En 2026, les règles de la TVA pour les auto-entrepreneurs vont changer. Un seuil unique de chiffre d’affaires remplace les deux anciens plafonds, et la question du basculement devient plus simple à trancher. Mais attention : la date d’effet et les tolérances diffèrent selon que l’on parle du régime de la micro-entreprise ou de la franchise en base de TVA. Voici ce qu’il faut savoir pour ne pas se faire surprendre.
Quels sont les plafonds de chiffre d’affaires à respecter en 2026 ?
Le régime de la micro-entreprise repose sur des limites de chiffre d’affaires annuel hors taxes. En 2026, ces seuils sont maintenus aux mêmes niveaux que les années précédentes : 203 100 € pour les activités de vente de marchandises, d’objets, de denrées à emporter ou à consommer sur place, et 83 600 € pour les prestations de services relevant des BIC ou des BNC, ainsi que pour les prestations d’hébergement. En cas d’activité mixte, le chiffre d’affaires global ne doit pas dépasser 203 100 €, avec un maximum de 83 600 € pour la part services.

Ces plafonds sont proratisés si vous commencez votre activité en cours d’année. Par exemple, un début d’activité le 1er mars 2026 en prestations de services donne un seuil calculé sur 306 jours : 83 600 € x 306 / 365 = 70 087 € à ne pas dépasser pour cette première année.
Le dépassement du seuil micro-entreprise : une perte du régime simplifié
Dépasser le plafond de chiffre d’affaires une année n’entraîne pas de conséquence immédiate. C’est le dépassement pendant deux années consécutives qui fait basculer l’auto-entrepreneur vers le régime réel d’imposition. Concrètement, pour être encore en micro-entreprise au 1er janvier d’une année N, il faut que le chiffre d’affaires des années N-1 et N-2 soit resté sous le seuil. Si le seuil est franchi deux fois de suite, vous perdez le régime micro-fiscal et le régime micro-social simplifié, et passez au régime classique de l’entreprise individuelle, bien plus lourd en comptabilité et en déclarations.
Pour une création d’entreprise, le régime micro s’applique automatiquement l’année de création (N) et l’année suivante (N+1). Ce n’est qu’à partir de N+2 qu’il faut vérifier le respect des seuils sur les années N et N-1. Un exemple concret : une micro-entreprise de vente créée le 31 janvier 2026 devra respecter un seuil proratisé de 186 407 € en 2026 (203 100 € x 335 / 365), puis la totalité du seuil en 2027, pour rester en micro en 2028.
Les seuils de franchise en base de TVA en 2026 : ce qui change
La grande nouveauté de 2026 concerne la franchise en base de TVA. Jusqu’à présent, les seuils étaient différents selon l’activité : 93 500 € pour les ventes, 41 250 € pour les services. À partir de 2026, la loi de finances unifie ces deux plafonds en un seul : 85 000 € de chiffre d’affaires annuel, quel que soit le type d’activité. Cette mesure s’inspire de la directive européenne 2020/285, qui vise à harmoniser les règles fiscales entre États membres et à simplifier les démarches pour les micro-entrepreneurs qui exercent au-delà des frontières.
Concrètement, si votre chiffre d’affaires dépasse 85 000 € en 2026, vous devez facturer la TVA à vos clients et la reverser à l’administration. Si vous restez en dessous, vous continuez à bénéficier de la franchise, ce qui signifie que vous ne facturez pas de TVA et ne la récupérez pas non plus sur vos achats professionnels.
Comment anticiper le basculement ?
Le vrai piège pour un auto-entrepreneur est de dépasser le seuil de TVA sans le savoir, puis de devoir régulariser la situation avec plusieurs mois de retard. La règle de tolérance permet de dépasser le seuil de franchise une année sans conséquence, mais le dépassement deux années de suite entraîne la perte de la franchise. À partir de ce moment, vous devez collecter la TVA sur toutes vos factures, ce qui peut représenter un surcoût pour vos clients si vous ne l’avez pas anticipé dans vos prix.

Voici les principaux points à vérifier pour 2026 :
- Calculez votre chiffre d’affaires prévisionnel pour l’année en cours et pour l’année suivante.
- Si vous approchez des 85 000 €, préparez-vous à facturer la TVA à partir du 1er janvier de l’année suivant le deuxième dépassement.
- Pour une activité mixte, le seuil unique de 85 000 € s’applique à l’ensemble de votre chiffre d’affaires, sans distinction entre ventes et services.
- Si vous débutez en 2026, le seuil est proratisé : calculez (85 000 € x nombre de jours d’activité) / 365.
Les conséquences concrètes sur votre facturation
Le passage à la TVA n’est pas une simple formalité. Il modifie votre relation avec vos clients :
- Vous devez mentionner un prix HT et un prix TTC sur vos devis et factures.
- Vos clients professionnels peuvent récupérer la TVA, ce qui peut être un avantage pour eux.
- Pour les particuliers, le prix TTC augmente mécaniquement de 20 % (ou 10 % selon le taux applicable), ce qui peut réduire votre compétitivité.
- Vous devez déclarer et reverser la TVA chaque mois ou chaque trimestre, selon le régime choisi.
Un tableau récapitulatif vous aide à y voir plus clair :
| Type de seuil | Activités de vente (2025) | Activités de services (2025) | Seuil unique 2026 |
|---|---|---|---|
| Plafond micro-entreprise | 203 100 € | 83 600 € | 203 100 € / 83 600 € (inchangé) |
| Seuil de franchise TVA | 93 500 € | 41 250 € | 85 000 € |
Erreurs fréquentes à éviter
La première erreur est de confondre le plafond de la micro-entreprise et le seuil de TVA. Ce sont deux notions distinctes, avec des conséquences différentes. Le plafond micro-entreprise détermine si vous pouvez rester sous ce régime simplifié ; le seuil de TVA détermine si vous devez facturer la TVA. Vous pouvez très bien être en micro-entreprise avec un chiffre d’affaires de 90 000 € en vente et devoir facturer la TVA, tout en restant sous le régime micro.
Deuxième erreur : ne pas anticiper le dépassement. Si vous approchez des 85 000 €, n’attendez pas la fin de l’année pour réagir. Augmentez vos prix dès que possible pour intégrer la TVA, ou prévenez vos clients que vos tarifs pourraient changer.
Troisième erreur : oublier que la franchise en base de TVA ne permet pas de déduire la TVA sur vos achats. Si vous investissez dans du matériel coûteux, le passage à la TVA peut devenir intéressant, car vous récupérez la taxe sur vos dépenses. À l’inverse, si votre activité génère peu de charges, rester en franchise est souvent plus simple.
Une prise de position : anticiper plutôt que subir
La réforme de 2026 simplifie les seuils de TVA, mais elle ne change pas la logique de fond : le basculement intervient après un dépassement de deux années consécutives. Le vrai conseil est de suivre votre chiffre d’affaires en temps réel et de prévoir un scénario de passage à la TVA dès que vous dépassez 70 000 € (pour les services) ou 80 000 € (pour les ventes). Cela vous laisse le temps d’ajuster vos tarifs et de prévenir vos clients. Ne comptez pas sur une tolérance indéfinie : l’administration fiscale applique les règles sans état d’âme. Si vous gérez vos frais kilométriques comme un auto-entrepreneur, vous savez déjà qu’une bonne anticipation évite les mauvaises surprises. Appliquez la même rigueur à la TVA.



