du cadre : la République de Vanuatu et le Rwanda ont opté pour des teintes plus fantaisistes, mais ces exceptions restent marginales.

Ce que la couleur du passeport ne dit pas

Si la couverture est uniformisée pour les pays de l’UE, les pages intérieures varient d’un État à l’autre. Chaque pays peut y ajouter ses propres motifs de sécurité, ses symboles nationaux ou ses particularités graphiques. La couleur bordeaux est donc un marqueur d’appartenance européenne, mais elle ne dit rien sur le contenu du document ni sur la qualité des contrôles aux frontières.

Il faut aussi rappeler que la couleur du passeport n’a aucun impact direct sur la liberté de circulation. Un passeport bordeaux, vert ou bleu permet de voyager, mais c’est le pays émetteur qui détermine les droits de son détenteur. La teinte n’est qu’un signe extérieur, un symbole politique et historique.

Un choix à assumer : le bordeaux comme héritage européen

Le bordeaux du passeport français n’est pas un détail esthétique. Il incarne une décision politique prise il y a près de cinquante ans pour affirmer une identité commune. Aujourd’hui, cette couleur est devenue un réflexe visuel pour les voyageurs européens. Mais elle pose aussi une question : que se passerait-il si un pays quittait l’UE ? Le retour au bleu du Royaume-Uni après le Brexit montre que la couleur du passeport reste un marqueur fort, presque un étendard. Pour les citoyens français, conserver ce bordeaux, c’est accepter de faire partie d’un ensemble plus vaste, avec ses avantages et ses contraintes. Le prochain débat pourrait porter sur l’harmonisation des pages intérieures, mais pour l’instant, la couverture continue de raconter l’histoire européenne.